‹ Le musée de la conversation: répertoire de citations françaises, dictons modernes, curiositésChapitre 73 sur 434 · BADINGUET — BAÏONNETTE · texte numérisé non relu

BADINGUET — BAÏONNETTE

amusés à lui appliquer un sobriquet qu'ils avaient chaque jour devant les yeux ?

Ce ne peut être là une certitude, bien entendu, mais c'est assurément une hypothèse des plus acceptables.

Détail amusant : on a pii remarquer que, par une singulière coïncidence, l'étudiante de Gavarni portait, comme l'impératrice, le prénom d'Eugénie. Dans l'édition des Œuvres choisies du maître que donna le Figaro en 1857, pour éviter toute allusion irrespectueuse, Badinguet fut remplacé par Boulinguet.

baïonnette.

« Allez dire à vôtre maftre que nous sommes ici par la volonté du peuple et qu^on ne nous en arrachera que par la puissance des baïonnettes. »

Paroles que l'on prête à Mirabeau, en réponse à M. de Brézé, grand maître des cérémonies, enjoignant aux députés de se séparer conformément aux ordres du roi. (Assemblée constituante, séance royale du 23 juin 1789.)

MM. Thiers et Mignet rapportent cette réponse dans des termes presque identiques, mais sans citer aucune autorité.

Voici, d'après le Moniteur, comment se serait exprimé Mirabeau « avec le ton et les gestes de l'indignation » :

Oui, Monsieur, nous avons entendu les intentions qu'on a suggérées au roi ;... je déclare que si Ton vous a chargé de nous faire sortir d'ici, vous devez demander des ordres

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pour employer la force ; car nous ne quitterons nos places que par la puissance des baïonnettes.

(Du 20 au 24 juin 1789, p. 48, col. 1.)

A la Chambre des pairs, le 9 mars 1833, M. Scipion de Dreux-Brézé, fils du grand maître des cérémonies, rectifiait en ces termes le langage tenu jadis par le député d'Aix :

Mon père fut envoyé pour demander la dissolution de TAssemblée nationale. Il y arriva couvert, c'était son devoir, il parlait au nom du roi. L'Assemblée, qui était déjà dans un état d'irritation, trouva cela mauvais. Mon père, en se servant d'une expression que je ne veux pas rappeler, répondit qu'il resterait couvert puisqu'il parlait au nom du roi. Mirabeau ne lui dit pas : Allez dire à ro'.re maître... j'en appelle à tous ceux qui étaient dans l'Assemblée et qui peuvent se trouver dans cette enceinte ; ce langage n'aurait pas été admis.

Mirabeau dit à mon père : « Nous sommes assemblés par la volonté nationale et nous n'en sortirons que par la force. »

Je demande à M. de Montlosier si cela est exact. Mon père répondit à M. Bailly : « Je ne puis reconnaître dans M. Mirabeau que le député du bailliage d'Aix et non Forgane de l'Assemblée nationale. » Le tumulte augmenta, un homme contre cinq cents est toujours le plus faible ; mon père se retira. Voilà, Messieurs, la vérité dans toute -son exactitude.

En dépit de toutes les rectifications, il sera difficile de détruire la légende qui s'est opiniâtrée à dénaturer les paroles de Mirabeau.

Lameth raconta, dit-on, chez Eugène Delacroix, un jour que celui-ci était en train de peindre cette fameuse scène, que Mirabeau, se penchant vers lui, aurait ajouté, en des termeg que nous adoucissons : a Et puis, si elles viennent, nous f...icherons le camp, b (Voy.

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Ch. Joliet, Nouveaitx jeux d'esprit; Hachette, 1892» p. 251.)

D'après une lettre de l'historien Ch. Du Rozoir, insérée dans le Cabinet de lecture du 14 septembre 1831 (p. 9), la phrase dite par Mirabeau n'était nullement improvisée ; elle avait pour auteur le poète Volney, Tauteur des Ruines, qui n'avait pa^ une voix d'orateur :

Il allait monter à la tribune, tenant en sa main le discours où se trouvaient ces belles paroles. Mirabeau lui dit : (( Donnez-moi votre manuscrit ; avec cette voix faible, on ne vous écoutera pas : je vais parler à votre place. » Volney y consentit, et en s' appropriant ce trait sublime qui, sans cette heureuse inspiration, eût peut-être passé inaperçu, Mirabeau foudroya en quelque sorte la vieille monarchie.

On retrouve un écho de l'apostrophe de Mirabeau dans la protestation un peu déclamatoire que fit entendre Manuel, orateur redouté des royalistes, lorsque, le 3 mars 1823, la Chambre allait voter la proposition de Neuville qui prononçait son exclusion i

Je déclare, dit-il, que je ne reconnais à personne le droit de m' accuser ni de me juger...

Arrivé dans cette Chambre par la volonté de ceux qui avaient le droit de m'y envoyer, je ne dois en sortir que par la violence de ceux qui veulent s'arroger le droit de m'en exclure... (M. Stanislas de GmAROiN, ironiquement. — Arrachez-le de la tribune !... Mettez-le en pièces !...); et, si cette résolution de ma part doit appeler sur ma tête de plus grands dangers, je me dis que le champ de la liberté a été quelquefois fécondé par un sang généreux. {Moniteur du 5 mars.)

On sait que Manuel, exclu de la Chambre, revint y siéger le lendemain. La garde nationale ayant refusé

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d'obéir, on dut le faire arracher de son banc par un détachement de gendarmerie.

Les « baïonnettes intelligentes ».

Formule commode et souvent invoquée pour justifier les infractions à la discipline militaire. Elle doit sa notoriété au fameux article qui parut dans le Journal des Débats du 10 août 1829, alors que le ministère Polignac venait de succéder au ministère Martignac.

Voici de quelles réflexions le journal faisait suivre les noms des nouveaux ministres :

Ainsi le voilà encore une fois brisé ce lien d'amour et de confiance qui unissait le peuple au monarque !...

... Ceux qui gouvernent maintenant voudraient être modérés qu'ils ne le pourraient...

Que feront-ils cependant? Iront-ils chercher un appui dans la force des baïonnettes? Les baïonnettes aujourd'hui sont intelligentes ; elles connaissent et respectent la loi...

Cela finissait par ce cri d'angoisse : (( Malheureuse France ! malheureux roi I »

M. Bertin aîné, rédacteur en chef des Débats, poursuivi pour la publication de cet article, fut condamné en première instance à six mois de prison et 500 francs d'amende, puis finalement acquitté le 24 décembre suivant par la Cour royale.

Le vrai coupable, M. Etienne Béquet, qui s'était dénoncé lui-même, fut renvoyé des fins de la plainte, M. Bertin ayant déclaré qu'il avait remanié l'article et qu'il en réclamait pour lui seul la responsabilité.

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Selon M. Alexandre Dumas, Béquet Taurait rédigé en sortant ivre-mort d'une soirée chez M"' Mars. (Mes Mémoires, tome XIII, 1852, p. 103.)

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