BEAUTÉ — BEC
laideur s'atténue avec les années, et nous avons connu un homme d'esprit qui disait d'une vieille dame : « Comme elle a dû être laide ! b
Dans VEsprit des femmes et les femmes d'esprit {Bruxelles, 1851), M. P.-J. Stahl citait cette spirituelle observation, parmi les Opinions de son ami Jacques :
Quoi qu'en aient dit Balzac et la chanson, il y a un âge où la laideur passe comme le reste : c'est l'âge où les femmes qui ont été jolies cessent de l'être et où celles qui ont été laides commencent à oser dire qu'elles ont été jolies. (Edit. Hetzel, p. 80.)
Balzac, cependant, reconnaissait aussi qu'il est des cas où la laideur tend à disparaître. Ne lit-on pas ces lignes dans Eugénie Grandet^ à propos de la révoltante sécheresse du père Grandet envers sa femme mourante :
Depuis la maladie de sa femme, il n'avait plus osé se servir de son terrible ta, ta, ta, ta, ta! Mais aussi son despotisme n'était-il pas désarmé par cet ange de douceur, dont la laideur disparaissait de jour en jour, chassée par l'expression des qualités morales qui venaient fleurir sur sa face... Qui n'a pas observé le phénomène de cette transfiguration sur de saints visages où les habitudes de l'âme finissent par triompher des traits les plus rudement contournés, en leur imprimant l'animation particulière due à la noblesse et à la pureté de pensées élevées ?
(Edit. Charpentier, 1839, p. 263.)