C. J.-B. Corot. - Carrière à Fontainebleau
collections de 1 ancien local de l’Académie, de les aménager et de promouvoir leur développement. Louis Tytgadt, ancien directeur de 1 Académie des Beaux Arts, fut nommé président et excerça ces fonctions jusqu’à sa mort en 1918.
Le 9 mai 1904, S. M. le roi Léopold II, vint inaugurer le nouveau musée. Cette solennité couronnait brillamment les efforts persévérants des Amis du Musée comme de l’Administration communale. Et la satisfaction fut d’autant {dus
vive que de toutes parts s’éleva un concert d’éloges ; l’un des conservateurs les plus éminents de France proclama que les installations gantoises pouvaient être considérées « comme un modèle à imiter partout ».
L’ouverture du nouveau musée exerça une salutaire influence sur la vie artistique gantoise. La Société des Amis du Musée inscrivit un plus grand nombre de membres et son pouvoir d’achat s’en trouva augmenté. Dès 1898, 1 Administration communale avait déjà manifesté sa large coopération
en acquérant à la vente Kums le Portrait de vieille femme par Frans Hais (signé) ; à la vente Sedelmeyer à Paris, le Hibou, peut-être la plus belle œuvre de J. Fyt ; à la vente Huybrechts, la Chasse au renard de Paul de Vos, Un étal de poissonnier d’Abraham van Beyeren, et une Etude d'animaux de David Temers le jeune(?); à l’exposition posthume de César de Cock, une toile et trois esquisses de cet artiste ; trente-trois œuvres en marbre, terre-cuite ou plâtre de Pau! Devigne.
Rares autrefois, les dons, les legs et les dépôts se sont multipliés depuis l’inauguration du nouveau musée ; parmi les donateurs, signalons les noms de Jules Devigne, Gustave Carels, G. Hulin de Loo, Albert Baertsoen, Georges Buysse, Louis Tytgadt, Laroche- Lechat, capitaine Vanden Bemden, Auguste Vanl oo, docteur Burggraeve, comte Jacques de Lalaing, Jean Delvin, Vermeersch, Adolphe Pauli, Eugène Lippens, Mad. Georges Buysse, Gustave Vanaise, la famille Vanaise, Mad. G. Walckiers, docteur Aug. Vermeulen, le Cercle Artistique et Littéraire de Gand, Edmond Devigne, Ignacio Zuloaga, Mad.
M. De Weert, Jules Lagae, Comité Jef Lambeaux, Auguste Levêque, Mad. Louis Mast, Liévin DE WINNE. — Portrait de dame. Th éo Lybaert, Louis Maeterlinck, Albert
Ve.bessem, Charles Vander Stappen, R. Goldschmidt. Mad.
de Ronne, M'le Constance Geirnaert, comte de Buisseret, legs Neyt.Hipp. Le Roy, Mllc Hélène Cornette, E. Demont-Breton, Jos. Casier, etc. etc.
Ce (ut à l’occasion de l’ouverture du nouveau musée que la ville de Gand y déposa les belles tapisseries qui décorent le vestibule d’honneur et le grand salon central ; cinq d’entr’elles proviennent de la salle de réunion du Collège du Vieux Bourg au château des Comtes et sont l’œuvre d’Urbain Leymers, lissier H1PP. Boulenger. - La Meuse à Anseremme. bruxellois: elles datent de 1717
et représentent le triomphe de
Vénus, Orphée et les Muses, le triomphe de Diane, le triomphe de Pallas et le triomphe de Mars. Les quatre autres proviennent de l’ancienne abbaye Saint-Pierre et sont dûes à P. vanden Hecke, qui exerça son métier à Bruxelles vers la fin du XVIIe siècle ; cette séné comporte des épisodes de la vie de Darius.
Bien conservées, ces tapisseries au beau colons adouci et patiné par le temps, décorent somptueusement les salles centrales du musée ; dès l’entrée, le visiteur est sous le charme de ces chatoyantes colorations ; elles le prédisposent favorablement à la visite des collections.
Les dons, prêts ou legs que nous venons de signaler perdent de leur importance, lorsqu’on songe à ceux faits au Musée par Fernand Scribe ; en léguant tous ses trésors artistiques à la ville de Gand, le président fondateur des Amis du Musée enrichit considérablement les collections ; par respect poui sa mémoire et à titre d’hommage durable à son large geste de mécène, ses tableaux, sculptures et dessins furent réunis dans trois salles : 1 une consacrée aux œuvres modernes, une autre aux œuvres anciennes, une troisième aux des-
sins, aquarelles et petites sculptures; suivant un désir du défunt, quelques-uns de ses beaux meubles, ainsi que des fragments de tapisseries décorent les deux salles principales ; à l’entrée le buste en marbre de Fernand Scribe par le comte Jacques de Lalaing, son ami.
Cette collection, a dit M. Jos. de Smet, est une sélection patiemment faite par un homme de goût pendant tout le cours de sa carrière.
Artiste avant tout, Scribe ne fut jamais le fureteur classique, le rêveur de merveilles retrouvées ; il avait le sentiment du beau et rejetait le morceau, fût-il rare, s’il n’y trouvait une qualité d’art. Son sens esthétique l’a heureusement guidé dans le choix d’œuvres ou d’esquisses de maîtres modernes.
A parcourir les salles Scribe, tout esprit sensible au beau éprouve une réelle jouissance Alex. Stuuys. - Désespérés.
artistique. Faut-il énumérer ici toutes les perles de ces legs et insiter sur leurs qualités ? l’espace mesuré dont nous disposons s’y oppose ; aussi bien cette étude ne vise-t-elle qu’à rappeler l’histoire du Musée. Glanons cependant quelques indications dans l’inventaire du legs, qui compte 220 numéros. Parmi les œuvres anciennes, on peut citer le Repas de la Sainte Famille en Egypte, par J. Jordaens; des portraits de Govert Flinck, de Tintoret, de Lud. Carrache, P. Fannato, J.
Ovens, J. A. van Ravenstein, Terborg, Vander Helst, et d’autres œuvres de W. Kalff, Heda, Cornelis Ketel, Josse van Craes-
Charles de Groux. — Le bénédicité.
sont représentés par des tableaux, des esquisses ou des dessins signés de Fromentin, Aug. Pointelm, Feyen-Perrm, H. Rousseau, Millet, Eug. Delacroix, Ch. Jacaue, Léon Lhermitte, J. L. Meissonmer, Fortuny, Isabey, A. Lebourg, Boutet de Monvel, G. Boudin, Rochegrosse, Vollon, Géricault, L. Simon (le Clown rouge et les Lutteurs), René Ménard (le Printemps), Corot ( Carrière à Fontainebleau), Fantin- Latour ( Portrait et Fleurs), Aman Jean ( Jeune femme endormie), Fr. Daubigny ( Paysage et Vaches), et d’autres.
Parmi les œuvres de l’école belge, citons un grand pastel. Les chevaux, de Jean Delvin ; Fillettes aux champs d’E. Claus ; La nuit de Léon Frédéric ; plusieurs paysages d’Albert Baertsoen ; un Paysage d'hiver de Rod. de
CÉSAR DE COCK. — La route du Patyntje à Gand.
Alfred Verwee. — Combat de jeunes taureaux.
beek, Corn. Lehenberg ; une belle toile de J. Fyt, Un lièvre cerné par des chiens ; une Guirlande de fruits d’attribution discutée entre F. Snyders et J. Fyt; un beau buste polychrome du Christ Sauveur, attribué à Andrea del Verrochio ; un buste de pape (Clément XII?) de P. Verschaffelt (Pietro Fiammgo) ou peut-être de batelier du chev. Bernin, des sculptures en bois des XV" et XVIe siècles.
Fernand Scribe avait une prédilection! marquée pour l’école française moderne ; plusieurs de ses maîtres
Comte Jacques de Lalaing. — Portrait équestre.
Saegher etc. ; des sculptures de Georges Mtnne (Tête d’homme), de J Lagae ( Tête de pêcheur), de Jacques de Lalaing ( Génie de la mort).
Scribe mourut en août 1913; sa santé profondément ébranlée depuis plusieurs années l’obligeait a mener une vie d anachorète ; mais son esprit toujours lucide conservait toute son activité, parfois fébrile, pour les choses de l’art, le Musée et son œuvre des Amis du Musée. Il eut la joie de voir le Musée agrandi et il rêvait d’y installer largement les collections.
Ce fut en 1911, au cours des préparatifs de l’Exposition Universelle et Internationale de Gand en 1913, que l’organisateur de l’exposition rétrospective de Y Art ancien dans les Flandres fit campagne pour décider [ administration communale à compléter le musée suivant le plan primitif de Ch. Van Rysselberghe. Il fit valoir que l’incombustibilité de ces salles inspirerait confiance aux collectionneurs et contribuerait largement au succès de cette entreprise. Le comité directeur de l 'Exposition Universelle joignit ses instances à celles du promoteur du projet. Le conseil communal n’hésita pas à approuver la proposition ; grâce à cette heureuse circonstance, les bâtiments du Musée des Beaux Arts ont reçu leur plein développement. Les travaux furent entrepris et terminés sous la direction de Ch. Van Rysselberghe, suivant le plan primitif ; il y apporta toutefois quelques légères modifications, notamment aux deux hémicycles latéraux afin de pouvoir placer dans la grande paroi de l’un d’eux, tel un bas-relief puissant. Les passions humaines, par Jef Lambeaux. C’est le modèle en plâtre (6 m. X I 1 m ) d’après lequel fut taillée dans le marbre la sculpture exposée au parc du Cinquantenaire à Bruxelles.
L’exposition rétrospective de 1913 procura d’autres avantages au Musée ; ses organisateurs y avaient transporté le beau salon de l’abbé Antoine Patheet, 37e abbé de Baudeloo (1 735-1 758) avec ses boiseï les, sa cheminée, ses tapisseries bruxelloises par Vanden Hecke; dans cet écrin de grand style, quelques vitrines contenaient les plus beaux spécimens d’argenteries civiles marquées aux poinçons de Gand, d’Audenarde et de Bruxelles. La beauté de ce salon fit naître le désir de le conserver au Musée des Beaux-Arts ; le vœu fut favorablement accueilli ; le salon de Baudeloo ne sera pas un des moindres attraits du vaste et beau local élevé par la ville de Gand pour abriter ses collections de peinture et de sculpture.
C’est également à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1913 que la section de la médaille d’art se développa sensiblement. Déjà avant 1910, une Société gantoise des Amis de la Médaille s 'était fondée en vue d’augmenter la collection du cabinet d^ médailles de la ville Lucien Simon. — Le clown rouge.
LÉON FRÉDÉRIC. — Le dimanche avant la messe.
de Gand confié aux soins de M. Georges Brunin, conservateur. Les fondateurs y joignirent une section de la médaille d art, dans le but de créer une collection au Musée des Beaux-Arts. On cheta quelques œuvres au Salon international des Beaux Arts annexé à l’Exposition ruverselle de Bruxelles de 1910; on les joignit au modeste fonds existant; il y en avait à peine assez pour remplir une vitrine. Des achats furent encore faits et des dons reçus notamment du maître médailliste. Godefroid De Vreese. et de plusieurs artistes étrangers. A l’Exposition Universelle de Gand, en 1913, une très importante section internationale de la médaille d’ait fut organisée sous la direction du savant numismate et grand collectionneur de médailles, Alph. de Witte. Grâce aux nombreux achats qu’y ht la Société gantoise des Amis de la Médaille, le Musée de Gand s’enrichit heureusement dans le domaine numismatique. Les organisateurs de Y Art Ancien dans les Flandres offrirent au Musée le mobilier qui avait servi à leur section de numismatique ; cette double circonstance valut au Musée et de belles œuvres d’art et les vitrines pour les exposer. La section des médailles du Musée de Gand, quoique à ses débuts, mérite 1 attention des amateurs ; on y trouve des spécimens de France, d Angleterre, des États-Unis d’Amérique, d’Autriche, de Suisse, d’Allemagne, d’Italie et d’Espagne. Aucun autre musée des Beaux Arts de Belgique ne possède pareille collection.
L’année 1913 fut, à tous égards, heureuse pour Gand ; le succès de son Exposition universelle, de son Salon des Beaux-Arts, de 1 Art Ancien dans les Flandres, des fêtes sportives, musicales et littéraires, du cortège du Tricentenaire de la Confrérie Royale et Chevalière de Saint-Michel, avait attiré I at-
Émile René Ménard. — Le printemps.
tention du monde entier sur la cité d’Artevelde. Elle s’apprêtait à recueillir les fruits de son bel effort, lorsque l’Allemagne parjure feula aux pieds ses engagements et déclara la guerre à la Belgique, fidèle à son serment envers les garants de sa neutralité. La prospérité nationale s’effondra et tout l’effort des citoyens tendit à soulager les misères innombrables que déchaînait le fléau. Pendant les quatre années de l’occupation allemande, il n’v eut plus place pour les arts ou les travaux de la paix. On ne s’occupa guère d’art que poui préserver autant que possible le patrimoine national ; ce fut, dès le premier jour, la préoccupation constante de la commission du Musée ; mais elle se fit plus troublante à partir du jour où les
combats aériens le jet de bombes et les batteries allemandes de défense contre les avions alliés firent tomber fréquemment la mitraille sur la ville et menaçèrent de venir, à travers les lanterneaux des toitures du Musée, trouer les toiles ou briser les sculptures. Peu après l’entrée des allemands à Gand en octobre 1914, les services pharmaceutiques de leur armée prirent possession de tous les locaux inférieurs du Musée; à plusieurs reprises, ils tentèrent d étendre l’occupation aux salles d’exposition; le collège échevinal fut forcé de leur accorder le prêt de quelques toiles d’intérêt secondaire, pour décorer le mess d’officiers du lazaret Sainte-Dorothée (Casino).
Légitimement préoccupée du danger que couraient les œuvres d’art, la commission fit enlever les belles tapisseries ainsi que quelques tableaux de petite dimension parmi les meilleurs de la collection; ds furent déposés en heu sûr, hors du Musée; à intervalles réguliers les tapisseries furent déroulées, examinées soigneusement et replacées ensuite dans leur abri, sous la surveillance d’un membre de la commission. A deux ou trois reprises, un commencement d’incendie dans les locaux occupés par les allemands redoubla les alarmes de la commission ; plusieurs fois des lanterneaux furent atteints par les éclats de projectiles, notamment en 1916 et 1917.
Par mesure de précaution, on interdit l’accès du public au Musée ; la défense lur levée pendant une courte période de 1 été 1916.
A. J. heymans. - Soleil couchant sur la bruyère. ^n octobre de cette année, 1 auto
Eug. Carrière. — Son portrait.
GUSTAVE VANAISE. — Saint Liévin en Flandre.
rite civile allemande attira l’attention d’un membre de la commission sur le danger que couraient les œuvres d’art, à cause de la fréquence des attaques des avions des armées alliées. La commission ferma aussitôt le Musée et chargea quatre de ses membres de dresser la liste des tableaux à mettre en sûreté; le nombre s’éleva à 117; mais le collège échevinal se réserva le droit de fixer le moment où l’enlèvement et le transfert en lieu sûr pourraient s’effectuer. Cette situation se prolongea au cours de 1917 et des premiers mois de 1918. La Commission se réunissait rarement, parce qu elle se refusait à solliciter l’autorisation exigée par l’autorité occupante sous des peines sévères. Mais les membres du bureau gardèrent le contact avec leurs collègues et prirent, sous leur responsabilité, les décisions commandées par les circonstances.
Aux premiers jours d’octobre 1918, un officier allemand, historien d’art, prévint le président de la commission d’un recul probable du fiont de l’armée à proximité de Gand ; le centre de la ville ne serait peut-être pas menacé; mais il n’en serait pas de même pour la périphérie ; il y avait danger pour le Musée à cause de son emplacement dans un parc dont les grands arbres semblaient désignés pour abriter dçs dépôts de munitions ; les avions alliés ne manqueraient pas de jeter des bombes et de provoquer des explosions aux eidroits suspects. L’officier proposait l’envoi de toutes les œuvres d’art à Bruxelles qu en Hollande. La commission, se ralliant à l’avis de son bureau, marqua ses préférence^, pour la conservation des œuvres à Gand, mais au dehors du Musée, dans un local situé au centre de la ville. On fit toutefois une démarche auprès du consul de Hollande en vue d’un transport éventuel des principaux tableaux dans ce pays. M. Kuyck se montra disposé à intervenir, tout en exprimant la crainte que les négociations pourraient durer à cause des circonstances.
Pressée par les évènements et se trouvant dans l’impossibilité de faire n’importe quel transport sans l’autorisation de l’occupant, le bureau de la Commission écrivit le 9 octobre 1918 au ff. bourgmestre, l’allemand Künzer, pour l’informer de la décision de transporter les œuvres d art dans la crypte de la cathédrale Saint-Bavon, mise obligeamment à sa disposition par l’autorité religieuse.
Émile Claus. — L’arbre ensoleillé.
les toiles trop grandes pour être déplacées et quelques furent reculées dans les coins des salles et protégées vides entassées. — L’efficacité de ces mesures fut démontrée le 28 octobre lorsque d’importants éclats de bombes traversèrent le lanterneau de la grande salle centrale et vinrent s’abattre à 1 endroit qu’avait occupé le Venusberg de Rombaux quelques jours auparavant ; d’autres éclats tombèrent dans une autre salle.
Après la débâcle allemande, les jours de liesse de l’armistice et les fêtes en l’honneur de l’armée victorieuse, la commission se préoccupa de replacer les œuvres d’art au Musée et de préparer l’aménagement définitif et complet des collections. Le 2 mai 1920, les nouvelles salles furent ouvertes au public; la veille, les Amis du Musée
La Commission ne reçut pas de réponse à cette lettre. Toutefois le 12 octobre, le ff. bourgmestre intima l’ordre au conservateur du Musée de transporter les tableaux à Saint-Bavon.
Cette injonction ne fut transmise à la Commission qu’après plusieurs jours.
Mais avant la réception de cette communication, les dangers qui menaçaient le Musée devinrent tels que le président et le trésorier de la Commission assumèrent la responsabilité d’arrêter d urgence les mesures de sauvetage, sans plus se soucier ni d’autorisation, ni d’un concours quelconque D’urgence, des caisses furent demandées à la menuiserie communale; une dizaine d ouvriers furent chargés de dépendre les tableaux et de les emballer; en sept jours, les caisses furent remplies, transportées et déposées dans la crypte de Saint-Bavon; les toiles trop grandes pour être emballées furent transférées telles quelles sous la tour de la cathédrale. L’autorité militaire allemande ayant réquisitionné les attelages de la ferme des boues, le transport faillit être compromis ; mais une énergique protestation sauva la situation. Bref il ne resta dans les salles du Musée que unes de valeur très secondaire. Les sculptures par les banquettes matelassées et des caisses
Émile Claus. — Ijsvogess.
Théo van Rysselberghe. — La lecture.
avaient convié tous leurs adhérents à assister à l'inauguratioe de la collection Scribe. Devant les œuvres offertes par le généreux mécène, on fit assaut d’éloquence pour payer un légitime hommage à sa mémoire; aux paroles succéda la musique, afin de marquer, en cette journée heureuse, l’union des arts.
On dit que les joies s’enchaînent; il en fut ainsi pour le Musée en cette journée du 1er mai 1920; plusieurs dons furent faits au Musée à l’occasion de sa réouverture, notamment par Jean Delvin qui offrit sept de ses beaux dessins, deux toiles de son ancien élève japonais, Torajiro Kojima, (La lecture et Pivoines ),
ainsi que le Saint Jean-Baptiste (épreuve unique en plâtre) de Geo Minne. En mentionnant ces dons, nous songeons aux nombreux services rendus par Jean Delvin au Musée des Beaux Arts, aux Amis du Musée et à l’œuvre du Jeton de Guerre. Partout il fut l’homme probe, intègre, généreux, courtois; ces qualités s associaient à un goût sûr dans le jugement des œuvres d’art; sa mort prive les institutions artistiques de Gand d’un conseiller d’une haute compétence ; l’art belge a perdu en lui un de ses grands représentants.
A l’occasion de la réouverture du Musée, un nouvel organisme prit naissance ; il se donna pour but d’enrichir les collections par l’acquisition d’œuvres d’artistes vivants de la région gantoise; à cet effet, le reliquat de I Œuvre du Jeton de guerre fondée pendant la guerre pour venir en aide aux artistes ou artisans d’art, fut remis à un comité de cinq membres (Hulin de Loo, Jean Delvin, René Van Herrewegge, Jos. de Smet et Jos. Casier), avec mission d’agir dans les mêmes conditions que pour les achats faits par les Anus du Musée,
Par les seins de ce comité soutenu par les subsides de la ville de Gand et de l’Etat, les œuvres suivantes sont entrées au Musée : d’Albert Baertsoen, Le vieux sas et la première veision de son tableau
du Musée du Luxembourg à Paris, Le dégel à Gand ; de Jules de Bruycker, une grande aquarelle : Vieux marché à Gand , cinq eaux-fortes de la série de la guerre et sept autres plus récentes ; de Geo Minne Le grand agenouillé (bronze) ; de Gustave Servaes, un Paysan, dessin important ; de Geo Verbanck un marbre: Méditation ; d Oscar Sima, un bronze : Descente de croix ; d’Emile Claus, deux toiles : l’une. Midi à TEsterel, atteste la hardiesse et la puissance de coloration du maître; l’autre, peinte en Angleterre au cours de la guerre, montre, dans un brouillard rosé matinal, La Tamise à Londres.
L’apport de l’Œuvre du Jeton de Guerre est nécessairement limité au don accru des subsides
Georges Buysse. - L’église de Wondeigem. de l’Etat et delà ville de Gand ; bien que de
courte durée, son action bienfaisante aura enrichi le Musée de toiles et de sculptures d’une belle tenue artistique. Une fois de plus, l’initiative privée aura prouvé sa fécondité; par leur concours, les pouvoirs publics lui ont rendu un légitime hommage.
Chacun se souvient du sort malheureux causé à la ville de Termonde par les incendiaires prussiens ; les tableaux qui ornaient l’hôtel de ville de la malheureuse cité furent épargnés et apportés à Gand pour y être déposés au Musée des Beaux Aits ; d’autres œuvres d’art y
JEAN Delvin. - Combat de chevaux. furent transportées par des sau-
veteurs restés inconnus; les propriétaires ne se sont pas encore fait connaître. Les œuvres d’art de Termonde ont été reprises après 1 armistice, sauf L'étable de Jean Stobbaerts que l’édilité termondoise a consenti à confier temporairement au Musée de Gand. — Un autre dépôt important a été confié au Musée après la guerre ; il comporte quatre tapisseries appartenant à l’église de Boesinghe près d’Ypres ; cette jolie construction fut détruite au cours de la guerre ; on ignore dans quelles circonstances les tapisseries furent enlevées de l’église et sauvées. Au cours de ses randonnées pour le service de sauvetage des œuvres d’art, M. l’architecte Dhuicque de Bruxelles eut la bonne fortune de retrouver ces tentures ; en attendant que l’église de Boesinghe soit restaurée ou refaite, la commission du Musée de Gand a offert de prendre ces tapisseries en dépôt, avec l’assentiment de l’Etat. L’ongme de ces tentures est inconnue; deux d’entr’elles ont figuré en 1913, à l’exposition rétrospective de l’Art Ancien dans les Flandres de Gand. Nous avons eu le loisir de les étudier à cette occasion ; nous avons consulté vainement à leur sujet (avant la guerre) les archives locales et les publications relatives à Boesinghe. Le style de ces tapisseries accuse la fin du XVIIe siècle et une fabrication audenardaise, peut-être lilloise. Nous n’avons pu, nonobstant de nombreuses et persévérantes recherches, identifier l’armoirie et la devise reproduites sur ces tapisseries. Chacune de celles-ci comporte un paysage avec grands arbres et plantes, parmi lesquelles des roses trémières, le tout dans une gamme de tons rerts et ocres ; au centre de chacune des compositions, un groupe représente une scène de 1 apostolat de saint Fra nçois Xavier. La qualité artistique de ces quatre tapisseries est inférieure à celle des neuf tentures d’Urbain Leyniers et de P. Vanden Hecke, déjà signalées à l’occasion de 1 inauguration du Musée en 1902; mais elles contribuent heureusement avec celles-ci à donner au vestibule d’honneur et au grand salon central du Musée un décor somptueux.
iT Caeolus Tremerie. - L’église du béguinage.
Nous venons de parcourir les divers stades de l’histoire du Musée des Beaux Arts de Gand; nous avons signalé sa naissance modeste, son développement lent, son essor à la suite du transfert des collections dans le nouveau local, son extension, les dangers courus pendant la guerre mondiale de 1914-18, et sa réouverture dans des conditions très favorables. Une bonne fée semble veiller sur le Musée des Beaux Arts; l’étranger l’estime et le loue, plus peut-être que les gantois qui paraissent l’ignoier.
Les acquisitions sont signalées avec élcge dans des revues étrangères et l’aménagement des collections est remarqué. Cette dernière question est en effet des plus importantes pour un musée. On a dit que les musées étaient les prisons de l’art ; ce jugement est vrai, s’il s applique à 1 art monumental qui a besoin du plein jour, de 1 air, du soleil, des variations d’éclairage pour faire valoir et justifier ses formes. Dans une mesure beaucoup moindre, cet aphorisme peut s’appliquer aux tableaux.
N’est-ce rien pour un panneau peint en vue de la décoration d une cheminée ou d une chambre, ou pour une toile enlevée au vaste cadre que constitue un autel dans le goût du XVIIe ou du XVIIIe siècle, de se letrouver dans la promiscuité d’une quantité d’autres panneaux ou toiles de tonalités, de dimensions, de styles, de conceptions différents? Dans l’isolement d une chambre, dans le rayonnement d’une nef de cathédrale, les peintures se trouvaient dans le cadre et dans l’éclairage choisis pai l’artiste ; aucun voisinage incohérent ne troublait l’effet voulu par le peintre. Il n’en est plus ainsi dans les salles de Musée, où les toiles voisinent et luttent entr’elles par des colorations différentes, parfois très discordantes. Dans quelques musées, l’écueil est écarté pour l’une ou l’autre toile de valeur exceptionnelle ; on l’isole dans une salle appropriée ; et du coup l’œuvre, telle La Ronde de nuit de Rembrandt à Amsterdam ou la M adonne de saint Sixte de Raphaël à Dresde, apparaît plus belle, plus grave ou plus radieuse ; elle donne ainsi sa pleine valeur artistique. Mais l’isolement, possible à titre exceptionnel, est irréalisable en règle générale; de là naît la nécessité de l’aménagement harmonieux d’un musée ; il faut se soucier de la ligne
des cadres, de leurs dimensions, de la coloration des peintures, empêcher les heurts trop accentués, se préoccuper de l’aspect général de chaque salle et de la mise en valeur de chaque œuvre, s’efforcer de n’en sacrifier aucune à leurs voisines, bref réaliser l’harmonie la plus parfaite possible. On ne peut méconnaître non plus la mission éducatrice d’un musée ; il convient de grouper les œuvres par époque, par pays ou tendance artistique, afi î de lenseigner le visiteur. Dans le dernier remaniement des collections du Musée de Gand, la commission s est attachée à faire un placement rationnel et harmonieux ; ce travail a produit un
Fep.d. Willaert. — Pêcheurs sur un ancien canal à Qand.
Anders Zorn. — Avec sa mère (le bain de mer).
résultat qu’on s’est plû à louer ; les nouveaux accroissements fourniront l ’occasion d’améliorer encore 1 aspect décoratif général.
Et puisque notre plume a tracé les mots de nouveaux accroissements, pourquoi ne signalerions-nous pas quelques-unes des œuvres récemment acquises au Salon de Gand ? fidèle à la coutume signalée déjà au cours de cette notice, la ville de Gand, avec le concours de l’Etat, a consacré à ces achats des ressouices assez importantes; elle a acquis notamment un charmant Buste de jeune fille (marbre) du maître belge, Victor Rousseau, un Torse de femme (bronze cire perdue) de l’artiste malinois Ernest Wynants, l’admirable Portrait du docteur Koeberlé (bronze), par l’éminent sculpteur français Emile-Antoine Bourdelle, un Portrait d'homme peint par Mme Mêla Muter auguste Oleffe. - Le goûter. (Paris), une Vue de Sienne par Georges Dufre-
noy (Paris), la Raie, aquarelle par Jules Brouwers, des Accessoires d’atelier par Alfred Verhaeren, un Bol de tulipes, aquarelle par Marcel Jeffe rys, une Corbeille de fruits par Mlle Lucie Jacquart, une Paysanne endormie par Hageman.
Ces achats forment un apport important pour la section des maîtres modernes ; on sait que la collection gantoise est divisée en deux sections principales : cebe des maîtres anciens comprend toutes les œuvres antérieures au XIXe siècle ; celles produites à partir du début de ce siècle sont classées sous la rubrique maîtres modernes ; dans le catalogue de 1909, chacune de ces deux divisions est subdivisée en trois parties : les peintures à l’huile, au pastel ou à l’aquarelle, les œuvres en blanc et noir (dessins, eaux-fortes, fusains, etc...), les sculptures y compris les médailles.
La section des maîtres modernes est importante et très éclectiquement composée ; la plupart des écoles ou tendances sont représentées, souvent par des toiles de première valeur; à cet égard, le Musée de Gand peut soutenir la comparaison avec beaucoup de musées importants.
II n’en est pas de même pour les maîtres anciens ; les chefs-d’œuvres qui ornaient les églises, les couvents, les institutions hospitalières ont été soustraits sous les régimes autrichien et français ; les épaves de ce naufrage ont formé le fends ancien du Musée; ainsi que nous l’avons déjà signalé, l edihté gantoise du XIXe siècle n’a eu cure d’accroître sa collection de maîtres anciens ; elle a négligé les occasions, telle la vente Schamp, pour conserver chez elle des chefs-d’œuvres des plus
grands maîtres. C’est cette lacune qu’à l’initiative de ,NACI0 ZUL0AGA. Paysans espa|înois au marché.
Fernand Scribe, les Amis du Musée s’efforcent d’amoindrir dans la mesure de leurs ressources; jamais ils ne la combleront, parce que les occasions d’achat se font chaque jours plus rares et que la côte des prix subit une ascension constante. Cette double considération devrait inciter les amateurs gantois d’art à seconder plus largement ceux qui se consacrent, avec un désintéressement absolu, à augmenter le patrimoine artistique de leur ville et à procurer des jouissances d’ordre élevé à leurs concitoyens. Loin de nous la pensée de médire des progiès modernes, ou de nous élever contre toutes les réjouissances qui font les délices des foules. Mais y en a-t-il beaucoup, parmi ces spectacles attirants, qui élèvent 1 esprit et le cœur et leur fassent éprouver des jouissances comparables à l’émotion qu’éveille une œuvre d’art? Il est donc ben, il est utile comme il est réconfoitant de coopérer aux efforts de ceux que hante la diffusion de l’ait et qui y consacrent leurs loisirs et leurs connaissances artistiques.
En 1 923, la Société des Amis du Musée comptera vingtcinq ans d’existence ; son action a été bienfaisante ; que n’eut-elle pas produit, si tous ceux qui le pouvaient lui avaient apporté leur concours, pour modeste fût-il? Les petits ruisseaux font les grandes rivières, dit-on. Notre devise nationale exprime la même pensée : l’Union fait la force. C est à cette union que nous convions tous les Amis du Musée. Leur concours sera un acte de bon citoyen, de vrai patriote.
PAUL Devigne. — L’immortalité.
( Mémorial Paul Devigne et Liévin Je Winne).
Au cours de cet aperçu historique nous avons signalé la notice descriptive du Musée par A. de
Goesin, le catalogue de A -P. Sunaert, paru en 1870 l’essai historique de Prosper Claeys, paru en 1892. En 1903, un catalogue illustré parut chez Meyer-Vanloo ; I lnventaire archéologique, publié par la Société d’Histoire et d’Archéologie de Gand, renferme de nombreuses descriptions de tableaux et sculptures du Musée.
En 1909, parut un catalogue dû à la collaboration de quelques membres de la commission directrice du Musée. Les œuvres y sont classées en deux parties : maîtres anciens et maîtres modernes ; dans chacune de deux catégories, sont rangés, par ordre alphabétique, les noms des altistes ; les œuvres d auteurs inconnus sont signalées chronologiquement sous la rubrique de leur école : XVe siècle flamand , XVIe siècle français, etc. La numérotation des œuvres s’écarte des usages courants ; la commission s’est inspirée de 1 utilité qu’offre la stabilité du numérotage pour une œuvre d’art, tant au point de vue de la facilité de l inventaire d’une collection qu’à celui d’une identification immuable; la permanence de la numérotation est manifestement utile pour les œuvres soumises aux discussions de la critique dans les publications scientifiques.
Aug. Rodin. — Tête d’esclave. La numérotation habituelle n’est j:>as stable ; elle est à la
merci de l’accroissement des collections et doit immanquablement subir des changements à chaque remaniement. Pour obtenir un numérotage stable, il faut adopter un système qui permette l’augmentation indéfinie des collections sans modification de la numérotation ; il doit également faciliter les recherches dans le catalogue, par conséquent être simple et facilement compris de tout le monde.
L’expérience a démontré que la solution adoptée au Musée de Gand répond à ces desiderata ; elle consiste à classer les œuvres d’après l’année d’entrée au Musée et à distinguer ensuite par une lettre supplémentaire toutes celles qui ont été admises au cours d’une année. En supposait l’achat successif, au cours de 1921, de deux tableaux, d un pastel, d’une sculpture, de deux dessins, ces œuvres seront numérotées respectivement 1921 A et 1921 B pour les tableaux, 1921 C pour le pastel, 1921 D pour la sculpture, 1921 E et 1921 F pour les dessins. Si le nombre d’entrées au cours d’une année dépasse le nombre des lettres de l’alphabet, on recommence une nouvelle série par le doublement des lettres, AA, BB, CC, etc... ou de toute autre façon, par exemple AA, AB. AC, etc. En dehors de la stabilité de la numérotation, le système offre l’avantage de signaler la date d’entrée des œuvres d’art. A ce mode de numérotation il n’a été fait exception que pour les tableaux du vieux fonds ; on les a désignés d’après le n° du catalogue de Sunaert précédé de la lettre S : par exemple, S. 56, S. 86, etc.
L’édition de 1909 du catalogue est épuisée depuis deux ans ; cette lacune provoque chaque jour les regrets des visiteurs du Musée; ces plaintes sont légitimes. Au cours des dernières années, nous avons réuni les éléments d’une nouvelle édition qui, nous 1 espérons, pourra paraître au cours de 1923, si nos efforts sont secondés. L’urgente nécessité d’un nouveau catalogue est d’autant plus
justifiée que, depuis 1 909, les locaux du Musée ont été considérablement augmentés et que les collections se sontaccrues d’une manière importante, grâce au legsScribe et aux apports de la Société des Amis du Musée.
Au demeurant, le cata-
logue d’une collection est un instrument de travail indispensable aux historiens d’art, comme il est le souvenir qu’emportent les touristes. Sa publication s impose à très bref délai pour le Musée des Beaux Arts de Gand.
JULES LAGAE. — Expiation