ÉVENTAILS ET ABAT-JOUR
Si les éventails et abat-jour tiennent une grande place dans l'imagerie d'actualité ; ce sont surtout les objets bon marché qui suivent la mode dans ses manifestations del'ordre politique ou social. Les souvenirs des événements historiques, les portraits des grands hommes, les vues d'ensemble des expositions se trouvent principalement sur les feuilles destinées au populaire, qu'il s'agisse du cache-pudeur ou du cache-lumière.
Exceptionnellement, on peut le dire, la visite des souverains russes a donné naissance à des objets d'un prix plutôt élevé à tel
Éventail de luxe avec monture en ébènc constellée de paillettes, aux couleurs des deux pays, le panache portant, sculptés, l'aigle russe couronnée et l'écusson de la République française. Feuille do gaze noire aux armes de Russie rehaussées d'or et aux initiales de la R. F. Tout autour, encadrement de paillettes aux couleurs des deux drapeaux.
Éventail de luxe en nacre noire, portant, sculptée et incrustée d'or, la double aigle cou ronnée. Sur la feuille, en gaze noire, les armes de Russie dans un écusson d'or initiales R. F. entourées de palmes. Tout autour, semis de paillettes tricolore»;
Éventail de luxe à monture en os, gravée et pailletée, avec feuille de gaze blanche
Éventail en ruban, aux armes de la ville de Paris et du Tsar, et aux couleurs francorusses. Les lamelles reliées deux à deux étant de couleurs différentes, suivant la façon dont on ouvre l'éventail, elles se séparent comme si l'éventail était composé de plusieurs morceaux.
Dessins de l'abal-jour franco-russe fabriqué par Mme Grimaldi. L'éventail a les mômes portraits et les mômes écussons : seuls les types militaires diffèrent. La bordure est tricolore. • ' ,
Au recto de l'éventail se trouve, imprimé en vert sur papier rose, 1 hymne irancorussc, paroles de Arsène Ravry, musique de A. Grimaldi et dont voici un couplet :
Plus de secrets, car notre belle France Aux yeux de tous te traite en grande sœur, Et pour fôter cette franche alliance, Du peuple en joie entends-tu la clameur. Dans nos palais, dans nos humbles chaumières , Ton étendard près du nôtre a flotté.
En se donnant, ces deux saintes bannières, L'accolade de la fraternité.
Reçois Russie, tetre chérie.
Les" serments de notre Patrie.
Que tes fils valeureux et nos fils glorieux Répètent radieux :
Vive la France et la Russie !
point que l'éventail en papier, le vulgaire éventail-imagerie, si nombreux sous Louis XVI, et à l'époque de la Révolution, ne se trouve représenté à notre connaissance que par un seul spécimen. Et il ne paraît pas avoir fait florès.
. C'est donc, d'une part, l'éventail en rubans, les lamelles étant arrangées, au point de vue des couleurs, de façon à former le drapeau français et le drapeau russe ; sur les uns, au milieu, l'aigle russe seulement; sur les autres les armoiries impériales russes et les armoiries de la vifle de Paris accotées.
D'autre part, les éventails avec portraits des souverains et ornements décoratifs peints sur soie, et les éventails en gaze noire et blanche, avec paillettes et motifs divers, aux riches montures, éventails de luxe, et ce sont ceux ici reproduits.
Après l'éventail, l'abat-jour, et là, même chose. Une pièce populaire, une série de grands et petits abat-jour avec vues, portraits ou sujets divers peints à la main. Des tsars et des tsarines, en costume officiel et en costume russe, des reproductions d'images anciennes du temps de Pierre le Grand ou de Catherine II ; tout cela sur parchemin, destiné à être vu à la lueur des bougies, tandis que, pour conclure sans doute définitivement l'alliance franco-russe, un grand abat-jour à lampe montre, entouré de drapeaux russes et ayant, en face de lui, le tsar Nicolas II, un Napoléon Ier qui ne s'attendait certes pas à pareille conclusion.
L'abat-jour de la réconciliation 1 ou, si l'on préfère, la réconciliation du passé par les images du présent, ce qui ne nuit à personne, ne change assurément pas l'Histoire et fait le bonheur de ceuxqui aimentainsià rapprocherles ennemis d'autrefois.
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Ce sont ici les décorations, les ornements, les lanternes, les drapeaux, les pavillons, la guirlande marine autrement appelée les chaînes « de l'alliance ï qui, huit jours durant, donnèrent aux rues de nos villes un aspect si particulièrement pittoresque séchage de mouchoirs en plein vent — et les mâts enguiret les fleurs en papier, moyen heureux entre tous,
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de garnir artificiellement ce que la nature avait dégarni. Une raine pour le papier, depuis le carton découpé, depuis les portraits en médaillon et les ornements de toutes sortes — tels ces coqs et ces aigles accompagnés de lanternes et de lampions destinés au décor personnel des individus, de même façon que les objets eux-mêmes décoraient les maisons — jusqu'aux drapeaux français et russe en papier de soie, les uns avec le portrait du Président de la République, les autres avec les portraits du Tsar et de la Tsarine, jusqu'aux petits drapeaux jaunes lilliputiens qui, poussant à l'extrême l'amour du décor, venaient, en ces jours de fêtes, se planter sur les plats montés et sur les gâteaux.
La Revue Horticole, en un très intéressant et très curieux article (n° du 16 octobre), ne nous apprend-elle pas que cet amour du décor s'étendit jusqu'aux fruits ? C'est à un marchand des Halles que l'on doit les fruits marqués à l'aigle impériale russe de la façon suivante : « Découpées dans un papier d'une fabrication spéciale, les aigles avaient été collées sur certaines pommes, la variété Grand-Alexandre en particulier, et sur des pêches, alors que ces iruits n'avaient pas encore mûri, et précisément du côté exposé au soleil, de telle sorte que ces fruits ont rougi en mûrissant, à l'exception, bien entendu, des parties préservées. Une fois les gabarits enlevés, les aigles se sont trouvées figurées en clair sur la pelure du fruit aux endroits où, précisément, le soleil avait le mieux, frappé les parties non cachées .»
Et voilà comment apparurent sur la table de l'Elysée des fruits écussonnés, et voilà comment, passant dans le domaine public, ou plutôt se généralisant, la même fantaisie est venue prendre place sur les tables des restaurants à la mode.
Une pomme à V aigle! Une -pêche à V aigle! Quelque jour sans doute ce cri retentira, strident, dans les é tablissements à vingtcinq sols.
Les décorations ! c'est très certainement, en notre République, l'objet le plus recherché du public. N'est-ce pas, du reste, un peu la maladie de toutes les démocraties ? A la décoration officielle on éprouve pour ainsi dire le besoin d'opposer une décoration populaire, nationale, pouvant s'acheter moyennant quelques sols,
et permettant à Populo d'en être, lui aussi, de la fête. Décorations en papier, en étoffes, en rubans, en fer-blanc, avec ou sans médaille, la plus recherchée étant toujours celle qui se rapproche des vraies. Et avec cela Populo est heureux, tout en faisant le bonheur de l'article de Paris.
Quelque jour, dans quelques siècles peut-être, on s'amusera à faire l'historique de la décoration sous ses deux formes. Cataloguer, aujourd'hui, les décorations des journées russes publiées par centaines serait fastidieux ; mieux vaut les reproduire en leurs modèles les plus typiques.
C'est ce que nous faisons.
Vitrail de couleur destiné à être accroché derrière les carreaux (le môme existe avec le Tsar).