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LA PHOTOGRAPHIE DES COILELRS

M. LKON VIDAL

Photographie directe des couleurs.

Dès les preiniors temps de la découverte de la photographie^ l'idée d'appliquer ce moyen de copie à la reproduction des couleurs a pris naissance sous inie forme évidemment vague et indéterminée.

On ne pouvait s'empêcher, en voyant sur la plaque dépolie de la chambre noire les cliarmantes images polychromes qui s'y trouvaient rétléchies, de songer à l'admiralion que devrait provoquer l'application de l'art photographique naissant à l'impression de ces images avec leurs couleurs.

Ce qui n'était alors qu'un pur rêve, un desideratum, à la réalisation duquel on ne croyait guère, est devenu depuis un fait, non pas encore à son dernier degré de perfection, mais pourtant assez rapproché d'elle pour qu'on puisse affirmer, dès maintenant, que la photographie, art essentiellement monochrome à ses débuts, conq)te déjà au premier rang parmi les moyens de copie polychrome, soit par la mise en œuvre de procédés directs et immédiats de reproduction de couleurs, soit par des opérations conduisant indirectement au rendu plus ou moins exact des couleurs.

C'est l'historique de ces découvertes qui va nous occuper : nous en indiquerons sommairement les étapes successives.

Historique. — On sait cpie divers savants : Sicbcck, J. Herschcll, Ilunt, avaient, vers 1839, observé que le papier sensible au chlorure d'argent, exposé <à l'action d'un spectre très lumineux, recevait une impression se traduisant par des teintes d'un rouge plus ou moins vif; d'autre part, Edmond Becquerel, en s'occupant de ces effets que l'on aurait pu attribuer à l'action de la chaleur, fit la remarque que le chlorure d'argent, lorsqu'il commence à se colorer, est légèrement violacé, d'où il résultait que l'impression se manifestait d'abord dans la partie la plus réfran-

crible, ou violette, du spectre par une teinte violaeée, puis, d'autre part, par une teinte rouf;e dans la portion la moins r('lVan-iliic. lui rouge, du spedre. Son attcnlitui fut éveillée par cette très curieuse coïncidence, et c'est alors qu'il eut la pensée de poursuivre plus loin ses recherches dans la voie des actions produites par les radiations colorées sur des composés sensibles à la lumière.

Sans entrer dans les détails relatifs aux nombreux et très intéressants essais do Becquerel, nous nous bornerons à en indi(iuer les résultats, point de départ bien autrement important de travaux dont il va être question plus loin.

Tnivoux d'Edmond Becquerel, Niepcc de Saint-Victor et Poitevin. — Les expériences sur des papiers sensibilisés au chlorure d'argent n'ayant pas donné des effets satisfaisants, M. Becquerel eut recours à des préparations de la substance sensible à la surface même de la plaque daguerrienne (plaqué d'argent) : la couche sensible était obtenue dans l'obscurité à l'aide de courants électriques; il produisait ainsi du sous-chlorure d'argent violet, c'était, disait-il, le seul corps chimiquement inipressionnable qui, vérilalile rc'tine niiiu'rale, jouisse jusqu'ici de la propriété remarquable de reproduire les miances des rayons lumineux aclifs et de |)eindre avec la lumière.

« Les iodures, bromures, etc., d'argent ne diuincnt aucune couleur et nu'Mne il suffit que le chlorure soit mélangé d'un peu de ces composés pour que toute nuance disparaisse. »

En fait, M. Edmond Becquerel obtenait sur des surfaces d'argent poli des images en couleurs rappelant à peu près les couleurs des originaux. Mais ces images ne pouvaient, sans être détruites, être exposées à l'action, même peu prolongée, de la lumière blanche.

Niepce de Saint-Victor fit alors de son côté des essais basés sur les expériences d"Ed. Becquerel, mais avec le désir de donner aux images colorées une stabilité plus grande; divers vernis métalliques recuits furent passés à la surface des images, mais sans beaucoup de succès, car ils n'empèchiiient pas la lumière de réduire, bien (|ue plus lentement, le sons-chlorure d'argent non modifié et l'image disparaissait.

A. Poitevin a voulu produire sur papier des images colorées ; il le préparait avec du sous-chlorure d'argent violet, puis il appliquait sur sa surface une dissolution de bichromate de potasse, de sulfate de cuivre et de chlorure de potassium.

Sur ce papier il obtenait des épreuves du spectre lumineux avec ses nuances, mais elles étaient moins belles que sur plaques d'argent, sans présenter une plus grande stabilité.

Telles sont les premières tentatives de rejiroduilion directe des couleurs. Eu résumé : certains ellets, assez remarquables, étaient constatés, mais les résultats

ne pouvaient subir, sans être modifiés ou détruits, l'action de la lumière blanche et (le pkis on aj^issait enipinf|uement puisqu'on ignorait les causes des effets obtenus.

C'était, il faut bien le reconnaître, un point de départ encore assez vague, et pourtant il y avait là matière à espérer de plus complets succès dans cette voie, puisque, par une cause quelconque, on retrouvait sur les plaques, bien qu'atténuées, les couleurs des originaux.

Découverte de M. Lippmnnn. — Ce n'est qu'en 1889, c'est-à-dire vingt-cinq ans environ après ces premières expériences, que M. Gabriel Lippmann est venu donner la clef du problème et en fournir une solution des plus éclatantes par sa découverte de la piiolograpbie interférentiellc.

Il a démontré victorieusement que les rappels de couleurs dus à Ed. Becquerel et à ceux qui l'avaient suivi dans la recherche empirique des impressions colorées n'étaient, en réalité, qu'un clTet des interférences, ou, autrement dit, que la conséquence de lames minces d'épaisseurs diverses, combinées entre elles de façon à cdrrespondre aux longueurs d'ondes et par suite à la couleur des rayons réfléchis.

Cette admirable (h'couverte a créé une base sûre, bien que fort délicate, pour la reproduction direcle des couleurs; on en connaît maintenant le mécanisme, on sait que, grâce à la mise en contact d'une couche sensible transparente avec un miroir rélléchissant (c'est, dans le cas f|ui nous occupe, une couche de mercure directement étendue contre la couche sensible), le retour des rayons réfléchis forme, avec les rayons incidents, une série de maxima et minima lumineux, lesquels créent, au sein même de la couche sensible, des zones transparentes corres- ])ondant aux minima (ou zones d'obscurité) et des zones obscures correspondant aux maxima (ou zones de clarté) : c'est là ce que l'on a désigné sous le nom d'interférences; il en résulte une sorte de réseau lamellaire composé alternativement de couches ou espaces transparents et de lames obscures d'argent réduit.

Cet effet est obleiui quand, après l'impression à la chambre noire et la formation des franges d'interférences par le développement, on dissout, dans l'hyposullite de soude, le bromure d'argent non réduit.

Ces lames ont des longueurs d'ondes qui correspondent à celles des diverses zones colorées du spectre solaire, depuis 4/10000000° de millimètre jusqu'à 7/10000000" de millimètre.

On savait déjà que les lames minces donnent une couleur correspondant à celle de leur longueur d'onde; M. Lippmann a démontré que non seulement la photographie interférentielle rend les couleurs simples, mais encore qu'elle donne les nuances infinies des couleurs composées.

Ces couleurs, qu'elles soient simples ou composées, ne sont que des couleurs

virtuelles ou des radiations, elles ne sont pas piginentaires. Ce qui revient à dire (pi"il n'y a pas, en fait, de couleurs sur la plaque photograpliique, comme il y en a sur une ]H"iiiture (|uelcon([ue : le réseau formé sur la plaque et dans l'c'paisseur même de la eouehe qui la recouvre, ne se compose que de lames minces, de lignes très rapprochées alternativement translucides et obscures ; ces lames, de même que tous les réseaux, ont la propriété de décomposer la lumière blanche, et c'est pourquoi, lorsqu'on regarde l'image, sous une certaine incidence, on voit apparaître non seulement des couleurs diverses, mais celles même de l'objet reproduit.

Aussi ces images, à rencontre de celles de Becipierel que l'action de la lumière détruisait, sont-elles douées d'une parfaite stabilité; la lumière, après développement, fixage et lavages complets, demeurant sans action sur l'argent réduit et sur les espaces translucides qu'il sépare.

Cette merveilleuse découverte présente, on s'en doute, des diilicullés opératoires avec lesquelles il faut compter, mais il en est de même au début de toutes les applications, surtout quand il s'agit d'œuvres accomplies au sein de l'inthiiment petit. N'oublions pas les chiffres cités plus haut, où il est question de dix millionièmes de millimètre.

On pourrait descendre plus loin encore vers les régions de l'infini, mais on est là assez bas, dans le règne infinitésimal, pour se rendre compte des causes d'erreur qui existent dans la pratique d'un procédé aussi délicat; aussi constitue-t-il encore plutôt une expérience de laboratoire des plus curieuses qu'une méthode pratique et, par suite, sûre de photographie des couleui'S.

lien sera de cette méthode, aujourd'hui encore si incertaine, de même qu'il en a été de beaucoup d'autres qui, d'une mise en œuvre fort difficile au début, sont devenues, grâce à des tours de main et des perfectionnements imprévus dès leur découverte, d'une application industrielle très courante.

C'est, pour le moment, tout ce qu'il est intéressant de dii-e sur la |)liolographie directe des couleurs; elle est un fait incontestable, il n'y a plus ([u'à en perfectionner et à en généraliser l'emploi en le rendant pratique et en rLilili>ant aussi bien au point de vue scientifique qu'au profit de l'art et de l'industrie.

En attendant l'heure de ces progrès, on a, pour satisfaire au desideratum de la photographie directe des couleurs rendue vraiment industrielle, les procédés de photographie indirecte des couleurs.

Photographie indirecte des couleurs

Nous avons à décrire ces procédés succinctement après avoir fait l'historique de cette méthode si curieuse qui, bien qu'assez compliquée, est en train de passer déjà dans le domaine d'applications de plus en plus heurinises et IVéquentes.

Il convient, iwnnt d'en arriver à l'état actuel de ces procédés, de rappeler que, bien avant l'invention de la photographie, des graveurs dont les œuvres sont toujours très estimées, tels que .1. C. Le]>Iond, peintre allemand (1704), Gautier (vers la même époque), essayèrent d'appliipier à la peinture ou à la gravure la théorie de Newton sur les couleurs.

Leblond. s'en tenant aux trois couleurs seulement, ne fut pas très heureux dans ses tentatives, tandis que (lautier, grâce à l'adjonction d'une quatrième couleur, finit par obtenir un plus grand succès.

Ses quatre couleurs étaient : le noir, un bleu, un jaune et un rouge, à l'aide desquels, en y comprenant le blanc du papier, il pouvait former toutes les couleurs imaginables.

Il avait créé trois clefs pour les différents tons qu'il voulait donner à ses tableaux; clefs basées sur ce qu'on appelait déjà les quatre couleurs primitives. Plus tard, vers les premières années du dix-neuvième siècle, sir David Brewster, confondant les radiations colorées avec les couleurs pigmentaires réfléchies, érigeait, en théorie scientifique, cette existence de trois couleurs primaires spectrales .-jaune, bleu, rouge, pouvant servir, par leur combinaison, à la formation de toutes les couleurs et nuances.

Cette erreur d'un savant physicien tel que sir David Brewster devait avoir une répercussion sur les méthodes de photographie indirecte dont nous allons parler.

Quoi qu'il en soit, il était déjà à peu près démontré pratiquement, tout en faisant la part large à l'interprétation, qu'on pouvait, soit avec trois couleurs soit avec ces mêmes bases additionnées d'une quatrième valeur, réaliser à peu près la copie d'oeuvres pictoriales ou de la nature.

Travaux de If. Col/en, Bansonnet, Gros et Louis Diico.^ du Ilauroii. — Tandis qu'Edmond Becquerel et d'autres ne cherchaient la solution de la photographie des couleurs que par une impression immédiate directe, d'autres savants, convaincus par avance de la difficulté que présentait la solution du problème dans cette voie, pensèrent qu'on pouvait l'obtenir indireclement en constituant, à l'aide de la photographie et par voie sélective, des monochromes des couleurs essentielles comme ceux qu'avaient établis, par la gravure manuelle, Leblond et Gautier entre autres.

D'ailleurs la pratique de la Chromolithographie enseignait déjà le moyen d'arriver, par la superposition repérée de plusieurs monochromes, à la formation d'une image polychrome plus ou moins semblable au modèle ; il s'agissait de remplacer par la photographie, moyen automatique, la sélection due à l'interprétation du chromiste.

Henri Collen fut un des premiers (1865) à chercher la réalisation de la photographie des couleurs dans cette voie.

Acceptant la théorie de Brewster, où étaient considérées comme primaires les trois couleurs, jaune, bleu et rouge, il propose la production d'un négatif séparé, par Faction de chacune de ces couleurs; puis la synthèse positive par la production et la superposition d'impressions de couleurs transparentes.

D'après lui, les négatifs exécutés sur de minces pellicules devaient être superposés deux à deux pour imprimer des images transparentes en trois couleurs; ainsi le négatif obtenu avec la lumière bleue et celui donné par la lumière jaune devaient être superposés et employés comme n'en formant qu'un seul pour l'impression du monochrome rouge.

Nous appelons l'attention sur ces indications parce que nous en retrouverons de semblables dans la publication d'un procédé plus récent.

Dans les propositions d'Henry Collen, il y avait deux erreurs capitales dont cliacune, à part, devait être nuisible à la valeur du résultat.

D'abord l'idée des trois couleurs primaires adoptées d'après David Brewster; puis le fait de la superposition de deux négatifs pour l'obtention de la troisième couleur.

Vers la même époque, en Autriche, le baron Ransonnet a également fait connaître une méthode analogue mais défectueuse au point de ne pouvoir servir à un procédé correct de photographie trichronie.

En 1868, M. Louis Ducos du Hauron a pris un brevet pour une méthode de photographie tridirome très longuement élaborée et prévoyant diverses sortes d'analyses et de synthèses positives et négatives; puis un procédé dans lequel un seul écran, formé de lignes colorées juxtaposées, était substitué aux trois écrans colorés séparés, l'opération se trouve alors réduite à la prodm-tion d'une seule image photographique (1).

Bien que Ducos du Hauron ait dc'ployé une remarquable ingéniosité, il est à observer qu'il l'ut induit en erreur, au moins au début de ses recherches, par la théorie de sii' David Brewster, ce qui atteignait gravement la valeur des méthodes qu'il proposait, au moins quant à la façon d'en réaliser l'application.

Presque à la même époque, M. Charles Gros publiait, dans le journal Les Mondes, un mémoire traitant d'un procédé d'hélioi-hromie indirecte qui présentait, avec celui de Ducos du Hauron, une très grande analogie.

Ces deux inventeurs, travaillant chacun a l'insu l'un de l'autre, ari'ivaient presque simultanément à des solutions ta peu près semblables.

L'idée mère de leurs procédés est celle-là même dont s'inspirait Hem-y Collen pour la production des trois couleurs primaires ou monochromes par la photographie.

Bien que Ch. Gros eût déposé à l'Académie des sciences, le 2 décembre 1867,

(1) Nouj retrou venin s plus tarJ une application de celte sorte due à .M, Jolv. de Glasgow.

un pli cacheté décrivant sa méthode, une discussion de priorité, d'ailleurs fort courtoise, surgit entre les deux inventeurs; le brevet de Dueos du Ilauron datant du 23 novendire 1868, Gros revendii|uait unan de priorité constalée sans compter la priorité de publication.

Louis Ducos du Ilauron, sans discuter l'exactitude des assertions de Ch. Gros, lui répondit qu'il avait, quant à la propriété scientifique de l'idée, des titres tout aussi respectables que les siens mais qu'il avait en plus la propriété industrielle résultant de son brevet.

M"= Bucqiiol.

« En examinant le miMiioire où sont exposés les travaux de Louis Ducos du Ilauron, écrivait Ch. Gros, et en les comparant avec les miens, j'ai reconnu que Ducos du Ilauron ne connaît (ju'un seul moyen d'analyse, c'est celui qui consiste à interposer successivement trois verres colorés devant le tableau à reproduire. J'ai décrit ce moyen sous le nom d'analyse par transparence comme cas particulier du procédé général, qui comprend aussi l'analyse par réfraction (successive ou simultanée) et l'analyse par éclairage monochrome. Ge dernier procédé me parait cependant [jIus facile à expérimenter tout d'abord que les autres.

» Les procédés de synthèse de M. Ducos sont tous décrits dans mon mémoire sous les noms de synthèse par réflexion et synthèse par transparence au moyen de positifs antichromatiques ; mais, en outre de ceux-là, je donne un procédé où la solution est indépendante de tous produits arlificiellement colorés, c'est celui que j'ai nomme'' synthèse par rc fraction.

» Ainsi donc ce qui appartient à M. Ducos du Ilaui'on, ce sont ses procédés

pratiques particuliers, et toutes reclierehes sout permises aux expérimentateurs, non seulement sur les procédés que M. Ducos n'a pas décrits, mais encore sur le moyen général qu'il a réalisé, pourvu que les procédés pratiques soient différents.

» Il y a là une voie ouverte où chacun peut entrer avec tout avantage ; le problème exige des conditions particulières qui appartiendront à ceux qui les fixeront les premiers » (1).

M. Louis Ducos du llauron n'a soulevé aucune objection conlre les assertions de son rival, mais il end devoir revendiquer, comme un titre sérieux à son profit, l'obtention de résultats qui confirmaient [ileinement les prévisions de Cli. Gros et les siennes.

« S'il est vrai, lui écrivait-il {"2}. que devant la science l'idée première l'emporte de beaucoup, en un pareil objet, sur la recherche et la découverte du moyen d'exécution, qu'à cela ne tienne, Monsieur, rid(''e première nous appartient à l'un comme à l'autre. Tel est mon sentiment, telle est ma formule à l'aide de laquelle nous pouvons clore cet honorable débat, que vous avez eu raison de soulever. »

Maintenant que, par ces quelques extraits authentiques, se trouve nettement définie la situation de deux inventeurs, nous n'en dirons pas davantage quant à leurs droits de propriété communs ou distincts et nous résumerons sommairement le procédé de la photographie trichrome, quatd, à son essence.

Description du procédé de pliotof/raphic tric/irome. — En sonmie, il s'agit d'obtenir par la photographie, non plus directement les couleurs réfléchies, ainsi que le fait M. Lippmann, mais Itien une série de monochromes (|ui, teints artificiellement et superposés, donnent la synthèse des couleurs composanles et par suite une contre-valeur de l'original, si l'analyse a été bien faite.

C'est, en un mot, pour répéter ce que nous avons déjà dit plus haut, un moyen de créer, avec l'aide de la photographie, par voie sélective ou d'analyse, les trois négatifs propres à la formation de trois monochromes essentiels.

Pour être plus clair encore, nous croyons devoir ajouter que la méthode en question a pour objet l'exécution automatique d'un travail que l'on no pouvait précédenmient acconqilir que par voie d'interprétation et d'une façon fort incomplète.

C'est une méthode néanmoins conq)liquée, vu le nombre des facteurs divers concourant à la formation de l'ceuvre complète.

Toutefois cette méthode peut se concilier avec une mise en couvre vraiment industrielle et dont on obtient maintenant des résultats fort remarquables.

(1) Balk'iinde la Socic'lé Franraisc de l'/iolrif/rdjikie, aiiiK'O 18G',), paire 179. (2j Itiidem, ruêiue page.

Le point important, dans rapplicatiuii du procûdi' de reproduction indirecte, ou trichronie, consiste dans la copie triple de l'objet à photograpliier; on en fait trois négatifs distincts, ayant absolument les mêmes dimensions, mais oJï'r;iiil des contrastes différents suivant qu'ils ont pour office de reproduire, l'un, les rouges du modèle plus spécialement, l'autre, les bleus, et le troisième, les jaunes.

Cette analyse implique l'emploi de placiues de sensiliilités diverses utilisées chacune avec le concours de l'écran coloré qui correspond à sa sorte de sensibilité spéciale.

Ici un mot d'explication est nécessaire :

On a remarqué que les couleurs principales, ou primaires, du spectre ne sont pas, ainsi que l'avait indiqué Brewster, le jaune, le bleu et le rouge, mais que ce sont les complémentaires de ces couleurs, soit le rouge orange, le vert jaunâtre et le violet.

Les pla(iues à employei' doivent donc être particulièrement sensibles au rouge orange, au vert et jaune et au l)leu violet. Les rayons rédécliis ne doivent ai'river jusqu'à chacune des plaques sensibles qu'après avoir traversé, les uns un écran rouge orangé, qui élimine les radiations vertes, jaunes et bleues, les autres un écran vert jaunâtre, qui élimine les rouges, les verts bleus et les bleus violets, enfin les troisièmes un écran bleu violet qui élimine les rouges, les jaunes et les verts.

C'est ainsi que se fait l'analyse des radiations primaires. Muni de ces trois négatifs, il reste à en tirer des positifs, soit à pr(''|)arer la synthèse; on pi'ocèile alors comme il suit :

Le négatif du rouge orangé sert à obtenir le positif du bleu, celui du vert jaunâtre donne le positif du rouge et entin le positif du jaune est obtenu avec le négatif des radiations bleues et violettes.

Ces trois couleurs doivent correspondre exactement aux (rois couleurs complémentaires des écrans colorés.

11 a été démontré que le mélange des trois couleurs, employées à l'exécution des écrans, forme du blanc s'il est obtenu à l'état de radiations.

D'autre part il a été constaté que le mélange de leurs complémentaires, à l'état de pigment, et au maximum d'intensité, donne du noir; et c'est cette observation (]ui conduit à procéder ainsi qu'il vient d'être dit.

Dans la synthèse positive le blanc est formé par le papier lui-même et le noir résulte de la superposition immédiate du rouge, du jaune et du bleu, et ce sont précisément les complémentaires de ces trois couleurs qui, mélangées à l'état de radiations, également au maximum de leur intensité, donnent du blanc; le noir résultant, dans ce cas, de l'absence absolue de toute radiation visible.

Dès que par une des méthodes d'impression ci-après, telles que : procédé au charbon avec pigments colorés dans la gélatine, procédé à la gélatine bichro-

matée avec teintures subséquentes, procédés de typographie ou de gravure en creux avec tirages successifs des trois monociiromes chacun de sa couleur, on groupe les trois images distinctes de façon à les juxtaposer d'une nianicrc parfaite, on a la synthèse des })arties composantes, d'autant plus exacte, que l'analyse a été mieux faite.

Pour les épreuves destinées à être vues par la lumière transmise soit en projection ou au stéréoscope, ou emploie des procédés où la couleur est donnée à chacun des uionochronies par voie de teinture.

Mais, pour l'illustration du livre, on a surtout recours à la phototypographie tramée qui, entre les maius des praticiens habiles, donne des résultats vraiment beaux, ainsi ipie le prouve le sjiécimen dû à la Société Lyonnaise de Piiolochroniogravure qui figure dans ce rapport.

Quel est l'avenir réservé à ces méthodes très ingénieuses ? C'est ce que l'on ne saurait [prévoir encore: ]iourtant il semble certain que la photograiiliie triclirome, étudiée et appliquée par de noaijjreux chercheurs et indusli'iels. ne pouri'a que tendre vers d'incessants perfectionnements.

11 ne parait pas probable qu'un moyen direct puisse être appliqué à l'illustration du livre, mais, en attendant ([u'il soit trouvé, si jamais il l'est dans des conditions de pratique industi'ielle, il n'est pas douteux i(ue la siMectiou photographique, de mieux eu mieux réalisée, rendra à l'art des impressions |)olychromes des services de plus en plus utiles et fréquents et produira des œuvres toujours plus satisfaisantes.

Tel était l'état de cette question lors de l'Exposition universelle de 1889; nous nous sommes boi'ué à le résumer et à montrer, [lar les faits eux-mêmes, la grande part qui revient à la France dans la ph(itograj)hie directe et indirecte des couleurs. Heureusement, grâce à une noble émulatiou, ces méthodes ont trouvé, un i)eu partout, disposés à les étudier et à les appliquer, de savants chercheurs et d'habiles industriels; elles vont se généralisant de plus en plus et avec des succès assez rapides pour qu'il ne paraisse pas téméraire de s'attendre h de bien plus surprenants résultats dans un avenir relativement prochain, el un jour viendra, sans doute, où les livres seront tous illustrés en couleurs cunniie ils le sont actuellement à l'état simplement monochrome.

L'ail de la inunochromie photographique, déjà si fertile en superbes résultats, devra forcément avoir pour complément l'art de la polychromie, bien autrement attravant et fécond.

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