PAR PAUL VÉRONÈSE
Chaque genre a son idéal qui lui est propre, dont le caractère est de réunir tout ce que l'esprit peut attacher à une idée donnée, tout ce que la nature peut fournir à l'imagination au-delà de ce qu'elle présente aux jeux, et d'atteindre ainsi les limites de la vérité possible, qui, pour chaque genre, est la beauté.
Paul Véronèse chercha rarement l'idéal dans la représentation de la figure humaine, qu'il a le plus souvent imitée de la nature réelle et individuelle. L'idéal qu'il a fortement conçu est celui de certains ensembles où la figure humaine joue son rôle, et se dispose comme il convient à l'idée de l'artiste , pour produire un effet dont la vérité saisit en même temps que sa nouveauté transporte; car c'est ce que les yeux n'ont jamais rencontré, et tout ce que l'imagination demande. Dans ses fresques et dans les diverses cènes (repas) où il a particulièrement déployé son magnifique talent , Paul Véronèse a accompli l'idée qu'on pouvoit se former d'un espace immense et rempli sans entassement, sans confusion, où l'éloignement ne dérobe rien à la vue, où les objets rapprochés n'écrasent rien de ce qui est derrière eux; mais où tout est proportion , vérité , grandeur et harmonie.
Une conception nette et totalement idéale de l'effet auquel vouloit parvenir le peintre pouvoit seule le conduire à travers l'exécution de ces vastes plans, en réduisant à leur valeur réelle des détails qui, vrais dans chaque objet pris en particulier, cessent de l'être lorsque l'objet ne doit plus attirer l'attention que comme partie d'un grand ensemble. Ainsi, au lieu de s'appliquer, par le travail des détails intérieurs, à donner à ses figures beaucoup de saillie, Paul Véronèse les aplatit au contraire, pour ainsi dire , au moyen d'un trait de contour bien déterminé ; en sorte qu'elles se détachent du fond et n'en ressortent pas, comme il arrive dans les espaces vastes et de partout éclairés, où la lumière dessine fortement les contours, laissant les épaisseurs presque insensibles.
Aussi aucune des figures dont Paul Véronèse a rempli ses grands