‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 118 sur 143 · TENANT UN POT DE BIÈRE ET UN VERRE · texte numérisé non relu

TENANT UN POT DE BIÈRE ET UN VERRE

PAR G. METZÜ.

Il y a dans la peinture de genre bien moins de variété que dans la peinture historique^ les actions ordinaires de la vie, boire, manger, faire la cuisine, filer, lire, sont partout et toujours à peu près les mêmes; elles ne se compliquent point de cette multitude d’incidens, de cette infinité de situations diverses, elles n’amènent point ces traits particuliers de caractère , ces riches développemens de sentimens et de passions qu offrent les grandes scènes de Fbistoire. On peut remarquer que, dans les classes inférienres de la société, les hommes se ressemblent beaucoup plus que dans les classes supérieures, où la liberté, le loisir et l’éducation ont fourni à chaque individu les moyens de prendre la tournure d’esprit, de caractère et de physionomie qui convenoît aux dispositions de sa nature. Ces idées si fécondes et si étendues, ces sentimens si délicats et si puissans qui, parmi les gens bien élevés, modifient en tant de manières les actions et l’expression des traits, n’existent pas pour ceux qu’une situation plus basse, des occupations pénibles et forcées ont renfermés dans le cercle étroit des besoins, des plaisirs physiques, ainsi que des idées et des sentimens peu nombreux qui s’y rapportent. Cette monotonie se retrouve à un certain point dans les tableaux de genre, et malgré la fertilité de leur esprit, la vivacité de leur pinceau, les peintres flamands et hollandais n’ont pu se soustraire entièrement à son influence.

Cependant on auroit tort de croire que ces peintres ont tous le même caractère; chacun d’eux a vu et reproduit différemment celte nature simple et peu riche qu’ils se sont appliqués à rendre. Téniers y a porté une légèreté, une facilité, une gaieté, une verve pleines d’originalité et de grâce; Gérard Douw, toujours vrai et soigné, ne s’est laissé aller à aucune exagération, à aucune folie; il a peu ajouté à l’expression de la nature, mais il lui a conservé toute sa naïveté; il a mis partout de l’ensemble, et a porté une sorte d’exactitude sans arrangement jusque dans

Page 1