‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 135 sur 143 · LA MESSE DE SAINT MARTIN · texte numérisé non relu

LA MESSE DE SAINT MARTIN

et plein d’une sensibilité profonde , s’élevoit sans effort à la hauteur des souvenirs les plus augustes et des sentiniens les plus touchans. Peu de tableaux sont, aussi parfaitement que celui qui nous occupe, enharmonie avec leur sujet, et les idées qui s’j rattachent. Le saint, debout devant l’autel , s’occupe exclusivement des fonctions qu’il vient de remplir ; rien ne le distrait, ne le trouble ; tout entier à sa piété , plongé dans le recueillement , il adresse ses prières au Dieu qui lui témoigne avec tant d éclat sa satisfaction ; le prêtre placé derrière lui contemple le globe de feu avec une admiration pieuse : la sainte fdle, à genoux devant les marches de l’autel, se livre à la même contemplation; toutes les ligures sont calmes, recueillies : rien n’annonce le moindre étonnement; tout indique une religieuse confiance : jamais miracle n’a été opéré devant des fidèles plus convaincus de la puissance de leur Dieu, plus disposés à recevoir avec une foi pleine d’abandon les preuves les plus merveilleuses de cette puissance. On sent que la tranquillité qui règne dans le temple, au moment de la cérémonie sainte , est aussi dans tous les cœurs. Il n’est pas jusqu’à la ressemblance de quelques-unes des tètes et de leur expression qui ii’ajoute à l’effet de la scène : il semble que tous soient également pénétrés du même sentiment qui, bannissant toute autre idée, donne à leurs traits le même caractère et la même intention à leur physionomie. Nul peintre n’a su, mieux que Le Sueur, faire tendre ainsi vers un but unique toutes ses figures, et remplir en quelque sorte tout son tableau de la pensée qu’il vouloit peindre.

Que de grâce dans les détails ! que de beauté dans ces deux jeunes filles agenouillées de profil! les draperies sont disposées avec une élégance noble et facile qui n’a point l’air de l’arrangement, quoique sa perfection ne se rencontre jamais dans la réalité : l’intelligence la plus exercée a réglé l’ordonnance de ces figures qui remplissent le tableau sans la moindre apparence de désordre et de confusion : le goût le plus pur a présidé à leur ajustement; la sensibilité la plus douce a répandu sur toutes ces têtes cette sérénité bienheureuse. Une exécution gracieuse et légère ajoute encore à ces mérites de la pensée, et fait de cette auguste scène un des ouvrages de ce grand maître devant lesquels on s’arrête avec le plaisir le plus complet.

Ce tableau , qui avoit été peint pour les religieux de l’abbaye de Marmoutiers, fondée par saint Martin, à une demi-lieue de Tours, vers la fin du quatrième siècle (i), est exposé au Musée Napoléon, sous le numéro yg.

(i) Voy. \ Hist. litt, par des religieux bëm’dictins de la Cong. deSt.-Maur,t. 1, pari. II, p. 4^, 4*4*

( Hauteur, Sp^. 8''»-' 922.

{ Largeur, o 8: —2 5 ii 068.

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