F AM 11, FF DFS FAT AO O N S
T 11 A VEN ütNEEl, V, CIIEE ll^.^ MdKVMKS.
La (luestion des espèces est loin d’èlre vidée, nous le savons; on écrira encore l»ien des volumes avant d’arriver à un résultat et de proclamer un f)rincipe qui prenne place dans la catégorie des vérités universellement connues et universellement admises.
Peut-être on sera-t-il de l’unité d’origine des races humaines comme de la réalité du déluge; on a commencé par le nier hardiment ; puis , enfin , les preuves de son existence se sont présentées en si grande (juantité , qu’on a été obligé d’y croire et de le ranger parmi les axiomes de la science géologique.
Quoi qu’il en soit, nous sommes heureux de voir que ce principe, sur lequel repose la grande pensée de la fraternité des peuples , trouve partout des adhérents et des défenseurs. Nous nous félicitons de voir <jue la science daigne enfin consulter (luehiuefois cet instinct révélateur, cette voix secrète et inspirée (}ui parle en nous, et qui nous apprend souvent des vérités plus hautes et plus certaines que toutes celles (jue découvre, en fouillant des tombes, le scalpel curieux et patient de l’anatomie. Nous ne croyons pas que le rôle do la science doive se borner simplement à l’examen et à la discussion des faits matériels ; sa mission est aussi de mettre ces faits et leurs résultats en rapport avec les besoins des temps, avec les lois du cœur et les vœux de la civilisation. Elle doit être un messager de paix et de conciliation; elle doit s’attacher à propager parmi nous les lumières de l’esprit, et non pas à nous insuffler le feu de la guerre. Son flambeau ne doit jamais devenir un brandon. Assez de germes de discorde et de haine existent entre les hommes; loin de chercher à les fomenter, em[)loyons tous nos soins à les détruire.
Citons, on finissant, ces remaniuables paroles de M. le docteur llollard, par lesquelles il termine lui-même son excellent livre : De l'Homme et des races humaines.
« La Bible a proclamé avant nous, ou mieux, antérieurement à toutes les études anthropologiques , cette vérité de l’unité de l’espèce humaine (jui se dégage aujourd’hui comme vérité scientifique d’un débat oii la contradiction no lui a pas été épargnée. De même (ju’aux cosino-
\NTIIIU)lM:)LO(JiE.
gonies de ranti<iiiitc |iaïenne , la Dible oppose sa cosmogonie monothéiste , si simple , si sobre de détails, on si parfait accord, par la notion d’harmonie et de progrès (]ui la résume, avec les résultats généraux les plus incontestables des sciences naturelles; do même iiu’aux dogmes erronés des religions , et trop souvent aussi des pbilosopliies de ranli(iuité sur la nature de l’homme, sur son origine et sur sa destinée , nos livres saints opposent cette doctrine simple et sublime, <iue l’iiomme, dernier venu de la création, domine celle-ci, non comme le premier des animaux, mais à titre de chef privilégié, comme fils de Dieu, comme personne morale placée sur la limite de deux mondes ; de même aussi à des sociétés divisées en castes et qui pratiquaient l’esclavage en grand, ces livres antiques, quand les philosophes se taisaient, jetaient cette parole de vérité : « Dieu a fait naître d’un seul sang tout le genre humain » (I), et celte autre, (jui la complète ; « Tous meurent en Adam, tous revi\Tont en Jésus-Christ. » Oui, tous les peuples de la terre sont unis do cette triple unité du sang, de la chute et de la rédemption, et cette triple unité est une triple fraternité «jui ne nous laisse aucun autre droit sur nos semblables, (jue le privilège de leur dispenser les bienfaits de Dieu. »
(I) Sa'nl Paul à raréopa^e (l'Alliciics [.Ictef, cli xvii, etj).
Mai- os ne C l' v 1 1 b
ntBBirne obasu ABi'iiiiHtkTiiE.
Si nous avions voulu suivre un onlro rigoureux et logique dans les pérégrinations que vouvoulez bien faire avec nous , nous aurions dù coinniencer par vous conduire dans les galeries de Minéralogie et de Géologie : là, en effet, se trouve le point do départ des sciences naturelles, et le règne minéral dans l’ordre de la création , aussi bien (jue dans la série instituée par la science, réclame la priorité sur les deux autres; mais il no s’agit pas ici d’une exposition des I)rincipes de la science et encore moins de leur ap[)lication , c’est une promenade à travers les merveilles du Muséum , et nous n’avons d’autre but que de vous éviter la fatigue en recbercliant ce (pii peut vous plaire et vous intéresser. Nous savons que le Muséum est un temple d’où l’on ne sort pas à son gré, si nous vous en rendons l’accès facile, votre curiosité se chars géra à notre grande joie de faire le reste.
Prenez pour (pielques moments droit de cité dans cette magnifuiue enceinte consacrée à deux des branches les plus intéressantes de ces sciences naturelles : la Minéralogie et la Géologie.
Mi\Én.\ LO(;iK,
Kntrez, regardez tout avec attention, scrutez la nature jusque dans ses replis les plus secrets, et que votre esprit, plongeant plus avant dans les abîmes de la teiTe, élève votre ûme plus haut vers celui qui en est le créateur et le roi.
La Minéralogie déploiera ù vos yeux sa robe brodée de métaux précieux et de pierres éblouissantes reflétant toutes les couleurs du prisme et surpassant l’éclat des plus belles fleurs; mais la Géologie étalera devant vous des merveilles encore plus sur[)renantes , et vous fera goûter dos plaisirs encore plus variés.
De nombreuses populations d’animaux perdus; le globe entier bouleversé à plusieurs i-eprisos, avec des preuves irrécusables de ces catastrophes terribles, se présenteront à vous dans toute leur imposante vérité.
Nous dépouillerons peu à peu la terre de ses enveloppes successives, et comparant les rapports de ses couches avec les débris qu’elles recèlent, nous arriverons à une conséquence remarquable : nous veiTons que la vie, et par conséquent la mort, ont commencé longtemps avant l’homme; et que cet être si fier, qui se pose en seigneur et maître de l’univers, est à peine né fl’hier,. eu égard à l’antiquité incontestable de ses devanciers , lui <iui cependant compte déjà son existence par vingtaine de siècles.
Nous vous montrerons, nous vous prouverons tout cela par les moyens qui sont à la disposition des deux sciences, dont nous sommes le très-humble interprète. Mais, avant tout, jetons un coup d’œil sur cette belle galerie qui on est le digne sanctuaire.
A peine avez-vous traversé le premier vestibule, que vos regards sont frappés [>ar une quantité d’échantillons de nos richesses minérales. Ces précieuses dépouilles , arrachées à'ia terre, ont été classées et éti(iuetées par Haüy; c’est la collection déterminée par ce grand homme et la cristallographie établie par lui; cette collection uni»}ue a coûté quarante ans de travaux à son auteur; elle sert merv(>illeusement d’introduction aux galeries.
M. Biard s’est (diargé de représenter sur les parois supérieurs des murs (piehjues-unes dos grandes scènes des régions polaires : la chasse aux Morses, la chasse aux Bennes. Il esta désirer que ces exhibitions des divers aspects de la nature se multiplient et complètent par la vue ce que l’imagination du promeneur essayerait en vain d’inventer.
La porte qui fait face à la porte d’entrée est celle du Petit-Amphithéàtre, où se [irofessent la Minéralogie , la Géologie , la Culture et la Physiologie comparée.
Entrons maintenant dans la galerie, vous voyez ces trente-six gracieuses colonnes, placées en deux rangs, par dix-huit de <‘haque côté, soutenant la voûte vitrée (pii éclaire cette salle. Eh bien, c’est ici (pie la Minéralogie et la Géologie ont établi leur domaine.
Naguère encore resserrées dans deux ou trois cbambres de l'ancienne galerie, elles y représentaient modestement l’état peu avancé dans lequel, comme sciences exactes, elles avaient langui toutes deux jusqu’alors. A présent leurs richesses sont tellement grandes , qiuî cette vaste enceinte les contient à i)cine.
Mais aussi quel rare exemj)le d’union n’ont-elles pas donné, ces deux sœurs jumelles : marchant, dès l’origine, toujours ensemble; s’api)uyant rune sur l’autre, grandissant l’une |)ai 1 autre, elles sont parvenues au point oii nous les voyons aujourd’hui.
El , bien (lu’elles fussent désormais en état de marcher séparément, chacune avec gloire et sûieté , elles ne se (piittent pas cependant , et ne cessent de se soutenir comme par le passé.
Vous voyez la longue file d’armoires vitrées à gauche et à droite <ie la galerie; c’cist là doilanb et sous les cages de verre qui sont au pied de ces armoires que se trouvent les Miné laux d apii's leurs genres, leur variétés, leurs groupements, leurs associations habituelles, en un mol, tout ce qui a rapport à riiisloire naturelle de elunpic espèce.
DKlXlkVIR PAUTIE.
Los iirnioiros dos piédostanx dos colonnes indûiuoiU les nomlu'oux usages de luxe ou d’utilité aux(iuels ces diverses substances peuvent servir : c’est la Minéralogie technologiiiue et liiston([ue,
La collection (ieologi<iue a une plus large part, comme celle des doux sciences dont le domaine est naturellement plus étendu. Ce sont d’abord les cages et les tiroirs do l'epine ou du milieu (|ui, avec les armoires des {>iédestaux des deux côtés de la galerie, lui appartiennent en entier; les échantillons des terrains (pii composent l’écorco du globe y sont rangés suivant l’ordre de superposition et d’après la méthode do M. Cordior.
Rn outre, on lui a consacré les doux galeries élevées derrière les colonnes, dont celle de gauche présente une classification méthodi(]ue des roches, et celle de droite une collection des débris organi(jues fossiles.
Maintenant que nous connaissons la disposition générale de la localité, à quel objet donner la préférence pour entrer en matière?
Le premier objet qui frappe notre vue, en entrant tlans la galerie, c’est un beau Quartz hyalin (Cristal de roche) , d’une grosseur f>eu ordinaire et d’une limpidité parfaite.
A cette occasion, nous trouvons moyen de rendre hommage, en passant, à l’homme le plus éminent de son siècle , à celui qui a compris presque tous les genres de gloire et s’y est associé. Nous lisons écrit au bas de cette pièce : « Qu’elle a fait partie des objets d’art et de « science rapportés d’Italie, en 1797, par le général Ronaparte; elle provient de la vallée de « Viége , en Valais , et pèse 100 kilogrammes. »
Ce fini vous frappe à la première vue dans cette belle pierre, c’est sa forme régulière, accusée nettement par des facettes planes , unies , et aussi brillantes que si on les eût fait tailler par un lapidaire.
Telle est exactement la manière d’ètre de (luebpies substances pierreuses et métalliques, qu’on désigne, en Minéralogie, sous le nom de Cristaujc. Mais gardez-vous de les confondre avec les Cristaux artificiels : ceux-ci ont, communément, pour attribut principal, la transparence dont on a fait, pour ainsi dire, leur synotiyme; tandis que les seules formes polyédri(pies suffisent pour caractériser les Cristaux naturels.
Pour vous mieux familiariser avec cette espèce , très-abondante dans la nature , voici les formes sous lesquelles elle se présente habituellement quand elle est cristallisée.
Vous remarfiuerez facib'inent, après le [dus léger examen, que, abstraction faite de quelques im[)erfections, ou d’une sorte d’empiétement d’une face sur l’autre , toutes ces formes présentent, plus ou moins nettement, un prisme hexagone, couronné d’un pointement ou d’une
[/vramide à six faces , ce ([ui est le caractère de l’espèce.
La forme polyédrique et régulière qui distingue les Cristaux ne se présente quelquefois qu’à l’extérieur, comme c’est le cas pour le Quartz, lequel, brisé en morceaux, ne la reproduit plus. Mais très-souvent cette forme paraît bien plus intimement liée à son espèce.
Vous voyez ici de la Galène , qui est du plomb combiné naturellement avec du soufre; là.
du Calcaire , celui qu’on appelle le Spath d’Islande; chacune de forme différente.
I.a Galène se présente sous la forme d’un enhe , c’est-à-dire d’un solide à six faces carrées égales, et ([ui vous rappelle parfaitement la forme d’un dé à jouer. Le Calcaire vous présente une forme à peu près semblable , mais un peu obliquoinent
ces deux substances a une
MINÉRALOGIK.
tonduo , solide qu’on appelle le lUtomboèdre, parce que scs faces sont ou losange ; cette forme est tellement rigoureuse dans la nature, (jue si je prends un marteau pour en donner un léger coup à la Galène, le morceau qui s’en détache est encore un cube; Je fais de même avec le Spath d’Islande, et la particule détachée est encore un rhomboèdre. Que je répète cette opération autant de fois qu’il me plaira , cluKiue morceau nouvellement détaché présentera toujours la forme de son espèce; de meme que vous verrez toujours reparaître telle fleur sur telle plante.
Vous comprendrez facilement, on présence de ces faits, comment cette propriété, stable et invariable partout où on la rencontre, a pu être érigée en un des caractères [)rincipaux pour distinguer et classer les Minéraux. Car connaître n’est, en dernière analyse, que bien distinguer, comme le dernier mot de la science naturelle est bien classer, bien grouper.
Pour vous faire ensuite unè idée de ce qu’on appelle les diverses modifications des formes, et comment celles-ci passent de Tune à l’autre , vous n’avez qu’à jeter un coup d’œil sur les ligures suivantes.
Vous reconnaissez la première pour être le cube ; vous n’avez qu’à fairt» naître des faces sur ces huit angles solides, ou à les couper sur un plan, et vous aurez la figure 2, (]ui est un cubo-octaèdre, c’est-à-dire un cube passant à l’octaèdre. Donnez plus d’extension à ces nouvelles faces, et vous aiTiverez au véritable octaèdre, figure 3. Que si, au lieu de modifier le cube sur ses angles, vous faites naître des faces sur ses arêtes, vous obtiendrez la figure 4, qui est un cubo-décaédre ; puis un dodécaèdre , figure 5 , et ainsi de suite.
Chaque forme modifiée pouvant à son tour servir de point do départ à une modification nouvelle, il est clair qu’il doit en résulter des formes très-nombreuses, et de plus en plus compliquées. C’est par cette raison qu’on les compte aujourd’hui par milliers. Leur étude ne paraît [>as devoir être très-facile ; mais il existe à cet égard des faits généraux tjui permettent do la simplifier considérablement.
Ces faits établissent d’une manière claire et positive, d’une part, que toutes ces formes se rapportent à six groupes bien caractérisés; do l’autre, que, dans cha(iue groupe, tous les polyèdres qu’on y trouve peuvent se déduire rigoureusement d’une forme unique.
Il en résulte qu’en réalité, l’étude de la cristallographie consiste à bien connaître six genres particuliers de formes , dont chacun peut avoir diverses espèces.
A’ous nous contenterons donc d’indi(iuer ici les six groupes, ou systèmes cristallins, dont nous venons de parler ; ce sont :
1 " Le système cubique ;
2" Le système rhomboédrique ;
3“ Le système prismali<iuo carré ;
4" Le système prismatique rectangulaire , ou rhomboïdal , droit ;
5" Le système prismatique rectangulaire, ou rhomboïdal, oblique;
G” Enfin le système prismatique oblique, à base de parallélogramme oblâjuangle.
— .le conçois, me direz-vous, «{u’on puisse ainsi, sans beaucoup de difficulté, se rendre compte de tous les Cristaux connus, sous (juelques formes qu’ils se présentent. Mais sait-on aussi comment la nature procède pour les former? quelles sont les conditions et les circonstances qui déterminent telle ou telle forme, qui influent sur telle ou telle variation?
— La nature a des mystères qu’elle ne livre pas aux investigations do l’homme; mais on
DKUMÈMK PA HT I K.
s’appuyant sur les faits (pi’oii a observés «laus les ateliers cbimiques, on peut aiTivcr à des suppositions qui ne manquent pas do vraisemblance.
\itisi, il y a des sels qu'on peut dissoudre faire cristalliser à volonté. Do ce nombre est l’alun, (pic tout le monde connaît. Qu’on en fasse dissoudre dans l’eau bouillante, autant (jue le lûpiidc en peut [(rendre; (ju’on tire la solution à clair dans un vase où l’on a suspendu ([uelques lils, et cette substance, en s’y attachant, ne tardera pas à former des Cristaux, d’autant plus gros, ([ue la masse li([uide est plus volumineuse.
Mais il y a des matières (}ui fondent [dus facilement par la chaleur qu’elles ne se laissent dissoudre dans un liquide quelcoiu[ue : alors , quand elles sont fondues , laissez-les refroidir lentement, et elles se cristalliseront dans l’intérieur de la masse; ce ([u’ou verra en brisant la croûte consolidée à la surface, et en renversant ce ([ui y reste encore de matière liquide. Le soufre, [)ar exemple, <[ui est d’une facile fusion, peut servir à cette expérience; on en obtiendra des Cristaux d’autant plus nets i[ue le volume de la masse fondue sera [dus considérable.
11 y a encore un troisième mode pour produire des Cristaux : c’est celui de la sublimation. Plusieurs matières volatiles, comme l’arsenic, chauffées en vase clos, se volatilisent, et se déposent en Cristaux à la partie supérieure de l’appareil.
Vous voyez par là que l’une de ces trois conditions que nous venons d’ex[)oser est indispensable pour la formation des Cristaux. La matière cristallisable paraît, avant tout, avoir besoin d’une complète liberté pour ([ue ses molécules puissent ensuite, au moment de se consolider, céder au jeu des attractions naturelles qui les conduisent à telle ou telle forme.
Voilà pour le mode de formation des Cristaux en général. Quant aux diverses variations quo les formes peuvent subir, on a aussi établi, par do nombreuses expériences, qu’elles dépendent de la nature du liquide ([ui sert de dissolvant, des matières que ce liquide peut renfermer en même temps que celles qui cristallisent, et de la température à laquelle la cristallisation se fait.
En présence de ces faits, on ne saurait se défendre d’en tirer cette induction, que les choses se passent do la même manière dans la cristallisation naturelle. En effet, les formes d’un même minéral sont différentes suivant la nature des substances ([ui l’accom[)agnent, et par conséquent avec lesquelles, ou au milieu desquelles, il a cristallisé. Le fait est tellement constant, que depuis longtemps les mini'ralogisbîs reconnaissent les localités d’où certains minéraux provùinnent , par les formes simles qu’ils présentent.
Pour revenir au Quartz, vous saurez ([ue, naturellement incolore, il prend souvent des couleurs plus ou moins vives, par des mélanges de matières étrangères.
Ainsi V Améthyste est un Quartz transparent violet; celui qui porte le nom impropre de Topaze iVlnde est le Quartz transparent de diverses teintes jaunes; V Hyacinthe de Compostelle est le même Quartz ayant la couleur rouge opaipio; et le Quartz enfumé est le brun foncé, quel([uefois complètement noir.
La Calcédoine, V Agate, VOpale, le Silex ou pierre à fusil, les Jaspes, sont toutes des matières de même nature i[ue le Quartz, et n’en diffèrent principalement que par l’absence de cristallisation.
la;s variétés translucides de la Calcédoine portent fré([uemment le nom à' Agate; celles qui sont en même temps colorées portent le nom de Sardoine , lorsqu’elles sont jaunâtres ou brunâtres, et de Cornaline, lorsqu’elles sont rouges. Quand diverses couleurs se trouvent réunies par zones ou par bandes, la pierre prend le nom A' Onyx. Queb[uefois la matière colorante se trouve en dendrites, et alors il en résulte ces belles Agates herborisées , qui, par leurs dessins variés, offrent des imitations de brins de mousse, de rameaux d’arbres et de buissons dans la pierre.
J.es Jaspes sont des Calcédoines opaques mélangées de diverses matières étrangères qui les colorent.
Les variétés limpides de Quartz ont été autrefois travaillées comme objets de luxe; taillees
MIN'ÉIULOGIE. 211
à facettes, elles servaieut surtout à garnir les lustres de grand prix. Mais tous ces objets sont [>ass(îs de modo depuis l’invention de l’espèce de verre nommé Cristal, qui est à la fois plus limpide, plus éclatant et plus facile à travailler.
Les variétés de Calcédoine, comme la Sardoino, la Cornaline, ont été souvent fort reclierchées, mais n’ont aujourd’hui que peu de valeur. Une autre variété, connue sous le nom de Clmjsoprase , qui, avec ta demi-transparence, offre une jolie teinte verte, est la seule qui soit encore demandée, et d’un prix élevé; elle fait de charmantes parures.
Les Onyx sont aussi recherchés pour en faire des camées, et l’on exécute alors le petit hasrelief sur l’une des couches , en laissant l’autre pour le fond.
Cependant la pierre qui l’emporte sur toutes les autres de cette espèce est VOpale. Quand elle est demi-transparente, et qu’elle offre dans son intérieur ces reflets si agréablement colorés, et d’un éclat qui ne peut être comparé qu’à celui des Colibris, Oiseaux-Mouches et tles Papillons les plus brillants, elle est d’un prix assez élevé. Il est à remarquer que c’est son imperfection qui fait sa beauté; car ces reflets proviennent d’une multitude do fissures qui interrompent la continuité de sa matière et déterminent la réflexion de différentes espèces de rayons colorés : aussi ces beaux reflets s’évanouissent-ils quand on vient à briser l’Opale.
Du Quartz nous passons au Calcaire. Le type de l’espèce susceptible de cristallisation est le Calcaire limpide, appelé vulgairement \a Spath d’Islande. Il est remarquable par la propriété (ju’il possède do doubler les images des objets placés au-dessous de sa surface. Les différentes espèces présentent des formes très-variées , dont les plus habituelles sont les suivantes :
Cette substance est , au reste , répandue partout et avec la plus grande profusion , surtout celle qui n’est pas susceptible de cristallisation.
Depuis la belle Roche, connue sous le nom de Marbre jusqu’au Calcaire grossier,
ou pierre à bâtir, quelle longue série do la même matière se présentant sous les aspects les plus divers! Elle se produisait dans l’origine des choses; elle se produit encore aujourd’hui en masse dans ces fontaines incrustantes que les voyageurs admirent tant dans diverses localités. Les nombreux usages auxquels elle sert formeraient une véritable épopée technologique.
En effet, supprimez le Calcaire dans les environs do Paris, et cette superbe ville n’aura pu exister : retranchez-le à l’Italie, et ce pays, malgré son beau ciel bleu, restera monotone, dépouillé qu’il sera de ses villas , de ses palais blancs comme la neige , et de ses admirables statues.
Et (jue dire de ces magnifiques pierres de décorations , appelées Marbres dans la véritable acception du mot? 11 est devenu indispensable d’en connaître au moins les idus remarquables, depuis que vous eu rencontrez partout, dans les maisons particulières aussi bien que dans les monuments et les édifices publics.
Vous voyez celui-ci qui a l’air de vouloir imiter l’éclair fendant le ciel sombre : c’est le Portor, d’un fond noir intense , veiné de jaune vif ou d’orangé.
Celui à fond rouge de feu , rubané de blanc , est nommé le Languedoc.
La Griotte d’Italie est d’un rouge foncé, varié de taches ovales, d’une teinte plus vive, et de cercles noirs dus à des coquilles.
Le Bleu, Turquin ou Bardigle est à fond bleuâtre et à veines plus foncées ; le Bardigle fleuri, à pâte blanche, entremêlée d’une quantité de veines ardoisées par ondes et taches diverses.
Parmi les Marbres de Flandre, et(pii sont ceux (]u’on emploie le plus fréquemment à Paris, on remarque \q Sainte- Anne ordinairement à fond gris et veines blanches; mais il en existe
DELiXIÈMK PAUTIE.
(i(^ plus iigréables à la viio, dont lo fond est brun, rouge ou bleuâtre. Parmi les belles variétf'js (jui proviennent de différents lieux, on distingue le Gra?iU Antique, à fond noir et veines blanches nettement tranchées.
Parmi les Marbres Urèches, appelés ainsi parce (pPils semblent composés de fragments réunis, méritent d’être nommés : le Grand Deuil et le Petit Deuil, (lui olVrent des éclats blancs sur un fond noir; la Brèche d’Aix, ou Brèche de Tolonet, à grands fragments jaunes et violets, réunis par des veines noires; et la Brèche violette, à fond violet, avec grands éclats blancs, un des marbres les plus riches, mais dont les carrières paraissent depuis longtemps épuisées.
Pour passer des Marbres simples aux composés, nous nommerons d’abord les Campnns, dans les Pyrénées, à fond rouge, rose, ou vert clair, varié île veines entrelacées et de feuillets ondulés, d’uuo teinte plus foncée; le Jaune de Sienne, qu’on nomme aussi Jaune antique, est d’un jaune vif, veiné de pourpre et de rouge violacé; le Sicile ou Jaspe de Sicile, qui se distingue par de grandes bandes veinées et rubanées rouges, brunes et olivâtres; enfin les diverses variétés de Vert antique, dont le fond est d’un vert tendre et foncé, parsemé de taches noires, blanches et quelquefois même pourpres.
Les Marbres lumachelles sont ceux qui renferment des co([uilles. On distingue surtout des variétés à fond noir, sur lequel se dessinent des taches de calcaire blanc, dont chacune est une coquille : celui appelé le Petit Granité, qui couvre la pliqiart de nos meubles, en est un exemple commun.
11 faut vous dire, au reste, à propos des noms du Marbre, qu’ils sont extrêmement nombreux, car il suffit souvent aux marbriers du moindre accident pour donner des noms différents aux diverses plaques tirées du même bloc.
Il y a des pierres de décoration ijue l’on confond ordinairement avec les véritables Marbres, quoiqu’elles soient d’une nature tout à fait différente; ce sont pour la plupart dos Granités et des Porphyres. Ces derniers surtout sont susceptibles d’un beau poli, et présentent de belles nuances do couleurs. Lo Poiphyrc rouge, ou de couleur purpurine, mêlé de grains de pierre blancs, était tellement estimé des anciens, qu’ils lo faisaient tailler en bijoux et en amulettes.
Lo Porphyre vert, et qu’on appelle aussi Vert antique, passait pour dissiper la mélancolie. Nous ne saurions dire jusqu’à quel point il justifie la singulière propriété qu’on lui attribuait autrefois, mais ce qu’il y a de très-sûr, c’est qu’il produit un effet fort agréable à la vue par ses taches, ou carrés longs, d’un blanc mat, qui se trouvent souvent disposés en manière do croix de Saint-André, sur un fond vert foncé.
Des pieiTOs d’ornement aux pierres do luxe, le passage est naturel. A ce sujet j’ai à vous entretenir, d’abord, d’une substance dont le seul nom agira sur vous d’une manière magique; et je n’aurai, je pense, (|u’à le prononcer pour que vos yeux s’allument d’un éclat presipie aussi vif que celui qui distingue la substance en question. Vous avez probablement déjà deviné qu’il s’agit du Diamant.
Mais ne donnez pas un essor illimité à votre admiration, car j’ai à vous dire, concernant son origine, un mot qui pourrait vous désenchanter cruellement, surtout si vous êtes du nombre de ceux pour lesquels les plus belles qualités ne rachètent pas une naissance peu illustre.
Ce que je viens de dire vous paraît étrange; eh bien, tranchons-Ie donc ce mot, et apprenez que le Diamant n’est que du charbon.
— Comment du charbon? m’objecterez-vous; cette limpidité sans pareille, cet éclat si vif, si brillant, viendraient d’un morceau de charbon? cela me paraît impossible.
— Vous avez bien raison de vous en étonner, mais vos objections no changent rien à la nature du Diamant, et il reste charbon ; des expériences réitérées des chimistes l’ont prouvé irrévocablement; malgré les assertions très-positives des anciens, qui prétendaient qu’il triomphait du feu, et tju’il no s’y échauffait même pas, ils l’ont brûlé, et le résidu do ce combusti-
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blo a été toujouj’s celui qu’offre un simple charbon, à savoir : une malièro volatile qui est de l’acide cai-bonique.
— Alors ses (jualités sont donc imaginaires, factices, et on a tort d’y attacher tant do prix?
— Nullement. Les qualités du Diamant sont bien réelles, et il reste toujours, malgré son origine, la pierre précieuse la plus dure, la plus pesante et la plus diaphane; étant polio, c’est la plus brillante de toutes les pierres; ajoutez que la nature en est très-avare, et que, jusqu’à présent, on n’est pas parvenu à la fabriquer, et vous vous expliquerez la haute valeur qu’on y attache.
Voulez-vous maintenant savoir comment on trouve les Diamants dans la nature, et comment on les exploite? le voici ;
Dans les Indes et au Brésil, d’où proviennent la plupart des Diamants, on les trouve d’ordinaire dans des matières de transport, dans ces terres sablonneuses et argileuses, entremêlées de beaucoup de substances étrangères, et remaniées par les eaux, qu’on nomme terrains d’alluvion. Quand on est convenu de l’endroit que l’on veut fouiller, on en aplanit un autre aux environs, on l’entoure de murs de deux pieds de haut, et d’espace en espace on laisse des ouvertures pour faire écouler les eaux; ensuite on fouille le premier endroit.
11 y a souvent jusqu’à soixante mille ouvriers, hommes, femmes et enfants, employés à cet ouvrage. Les hommes ouvrent la terre, les enfants et les femmes la transportent dans l’endroit entouré de murs. On continue la fouille, jusqu’à ce que l’on trouve l’eau : on s’en sert pour laver la terre qui a été transportée, et après qu’elle a été lavée deux ou trois fois, on la laisse sécher; ensuite ou la vanne dans des paniers faits exprès; cette opération finie, on bat la terre grossière qui reste, pour la vanner de nouveau deux ou trois fois ; alors les ouvriers cherchent les Diamants à la main.
Les pauvres nègres employés à cette exploitation s’en actiuittent avec autant d’indifférence que s’il s’agissait du produit le plus vulgaire. Et ils ont raison, les malheureux! car ce qui doit servir plus tard à l’étalage du luxe le plus effréné leur procure à peine de quoi vivre misérablement. Ce n’est que dans un seul cas (ju’il leur arrive de bénir ce travail : la liberté est acquise à celui à (lui le hasard fait trouver un Diamant d’uiie grosseur j)lus considérable : 17 carats, à peu près 3 grammes, en sont le taux fixé.
Il y a aussi des rivières qui contiennent des Diamants. Quand les grandes pluies sont tombées et (pie les eaux de la rivière sont éclaircies, ce qui arrive ordinairement vers la fin do janvier et le commencement de février, les ouvriers ou habitants voisins remontent la rivière jusqu’aux montagnes d’où elle sort; on détourne le cours de l’eau, on tire le sable jusqu’à deux pieds de profondeur, on le porte sur le bord, dans un lieu entouré de murs, et on procède enfin au lavage des sables et à la recherche des Diamants, <iue l’on reconnaît, au soleil, à leur éclat.
Ces pieiTes se trouvent, à l’ordinaire, disséminées en petite quantité dans ces dépôts arénacés, et présentent des formes que nous avons déjà indi(iuéos (page 209). L’octaèdre et le dodécaèdre en sont les [>lus fré(]uentes, lesquelles, acquérant plus de facettes, finissent jiar s’approcher de la forme presque sphérique.
En général, ces cristaux sont toujours loin d’avoir le brillant qui est une do leurs propriétés essentielles; on l’obtient par un procédé particulier, qu’on appelle la taille et le poli du Diamant. Il est bien connu que c’est par le moyen de sa propre poussière (pi’on y arrive; mais ce qui l’est moins peut-être, c’est (jue cette découverte, avant la(iuelle on portait le Diamant brut, ne date que de 1456. Ce fut un nommé Louis do Berguer, natif de Bruges, qui, s’étant avisé de frotter deux Diamants l’un contre l’autre, s’aperçut qu’il eu tombait une poudre, dont il se servit pour enduire la meule d’un moulin de lapidaire, et au moyen de laciuelle il mit au jour les brillants reflets du Diamant, jusqu’alors inconnus. Charles, duc do Bourgogne, surnommé le léméraire, posséda le premier Diamant poli; il le perdit, avec tous ses autres dans la bataille do Morat, (juc les Suisses gagnèrent sur lui,
DKU\IÈ.:\1K P A H Tl K.
Dans rimlc, on tuillo le Diamant de manière à lui conserver tout son volume; en Europe, on sacrilie beaucoup du volume de la pieirc pour en enlever les défauts, et se procurer une belle forme. Les formes admises sont la Rose (ligure 2), pour les pierres de peu d’épaisseur (|u’on ne veut pas trop diminuer : c’est le Diamant taillé à facettes par-d((ssus, et à plat pardessous, et lo Brillant (ligure 3 et 1), taillé à facettes par-dessus comme par-dessous, et (lu’on mont(! à jour.
On attache ordinairement au Diamant l’idée d’une parfaite limpidité; cependant il est sali presque toujours par des teintes jaunâtres ou brunâtres. On n’en trouve pas beaucoup (jui aient des couleurs bien décidées et bien vives; (juand ces couleurs existent, elles donnent à la pierre un prix immense. Le Diamant vert et le Diamant rose, lorstpie leur couleur est d’une bonne teinte, sont les plus rares, et par consé(}uent les [)lus chers. Il y a des Diamants noirs et complètement opa(}ues, tjui ont néanmoins un brillant extraordinaire <|uan<l ils sont polis,
La quantité do Diamants fournie annuellement au commerce, par le Brésil, tjui, depuis qu’on les y a découverts, en a eu à peu prés seul lo privilège, Jie s’élève pas à i)lus do six à sept kilogrammes, »iui ont coûté plus d’un million de frais d’exploitation; aussi cette matière, même à l’état brut, est-elle toujours fort chère. Les Diamants défectueux, reconnus pour ne pouvoir pas être taillés, se vendent déjà, moyennement, à raison de 156 francs le gramme (quarante-cinq fois la valeur de l’or), soit pour faire la poussière de Diamant, ou égrisée, soit pour garnir les outils avec les(juels on grave les pierres fines, ou enfin pour couper le verre. Les très-petits Diamants, susceptibles d’être taillés, valent en lots jusqu'à 230 francs lo gramme; mais à peine pèsent-ils chacun cinquante milligrammes, (jue le jtrix augmente considérablemetü, et, pour les poids au-dessus, la progression est très-rapide, A un demi-gramme, un Diamant brut vaut 260 à 280 francs; à un gramme, il vaut plus do 1,000 francs. Un Diamant taillé, d’un gramme, qui, à la vérité, est déjà une fort belle pierre, à peu près la grosseur figure I, vaut au moins 3,500 francs.
Plus les Diamants sont volumineux, plus ils sont rares, et aussi plus leurs prix sont élevés. On n’en connaît (pie (pxelques-uns dont le poids s’élève au-dessus de vingt grammes. Les plus
gros Diamants connus sont
Celui du radjah do Mattam, à Bornéo, posant environ 63 grammes.
Celui de l’empereur du Alogol 59
Celui de l’empereur de Bussie 41
Celui de l’empereur d’Autriche 29,53
Celui du roi de Francfî ((pi’on nomme le Régent) Les (juatre premiers ont une mauvaise forme. Le dernier est parfait sous tous les rapports; il pesait, avant la taille, ipiatre-vingt-sept grammes, et a coûté quatre années de travail; il a été acheté dans le principe pour 2,250,000 francs, et il est estimé plus du double.
Nous donnons ici la figure de grosseur naturelle des deux plus beaux Diamants de la couronne de France, le Régent et le Sancy.
ht UK«t.\r.
A la suite du Diamant nous vous présenterons ipialro autres substances conniK.'s (;t esii-
MINÉHALOGIK.
niées (le tout le monde : le Rubis, le Saphir, la Topaze, et V Émeraude. Elles sont toutes de la m«'nie nature (alumine pure), et portent on Minéralogie le nom générique de Corindon; c’est la seule couleur qui les distingue.
Le Corindon ro\ige est la pierre précieuse qui, sous le nom de Rubis, tient le premier rang après le Diamant; quand elle est d’une belle teinte de feu et bien pure, sa valeur dépasse même celle du Diamant sous le même volume. Le Saphir est le Corindon bleu d’azur; la Topaze, le Corindon et V Émeraude celui qui présente une couleur verte. On y ajoute ce-
pendant habituellement l’épithète ({'Orientale, pour les distinguer des autres pierres portant le même nom, mais n’ayant pas complètement la même composition. Ainsi il y a des Rubis spincUes, un peu inférieurs aux Rubis orientaux, qui ne présentent jamais le même éclat, mais qui, étant polis, ont pourtant un feu très-agréable et très-ami de l’œil.
Quelque couleur, au reste, que présentent les Corindons, leurs formes dans la nature sont les suivantes :
On voit cependant beaucoup de Rubis bruts, de forme arrondie ou ovale, et ce sont surtout ceux qui ont été ramassés dans le lit des rivières, et qui, entraînés par les eaux, ont perdu leur forme angulaire par le frottement qu’ils ont éprouvé les uns contre les autres.
On fait en général aussi grand cas des belles Topazes, qu’on place au troisième rang après le Diamant, à cause de leur éclat vif, (jue du Saphir, qui, à part sa belle couleur bleue, présente encore ce phénomène particulier, qu’il montre, par réflexion devant une vive lumière, une étoile brillante à six rayons. Mais on n’a accordé, à coup sûr, à aucune pierre autant d’honneur qu’à YÉineramle proprement dite. Les Romains l’estimaient au point qu’il était expressément défendu de rien graver dessus : on la réservait pour soulager la vue et délasser l’œil. Néron avait l’habitude de considérer le spectacle sanglant de l’arène à travers une Émeraude; Domitien s’en servait pour le même usage, ce qui a fait qu’on l’a appelée pierre de Domitien et de Néron,
Quelques peuples de la vallée de Manta, au Pérou, ont encore fait mieux, à en croire plusieurs historiens espagnols; car ils adoraient une déesse Émeraude, qui était tout bonnement une Émeraude grosse comme un œuf d’autruche, et à laquelle on faisait des offrandes d’Énieraudes.
De nos jours, cette pierre est encore au premier rang des Gemmes, et si elle le cède en dureté et même en éclat aux Corindons, et surtout aux Diamants, sa couleur pure et veloutée l’en dédommage; et (luand son intérieur est exempt de défauts, de glaces ou de tout autre accident, elle rivalise, à volume égal, avec les plus belles variétés de Saphir, et surtout avec l’Émeraude orientale, dont la nuance est loin d’avoir l’éclat et la richesse de celle qui caractérise l’Émeraude du Pérou.
Pour en finir avec les substances pierreuses dont on se sert en joaillerie, nous ne ferons que vous nommer encore les Grenats et les Turquoises. Vous saurez que les beaux exemplaires des premiers, ceux qui réunissent à un certain volume une couleur agréable et une transparence convenable, sont assez estimés dans le commerce. Les anciens ont beaucoup gravé sur cette
DKIMKMK PAHÏIK.
(lu’ils tioinmaifiit <|u<‘I(|upfois /iHcnrboucle, prnpri'Hés fabuleuses; de nos jours, les teintes les aux Grenats pyropes et syriens des joailliers.
et à la(|uelle ils se [daisaient à attribuer des plus estimées sont celles (jui appartiennent
La forme primitive des (irenats est la mémo (|ue celle des alvéoles des ^Ateaux d’abeilles; la tij^ure de ces alvéolés, vous le savez sans doute, est celle qui renferme le plus grand espace avec le moins de matière.
l’armi les Turquoises, vous aurez à distinguer deux sortes : les Tuniuoises pierreuses, qu’on appcdle aussi orientales, de vieille roclie, ou Caloîtes. Elles passent jiar différentes nuances du bleu céleste clair au bleu fmicé tirant un peu sur le vert; elles sont assez dures pour rayer le verre, et peuvent être a[)pelées les véritables Turtjuoises.
Les autres, (ju’on nomme Oduntolilhes , sont d(>s dents fossiles coloré('s en bleu par du pliospbate de fer; elles proviennent des molaires d’un animal voisin des Paresseux, du Cerf, d’animaux carnassiers, et sont beaucoup moins dures que les Calaïtes. Elles sont solubles dans les acides, et perdent leur couleur, même dans le vinaigre distillé, ce qui fait qu’elles sont beaucoup moins estimées (jue les Turquoises précieuses, (pii résistent à ces épreuves. Chez les anciens, elles servaient, les unes et les autres, à faire des amulettes.
Au nombre des substances qui Jouent dans la nature un grand rôle par leur abondance, il faut citer le groupe des Fehlspalhs, dont les cristaux se présentent sous les formes suivantes :
C’est à cette substance (m’appartient la matière première employée à la fabrication de porcelaine, sous le nom de Kaolin, (jui n’est qu’un Feldspath décomposé.
Les Micas sont aussi très-répandus; ce sont les substances (jui se divisent facilement en feuilles très-minces, élasti([ues, et tellement transparentes, qu’elles ont. pu servir dans quel- (pies pays, nommément en Russie, à remplacer les vitres, ce (jui leur fait donner le nom de Verre de Moscovie. L(* (iranit, roche que tout le monde connaît, est essentiellement composé de ces trois minéraux : le Feldspath, le Quartz et le Mica, réunis ensemble par petites parties assez régulièrement entremêlées, et formant des masses granulaires. C’est le Mica (jui donne à cette roche son aspect brillant au soleil.
Nous pouvons citer encore, comme très-abondants dans la nature, V Amphibole, le Pyroxène, les Serpentines , etc., sans cependant en dire davantage, car nous avons hâte d’arriver aux Métaux.
A ce mot s’offrent naturellement à votre esprit les deux substances qui en sont pour ainsi (lire les représentants, l’Or et V Argent. Tout le monde a vu l’Or, ne fût-ce (jiie .sur les cadres dorés, et connaît 1a belle couleur jaune qui distingue ce métal de tous les autres. Son inaltérabilité est telle, qu’il résiste à presque tous les agents naturels et chimâiues, et cette qualité, jointe à sa ductilité et à sa malléabilité, c’est-à-dire à la faculté de s’étendre sous le marteau et sous le laminoir, en fait le métal le plus précieux. L’Argent vient immédiatement après l’Or pour ces (lualités : aussi ces deux substances ont-elles été regardées de tout temps comme des métaux parfaits, nobles par excellence; tandis que tous les autres étaient appelés imparfaits, ignobles, et (pi’il fallait par consé(pient, di.sait-on, les transformer.
La transmutation des métaux et la recherche d’un remède universel, telle fut, durant plu- .sieurs siècles, roccui>ation unique de ces hommes extraordinaires, bizarres, qu’on nommait Alchimistes. Toute la science d’alors était là, et il est inimaginable combien ils so donnaient de tourments, combien ils subissaient de peines, de fatigues, pour arriver à la possession de ces trois choses, auxquelles tendaient tous leurs efforts : la richegse, la longévité, la santé.
Ml.NKHA LO Cl K.
Oa conçoit facilement qu'ils aient pu être dévorés du désir d’arriver à ce but; car ces trois clioses-là sont, eu définitive, les seuls éléments de bonheur pour la plupart des bommes. ^lais la voie qu’ils avaient choisie pour y parvenir était au moins aussi étrange qu’illusoire. Il en est donc résulté que l’absolu et la pierre pliilosophale sont encore à trouver.
li’Or, (jue de notre temps ou envisage sous un point de vue moins chimérique, appartient au petit nnmbrc de métauv que l'on rencontre dans la nature à l’état de pureté presque complète : en filaments, en lames minces, en grains plus ou moins volumineux, présentant de petits cristaux cubiques ou octaèdres ; quelquefois aussi en petites masses que l’on nomme jae/;<7e.9. Dans cet état, appelé 7iatif ou vierge, l'Or peut facilement s’étendre sous le marteau, ou être coupé avec une lame tranchante, ce qui suffit pour le faire distinguer de cette foule de minéraux dorés (jue l’on a confondus si souvent avec lui, et (|ui ont donné lieu à tant de méprises.
L’Or natif se trouve dans (]uelques roches en forme do petites veines; on le rencontre aussi, disséminé en paillettes, dans ces sables et terrains d’alluvion que nous avons vus renfermer des diamants. En outre, quelques rivières charrient des sables aurifères, et, pour no citer (pie la France, nous dirons que le Rhôno, la partie supérieure du Jthin , l’Ariége, la (lèse et plusieurs autres, transportent ce métal on assez grande quantité pour (pi’il ait pu devenir l’objet de travaux et de lavages, et que les orpailleurs ou pailloteto's , hommes ([ui en font métier , gagnent à ce travail moyennement vingt ou trente sous par jour.
Los découvertes faites en Californie et en Australie tendent à rendre l’Or plus commun , on apportant des modifications profondes dans sa valeur relative , son emploi et son exploitation.
La méthode employée pour l’extraction et la purification de ce métal interposé dans les pierres, consiste dans le pilage, l’amalgame et l’ignition. S’il y a mélange de métaux , l’on a recours aux dissolvants ou à la fusion.
L’Or monnayé n’est par i»ur ; celui des bijoux ne l’est pas non plus , et cela tient à la quantité de Cuivre ou d’Argent qu’il faut allier avec lui pour parer à son peu de dureté, et lui permettre de circuler sans perdre son empreinte. De là, ce qu’on appelle le tih'e , c’est-à-dire la valeur n'elle de l’Or pur contenu dans un objet (piclconciue. L’essai du titre se fait le plus ordinairement à l’aide de In pierre de touche et de l’eau-forte, qui enlève l’alliage et laisse l’Or intact ; ou juge de sou titre pur l’intensité de la trace qui résiste à l’acide.
Nous avons fait mention de la ductilité et de la malléabilité de l’Or. Vous en jugerez mieux quand vous aurez appris qu’un grain peut s’étendre sous le mart(îau du batteur en une feuille de 50 pouces carrés; qu’une statue équestre, do grandeur naturelle, peut se dorer en plein avec une pièce de 20 francs ; enfin (|ue 1 once d’or [leut recouvrir et dorer très-exactement un fil d’argent long de 4-i4 lieues.
^ou3 pouvez voir dans la dernière armoire à gauche, à cAté de celle réservée aux Gemmes, de beaux échantillons d’or cristallisé, dont Ceoffroy-Saint-llilaire a enrichi le Muséum, et une énorme pépite d’or pesant 5 hectogrammes, donnée au Muséum par le comte de Lacépède. L’or californien brille à ciité de ces beaux échantillons.
Argent se trouve aussi à l’état natif, comme l’Or, mais le ]dus souvent ou le rencontre dans de véritables mines, dans ces souterrains profonds auxipiels on n’arrive qu’avec des frais immenses , accompagU(*s de beaucoup de peine et de grands dangers.
Du temps do Buffon, on ne comptait (|ue seize métaux sur quarante-deux que l’on connaît aujourd’hui comme essentiellement différents. Ce petit nombre do métaux , appelés aussi éléments, c’est-à-dire corps, qu’on n’est pas encore parvenu à décomposer par les moyens que la science actuelle possède, joints à une douzaine de corps semblables non métallûiues , rendraient, certes, la minéralogie très-facile, s’ils n’étaient pas susceptibles de se combiner entre eux dans des proportions tellement variées, ipi’il on résulte un nombre prodigieux de minéraux se ressemblant très-souvent à tel point, f|u’on serait tenté de les prendre les uns pour les autres. Vous devez déjà, depuis que nous avançons dans notre promenade minéralogique , vous être aperçu de cette circonstance embarrassante , et une question toute naturelle
MKUXI KMK PAirri K .
se sera aussi présentée à votre es[)ril, h savoir : Quoi est le moyen de débrouiller ce chaos minéral ?
Quand 1rs formes ou les caractères cristallojîrapliiipies man(]uent ou iju’ils se présentent de m<inièrc a offiir (|uel(|ue doute, on est obligé d’avoir recours à l’analyse chimique, (jui indi(juo la nature dqs coi[)S ou leur composition. Par ce moyen, on arrive toujours au caractère de picmière valeur ; et il est d’autant plus important do s’y attacher, qu’une fois la composition moditiéo, les autres propriétés inhérentes aux minéraux, telles (jue la densité, la dureté, le poids spécitiquo et même la forme, changent également.
Nous no pouvons passer en revue tous les métaux d’une manière détaillée ; la besogne SOI ait trop longue et nous obligerait mémo à de fréquentes répétitions : nous nous contenterons donc seulement d’en citer encore «luelques-uns.
A la tète des métaux les plus usuels, il faut placer le Fer, substance très-répandue, et se présentant sous les aspects les plus variés. Ce sont (luebpiefois de beaux Cristaux , remarquables par des couleurs brillantes, qu’offre surtout le Fer oHgiste de nie d’Elbe. Les formes de ce métal sont les suivantes :
Tantôt c’est le Fer aimant, attirable au barreau aimanté et magnétique; tantôt le Fer météorique , pierres qui tombent de l’atmosphère, fait qu’on a voulu en vain reléguer parmi les contes populaires. Enfin, le [ilus fréipiemment , il se présente combiné avec le Soufre; ce minerai de Fer, ayant la couleur et le brillant du Laiton, est appelé Pyrite; ses formes cristallines sont :
Le Platine mérite d’ètre cité comme étant le plus lourd de tous les corps connus et le moins dilatable. Pour l’inaltérabilité , il dispute le rang à l’Or ; mais la difticulté de le travailler fait qu’il n’est fias aussi précieux. Le Mercure , appelé vulgairement Vif-Argent, est remarquable par sa {iropriété d’ètre le seul métal liquide à la température ordinaire. C’est, selon les alchimistes, Veau qui ne mouille pas les mains. Le minerai de Cuivre, surtout celui d’un vert d’émeraude, ou bleu d’indigo, est recherché pour les collections; les variétés vertes et compactes, bien nuancées, sont employées, sous le nom do Malachite, à la confection des bijoux et des meubles précieux.
Etain fournit aussi pour des collections de beaux groupes de Cristaux, dont les formes sont :
On connaît, en général, les usages très-variés auxquels les métaux peuvent servir; mais ce dont peut-èire beaucoup de personnes ne se doutent pas, c’est qu’ils fournissent aussi les
MINKn.VLüGIK.
couleurs les plus belles et les plus stables dans les divers goures de peinture et do coloration. Pour n’en citer que (juebiues exemples, nous dirons que le Plomb chromaté fournit une teinte chaude, d’un ton qui ne peut être imité par aucune autre substance. A l’état de Minium, le Plomb entre dans la composition du Cristal , dont on admire l’éclat et la limpidité. Le Manganèse colore certains vases de verre en violet vineux. V Antimoine est employé pour la pointure en émail , et pour diaprer la Porcelaine. Le Cristal bleu est coloré par le Safre ou oxyde do Cobalt. L’oxyde de Titayie donne à la Porcelaine une certaine teinte isahollo qui ne peut s’obtenir qu’à l’aide de cette substance. Le Cuivre enûa, le Mercure, le Fer, le Chrome ei autres, fournissent en outre plusieurs principes colorants fort employés, inaltérables, et qui, par opposition aux couleurs végétales qui sont fugitives , s’appellent couleurs minérales.
Nous no pouvons quitter cette galerie sans avoir admiré les trois magnithjues Tables en Mosaïques de Florence placées au milieu, et qui seraient dignes d’orner le salon d’un roi. Ce sont tout simplement des pierres naturelles des plus belles couleurs que l’art n’a eu que la peine de polir et de rapporter pour on faire les beaux dessins et les arabesques que vous voyez.
Les différents groupes de concrétions naturelles, les riches plaipies en Marbre incrustant, les vases en Porphyre, en Fluorine, etc. , en un mot , tous les objets les plus rares et les plus curieux ipii ornent si bien cette galerie, ne sembleraient-ils pas être les dépouilles de (jueltpie château princier, si la gratitude des administrateurs tlu Musée ne s’était empressée d’y faire inscrire les noms des donateurs? Ici, c’est le roi d’Espagne (pii, en 1774, a envoyé une table, faite en échantillon , de divers Marbres de son royaume, A côté est placée une autre table, offerte par le tloctcur Clôt- Boy, en Calcaire concrétionné, agréablement ondulé, et provenant de la Haute-Égypte.
La statue de Georges Cuvier , placée au centre do la galerie , du côté méridional , est un hommage rendu à la mémoire de cet illustre naturaliste. L’artiste, M. David d’Angers, l’a représenté dans son costume de professeur, sondant d’une main les profondeurs du globe terrestre et relevant l’autre vers le ciel , comme pour indirpier (juc les découvertes les [)lus importantes et les [)lus imprévues de la science ne servent qu’à confirmer les textes de la Genèse et à ramener l’homme vers son Créateur.
En face de cette statue , une autre non moins importante viendra prochainement prendre place; c’est celle d’Haüy , l’une de nos gloires scientifiques et le créateur de la classification minéralogique.
Enfin , vous apercevrez au bout de la galerie cette masse métallique, que l’inscription nous assure être tombée du ciel.
Nous voudrions vous conduire dans les galeries supérieures de ce magnifi(]ue Muséum géologique, vous y trouveriez les débris de toutes ces espèces aujourd’hui perdues, (pie Cuvier a rendues à l’admiration du monde savant ; mais nous préférons , on vous signalant cos richesses, réserver leur description pour le moment où la MiNKRALOCfE et la Géomxjie occuperont dans notre collection la phu'e à laquelle elles ont droit.
En entrant dans le Jardin des Plantes par la grille d’Austerlitz, vous voyez devant vous un grand bâtiment situé au bout de deux longues allées d’arbres, connné uu de ces manoirs féodaux qui s’élèvent à l’extrémité du parc seigneurial. Ce bâtiment a GO toises do long, et se compose d’un rez-de-cliaussée et de deux étages. La façade, d’un ordre arcliitectural extrêmement simple, est divisée en trois parties par deux petits [)avillons latéraux. Tel est l’aspect extérieur de cet édifice ou sont déposées les archives de la création.
A l’épo(iue de sa formation , il se composait d’une pièce renfermant des squelettes , et de deux petites salles où tenaient aisément toutes nos richesses zoologiques et minéralogiques. A côté de ces salles était l’appartement de l’intendaiit. Les deux pavillons n’existaient pus encore; le bâtiment du milieu suffisait pour loger toutes nos collections.
Sous l’administration de Iluffon, les collections prirent un tel développement, que ce savant crut devoir leur abandonner une partie de son appariement, et que bientôt après il le leur sacrifia tout entier, el se retira dans une petite maison de la rue dos Fos.sés-Saiut-Viclor. flbaque ijcmaine voyait arriver de toutes les contrées du globe des troiqies do Hipèdes et de
C \LE1Î1I-:S DE ZOOEO(ilE.
Quadrupùilos. Il fut décitlu ijue l’oii conslruirail , au socond étage, une grande galerie (jui recevrait le jour d’en haut. U*s travaux, commencés en 179-1, furent terminés en 1801. Pendant cet intervalle, nos richesses s’accrurent tellement, que lorsque la nouvelle galerie fut achevée, elle se trouva insufllsante. Un plan plus vaste fut tracé, et l’on se remit à l’œuvre ; c’était en 1808. On supprima l’escalier do l’entrée principale située au-devant do l’allée de Tilleuls, et l’on ajouta, au premier étage, trois nouvelles salles où l’on disposa les collections géologi(iues et paléontologiques, les roches, les produits volcaniques et les fossiles. La galerie du scicond étage fut prolongée jusiju’à la terrasse ipii faisait face au grand labyrinthe, et on la remi)lit de Mammifères. On transporta la bibliothèque dans la maison de l’intendance, et la salle qui avait été occupée par les livres fut consacrée aux habitants de l’humide empire.
On avait gagné de l’espace, mais pas encore assez pour la multitude toujours croissante des objets.
La translation eut lieu en 1834. Le Cabinet tout entier devint la propriété des animaux. On donna 'plus d’extension aux diverses branches de la zoologie ; on fit succéder à des espèces inorganiipies une foule d’ètros intéressants, qui avaient été relégués dans des magasins où ils n’étaient visibles que pour les personnes attachées à l’établissement.
Mais cet agrandissement, quoi(iue considérable, est loin de suffire à l’état actuel de nos collections. La mauvaise exposition de certaines branches, causée par la trop grande (juantité des espèces, fait sentir de nouveau le besoin d’espace.
Cet encombrement nuit extrêmement à la ilistribution et au classement des animaux. On a été obligé de metU’e au rez-de-chaussée plusieurs grands Mammifères , dont les congénères se trouvent dans les salles supérieures. Le couloir qui suit , et (jui conduit à l’escalier, est garni d’aimoires dans lesquelles on a rangé une partie des Zoophite.s. Dans les premières salles du premier étage, on voit à gauche les Poissons; plus loin, on a à droite les Reptiles. La quatrième salle renferme une partie des animaux sans vertèbres et les Crustacés ; la chupiième offre le groupe des Singes; la .sixième, les collections des Mollusques et des Zoophytes ; et ('nfin , la dernière contient les Cétacés. En montant l’escalier de la porte principale , opposée à celle par où nous soinmes entrés , on arrive au second étage ; on trouve d’abord des Mammifères, puis des Oiseaux, puis encore des Mammifères entremêlés de Poissons.
Au milieu de la plupart de ces salles sont des meubles (pii présentent, d’un c(Jté , la collection des Co(pulles , et, de l’autn', celle des Insectes.
Ainsi, l’ordre naturel est constamment int(.*rroinpu , non-seulement pour (piehiues espèces (jui forment exception par h'ur taille , mais pour toutes les esjièces en général. Nous ne pourrons donc pas , dans cet exposé , observer le système do classification adopté par la science.
Cette classification, la voici; et comme toutes les branches (juc nous allons nommer ont des chaires spéciales à l’amphithéùtre du Jardin des Plantes, nous indi>querons en même temps les noms des professeurs (jui les enseignent :
1° VIAMMALOCIE et ÜIIM T II O l.O(; I K. — M. JsiDOnK G E OFKHO V -S AINT- H IL A I R K. Ai<l<‘-mitumli,s(e , M. Elor. Prévost.
2° hii l’É 1 OLüO ih , iCiiTin OLOG lE. — M. DuMÉRiL. Aicio-n(ïfu)'aliste, M. Aug. Duméril.
.3° ENTOMOLOGIE. — M. MiLXE Edwards. Aklc-miliiralisto , M. Rlanchard.
4° GONGliv LiüLüGiE., Züoi’iiv lOLOGlE. — M. \ A L Exc 1 E NN ES . Aide-nnturaÜKtc. M. !.. Rousseau.
11 y a en outre pour le Cabinet de zoobgie un conservateur (pii est M. Loris Kiener.
DKl XIKME l’AHTIK.
n E Z - 1) E - C HAUSSÉE.
rUEMILllE SALUi.
CoUo salle, d'un aspect sombre et presque higubre, contient les (i(5[)oinlles de grands Mammifères, dont 1 liistoire vous sera présentée en détail dans les volumes consacrés à cette [lartie du llegno animal. Nous n’avons ici (ju’à vous indiciuer leurs noms.
Le DAiii'iiiN {Dalphhws ff an ffcticus). — Le N a uval. — l.os Élkimiants des Indes cl d’Asie. — Le nin.Nocéuos; cet animal a véeu à la Ménagerie de Versailles. — L’IIii>i>o eo- TAMK, — I(> Il m N (u; K nos, — le Taimu, — le 1* n a coc ii K iik , — le Pécaui a lèvues blanches.
SECO.M)K SVI.I.i;.
Les Zooi’HYTEs ou A NI. MAUX- Plant ES servent do transition et de lien entre le l{ègne animal et le Hègne végétal. l‘as de système nerveux, pas d’organes spéciaux [)our les sens, pas do cœur, pas de circulation proi)rement dite : tels sont les i)rincif)aux caractères spécificiues. Jls respirent et s’alimentent comme les Animaux, et ils se reproduisent comme les Plantes. Coupez un Polype en trois ou quatre parties : vous verrez aussitôt éclore et se mouvoir autant de Polypes tpie vous aurez fait de morceaux.
L’embranchement des Zoopliytes se partage en cinq classes , savoir : les Animalcules microscopiques, les Polypes, les Acalèphes ou Orties de mer, les Éebinodermes ou Animaux A peau de Hérisson, et les Vers intestinaux. Bien (jue la seconde de ces classes soit la seule qui doive nous occuper aujourd’hui , nous raccom[)agnerons d’une description sommaire des autres.
Les Animaux microscopâiues ont aussi été désignés sous le nom d’infusoires, do ce (|ue c’est princi[»alement dans les infusions animales ou végétales qu’on les a ob.servés; cependant beaucoup d’espèces vivent dans les eaux pures, et rien ne démontre ([u’ils doivent nécessairement prendre leur origine dans les matières organiques en décomposition. Celte classe est fondée non-seulement sur la petitesse des individus qu’elle renferme, mais aussi sur une certaine simplicité de structure qui les rapproche entre eux et (jui les place au dernier rang de la série des êtres organisés.
Tous ces Animalcules ont une bouche, un estomac et un canal intestinal; beaucoup ont des yeux dont le nombre varie depuis deux jusqu’à douze, et ils se propagent par des œufs fécondés. La Monade elle-même, ijui passe pour le [)lus simple de ces petits êtres, a une bouche garnie de cils , et deux , lroi.s et (luebpiefois six estomacs.
La seconde classe des Zoophytes comprend les Polypes, que les naturalistes divisent en vingt-six genres, présentant un total de plus de deux mille espèces.
Vous n’avez sans doute jamais vu de Polypes, et vous êtes curieux de savoir comment ils sont organisés. Représentez-vous un petit corps cylindricpie de matière gélatineuse et transi>arente, n’offrant d’ouverture qu’à une de ses extrémités, et ayant autour de cette ouverture une couronne de tentacules, au moyen des(iuels il attire l’eau et les molécules végétales dont il fait sa nourriture ; représentez-vous l’autre extrémité de ce petit corps attaché à une pierre, à-une feuille, ou comme enracinée dans une de ces productions marines, connues sous le nom (le .Madrépores, de Coraux, etc. , et vous aurez l’idée d’un Polype.
Ces animaux se reproduisent de trois manières différentes : ou par scission, ou par bourgeons , comme les végétaux , ou par des œufs. Les uns habitent la mer, les autres les eaux douces et stagnantes. Quelques espèces sont revêtues d'une robe dont le bord inferieur e.^'t d’une substance analogue à celle des coquilles; ce bord forme une sorte de cellule ou de gaine (iurc et solide. , et se nomme Polypier,
GAlJ<:mKS Dlî ZOOLO(;iK.
f . Le Polypit r.
AüTaÉe.
'2. L'animnl.
Los espèces qui eu sont pourvues vivent eu société comme les Abeilles ; et leurs cellules réunies forment de grandes ruches qu’oii appelle Polypiers agrégés. Quoique chacune des parties constituantes soit d’une petitesse extrême , les Polypiers acquièrent avec le temps des dimensions gigantes(iues.
Chaque génération de Polypes construit des amas de cellules qui , après avoir été leur maison et leur tombeau, servent de base aux constructions de la génération suivante. Ce travail de superposition continue pondant des siècles; aussi audacieux (lu’infatigables , ces vermisseaux architectes élèvent au fond de l’Océan de nouvelles tours de Pabel qui ont le sort de la première; quand leurs murs atteignent le niveau de la mer, les Polypes, qui ne peuvent vivre hors de l’eau, sont obligés de les abandonner et de les laisser inachevés. Alors le sommet de ces merveilleuses demeures, exposé à l’action de l’atmosphère, devient le théâtre d’un autre ordre de phénomènes. Du limon , du sable et des débris de tout genre s’y agglomèrent; les flots ou les vents y déposent des graines; ces graines produisent de l’herbe, des plantes, des arbres; la plus riche végétation s’y développe , et le mausolée colossal des Polypes se change en jardins suspendus comme ceux de Sémiramis. Un jour, on allant à la pêche, une tribu sauvage les aperçoit, y aborde et s’y établit. La cité des Zoophytes devient une île habitée où l’homme déploie les ressources de son génie et de son activité , où il étale ses misères et ses vices. La plupart des îles, surtout celles de l’Océan Pacifique, n’ont pas eu d’autre origine. Ces dernières sont, pour ainsi dire , écloses sous nos yeux : nos navigateurs les ont vues surgir du sein de la mer, se couvrir d’abord de terre , puis de végétaux , puis enfin d’habitants. Il est reconnu que le Japon, entre autres, n’est qu’un grand assemblage de Polypiers.
I.a troisième classe des Zoophytes se compose des Acalèphes ou Orties de mer, ainsi nommées parce qu’elles produisent, lorsiiu’on les touche, une cuisson semblable à celle que fait éprouver le contact dos Orties; mais cette propriété n’est pas caractéristhiiie de cette classe, car elle s’observe aussi dans les Polypes. Les Acalèphes ont sur cos derniers l’avantage d’être revêtus d’une espèce de tissu cellulaire ou de peau. Les Méduses, ces animaux cartilagineux qui répandent une clarté phosphorique si brillante et qu’on a surnommés Chandelles de mer, appartiennent à cette classe.
La quatrième classe, ou des Échinodermes, comprend les Oursins, les Astéries ou Étoiles de mer r.ns.*iu ahaxhc».
DKl.Ml'lM K IWIITIK.
ot plusieurs autres espèces généralement connues. Les Écliinorlermes offrent une organisation plus avancée que celle (les classes précédentes. La peau est plus épaisse et mieux formée; un d(*p()t de matières terreuses qui s’y amasse devient le support ou le stjuelette de l’animal; la bouche s’arme de dents, les voies digestives sont do véritables intestins maintenus par une membrane IMirticulière appelée mésentère. Un systènn? nerveux commence à paraître.
lia marche progressive que nous avons remarquée jusqu’ici dans la structure des Zoophytes cesse à la ciiupiième classe, composée des A'ers intestinaux ; les uns sont formés d’un simple tissu homogène sans aucune trace d’organes , les autres ont à peine une cavité digestive à laquelle s’adjoignent quelques traces de vaisseaux. Ainsi rembranchement des Zoofdiytos , après s’i'tre élevé, dans les Acalèphes et les Échinodermes , vers des formes plus perfectionnées, retombe dans les Vers intestinaux au plus bas échelon de la série animale. Mais laissons pour le moment les autres classes des Animaux-Plantes, pour ne nous occuper (jiie des Polypes, dont les étonnants produits sont rangés et étiquetés dans les armoires do la seconde salle.
Certains Polypes constituent un ordre auquel on a donné le nom de Zoanlhaires ou Animaux-
Fleurs, et ce nom est fort bien choisi pour des animaux dont le corps présente la forme d’une corolle, et dont les bras, ou tentacules , ressemblent si bien à de petits pétales. Cette analogie est surtout frappante dans les Actinies ou A7témo7ics de mer.
Quand le ciel est pur et que le soleil brille, on les voit se réf)andre par milliers sur le sable et sur les rochers (ju’elles (■maillent des plus riches couleurs. Mais aussitôt (lue le vent se lève, et (jue l’onde commence à se troubler, tout disparaît; les Anémones ferment leurs calices, et rentrent préci[)itamment dans leurs réduits d’azur.
Ces jolis animaux servent de baromètre aux marins : leur degré d’épanouissement ou de contraction est un indice prcs(iue certain pour connaître si le temps sera serein ou orageux , si la mer sera calme ou agitée. Nos côtes possèdent l’Actinie pourpre.
hc?, Fongies , les TurbinoHes, espèces voisines de l’Anémone, habitent de petits gobelets hérissés à l’intérieur et à l’extérieur de lames extrêmement minces , qui convergent du centre vers la circonférence. 11 y a des Fongies qui atteignent justiu’à deux pieds, et dont les uns sont ronds et les autres cylindriques. Vous en pouvez voir plusieurs dans la troisième armoire, salle à gauche.
Dans les Caryophyllis , les loges sont plus allongées ; elles se groupent les unes à côté des autres , sans se confondre , et forment des sortes de bouquets.
Approchons de ces cages vitrées : ces jolis tubes, rangés verticalement comme dos tuyaux
Oc «SIX.
GALEIUES DE ZOOLOGIE.
d’orgues sont l’ouvrage îles Tubipores, originaires de la mer des Indes et de la mer Rouge. Les individus de cette espèce, comme ceux des précétlentes, vivent séparés de corps et do biens; mais ceux qui suivent vivent en commun, et leurs habitations forment de grandes expansions foliacées, La Tridacnophyllia dispose ses cellules de manière à leur faire prendre l’aspect d’une laitue; c’est ce (|ui a valu à cette espèco'le surnom de Lactuca.
Si l’on examine l’intérieur de ces expansions au moyen do sections verticales , on voit qu’elles sont composées de couches parallèles, chacune desquelles a été l’asile d’une génération.
Les constructions de ces Polypes atteignent quelquefois des dimensions colossales , et sont d’une pesanteur proportionnée.
Voici des Méandrines : ici les loges n’affectent pas une forme arrondie ; elles serpentent en sillons sinueux et diversement contournés , à peu près comme le cours du fleuve Méandre, d’où dérive leur nom.
La Méandrine cerebriformis ressemhle à nn cerveau ; la Méandrine labyrinthica présente autant de tours et de détours (pLun lahyrinthe.
Les cellules des Parités sont pres(}ue aussi microscopiiiues que les pores de la peau. Ouel- (|ues Polypes de cette espèce donnent à leurs constructions la forme d’une corne do cerf ou d’un buisson, dont les branches se bifurquent et se subdiiisent à l’infini. Dans \qs Pocilluporcs, les branches sont garnies de petites coupes qui semblent les fruits de ces buissons sous-marins.
Mais c’est surtout dans le groupe des Madrépores que cotte disposition arborescente acquiert son maximum de développement. Los Polypes auxcjuels on donne ce nom sont les animaux les plus anciens de la création ; c’est à eux qu’on attribue la formation de la plupart des montagnes calcaires ; ce sont eux qui élèvent dans les mers équatoriales ces écueils et ces îles dont l’apparition inattendue étonne les navigateurs. Leur polypier est ramifié comme un arbuste ; les cellules sont éparses , tubuleuses , saillantes.
Le Madrépore abrotanoïde se divise en branches épaisses , la plupart droites, rameuses et qui se terminent, ainsi que leurs divisions, en pyramides. Ces hranches et leurs divisions sont presque partout chargées de
M»DRÉPORt JBBOTKXOillE. , , . » , , , . . ,
ramuscules latéraux extrêmement courts, épars, hensses de papilles tubuleux. Cette espèce habite l’Océan Indien. Voici le Madrépore plantané qui semble une forêt épaisse; voici le Madrépore en corymbe, dont les branches, élevées sur un tronc commun, se courbent en entonnoir comme les arbres fruitiers de nos jardins.
Le Madrépore palmé, dont nous ne possédons qu’un petit exemplaire, a été appelé aussi Char de Neptune , à cause de sa forme bombée et légère. Cet exemplaire est placé sous une cage de verre , dans la première salle à gauche.
Au-dessus de cette cage, vous voyez un autre Polypier dont la structure et la disposition arborescente .sont d’une délicatesse et d’une ténuité
Le même, ord'Bi.