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Que mes pleurs ont bénis dans leur fosse à l'écart, Quand ils toinl»;iit'nt aux pieds des Suisses vietiui;iires , Soupiraient d'autres noms que les noms de leurs mères. En donnant des baisers à ces cadavres saints , Le peuple fossoyeur découvrait sur leurs seins Des boucles de cheveux , odorantes encore , Scapulaires d'amour qu'à vingt ans l'on adore. Les tribuns précurseurs , dont le nom nous est cher , Dans leur forte poitrine avaient un cœur de chair : Danton, l'ours montagnard, souffrant qu'on le muselle, Grognait d'amour , charmé par des yeux de gazelle ; Louvet, dans les déserts oîi la loi le traqua , Comme la Liberté pleurait Lodoiska ; Un ange blond veillait au chevet de Camille-, Vergniaux , pour parer un sein de jeune lille, Condamné, détachait de son sein de martyr La montre qui tintait le moment de partir ; Et quand Chénier frappait sa tête volcanique Que livrait à la hache un tribunal inique, Sentant battre son cœur qu'une image brûla , Il pouvait dire aussi : « J'ai quelque chose là ».
Et nous prétendrions, nous, enfants que nous sommes, Marcher droit dans la route où chancelaient des hom- Oh ! nous pouvons comme eux unir avec fierté [mes ! Au culte de l'honneur celui de la beauté. Grâce à ton souvenir, toi que j'ai vue éclore Au soleil de juillet, sous un pli tricolore, Avec plus de ferveur mes hymnes salueront L'étendard amoureux qui caressa ton front ,
i t je me souviendrai , si son vol me réclame, Que ses nobles couleurs sont celles de ma d;ime...
JMais, paladin rêveur, mon culte extravagant rs'aura pas conquis même un baiser sur le gant : Comme dans un harem, captive au gynécée, Nul souffle ne ternit sa limpide pensée ; Dans les sentiers connus on ne la froisse pas , Le grand air est trop vif pour ses frileux appas. Ainsi dans nos vallons la rose orientale , Que Thibaut transplanta de la rive natale, S'exilant à l'écart, semble dire à nos (leurs : Pales fdles du nord, vous n'êtes pas mes sœurs. Si la presse demain , bruyante entremetteuse , Lui glisse, humide encor, mon épître flatteuse, Hélas ! comme au hasard , sa main froide ouvrira Cette page qui brille , et rien ne lui dira Qu'un souffle de sa bouche a fait vibrer ma lyre , Que son regard créa les vers qu'il vient de lire; Et, peut-être, la feuille où je les ai semés Bouclera sur son front ses cheveux parfumés.
6 août 1833.