‹ Le myosotis (volume 2)Chapitre 25 sur 73 · L'HIVER · texte numérisé non relu

L'HIVER

Adieu donc les beaux jour.< ! Le froid noir de novembre Condamne le poëte à l'exil de la chambre. Où riaient tant de fleurs, de soleil, de gaieté, Rien, plus rien; tout a fui comme un songe d'été. La-bas, avec sa voix monotone et touchante, Le pâtre seul détonne un vieux noël ; il cliante, Kt des sons fugitifs le vent capricieux M'apporte la moitié; l'autre s'envole aux cieux. La femme de la Bible erre, pâle et courbée. Glanant le long des bois quelque branche tombée, Pour attiser encor son foyer, pour nourrir Lncore quelques jours son enfant, et mourir. IMus d'amours sous l'ombrage, et la forêt complice Gémit sous les frimas comme sous un cilice. La lorét, autrefois belle nymphe, laissant Aller ses cheveux verts au zéphyr caressant, [lette, Maigre et chauve aujourd'hui, sans parfum, sans toi- Snns vie, agite en l'air ses grands os de squelette. Un b.uit mystérieux par intervalle eu sort, Sembla'le à celle voix (jui disait : Pan est mort!

Oui, la nature entière agonise à cette iieure,

Et pourtant ce n'est pas de son deuil que je pleure ;

Non, car je nie souviens et songe avec effioi

Que voici la saison de la faim et du froid; [ii'ai-je

Que plus d'un malheureux tremble et se dit : « Que

« Pour m'envoler, aussi, loin de nos champs de neige

« Les ailes de l'oiseau , qui va chercher ailleurs

« Du grain dans les sillons et des nids dans les fleurs !

« Vers ces bords sans hiver que Toanger parfume,

« Où l'on a pour foyer le Vésuve qui fume,

« Où devant les palais, sur le marbre attiédi ,

« Le Napolitain dort aux rayons du midi,

« Oh ! qui m'emportera ?.. » Mais captif à sa place,

Bêlas! le pauvre meurt dans sa prison de glace;

Il meurt, et cependant le riche insoucieux

De sou char voyageur fatigue les essieux. [monde.

Les beaux jours sont passés; qu'importe! heureux du

Abandonnez vos parcs au veut qui les émonde;

Tombez de vos châteaux dans la ville, où toujours

On peut avec de l'or se créer de beaux jours.

Dans notre Babyloue, hôtellerie immense,

Pour les élus du sort le grand festin commence.

Ruez-vous sur Paris connue des conquérants;

Précipitez sans frein vos caprices errants;

A vous tous les plaisirs et toutes les merveilles,

le pauvre et ses sueurs, le poète et ses veilles.

Les fruits de tous les arts et de tous les climats.

Les chants de Rossini, les drames de Dumas ;

A vous les nuits d'amour, la bacchanale immonde :

A vous pendant six mois Paris, à vous le monde !..

Ne craiiinez pas Tliémis : deviuii le rameau d'or. Cerbère à Iriide mieide, cll(,' s'apaise 1 1 dort.

Mais, pour Lien savourer ce bonheur solitaire

Qu'assaisonne davnnee un jeûne volontaire,

Ne regardez, jamais autour de vous; passez

De vos larges manteaux masqués et cuirassés, [bre

Car, si vos yeux tombaient sur les douleurs sans noni-

Qui rampent à vos pieds et fr ssonnent dans l'ombre,

Comme un frisson de flèvre. à la porte d'un bal,

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