‹ Le myosotis (volume 2)Chapitre 27 sur 73 · I-a Morjiue va pécher Ie5 cor[)s que l'eau promène · texte numérisé non relu

I-a Morjiue va pécher Ie5 cor[)s que l'eau promène

L'é^roïsme, eu sultan , jouit et rèf^ne ; il a

Des crimes à cacher, et son Bosphore est là...

Il est vrai, quelquefois une plainte légère Blesse la maji-st*' du riche qui digère

Des liommes, que la faim inoissornie par millions, En se comptant des yeux disent : Si nous voulions! Le sanglot devient cri, la douleur se courrouce, Et plus d'une cité regarde la Croix-Rousse. Mais quoi ! n'avez-vous pas des orateurs fervents Qui, par un quos eç/o, savent calmer les vents'? Qui, pour le tronc du pauvre avares d'une obole. Daignent lui prodiguer le pain de la parole , Et, comme l'Espagnol, qui montre, en l'agaçant. Son écharpe écarlate au taureau menaçant. Jettent, pour fasciner ses grands yeux en colère, Un lambeau tricolore au tigre populaire?

Oh! quand donc viendra-t-il, ce jour que je rêvais,

Tardif réparateur de tant de jours mauvais;

Ce niveau qui, selon les écrivains prophètes.

Léger et caressant, passera sur les tètes !

Jamais, dit la raison, le monde se fait vieux ;

11 ne changera pas; — et dans mon cœur : tant mieux,

Ai-je dit bien souvent : au jour de la vengeance

Si l'opprimé s'égare, il est absous d'avance.

Spartacus ressaisit son glaive souverain.

Il va se réveiller, le peuple souterrain,

Qui, paraissant au jour des grandes saturnales,

De mille noms hideux a souillé nos annales :

Truands, mauvais-garçons , bohémiens , pastoureaux ;

Tombant et renaissant sous le fer des bourreaux

Et les repus voudront enfin pour qu'il s'arrête.

Lui tailler une part dans leur gâteau de fête;

Mais lui, beau de vengeance et de rébellion :

A moi toutes les paris : je me nomme lion ! Alors s'accomplira répouvantable scène Qu'Isnard prophciisait an peuple de la Seine. Au rivage désert les barbares surpris Demanderont où fut ce qu'on nonnnait Paris. Pour effacer du sol la reine des Sodomes, Que ne défendra pas l'aiyuille de ces dômes , La foudre éclatera ; les quatre vents du ciel Sur le terrain fumant feront grêler du sel; Et moi , j'applaudirai : ma jeunesse engourdie Se rechauffera bien à ce grand incendie.

Ainsi je m'égarais à des vœux imprudents , Et j'attisais de pleurs mes iambes ardents. Je haïssais alors , car la souffrance irrite; Mais uu peu de bonheur m'a converti bien vile. Pour que son vers clément pardonne au genre Inimoiu Que faut-il au poète? un baiser et du pain. Dieu ménagea le vent à ma pauvreté nue; Mais le siècle d'airain pour d'autres continue, Et des maux fraternels mon cœur est en émoi. Dieu , révèle-toi bon pour tous comme pour moi. Que ta manne en tombant étouffe le blasphème; Empêche de souffrir, puisque tu veux qu'on aime ! Pour que tes Ois élus , tes iils déshérités Ke lancent plus d'en bas des regards irrités, Aux petits des oiseaux toi qui donnes pâture , Nourris toutes les faims ; ù tout dans la nature

Que ton hiver soit doux ; et, son règne fini ,

T.e poète et l'oiseau chanteront : Sois béni !

Saiiit-Mailin, novembre 1833.

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