‹ Le myosotis (volume 2)Chapitre 61 sur 73 · LA SOEL'R DU TASSE · texte numérisé non relu

LA SOEL'R DU TASSE

Dans l'ombre de mon cœur mes plus fralr lies amours. Mes amours de sei^e ans relleui iront toujours. nnizELX.

Oh ! bien avant Mercœur, la Sapbo de la T.oire, Le poète a seni de pôturc à la gloire, Sphinx dévorant qui veille aux portes de Paris; Et peut-être (qui sait?) de la chambre où j'écris Le Tasse un jour fut l'hôte, et ma table de hêtre Boiteu-e, sous son coude a chancelé peut-être. Assis sur l'escabeau, pmit-cfre, oii je m'assieds. Il écoutait Paris bourdonner à ses pieds, Et pensif, arrêtant chaque nue au passage, Pour son pays lointain la chargeait d'un message. Il ne Tenvovait pas à Ferrare, ou |)oiirtaiit Aux genoux d'une Armide il dormit un instant ; Non : sa blessure au cœur était enlin guérie : Non. mais il soupirait : « Loïsa, sœur chéri»', Mes premières amours, que faites-vous la-bas ? Quand je jette au Destin le gage des combats, Dame de ma pensée, au Christ d'un oratoire Sans doute vos soupirs demandent ma victoire. Oh ! prie/ : veuf «le vous, mon cœur n'a point vécu: Mais je ne reviendrai qu'après avoir vaincu.

Vous sauriez bien eiicor, généreuse en silence.

De votre pauvreté me faire une opulence;

Mais pour dot à nia sœur je n'irai plus offrir

Mon trésor de misère, et je saurai souffrir,

La Poésie aidant !... pour conduire ma plume, [lume,

Seul flambeau de mes nuits, quand l'œild^uncbat s'al-

Des chœurs d'esprits follets, poétiques sabbats,

Viennent fleurir sous moi la p.iille des grabats ;

Des palmiers, des drapeaux frisson. icnî sur ma joue :

Salut, bel Orient! adieu, Paris de boue!

Chevaliers, ouvrez-moi vos rangs hospitaliers;

Pour le Christ et l'honneur, combattons, chevaliers;...

Puis, vient l'Amour Protée et ses métamorphoses:

Renaud, Thonime de fer, se rouille sur des roses;

Clorinde l'infidèle expire, et son amant

Baptise avec ses pleurs un fiont pâle et charmant.

Mais rillusion fuit le jour qui l'intimide;

Il brille, et tout s'en va : les preux, Clorinde, Armide,

Les armes, les drapeaux, les palmiers, tout eufln.

Tout : il ne reste là qu'un poète et la Faim!...

Oh ! Sorrente, Sorrente! et, sur la plage verte, Lne blanche \illa que le pampre a couverte; ITn banc sous l'oranger d'où tombe la fraîcheur, Et là nos entretiens si doux que le pécheur Sécriait quand le son en frappait son oreille : " I-ongue nuit, longs amours aux époux de la veille! »

La Fièvre n'osait plus s'asseoir à mon chevet; Même avant la douleur le remède arrivait;

Vous jugiez mes travaux, querelliiz ma paiTsse ; Et toujours sur mon front pendait uiu- caresse. Souvent mon cœur, saisi d'un prophétique émoi, Me révélait (|uel(|u'un del)out derrière moi ; Puis, sur mes yeux tombait une main enfantine ; Puis, entre deux baisers, on me disait : Devine! Je devinais toujours ! des parfums inconnus Annonçaient aux païens rinvisiJ)le Vénus. Ainsi, quand un nuage à mes veux vous dérobe, De vos cheveux bouclés, des plis de votre robe, Je ne sais quel parfum d'une ex(|uise douceur Se répand et m'enivre, et \ous trahit, ma sœur !

Aussi, j'ai bien souvent frémi d'un doute étran;;e, Et les yeux sur vos yeux dit : « Est-ce pas un ange? « Pendant que je suivais là-bas un paladin, « Le deuil sur la maison est-il tombé soudain ? " Derrière moi, sans bruit, la vieille Alix a-t-elle « Dans un linceul furtif cousu ma sœur mortelle? " Et. pourtromper moncœur, cet ange au front si beau « Daigna l-il emprunter un nom sur un tombeau ? ^

Des bienfaits prodiizués par votre amour céleste, Dilt cet amour s'éteindre, un souvenir me reste, Et ce long souvenir est encore un bienfait; Oui, ce que vous faisiez, votre image le fait : Par le méchant qui règne et le sot qui prospère Coudoyé, si je [)leure et si je désespère, Elle est là : son souris me défend de pleurer; Son œil ardent de foi m'ordonne d'espérer.

Oli ! le siècle entendra les chants que je lui livre;

Il n'aura pas ouvert nia tombe avant mon livre;

Ce livre, proclamant votre sainte amitié,

D'un avenir conquis vous promet la moitié;

Et quand, sur nos tombeaux, relu par des voix tendres,

Voix de sœurs ou d'amants, il reniura nos cendres ;

Nos spectres enlacés voltigeront près d'eux ;

Nous ne ferons, ma sœur, qu'une gloire à nous deux !

La gloire!... en répétant ce mot vide et sonore,

Il sourit de pitié; puis, d'espérance encore;

Il s'endormit, rêvant bonheur et gloire, mais

L'une arriva bien tard, l'autre ne vint jamais.

Quand il revit Sorrente, et, sur la plage verte,

La villa tant aimée, il la trouva déserte.

Au vent de ses destins, alors de cour en cour,

De prison en prison il tomba; puis, un jour,

Le pauvre fou sentit, dans la ville papale,

Une douche de fleurs inonder son front pâle.

» Pour qui donc cette pompe et ce peuple à genoux ? >>

Disait-il, et chacun lui répondait : « Pour vous !

Pour vous Rome est en fête, et son prince en étole

Avec les saintes clés ouvre le Capitole ;

Pour vous il s'illumine, et ses joyeux échos

Chantent comme ils chantaient sur les pas des héros;

Car vous avez tenté des conquêtes plus rares,

O poëte, et comme eux triomphé des barbares ;

Car d'un laurier rival vous êtes possesseur :

Voyez .. •) — « Hélas ! dit-il, je ne vois pas ma sœur ! •>

Lt MVUSO lis. 181

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