‹ Le myosotis (volume 3)Chapitre 20 sur 66 · LK JOLI COSTUME · texte numérisé non relu

LK JOLI COSTUME

Oh ! qu'elle est bien !

OIi ! qu'il est bien !

Beau masque, à ce joli costume Pour mon bonheur ne diange rien,

Mais, sur une tête mignonne, Enfant, ce chapeau doit peser; Les cheveux noirs qu'il emprisonne Hier appelaient le baiser.

Laisse-les, suivant ta coutume, Flotter sans voile et sans lien :

Oh ! qu'elle est bien !

Oh ! qu'il est bien !

Beau masque, à ce joli costume Pour mon bonheur nediange rien.

Grâce pour deux captifs encore !

Oui, foule aux pieds ce frac étroit.

En vain, sur la vitre sonore.

L'aquilon souffle humide et froid :

Mon cœur que le désir consume Palpitera chaud près du tien :

Oh ! qu'elle est bien !

Oh ! qu'il est bien !

Beau masque, à ce joli costume Pour mon bonheur ne change rien.

Et je poursuis, et la fillette.

Riant toujours, toujours cédant.

Se voit réduite à la toilette

Ili I.E JOLI COSTUMK.

Qui parait Kve aux yeux d'Adam.

Trésor à trésor, sur in plume, Je puis recompter tout mon bien :

Oli ! qu'elle est bien !

Olî ! qu'elle est bien !

Beau masque, à ce joli costume Pour mon bonheur ne change rien.

IinpTOvisé à une repTésentation de Don Juan.

Jean de Paris, bravo ! radieux dans ta loge,

Prodigue à ton patron des sourires d'éloge.

Tu peux battre des mains à ses prouesses, mais

L'imiter, rarement; le comprendre, jamais.

L'escrime fatigua tes mains inoccupées ;

Ton pistolet au tir abattit cent poupées;

Par ta canne dansante un enfant effleuré

Pleure, et tu le tueras parce qu'il a pleuré;

Et tu diras le soir, froissant un corps de femme :

« Es-tu content de moi , don Juan, mon maître ? » Infâme!

Non, tu n'es pas don Juan ; car don Juan le maudit,

A l'œil émerveillé comme un spectre grandit.

Auprès de ce géant tu n'as pas une toise;

Il venait de l'enfer, toi, tu viens de... Pontoise.

Il chantait, il raillait, et toi, tu n'es qu'un sot

Qu'on peut tuer d'un vers, et bâillonner d'un mot

C'était un oiseleur qui, d'un coup de résille,

Attrapait Elvira, Léonor, Inésille,

Papillons qu'au Prado le soir voyait courir,

Si frêles qu'un baiser trop lourd les fit mourir,

Et si beaux qu'on aurait enrichi vingt chapelles

Avec la poudre d'or que secouaient leurs ailes.

Convoitait-il un ange aux cheveux noirs ou blonds,

Son échelle de soie avait tant d'échelons

Qu'il eut, de cieux en cieux, pu monter, je parie.

Pour baiser les pieds nus de la vierge Marie.

Si la foudre eut bougé, prêt à tous les combats,

A la vieille grondeuse il aurait dit : Plus bas!

Par une corde à puits te hissant aux gouttières,

Toi, tu vas dénicher des filles de portières;

Auprès de la beauté qui te doit sa pâleur,

La duègne qui plaida ta cause avec chaleur

Ae froisse étincelants ni missel ni rosaire,

A des haillons pour mante, et pour nom : la Misère

L'oiseau dans tes filets ne tomba pas vaincu

A l'appel de ton chant, mais au son d'un écu

Tu n'as rien, fils du nord, de ce sang qui pétille.

Sous un regard de femme, au soleil de Castille ;

Sang créateur des Cids, qui plus tard même a pu

Produire encor des .Juans, lorsqu'il s'est corrompu.

Le peuple, ivre de faim, qui ronfle au coin des bornes,

Quand le taureau royal le pique de ses cornes.

Se réveillant d'un bond du lourd sommeil qu'il dort,

Lui du moins, sait combattre en beau toréador.

Mais toi !... soulève encor des bruits de bacchanales;

Essuie encor du sang à des gorges vénales;

Crève encor des chevaux, blesse encor des maris;

Tu ne seras jamais rien... que Jean de Paris.

Oh ! si le plébéien que ton pistolet tue

Sur sa fosse à Clamart revivait en statue,

Et qu'au son de minuit, quand meurt le gaz tremblant,

Quittant son piédestal, l'homme de marbre blanc,

Dans le sombre café que ta visite honore,

Allongeât ses pas lourds sur la dalle sonore;

Pour te marquer au front d'un signe flétrissant,

Il n'aurait pas trempé son index dans le sang ;

Non, mais ses doigts de pierre, en souffletant ta joue,

Y laisseraient empreinte une tache de boue

Large, noire, et sa voix tonnerait en ces mots :

« Ton enfer n'est pas prêt, lâche auteur de mes maux;

u Vis : Dieu te couvre encor d'un mépris débonnaire ;

a Tu ne dois pas mourir par un coup de tonnerre :

« Sous le poids du mépris, vieux sans avoir vécu,

«Tu mourras... tu mourras d'un coup de !»

-^eXsl-

Page 1