‹ Le myosotis (volume 3)Chapitre 37 sur 66 · I.a pipe du soldat qui donnait en plein vent · texte numérisé non relu

I.a pipe du soldat qui donnait en plein vent

Mais gourniand et voleur!... oui, j'ai lu dans rhisloiiv

Qu'il aimait un p?u trop la figue et le raisin

Du voisin ;.

Fécond en malins tours, il y mettait sa iiioire.

Fa cadis, marchands, bateleurs, Oit-on, se méfiaient de lui les jours de foire

Plus que des quarcnite volcvrs!

T.as enfin d'en iieinir, à sa folle con.luite

T 'n vieil oncle l'abandonna ; [VAbdallab-le-Maudit chacun se détourna ; Le bruit seul de ses pas mattait les jeu\ en fuite. Il réfléchit alors : la voix qu'il étouffait,

Cette compagne intérieure

Qui chante de joie ou qui pleure,

Suivant qu'on a bien ou mal fait, La Conscience en lui gronda, juge implacable.

Alors dans le désert un saint homme vivait D'aumône et d'eau, n'ayant que le roc pour chevet ; Kt, pleine de pardons, quand sa main vénérable

Les répandait sur un coupable, A l'arrêt inspiré toujours Dieu souscrivait :

« Il me pardonnera sans doute S'il pardonne au remords », dit l'enfant, et voiKà Au milieu du désert ses petits pieds en route : Le désert est bien urand î Dieu conduise Abdallah !

Le désert est bien urand, et presque infranchissable:

195 l/KNFANT MU DIT.

C'est un chnnip de poussière et de feu ; rien n'y ci-oît.

^i niùres ni bluets, enfants, et Ton n'y voit

Que du soleil et que du sable.

Tantôt d'un rocher caverneux.

Aux pieds du voyaiieur éuaré dans l'espace, Un boa sort, fouettant la terre de ses nœuds ;

Tantôt c'est un lion qui passe, Calme et superbe, avec de la chair vive aux dents. Et de gros yeux pareils à des charbons ardents.

A travers le soleil et les vents et l'orage, Notre pénitent va, n'ayant pour tout fardeau Qu'un gâteau de maïs, un bâton de voyage. Et, pendante au coté, sa gourde pleine d'eau.

Mais voilà qu'au désert un cri mourant l'implore : C'était un pauvre chien qui, sur le sable ardent, Dévoré par la soif, hurlait en le mordant. La route à parcourir était bien longue encore ; .Sa gourde résonnait à moitié vide : eh bien ! Il en épuisa l'eau dans la gueule du chien ; Et le chien bondissant, tout joyeux de renaître, Dit par une caresse : « Abdallah, sois mon maître. >^

Il marche, il marche encor; puis s'arrête, voyant Son nouveau compagnon trembler en aboyant : Vn serpent au soleil se dressait sur sa queue ; T.e serpent-roi, celui qu'on appelle Devin ; Et, sous les mille éclairs de son écaille bleue. Vn oiseau fasciné se débattait en vain

LTMANT MAL DIT. 197

'Sotre héros s'élance, invoque le prophète, Et, fort de sa pitié, fort du secours divic, Frappe à coups redoublés le monstre sur la tête. Le Devin se tordit sur le sable et siffla,

Puis mourut aux pieds d'Abdallah.

Le vainqueur dans son sein mit l'oiseau, sa conquête, Et le baise, endormi sur ce mol oreiller, Doucement, doucement, de peur de l'éveiller.

Le voilà parvenu devant la grotte sainte, Enfin!... et sur le seuil il hésite, n'osant. Lui coupable et poudreux, profaner cette enceinte ; Mais, ô surprise ! aux pieds du vieillard inqiosant,

Quand le Maudit courbait la tète, Le chien qui le suivait à la porte gratta. L'oiseau battit de l'aile au réveil et chanta ; Et le saint comprit tout, car il était prophète. Sur le front du pécheur alors il étendit

Ses deux mains tremblantes, et dit

« Levez-vous, Abdallah : Dieu pardonne et vous aime ;

En paix avec le ciel, en paix avec vous-même.

Allez . vous n'êtes plus Abdallah-le-Maudit.

Pour que Dieu le bénisse, un enfant doit soumettre

Ses caprices mutin aux volontés d'un maître -,

Il doit n'être gourmand, espiègle ni moqueur ;

Mais sur les vertus les plus hautes Ce qui l'emporte, et peut racheter bien des fautes, ISe l'oubliez jamais, enfant : c'est un bon cœur! >'

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