‹ Le myosotis (volume 3)Chapitre 9 sur 66 · SI R L IMPRIMERIE · texte numérisé non relu

SI R L IMPRIMERIE

Quand les muses, pleurant la gloire de la France, Avec des souvenirs lui rendent l'espérance. Poète et citoyen, de quel œil peux-tu voir Une ligue hypocrite alarmer le pouvoir, Et frappant au guichet de Sainte-Pélagie, Tantôt pour la chanson, tantôt pour l'élégie. Avec le fer des lois poursuivre sans repos Un art dont la lumière a trahi ses complots ? Mais de l'opinion, souveraine immortelle, Il éclaire les pas, il triomphe avec elle, Et le pontife-roi, fulminant un édit.

En vain sur leur empire a lancé l'interdit. Ils ne sont plus ces temps où la sainte parole Tonnait et foudroyait du haut du Capitole, Où la raison timide, en hutte aux oppresseurs. Dans l'exil ou les fers suivait ses défenseurs.

8 hriTKK A M. FIRMIN I) 11)0 T.

Et comme leurs écrits aux pieds du saint-office

Les voyait (luelquefois brûler en sacrifice.

Zélateurs du passé, qui vers cet âge d'or

Prétendez aujourd'iuii nous repousser encor,

N'avez-vous donc jamais déroulé ses annales?

Elles offrent à peine, à de loniis intervalles,

Au lecteur fatigué de tableaux odieux,

Quelques pages de gloire oii reposer ses yeux.

Comme le diamant perdu dans la poussière

Q li n'attend pour briller qu'un rayon de lumière,

(^iie de talents alors méconnus, avilis.

Dans un cercueil obscur tombaient ensevelis !

Un Voltaire, un Rousseau, sous le chaume champêtre,

Ignores de leur siècle, et d'eux-mêmes peut-être,

Expiraient tout entiers : l'étude au feu divin,

Qui, captif dans leur àme, y bouillonnait en vain,

J^our éclairer le monde eût ouvert un passage.

L'étude... -Mais hélas ! de ce trésor du sage

Les peuples malheureux, ne sachant pas jouir,

A l'ombre des autels le laissaient enfouir.

Ces transfuges légers de Grèce et d'Ausonie,

Ces livres où les dieux du goût et du génie

'lYacaient pour l'avenir leurs oracles sacrés,

Voltigeaient au hasard, dispersés, déchirés.

Semblables dans leur suite aux réponses qu'envoie

La sibylle de Cume à l'exilé de Troie.

Un peuple envahissant, l'incendie à la main,

Foule aux pieds les débris du colosse romain,

Kt le vent du désert sur l'Europe tremblante

Souffle pour l'enuioutir sa poussière brûlante.

KIMTKE A M. FIRMIX 1)11)01. \i

Déjà tout s'obscurcit : mais lorsque avec effroi Ramenant du passé mes yeux autour de moi, Je cherche les fléaux qu'il semblait nous prédire, Quel contraste ! partout le Fanatisme expire, A la voix de la gloire et de la liberté, Un autre enthousiasme a partout éclaté, Plus fécond en exploits que cette frénésie Dont l'Europe chrétienne épouvantait l'Asie, Terrible, jnais laissant aux peuples satisfaits, Après un jour d'effroi des siècles de bienfaits. Qui donc précipita ce mouvement rapide, Etcommeles Hébreux quand tout marchait sans guide, Quel nuage de flamme éclaira par degrés Une route inconnue aux peuples égarés?

Honneur à Guttemberg! et puisse d'âge en âge Son nom vivre et grandir ainsi que son ouvrage ! Honneur à toi, Mayence : il a dans tes remparts Découvert l'art magique utile à tous les arts ! Au lieu de fatiguer la plume vigilante, De consumer sans cesse une activité lente A reproduire en vain ces écrits fuiîitifs, Abattus dans leur vol par les ans destructifs, Pour donner une forme, un essor aux pensées, Des signes voyageurs, sous des mains exercées, ^'ont saisir en courant leur place dans un mot; Sur ce métal uni l'encre passe, et bientôt. Sortant multiplié de la presse rapide.

Le discours parle aux yeux sur une feuille humide. O vous que dépouillaient des vainqueurs insolents, Muses, ne craignez plus que vos trésors brûlants

10 l-PITRK A M. VI RM IN DIDOT.

Kcl;iireiit leur tri()m|)lie, ou (|ue l;i tyrannie Dans la jjrison d'un saue enferme le izénie, Ou (|ue sur un hiu-her elle étouffe sa Noix; Hra\ant la faux du temps et le sceptre des rois, T/oMivre de la pensée est ra|)ide connue elle, (^onune elle insaisissable et connue elle immortelle. Sans peine l'univers s'unira bien souvent Aux rêves du poëte, aux veilles du savant.

T.e 2[énie en courroux, qui, dans un beau délire.

(loutre les oppresseurs fait révolter la lyre,

Croit voir autour de lui le monde s'assembler.

Le peuple s'émouvoir et les tyrans trembler ;

Ainsi, lorsque la Grèce, ivre de cbants épiques,

A grands ilôts se pressait aux fêtes olympiques :

Agités par les sons du lutli national.

Tous les cœurs palpitaient d'un mouvement égal.

Tous les cris menaçaient la puissance usurpée.

Tous les bras étendus imploraient une épée.

Les peuples aveuglés, frapj^'és par le pouvoir,

Qui traînaient dans la nuit leurs cbaînes sans les voir.

Se relèvent enfin, se parlent, se répondent:

Puis, comme les douleurs, les ])laiutes se confondent.

Kt ne forment bientôt qu'un seul cri menaçant :

Liberté ! si ce nom fut souillé par le san^i,

S'il fut un cri de mort contre le diadème,

La iïloire, la vertu... c'e.st que le peuple même

Des fers du des|)otisme armait la liberté,

Et, succes-eur des rois, connue eux était llatté;

C'est qu'aux pieds des bourreaux la presse encor muette

É PITRE A M. FI RM IN DIUOT

N'osait à la douleur offrir un interprète. Mais, terrible et fécond, l'orage s'est enfui, Le ciel s'est épuré; c'est en vain qu'aujourd'hui D'une époque sanglante on rouvre les abîmes, Et que pour argument on soulève des crimes ; Liberté, c'est en vain qu'on cherche à te flétrir, Tu ne peux maintenant t'égarer ni mourir. \ul abus ne pourra grandir dans le silence, Contre le despotisme et contre la licence Les partis font tonner leur courroux éloquent, Lt la lumière entre eux jaillit d'un choc fréquent. Ainsi la vérité, faible solliciteuse Qui, comme la prière, à la cour est boiteuse, Moins timide et moins lente, osera quelquefois A travers leur conseil se glisser jusqu'aux rois. Ils entendront les cris de la douleur plaintive, La gloire poursuivra la vertu fugitive, Et quand même ïhémis oublîrait de frapper, Les forfaits au carcan ne pourront échappei'. Chaque jour un essaim d'écrits périodiques, Innombrables hérauts des combats politiques, Signalant les dangers, vole à l'appui des lois Rallier tous les cœurs, armer toutes les voix. Le jeune citoyen, que cet écho réNcille, S'enllamme chaque jour aux débats de la veille, Et peut-être embrassant un avenir ilatteur, Du temps qui le vieillit accuse la lenteur, Souffre de tous les maux de la patrie esclave, Et rêve en contemplant le buste de Barnave. Avec un autre siècle ils ont fui pour toujours

12 KriTKK A M. Kl KM IN DIDOT

Os héros de scandale honorés dans les eours,

Qui d\in nom glorieux subissant l'ironie,

Savaient au plaisir seul sacrifier leur ^ie.

Le Français, jeune encor, échappant au repos.

Verse, pour l'ennoblir, son sang sous les drapeaux .

F.t, lorsque avec la paix les muses consolantes

\ iennent jeter des Meurs sur des palmes sanglantes.

Tantôt associant l'étude à ses plaisirs,

Des jeux de Alelpomène il charme ses loisirs,

Tantôt, ivre d'espoir, à la tribune il vole

D'une bouche éloquente épier la parole.

Tantôt dans un convoi, suivant la gloire en deuil.

Il dispute l'honneur de porter un cercueil.

QuOn tremble d'étouffer ces flammes généreuses, C"est en les irritant qu'on les rend dangereuses. En vain le despotisme, armé du fer des lois, (>>muiandait le silence h la presse aux cent voix, Kteignaut les fanaux sur le bord de l'abime, De son triomphe même il fut tombé victime. Et s'il faut d'un exemple appuyer mes discours, Voyez de l'Orient les peuples et les cours : \u lit du souverain, là, le sabre qui veille D'un murmure indiscret préserve son oreille ; Inaccessible même à la voix du remord.

Au sein des votuptés il-se plonge et s'endort. Il dort... mais tout à coup la révolte hardie Dans sou palais en feu gronde avec l'incendie; Lui-même tombe aux pieds de ce peuple rampant. F.t l'orase imprévu l'éclairé en le frappant.

EPITHK A >1 F !H Ml N DIDOT. I^t

Contre les attentats d'une aveugle puissance Déjà que de douleurs se soulevaient en France ! Menacés par les lois, que d'artisans obscurs S'entretenaient tout bas de leurs destins futurs. Et loin de la patrie esclave et désolée Se choisissaient d'avance une tombe exilée ! Jeune encore et tremblant pour l'art qui m'a nourri. Moi, j'ai pleuré comme eux, et comme eux j'ai souri Lorsque de nos cités à la douleur en proie S'élevèrent des feux et des concerts de joie. Non, sur des bords lointains il ne faudra jamais Devant ses ennemis rougir du nom français, Va dans l'état obscur où le ciel nous fit naître Notre sort coulera i)aisible, heureux peut-être . Quand l'art hospitalier nous laisse des loisirs, Ainsi qu'à nos besoins il veille à nos plaisirs. Et qui donc n'a jamais puisé dans la lecture Tin oubli consolant, une volupté pure?

Les livres autrefois vendus au poids de l'or, Dont l'avare opulence amassait le trésor, Des cloîtres, des palais secouant la poussière, Se sont enfin glissés jusque dans la chaumière; Pénates vigilants, en tous lieux aujourd'hui Ils bercent les douleurs et dissipent l'ennui, Souvent ils sont fêtés même par Tignorance: -Notre cœur languit-il, en deuil d'une espérance, Détrompé d'amitié, désenchanté d'amour, Walter Scott à nos yeux fait passer tour à tour Les brigands féodaux qui couraient, pleins de zèle, Purifier leurs mains dans le sang infidèle,

ti El' mu: A M. Il KM IN 1)IIM)T.

Ou ses iiais Bohémiens, ou ses cliefs belliqueux. Kt des teuips, des climats aussi bizarres qu'eux. Le lecteur, franchissant l'espace des amiees. \ it de leurs passions et de leurs destinées, Kl de ces urands malheurs qu'il essaie un moment \ ers les siens plus leuers il revole uaiment. Hélas! pourquoi faut-il qu'aveuiilant la jeunesse. Comme tous les plaisirs, l'étude ait son ivresse? Les chefs-d'œuvre du iioùt, par mes soins reproduits Ont occupé mes jours, ont enchanté mes nuits, Kt souvent, insensé ! j'ai répandu des larmes. Semblable au for^ieron qui, préparant des armes. Avide des exploits qu'il ne partage pas, Siflle un air l>eHiqueu\ et rêve les combats ..

1)Ioge:se,

PAISIF rOÉTIQUE

PRÉFACE DE T/AUÏEUR.

Ou fond de son tonneau, tribune populaire,

II exiialait sans peur sa maligne colère;

La censure pour lui n'avait pas de baillons ;

Le glaive de la loi respectait ses baillons.

Au passant, dont Taumône était sa nourriture,

En revancbe, il jetait quelque sot en pâture;

Pour enivrer le peuple et consoler ses maux,

Comme un vin pur, sa tonne épancbait les bons mots;

' CeUe pièce et toutes celles qui suivent jusqu'à i;i page Xi, composent la collection entit^ro du Diogknk qui l'ut pubiii-t- r-ii 18-:,.

I<i l'KKKACK ht; I.M rKl K

l'uis. son tVunt soufieiix. ride piir la satiiv. \ii\ phalènes d'amour que sa lanterne allire Souriait, et, nariïuant ses rivaux ebaliis. Il frottait sa laideur aux charnies de Lais...

(^Hiand l'isaize, absolu, rèune par ordonnances,

Kt que tout se nivelle au jou2 des convenances,

Alallieur à Tiniprudent qui sViiare d'un pas

Hors du cercle banal qu'a tracé le compas!

Devant des gueux dorés de titres et de grades,

S'il ose etïrontémenl huer leurs mascarades,

La foule du lépreux s'écarte avec effroi :

C'est un cynique ! eh bien ! je suis cynique, moi !

ïA, pour doter Provins d'une muse indigène.

.l'ose la baptiser du nom de Diogèneî

Oui, ce droit m'appartient, moi qui roule à tous vent*

Comme lui son tonneau, mes pénates mouvants :

Moi (|ui, persécuté de visiteurs sans nombre.

Impatient enfin de srelotter à l'ombre,

Quand ils me promettaient assistance et conseil.

N'ai répondu qu'un mot ■ Gare de mon soleil !

Pour être, jeune encor, vieux au métier de saae.

Il m'a fallu subir un rude apprentissage.

Comme Barthélemi, rapsode marseillais,

Dont la voix m'a troublé lorsque je sommeillais,

Dans la brise soufflant de la (irece ou de Home,

.le n'ai point respiré de poétique arôme,

Kt. né loin du midi, je n'eus pas même, enfant.

\ défaut de soleil, un foyer réchauffant.

Un ogre, avant llairé In chair (jiii \ipnl di^ nailre.

PKKFACK DK l/AL TELH. Il

M'emporta, vagissant, dans sa robe de prêtre,

Kt je grandis, captif, parmi ces écoliers,

^'oirs frelons que Montrouge essaime par milliers,

Stupides ic'Oiilans que chaque diocèse

Nourrit pour les pachas de l'église française.

Je suais à traîner les plis du noir manteau ;

Le camail me brûlait comme un san-benito ;

Regrettant mon enfance et ma libre misère,

J'égrenais, dans l'ennui, mes jours, comme un rosaire.

Oh! quand les peupliers, long rideau du dortoir,

Par la fenêtre ouverte à la brise du soir.

Comme un store mouvant, rafraîchissaient ma couche.

Je croyais m'éveiller au souffle d'une bouche;

Devant le crucifix et le saint bénitier,

Profane î j'enviais le sort d'Alain Chartier !

Et quand le mois de mai, pour la reine des vierges.

Faisait neiger les lis et rayonner les cierges,

Priant avec amour l'idole au doux souris,

Je convoitais un ciel parfumé de houris.

Dans la forêt de pins, grand orgue qui soupire,

Parfois, comme un oracle, interrogeant Shakspeare,

Je l'ouvrais au hasard, et, quand mon œil tombait

Sur la prédiction d'Iphictone à Macbeth,

Berçant de rêves d'or ma jeunesse orpheline,

Il me semblait ouïr une voix sibylline

Qui murmurait aussi : l'avenir est à toi ;

La Poésie est reine ; enfant, tu seras roi !

Vains présages ! hélas ! ma muse voyageuse

A tenté, sur leur foi, cette mer orageuse

IS l'HtFACK PK l/AlTKrR

Où, cornine Adainnstor debout sur un émeil. Le spectre de Gilhert plane sur un cercueil. J'ai visite Paris ; Paris, sol plus aride Au malheur suppliant (jue les rocs de Tauride, Où l'air manque au\ aillions méditant leur essor. Ou les jeunes talents, cahotés par le sort, Trébuchant à la fin, de secousse en secousse, (lontre la fosse ouverte où disparut Kscousse, N'ont plus, en s'aliordant, (pi'un salut ii s'offrir. I.e salut monacal : Frères, il faut mourir!

Mon doux pays, alors, me souriait en rêves, (iounneà .lean-.Iacque enfant son beau lacetsesiireves Je revoyais Provins et ses coteaux aimés, [)e tant de souvenirs, de tant de fleurs semés; Son d(Miie occidental, dont chaque soir le faîte S'illumine au soleil comme pour une fête; Sa tour, dont le lichen crevasse le granit, Ou la L'uerre tonnait, où l'oiseau fait son nid ; Géans contemporains qui, le front dans la nue. Se parlent *ête-à-tête une langue inconnue. AFedailles des Osars ou des rois, Sphynx jumeaux, Qui jettent aux* passants des éni<rmes sans mots...

Pour semer de mes vers un sol vivace en friche, J'ai choisi Seine-et-Marne, et mon iomaine est riche: C'est -Meaux, d'où les éclairs de l'aigle gallican Rffrayaient le hibou qui règne au Vatican ; Provins, docte ruine ou l'histoire s'épelle : La cité d'Amyot. veuve de Lachapelle :

FUI^.FACK DK I/Al TKIU. lit

Fontainebleau, (|ni dort a Toinhre de ses bois. On ne résonnent pins le cor et les abois, Kt montre aver orirneil, dans ses conrs féodales, Le pied de KKiiipereur imprimé sur les dalles.

Snr les partis heurtés j'aurai les yeux ouverts. Et leur choc trouvera de l'écho dans mes vers. La marotte n'est pas mon attribut unique ; Je fnentirai souvent à mon titre cynique : Souvent j'exhumerai quelque vieux fabliau : Mon journal poétique, au dernier folio, Pour le lecteur suant d'une longue tirade. Sèmera des couplets, en ojuise de charade ; Mais, épique ou badin, mon vers précipité Chantera toujours Dieu, l'Amour, la Liberté !

La Liberté surtout ! ce nom plein d'harmonie Sur mes lèvres de feu n'est pas une ironie ; Car je l'ai confessé, non tout bas, à huis-clos, Dans des refrains qu'on jette à des murs sans échos ; Non comme l'orateur du banquet populaire* Dont la flamme du punch attise la colère ; Comme un bouffon de club dans ses parades, non ! Mais les pieds dans le sang, en face du canon ! Quand une diète armée, en trois jours de séance, Sous les poiiinards d'un roi votait sa déchéance ; Quand, pour sauver l'état et changer son destin , Des balles remplaçaient les boules du scrutin. Et que, de tous côtés, les villes du royaume. Envoyaient des élus à ce iirand .leu-de-Paume.

i.) I»Ul-:i ACK DE LWLTKL K

Pour mes coiu'itovens j'o[)inai sans mandai, Kt Provins eut aussi son depulé-soldat.

Pour glaner des sujets, si nos temps sont arides,

Ma muse touillera dans les éphémérides ;

Sur chaque anniNersaire ou de joie ou de deuil,

.le trouverai le temps de glisser un coup-d'œil;

Quand sur nos boulevards le vent d'automne pleure,

Je veux y méditer une élégie, à l'heure,

A l'heure même où, purs de crainte et de remord.

Les Girondins martyrs chantaient leur chant de mort:

tt, sans doute, le mien remùrà l'auditoire.

Car notre nom se mêle à leur funèbre histoire ;

(Test parmi nos aïeux, c'est à notre foyer

Que le bourreau jaloux redemanda Boyer !

• J'ai médité, longtemps ces noms que je murmure; Qu'il me vienne un public : ma poésie est miire. Prètez-moi donc secours, habitants riverains Du sol qu'ont baptiie les deux fleuves parrains ; Souffrirons-nous toujours que le proverbe rie Des talents champenois comme des vins de Brie ? Diogène aux railleurs porte un défi mortel : Frères, j'attends vos noms pour signer le cartel.

T/\BEILLK

Comme l'Abeille fugitive Qui fait son miel en voyageant, Le chansonnier, de rive en rive, Va bourdonnant et voltigeant ; Comme elle, du myrte à la treille Il recommence vingt détours :

Vole, vole, petite Abeille, Vole, vole, voie toujours.

Hélas! je rampais, demi-nue.

Sans ailes d'or, sans aiguillon, Quand tout mon essaim, vers la nue, S'envola dans un tourbillon ; Mais Dieu me sourit, Dieu qui veille Sur un insecte sans secours, Me dit: « Vole, petite Abeille, 'i Vole, vole, vole toujours.

H I.AHIII.Ii;

Lt>iii (les tourbillons de poussière « Que font les srands et leurs laquais, « Dans la niausarcle ou la chauniière, < Murmure à de joyeux banquets ; « Mais, en fuyant, pique à l'oreille > Les Midas qui peuplent les cours:

- Vole, vole, petite Abeille.

\ oie, vole, vole toujours.

- Oui, carde bien, pauvre orpheline, '' Un dard caché pour les méchants ; " Mais si quelque vierge enfantine

" Cueille des bluets dans les champs, ' Va bourdonner dans sa corbeille, •> Et fais-la rêver aux amours; ■< Vole, vole, petite Abeille, n Vole, vole, vole toujours.

" Mon souffle a reverdi la tene '< Teinte du sanp: des oppresseurs ; " Lon2-temps l'éclat du cimeterre " Sur rilymete effraya tes sœurs ; « Mais à la Grèce qui s'éveille " La Liberté rend ses beaux jours :

« Vole, vole, petite Abeille, « Vole, vole, vole toujours. >•

Moi, dans les paroles divines Ip nie coulie. et. sans savoir

L'ABKIl.LE à:J

Si sur des fleurs ou des épines Il faudra nvendorniir le soir:

Quand vient la brise, je sommeille Et je m'abandonne à son cours :

Vole, vole, petite Abeille, Vole, vole, vole toujours.

L'E PAKTI RO>AP AUTISTK.

A Joseph Bonaparte.

Et toi, vieillard aussi ! tu viens dans le c-hamp-clos Où la plume combat, où Tenere roule à flots, .Jeter aux factions disputant la puissance, Kn forme de cartel, un acte de naissance ! A travers les grands noms, refrain de nos débals, Ton nom mystérieux est prononce tout bas. Quelques aiiitateurs, rallies pour détruire, Soldatesque sans frein qu'on rouvrit de conduire, Quêtant partout un chef pour détrôner un roi, De refus en refus sont tombés jusqu'à toi.

.Mais le ^ïéant n'est plus, et les nains de sa race Dormiraient aisément blottis dans sa cuirasse; Tous ses parents obscurs, frères, sœurs et neveux. Oui pour son héritage osent former des vcriix.

LK PARTI BONAPARTISTK '25

f)e Tastre impérial satellites sans nombre, Depuis qu'il s'est éteint sont retombés dans l'ombre. L'orphelin dans l'exil n'a qu'un moment langui ; Sur le chêne abattu le vent frappa le gui. L'empire dont la chute a fait trembler les pôles. Pour vestige ici-bas n'a laissé que deux saules : L'un que brûle au midi le Simoun étouffant, L'autre pendant au nord sur un tombeau d'enfant,

Bonaparte ! où trouver dans ta biographie A côté de ce nom rien qui le justifie ? Ton glorieux aîné, dans ses obscurs cadets, Vit dix ans une tache au velours de son dais. Il les brodait en vain d'or sur chaque couture, Sous leur habit de prince on tlairait la roture. Lorsque du nord au sud le pontife des camps Les sacrait rois d'un jour sur les trônes vacants, De l'orgueil fraternel leur vanité complice Se courbait à ses pieds sous un brillant cilice. A l'hommage des cours le dédaigneux vainqueur Les jetait en passant, comme ce dieu moqueur Qui livre dans l'Asie aux prières publiques Ses excréments divins façonnés en reliques. Tel le sabre adoré des héros Osmanlis Découpe aux Icoglans le monde en pachalits ; Tel, secouant la peau du lion de Némée, Hercule en fait tomber tout un peuple pygmée.

Malheur aux potentats créés par son dédain. S'ils l'offensaient d'un mot ou d'im i:este ! soudain

IG l.K PARU HO.NAFAHTISTV.

I\app courait clKitier 1.» majesté vassale ; Kt quand ses éperons resonnaient dans la salle. Sous son manteau de roi le coupable suail, Ireinhlant connue un pacha surpris par le muet !

Ouel enuiM tVloutïait dans rKscurial somhve : Sur ton lit sans sommeil tu croyais voir dans lomlu- Flamboyer le poinnard et l'a-il d'un iiuerillas ; Kt puis, fermant les yeux, tu revoyais, hélas ! Les montaL'nes dont l'air enivre la poitrine, I-a plaine sablonneuse et la roche marine. Ou, sans prévoir <lu sort les écueils inconnus. Knfant insoucieux, tu boiulissais pieds nus!

Aussi. (|uan(l Dieu brisa Tidole chancelante, \ ite tu secouas ta couronne brûlante.

(^)ue dis-je? uràce à toi, le monde révolté De quelques Jours plus tôt data sa liberté. Oui, laigle impérial, harcelé dans son aire, Se débattait encor pour saisir un tonnerre ; Les barbares, tremblants de profaner Paris, S'arrêtaient sous ses murs, fascinés et surpris ; Mais, dépouillant un rôle écrasant pour ta taille, Par un sauve-qui-peid! tu cédas la bataille! Et c'est toi qui voudrais déployer pour drapeau La redingote irrise et le petit chapeau !

.Non, la gloire pour toi n'eut jamais de baptémi; ; Non, Joseph, tu n'es pas Bonaparte, et quand même '. Quand même il reviendrait 2i2aiitesque, celui

\A: \\\ KTl |{0\A}»Ai{ I ISTlv Devant qui peuples, rois, empereurs, tout a fui : Quand même du tombeau le nouvel Encelade Bondirait, et des cieux tenterait l'escalade, Pense-t-on qu'à la soif de Taille renaissant, La France Prométliée irait livrer son san» .'

O vous, qui Tadorez, tribuns dont la colère S'allume au nom de roi dans le club populaire. C'est alors qu'il faudrait hurler le désespoir, Sur le tableau des droits jeter un voile noir, Et se taire ou trembler : de sa main colossale, Qui de Saint-Cloud jadis a balayé la salle, Il vous briserait, vous et vos tréteaux forains, Et vous regretteriez, la baïonnette aux reins, Ces bourreaux paternels dont le clyssoir talonne L'émeute Pourceaugnac autour de la colonne. Vous qui crachez l'injure au mitrailleur en froc, Avez- vous oublié que l'homme de Saint-Roch, Flétri d'un souvenir qu'aucun exploit n'efface, A son début sanglant nous apparut en face Dans ce Paris qu'au jour des sanglants désespoirs Le canon blasonna d'hiéroglyphes noirs ! Distinguez-vous quel mot est gravé sur la pierre : Charle ou Napoléon ? Juillet ou Vendémiaire? Quel or espérez-vous quand vos creusets hardis Fondent quatre-vingt-treize avec mil huit cent dix' A vos yeux, si Brutus vous a soufflé son àme, La race de Tarquin est une race infâme : Crachez donc sur sa cendre abandoimée aux vents, Votez des échafauds à ses restes vivants,

±H U: l'ARTI IU).N A l'A IM 1 S T K.

Ou'ils meiMV^Mt abreuves de lentes nuonies , Kt qu'où les trnîne morts nu\ vers des irémonies. (.'est peu ; ressuscitez contre des noms maudits Les lois dont le blasphème était frappé jadis . Mutilez |)ar le ter, bri'dez par les acides La bouche (jui vomit les sons îiberticides; Car si Ton évoquait l'ombre du soldat-roi , î.a liberté féconde avorterait d'effroi.

Mais il dort sans réveil le <réant de l'empire ; T/ Vnclais a bien cloué le cercueil du vampire. Qu'on n'oppose donc plus sur d'antiques pennons , T.'aiirle à la fleur-de-lys et des noms cà des noms; La science héraldique est éteinte, et la France , Kn vieillissant, confond dans son indifférence .Sa race tricolore et ses blancs souverains, L'huile de Notre-Dame et l'ampoule de Reims...

Mais que fais-je? et pounjnoi, sur un bruit pojjulaire,

Traîner devant ma barre un homme consulaire,

Qui sans doute ignorant le factum publié,

Oublieux des partis, s'en croyait oublié.

Heureux colon ! semblable au pasteur de Vircile,

Tu couronnes de fleurs tes pénates d'argile.

Dans un riche désert, que peuplent à la fois

T>es révolutions et la haine des rois.

Tranquille au bord des mers, comme une écume immondt

Tu repousses du pied le bruit de l'ancien monde ,

Kt si , frappant chez toi , les partis |)elerins

Pour leur pavois désert (piétent des souverains,

LE PARTI BONAPARTISTE. îi)

Insensés! réponds-tu, quel espoir vous anime? Pounjuoi dans son jardin troubler Abdolonyme? La* couronne avant l'âge a blanchi mes cheveux ; J'en connais trop le poids : il suffit à mes vœux Que mon pre soit en fleurs, et que mon champ jaunisse: Peuples qui mendiez des rois, Dieu vous bénisse!

27 juillet 1833.

LA PRl^CESSF

iSe parlons plus de liberté :

Je viens de voir une Princesse.

Pour mettre aux pieds de son Altesse A mon tour, que n'ai-je hérité D'un peu de légitimité !

Elle serait pour ma chambrette Un meuble fort joli, ma foi, Mais puisqu'elle n'est pas grisette , Ah î quel bonheur si j'étais Roi !

Dès qu'en son char elle a paru , Blonde et riante à la portière , A travers des flots de poussière Avec la foule j'ai couru , Empressé de voir , et j'ai vu . . .

J'ai vu son front qui se colore, Son sein qu'aizite un doux émoi ;

LA PRINCESSE. ^j

-Mais , pour voir un peu mieux encore , Ah! quel bonheur si j'étais Roi !

•le veux prendre aussi mon essor :

I/ambition devient vul^raire, Tel sot qui végétait naguère Se réveille plus sot encor, Chargé d'honneurs et cousu d'or.

D'un souhait qui semble frivole Vous riez sans doute, et pourquoi ?

A mis , la Providence est folle :

Ah ! quel bonheur si j'étais roi !

Sous les palais, comme un volcan.

La Liberté s'allume et gronde ; \e puis-je trouver en ce monde , Où les trônes sont à l'encan , Quelque petit trône vacant?

Dussé-je, en prince bon apôtre, Caresser le peuple et la loi , Dussé-je régner comme... un autre, Ah ! quel bonheur si j'étais Roi !

Je le sais, l'Hymen et l'Amour Traitent les rois comme la foule, Et l'on dit qu'à la Sainte-Ampoule, D'âge en âge et de cour en cour.

Le diable a joué plus d'un tour ; Mais si, dans les devoirs suprêmes, !Mon peuple usurpait mon emploi ,

H LA PRINCESSK.

Du moins il paîrait les baptêmes :

Ah ! quel bonheur si j'étais Roi!

D'un fol espoir je m'enivrais ; Mais (piel réveil et quel vacarme !

Le galop brutal d'un gendarme Tout à coup me renverse auprès De l'idole que j'adorais.

Dans le tourbillon de ses gardes, Rlle fuit vers le Louvre, et moi Je gagne en boitant les mansardes.

Ah ! quel bonheur si j'étais Roi !

-oi->^-

MERLIN DR THIOVILLK

Français régénérés de la grande semaine, Suivons le deuil nouveau que la liberté mène ! Elle perd chaque jour ses derniers vétérans, Et, comme Niobé, meurt sur ses fils mourants. Hélas ! quand le tribun du peuple et de l'armée, Merlin de Thionville, est mort, la renommée. Qui suivait à grand bruit le triomphe d'un roi, N'a point jeté les yeux sur cet obscur convoi. Rien ne s'émut autour de cette gloire morte ; Quelques rares amis ont seuls formé l'escorte, Et les mille clochers dont il fondait l'airain Pour voter un budget au peuple souverain. Et les mille canons qu'il pointait aux batailles, N'ont point hurlé dans l'air un glas de funérailles, Et rien ne rai)pela qu'il fut un des cent rois Devant qui tous les rois chancelaient à la fois. Puissant par la parole et puissant par l'audace. Il résume eu lui seul l'époque à double face

:j; m h Kl. in DL I II h) \ V 1 1. L !..

Que, d'une explosion de iiloire, deux volcans

bU'lairaieut à la t'ois, la tribune et les camps.

Fallait-il dégrader Duniouriez ou Custines.

Uallier au drapeau des lésions mutines.

Kéveiller dans nos rangs la victoire qui dort.

Et nover dans le Rhin les Pharaons du nord :

Carnot montrait du doiut la frontière entamée,

Et Merlin y tombait pesant connue une armée ;

Dans leur métier de feu (ju'il n'avait point appris.

Il révélait un maître aux généraux surpris ;

Debout, le sal)re en main, sur l'affût oratoire,

La veille du combat, décrétait la victoire.

Et dans les rancis prussiens plongeant seul bien souvent

En rapportait le droit de crier : En avant !

Puis des bords enflammés du Rhin ou de la Sambre,

Quand un coup de tocsin l'appelait à la chambre,

Plus intrépide encor dans un nouveau danger,

Sur l'ardente montagne il revenait siéger.

A ta place, Merlin, la séance est ouverte.

Des triumvirs jaloux ont médité sa perte. 11 regarde pensif les vides qu'en tombant Danton et Desmoulins ont laissés sur leur banc : Mais, nouveau Damoclès, l'épouvante dans l'àme, Il ne restera pas accroupi sous la lame. Contre ses ennemis, sitôt qu'ils paraîtront. Il s'armera du fer qu'ils pendent sur son front ; % Et, puisqu'a leurs genoux Thémis pale s'est tue. Détournera sur eux le lii>rs Ja loi qui tue

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