A MON AME
Fuis, âme blanche, un corps malade et nu ; Fuis en chantant vers le monde inconnu !
Fuis, sans pitié pour la chair fraternelle : Chez les méchants lorsque je m'égarais, Hier encor, tu secouais ton aile Dans ta prison vivante... et tu pleurais; Oiseau captif, tu pleurais ton bocage ; Mais aujourd'hui, par la fièvre abattu, Je vais mourir, et tu gémis !... Crains-tu Le coup de vent qui brisera ta cage ?
Fuis, âme blanche, un corps malade et nu ; Fuis en chantant vers le monde inconnu '
Fuis sans trembler : veuf d'une sainte amie, Quand du plaisir j'ai senti le besoin, De mes erreurs, toi, colombe endormie, Tu n'as été complice ni témoin.
Ne trouvant pas la manne quelle implore, Ma faim mordit la poussière (insensé !) ; Mais toi, mon âme, à Dieu, ton fiancé, Tu peux demain te dire vierge encore.
Fuis, âme blanche, un corps malade et nu ; Fuis en chantant vers le monde inconnu !
Tu veilleras sur tes sœurs de ce monde. De l'autre monde où Dieu nous tend les bras ; Quand des enfants à tête fraîche et blonde Auprès des morts joûront, tu souriras :
A MON AMK 139
Tu souriras lorsque sur ni;i poussière Ils cueilleront les saints pavots tremblants ; 'Pu souriras lorsqu'avec mes os blancs Ils abattront les noix du cimetière...
Tuis, âme blanche, un corps malade et nu ; Fuis en chantant vers le monde inconnu !
LA VOULZIE