LES CONTES
Ou les amours, Vieil enfant, je promets d'y croire Contez, amis, contez toujours.
En tremblant voilà qu'un beau page
A sa dame écrit ses douleurs ;
Il écrit, et sur chaque page
Répand moins de vers que de pleurs.
Pauvre Arthur ! son teint frais se plombe ;
JMais en roucoulant sous les tours,
Tendre colombe,
Quand il succombe
Un baiser tombe
Sur ses yeux lourds ; Ce baiser l'enlève à la tombe...
— Contez, amis, contez toujours.
Pèlerin, dans l'hôtellerie,
Vois : de sang les draps sont tachés :
Aux trous de la tapisserie.
Vois les yeux des brigands cachés.
Hélas ! suffoqué par la crainte.
Contre eux il sanglote : « Au secours ! »
Mais minuit tinte !...
De leur atteinte,
O Vierge sainte.
Sauvez ses jours !
— Rallumons notre lampe éteinte, Mes amis, et contez toujours.
l.ES CONTES
{)»[ babille en cet oratoire ?
Ce sont les nymphes d'un couvent,
Long chapelet aux j,M'ains d'ivoire
Ouo dévide un moine Icrvent :
Le jour en chaire il moralise ;
NFais. sans bruit, au ch-cliu tics jours,
Hors de l'é^ilise
Il catéchise
Quehjue llcloïsc
Kn jupons courts...
— Un instant, (|ue j'embrasse Elise, Mes amis, et contez toujoui-s.
Ou bien, histoires plus charmantes, Epanchons nos coeurs, et parlons De nos sœurs et de nos amantes ; Parlons de cheveux noirs ou blonds.
Doux secrets que le monde ignore.
Allez, partez : les murs sont sourds.
En vain laurore
Qui vient d'cclore
Brille et veut clore
Nos longs discours :
.lusqu'à la nuit contons encore, Jusqu'à demain contons toujours.