‹ Le myosotis. Poésies inéditesChapitre 20 sur 108 · L APPARITION · texte numérisé non relu

L APPARITION

Quand ils tombaient aux pieds du royal victimaire, Râlaient un autre nom que celui de leur mère. En donnant des baisers à des cadavres saints, Le peuple fossoyeur découvrait sur leurs seins Des boucles de cheveux, odorantes encore, Scapulaires d'amour qu'à vingt ans l'on adore. Les tribuns précurseurs, dont le nom nous est cher, Dans leur forte poitrine avaient un cœur de chair ; Danton, l'ours montagnard, souffrant qu'on le muselle, Grognait d'amour, charmé par des yeux de gazelle; Louvet, dans les déserts où la Loi le traqua. Comme la Liberté pleurait Lodoïska; La voix d'une Égérie électrisait Camille; Vergniaud, pour parer un sein de jeune fille, Condamné, détachait de son sein de martyr La montre qui tintait le moment de partir; Et quand Chénier frappait sa tête volcanique, Que livrait à la hache un tribunal inique. Sentant battre son cœur qu'une image brûla, Il pouvait dire aussi : /'a/ quelque chose là.

Et nous prétendrions, nous, enfants que nous sommes. Marcher droit dans la roule où chancelaient des hommes ! Oh ! nous pouvons comme eux unir avec fierté Au culte de l'honneur celui de la beauté. Grâce à ton souvenir, toi que j'ai vue éclore Au soleil de Juillet, sous un pli tricolore. Avec plus de ferveur mes hymnes salûront L'étendard amoureux qui caressa ton front.

Et je me souviendrai, si son vol me réclame, Que ces nobles couleurs sont celles de ma dame...

Mais, paladin rêveur, mon culte extravagant N'aura pas conquis même un baiser sur le gant : Comme dans un harem, captive au gynécée, Nul souffle ne ternit ta limpide pensée; Dans les sentiers connus on ne te froisse pas, Le grand air est trop vif pour tes frileux appas. Ainsi dans nos vallons la rose orientale, Que Thibaut transplanta de la rive natale, S'exilant à l'écart, semble dire à nos fleurs : « Pâles filles du Nord, vous n'êtes pas mes sœurs. Si la presse demain, bruyante entremetteuse, Te glisse, humide encor, mon épître flatteuse, Hélas ! comme au hasard, ta main froide ouvrira Cette page qui brûle, et rien ne te dira Qu'un souffle de ta bouche a fait vibrer ma lyre. Que ton regard créa les vers qu'il vient de lire; Et peut-être la feuille où je les ai semés Bouclera sur ton front tes cheveux parfumés.

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