ECRITE SUR LA CARTE A PAVER DUN RESTAURATEUR
Air : Du Curé de Pompone.
v^HEz Nicolas, moi, je me plais, Malgré son air sévère.
Après boire, au nez des valets Si l'on jette son verre,
Si l'on s'escrime avec les plats, Il gronde et veut qu'on parte :
— Ne vous emportez pas,
Nicolas ; Mettez ça sur la carte.
Ce mot apaise en un moment Notre hôte qui s'effraie ;
Sous ce bon prince on a vraiment Les libertés qu'on paie.
Attable-t-on certains appas,
Il gronde et veut qu'on parte
— Ne vous emportez pas,
Nicolas ; Mettez ça sur la carte.
Priant de ne pas l'oublier, Qjuand la gentille Rose
Voit chacun dans son tablier Lui glisser quelque chose,
Il gronde et veut qu'on parte :
— Ne vous emportez pas,
Nicolas ; Mettez ça sur la carte.
Si quelque vent, fort à propos Éteignant la chandelle.
Fait trébucher parmi les pots
Son épouse fidèle.
Si de la nappe on fait des draps,
Il gronde et veut qu'on parte :
— Ne vous emportez pas,
Nicolas ; Mettez ça sur la carte.
Le Pouvoir est de ses amis :
Dans un coin de la salle
Il a vingt fois mis et remis Certain buste un peu sale.
Quand le plâtre vole en éclats,
Il gronde et veut qu'on parte :
— Ne vous emportez pas,
Nicolas ; Mettez ça sur la carte.
Nicolas, digne petit-fils
De madame Grégoire, Ton vin m'inspirait quand je fis
Ces couplets à ta gloire.
Ton vin est bon, mes vers sont plats:
Mais il faut que je parte :
Je te les offre, hélas 1 Nicolas,
Pour acquitter la carte.
LES C%OIX Tl'HO'hL'H.EUIl
lEUX chevaliers, blanchis par tant d'exploits, Sous vos haillons cachez bien votre croix.
Elle brillait d'un éclat fabuleux.
L'étoile sainte, aujourd'hui dérisoire, Qiiand, pour parer des uniformes bleus.
Elle pendait aux mains de l'Homme-Gloire.
Vieux chevaliers, blanchis par tant d'exploits, Sous vos haillons cachez bien votre croix.
A ce trésor que son sang achetait, Le mutilé, dont la mort était sûre.
Tendait, joyeux, le bras qui lui restait Et de laurier parfumait sa blessure.
Vieux chevaliers, blanchis par tant d'exploits, Sous vos haillons cachez bien votre croix.
L'astre d'honneur, sous la tente, au forum, Lançait toujours ses rayons au plus digne; Pour nos soldats ce nouveau labarum Portait écrit : Tu vaincras par ce signe.
Vieux chevaliers, blanchis par tant d'exploits. Sous vos haillons cachez bien votre croix.
J'ai vu, quinze ans, tous les pouvoirs moqueurs Pour leurs valets en faire une livrée; J'ai vu, quinze ans, des poitrines sans cœurs S'enfler d'orgueil sous l'étoile sacrée.
Vieux chevaliers, blanchis par tant d'exploits. Sous vos haillons cachez bien votre croix.
Qu'ai-je dit? non : le peuple saura bien. Vous séparant d'une ligue ennemie.
Au lâche esclave, au noble citoyen, lailler leur part de gloire ou d'infamie.
LES CROIX DHONNEUR I97
Vieux chevaliers, blanchis par tant d'exploits, Sur vos haillons étalez votre croix.
A vous la honte, à vous, brillants valets ! Prévenez tous le grand jour de colère : Pour que le feu consume vos brevets, N'attendez pas la foudre populaire !
Et vous, guerriers blanchis par tant d'exploits, Sur vos haillons étalez votre croix.
SI vous M'AIMIEZ
ROMAN CE
iVlÉNESTREL qui vais par le monde, N'ayant rien que mon gai savoir, Si vous m'aimiez, ô belle blonde.
Je me croirais un riche avoir;
Comme Pétrarque aux pieds de son idole,
A vos genoux courbé bien bas, bien bas,
J'oublîrais tout, voire le Capitole,
Si vous m'aimiez..., mais vous ne m'aimez pas.
S[ vous M AliMIEZ 199
Si VOUS m'aimiez, ô belle blonde, De vos baisers seuls j'aurais faim.
Et, sourd à son voisin qui gronde, Mon cœur s'enivrerait enfin; Cœur mendiant, il va, de femme en femme, Criant misère, et sans secours, hélas ! Le pauvret meurt : il renaîtrait, madame, Si vous m'aimiez..., mais vous ne m'aimez pas.
Et mes chansons fraîches écloses,
Au vent du matin et du soir,
Iraient à vous, comme les roses
Qui pleuvent devant l'ostensoir.
Purifiant l'air de Paris, madame, Où vous iriez j'irais, et, sur vos pas. Comme un parfum je brûlerais mon âme, Si vous m'aimiez..., mais vous ne m'aimez pas.
Sur vous, grand'dame que l'on flatte.
Un lorgnon d'or s'est promené.
Et par le nœud d'une cravate
Voilà votre cœur enchaîné.
D'un plus heureux que l'hommage vous plaise ! Souriez-lui, marchez fière à son bras : — Son bras ! demain je saurais ce qu'il pèse. Si vous m'aimiez..., mais vous ne m'aimez pas.
aUI SE PLAIGNAIT DE VOIR AUX TUILERIES SA CHAISE ENTOURÉE DE JEUNES GENS
Jjlonde à l'œil bleu, lis tremblant sur sa tige, Vous vous plaignez, lorsque, prenant l'éveil. Autour de vous la jeunesse voltige Comme un essaim qui bourdonne au soleil. Plaignez un peu les jeunes cœurs sans nombre En plein midi soupirant sur vos pas; Plaignez surtout ceux qui battent dans l'ombre. Belle, mais ne vous plaignez pas !
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