EPI T RE AU GENERAL LA FAYETTE
Par la voix des flatteurs à son tour enivré, S'égare dans le crime, et La Fayette abdique, Pour ne point la souiller, sa couronne civique. Sacrifice inouï! Le soldat, sans effort. Au signal de l'honneur peut embrasser la mort, Et l'orateur, bravant la tribune orageuse. Élever pour le peuple une voix courageuse ; Mais perdre son amour pour le mieux mériter, Combattre son erreur au lieu de la flatter. Lorsque dans son abîme en aveugle il se jette, — Ah ! voilà l'héroïsme et voilà La Fayette ! Comme un malade en proie au délire brûlant, Que l'art désespéré n'aborde qu'en tremblant. Il voit périr la France, il subit ses injures, Il s'expose à ses coups pour guérir ses blessures, Et devant l'ostracisme il fuit loin de nos bords, Emportant des regrets, mais non pas des remords. Quand des lâches suivaient la bannière ennemie. Il accepta des fers plutôt que l'infamie. Les despotes, dont l'or payait la trahison. Pour cet hôte nouveau n'eurent qu'une prison ; Mais que de fleurs alors célébraient sa louange ! Une femme, semblable à la veuve du Gange, Importunant les rois, obtint à leurs genoux De s'enfermer vivante au tombeau d'un époux; Et lui, le front paisible et l'âme résignée, Souriait à la voix de l'Europe indignée, Qui, plaignant son malheur, maudissant ses bourreaux, Lui jetait des lauriers à travers ses barreaux.