‹ Le mystagogue guide général du musée royal bourbon dans lequel on trouve la description des antiques récemment fouillés à Pompei, RuvoChapitre 59 sur 136 · Minerve. Statue. (gr.F · texte numérisé non relu

Minerve. Statue. (gr.F

396. Orateur. Statue connue sous le nom d'Aristide. Ce nom lui fut donné par le marquis Yenuti qui avec beaucoup de sagesse crut que la grandeur paisible, et la simplicité admirable de ce monument était la meilleure traduction qu’on pût faire de l’épithète de juste donnée à ce grand homme. Cependant sa po-

se, l’enveloppement majestueux des bras, et la manière détenir la main droite hors du manteau, et qui plus est, la cassette suspendue à une bandelette de cuir avec des papyrs qui étaient des contracts, des décrets, des lois, et d’autres documents qu’on lisait à l’appui des harangues, font connaître sans doute dans cette statue un Orateur. ( gr.H.)

Au milieu de la Galerie.

Grande mosaïque trouvée dans la maison dite du Faune à Pompei en 1830.

Celte grande mosaïque a 19 palmes et 2 ; 3 de longueur sur 10 1/4 de hauteur; y compris la bordure, elle en compte 21 de long sur 10 1/4 de large. Ce beau travail est formé par des morceaux de marbre de différentes couleurs, disposés avec un art exquis et de manière à surpasser tout ce que l’on a vu jusqu’ ici de plus admirable en ce genre.

Le tremblement de terre qui bouleversa la ville de Pompei peu d’années avant l’éruption du Vésuve endommagea ce monument précieux de l’art, et lui enleva quelques-unes de ses parties. Cependant, tel qu’il est aujourd’hui, on ne saurait trop l’admirer.

Mais comme on s’apercevait que cet insigne monument se détériorait de jour en jour à Pompei; S. E. le Chevalier Nicolas Santangelo Ministre de l’ Intérieur proposa au Roi de le faire transporter à Naples. A cet effet on fit venir des artistes étrangers pour mettre en œvre cette opération difficile; et comme ils déclarèrent qu’il était impossible de transporter tout d’une pièce cette mosaïque, un Napolitain ,

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M.' Ianvier Belliazzi , se chargea lui-même de l’entreprise, qu’il exécuta diligemment sous la direction de M/ Chevalier Antoine Niccolini.

La mosaïque représente une bataille , et d’après les costumes, il parait que les combattans sont des Grecs et des Perses. Ces guerriers sont au nombre de 26; les chevaux sont 16. Quelques-unes de ces figures ont deux tiers environ de grandeur naturelle ; à peine aperçoit on dans quelques autres un bras, une jambe ou une partie de la tête. A gauche du spectateur, à l’endroit où une partie de la mosaïque a été enlevée, et où s’élève un grand arbre sans feuilles, on voit le personnage le plus remarquable de l’une des deux armées, monté sur un beau cheval. C’est un jeune guerrier imberbe, dont les favoris ombragent légèrement les joues; sa cuirasse est d’un travail superbe, sa chlamyde est rouge, son épée est suspendue à son baudrier, mais sa tête est découverte, son casque ayant pu tomber à terre dans le fort de la mêlée. Ce que prouverait celui qu’on voit à quelques pas de son cheval, et dont la forme est tout-à-fait semblable à ceux que portent les autres combattans grecs. Ce brave a percé de sa longue lance un guerrier ennemi, au moment même où celui-ci descendait de son cheval blessé. A côté du guerrier mourant est un homme dont la tête dégoutte de sang. Ce groupe est placé derrière un magnifique quadrige , dont les chevaux effarés prennent précipitamment la fuite. Le cocher en attendant, les aiguillonne avec plus d’ardeur, tandis que le personnage placé à côté de lui dans le même char, jettant un dernier regard sur un des combattants, ému à l’aspect du guerrier blessé, et touché de son propre danger sein-

MOSAÏQUE REPRÉSENTANT ALEXANDRE ET DARIUS 8t

ble exciter de la main les siens au combat, et ménager le temps qu’il lui faut pour monter le cheval d’un de ses guerriers, placé près de la roue droite du char, afin de se soustraire avec plus de rapidité aux coups meurtriers de son redoutable adversaire. La portière du char qui est ouverte, et le mouvement que fait ce personnage pour descendre, m’ont suggéré cette idée, que la description des chars persans, parXénophon, achève de justifier.

Des rangs de ce chef s’élève un drapeau, où l’on distingue à peine la tête d’un coq couleur d’or sur un fond pourpre. Le reste du champ ne présente de ce côté que la plus triste et décourageante déroute. On n’y voit plus que des soldats qui, à l’exemple du chef, tournent le dos à l’ennemi, et d’autres qui, ignorant la fuite de leur commandant, serrent encore de près les Grecs; des lances renversées, des blessés, des mourans, des hommes qui lèvent les mains au ciel en déplorant leur malheureux sort, des cavaliers morts à côté de leurs chevaux, des piques, des casques, des arcs, des baudriers, des épées, des poignards jonchent le terrain. Le costume de ces guerriers, de leur chef, et des deux blessés n’ayant aucune ressemblance avec la mise des premiers, et la forme du quadrige, démontrent clairement que ce sont des Perses. Il y a sur le devant du tableau une de ces verges épineuses dont parle Dinon, et qui n’étaient portées en Perse que par une classe de soldats nommés rabdophores, qui s’en servaient pour fustiger leurs compagnons d’armes coupables.

Les Perses sont tous coiffés d’une espèce de capuchon, d’où se détachent deux ou quatre bandes qui

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retombent sur le cou, ou sur les oreilles qu’elles enveloppent, se nouent sous le menton et garantissent aussi la bouche des injures de l’air. On donnait à ce bonnet le nom de tiare. Leur chaussure se compose de souliers qui renferment le pied tout entier, et qu’on appelaiterEpcnSjs.Ils portent des anaxyrides, ou caleçons aux jambes, une tunique étroite à longues manches, surmontée d’une espèce de scapulaire qui descend jusqu’au genou et qu'on appelaits/o/e doryphorique, aroXn topv^opum, et leur couvre les épaules et la poitrine. Tous ces vètemens sont resplendissans d’or et d’argent, et surchargés de broderies.

L’ornement principal des anaxyrides ( ou longues cÆa«sses)desselles,et même du char sont les gryphons, que l’on voit souvent sur les anciens monumens de Persépolis. Quelques-uns de ces guerriers portent des arcs; le plus grand nombre est armé de lances; ce qui nous a fait penser que c’étaient les lanciers choisis pour la garde du roi parmi les dix-mille immortels, et appelés doryphores, üopvÇopoi . On voit à quelques-uns de ces combattans des pendans-d’oreilles, à d’autres des colliers et de riches bracelet s; en général, ils sont tous vêtus et armés, selon les descriptions d’Hérodote, de Xénophon, d’Arrien et d’autres historiens de l’antiquité.

Cependant un seul personnage, et c’est celui qui, du haut de son char, semble dominer sur tous les autres, tient dans sa main gauche un arc beaucoup plus grand que les autres, et se fait distinguer par sa chalmyde et par la hauteur de sa tiare. On voit briller à son cou un superbe collier en or qui représente un amphisbène, ou serpent à deux têtes.

En parcourant l’histoire des batailles qui eurent lieu entre les Grecs et les Perses, il en résulte que le sujet de ce tableau ne peut être que celle d 'Issus. Selon nous, le héros terrible, à la lance meurtrière, est Alexandre, ayant un guerrier à ses côtés. Les blessés renversés derrière le char sont deux nobles Perses que le fer de l’ennemi a percés sous les yeux de leur maître; et le personnage placé dans le char, qui s’élève non seulement au-dessus de son cocher, mais sur tous les guerriers figurés dans la mêlée, est Darius. Le guerrier qui est à côté du char et qui offre son cheval à Darius pourrait bien être son frère Oxalre.

La grande ressemblance du jeune guerrier Grec avec les différens portraits que l’on a d’Alexandre, et la beauté de son coursier, dont la crinière est coupée, ainsi que celle du cheval en bronze , qui porte la statue du héros macédonien, déposée au musée d 'Hcrculanum, rendent très-vraisemblable notre opinion; comme aussi nous avons de bonnes raisons pour ne pas douter que le chef des Perses ne soit Darius. Le manteau rouge, retenu par une agrafe d’or, qu’on ne voit flotter que sur ses épaules et qui n’appartenait qu’au roi des rois; la tiare, de trois-quarts au moins plus élevée que celles des autres, d’une forme tout-à-fait différente, et que sous peine de mort personne, hormis le roi, ne pouvait porter en Perse; sa tunique pourpre, traversée par une bande blanche et parsemée d’étoiles d’or, qui descend depuis le cou jusqu’à la moitié du corps, distinctifs du roi des Perses, et dont Darius était revêtu à la journée d’issus ; sa noble et belle figure,

la place élevée qu’il occupe sur le char, et la grandeur

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de son aro prouvent à l’évidence que c’est Darius qui occupe le point le plus saillant du tableau.

Cependant, si le protagoniste des Grecs est Alexandre, si le costume de ses adversaires est perse, et que l'homme à la tunique pourpre et blanche est Darius, notre mosaïque doit, sans contredit, représenter l’une des trois batailles que le Grand Macédonien livra aux Perses. Au Granique on combattit en été, ce qui serait en contradiction avec l’arbre sans feuilles que l’on voit dans le champ; on y fit usage d’un grand nombre de chars armés de faux, tandis que l’on n’en aperçoit ici qu’un seul et sans faux; enfin ce jour-là Alexandre n’eut point de rencontre avec Darius.

11 est donc aisé de conclure que ce n’est pas là la bataille du Granique. Mais c’est encore moins celle d’Arbelle, parce que dans cette occasion Alexandre se servit d’un arc dont il blessa le cocher de Darius, et que dans la grande mosaïque il est armé d’une lance. D’ailleurs ce combat eut lieu en octobre, lorsque les arbres sont encore revêtus de feuilles. Ainsi il ne nous reste plus que la bataille A' Issus, àlaquelle conviennent tous les détails dont se servit l’artiste habile à exprimer sa haute pensée. En effet à Issus, comme on le voit dans notre tableau, il n’y eut qu’un seul char qui n’était pas armé de faux, mais couvert d’or, d’argent, et d’autres beaux ornemens. Enfin la bataille d'issus fut livrée entre novembre et décembre, ce qui s’accorde parfaitement avec le costume d’hiver des Perses.

Les descriptions queDiodore de Sicile, etQuinte-Curee nous ont laissées de cette mémorable journée, répondent exactement au sujet de notre grande mosaïque.

Si quelqu’un désirerait avoir d’autres éclaircissemens sur toutes les particularités de ce grand monument illustrées par tous les classiques , il pourra lire mes Cenni sul Gran Musaico dissolterrato in Pompei il 24 ollobre 1831. Ce fut le premier livre qu’on ait imprimé à Naples sur ce sujet par l’imprimerie Royale en 1831 , augmenté ensuite dans la seconde édition insérée dans le 12"” volume du Museo Borbonico , comme dans le Guide de Naples , intitulé: Napoli e le sue Vicinanze, deux gros vol. in 8.® où je décrivis tout le Musée Royal Bourbon ; enfin dans la quatrième édition française qui a pour litre : La bataille d'Alexandre contre Darius représentée sur la grande Moscüque découverte à Pompei le 24 octobre 1831 et transportée au Musée Bourbon le 13 décembre 1844, accompagnée de la figure du monument.

Il y a, outre cela, d’autres dissertations, que j’ai imprimées dans les Ànnali civili del regno delle due Sicilie et qui ont pour titre le Visioni dileguate, où je fais connaître que les guerriers figurés sur la grande mosaïque ne sont pas des Gaulois. Napoli 1833, in 4.° — Âltre poche parole sul Gran Musaico Pompeiano, per le quali s'indaga perche nel vessillo rappresenlatovi si vegga un Gallo , e si espone cio che diede origine alla favola de'Grifoni. Napoli 1833 in 4.° — Dichiarazione di alcuni particolari nolali nel Gran Musaico Pompeiano, dove si discorre il Candi de'Be Achemenidi, la qualità di porpora di cui era tinto, la Difria persiana, e si disputa il nome del Musaicista che lavoro quell' opéra insigne. Napoli 1835 in 4.°.

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