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Le mystère de l'Eucharistie

Dans ce petit livre, nous nous proposons de traiter, d'après S. Thomas, du mystère par excellence de l'amour divin qui s'appelle l'Eucharistie, de ce sacrement auguste qui est la consommation de tous les autres et la perfection de la vie spirituelle ^ Puisse le cours de nos considérations à travers ce sujet magnifique, accroître la foi des chrétiens en la présence réelle de Notre Seigneur dans l'Eucharistie, et leur désir de le recevoir

1. Per hoc sacramentum augetur gratia, et perficitur spiritualis vita, ad hoc quod homo in seipso perfectus existât per conjunctionem ad Deum. III. p. qu. Ixxix, art. 1. ad prim.

plus souvent dans leurs cœurs. Et pour que notre souhait ne soit pas formulé en vain, nous mettons notre travail sous la protection de la Vierge Marie qui a donné le Christ au monde, et qui la première a adoré le Verbe divin fait chair, la première a cru en la présence réelle du Fils de Dieu fait homme. Ni notre parole n'aurait l'accent qui éclaire et qui touche, ni les âmes n'en recueilleraient l'écho et n'en profiteraient, si Marie, Mère de Dieu, ne nous accordait la bénédiction qui féconde.

Dans ce premier chapitre, nous allons examiner la raison d'être de l'Eucharistie, sa fonction essentielle. Pourquoi donc ce sacrement a-t-il été institué ? Quel rôle est-il destiné à remplir? Quelle place tientil dans l'économie du salut ?

Tout être cherche à conserver et à accroître la vie qu'il a reçue ; tout ce qui respire tend à garder et à perfectionner le principe qui l'anime et qui le constitue dans l'existence. Quelque degré que Ton occupe dans l'échelle des essences, l'on a en soi la puissance occulte, l'instinct ou la volonté de renouveler et d'accélérer le mouvement initial auquel l'on doit d'avoir passé de l'idée à l'acte, du néant à la vie. Il ne servirait de rien d'avoir été évoqué de l'ombre à la lumière, d'être sorti du domaine infini des potentialités pour entrer dans celui des réalités précises, si nous n'avions été doués en même temps d'une invincible énergie qui nous porte à cultiver et à empêcher de s'éteindre le souffle vital. Et la nature serait la plus affreuse des marâtres si, ayant mis au fond de chaque être l'aspiration impérieuse dont je parle, elle ne lui fournissait le

moyen de la satisfaire et de la remplir. Mais tout s'accorde, tout s'harmonise dans la création. Et, à côté de la tendance innée à tout ce qui respire d'entretenir le principe mystérieux qui s'appelle la vie, dans quelque mesure que ce soit, elle a mis tout ce qu'il faut pour que ce principe se conserve et se prolonge ^

Voyez, par exemple, ce qui se produit dans l'ordre inférieur de la vie végétative : à peine appelée à l'être, la plante, obéissant à une force secrète, cherche et trouve dans le sol les éléments de sa subsistance et de son progrès ; avec quelle âpreté inconsciente et sûre ses racines aspirent le suc nourricier qui s'élabore en elles, permet à la tige de grandir, et peu à peu s'épanouit en fleurs merveilleuses, calices d'argent, corolles d'or, dentelles d'une finesse inimitable. Et l'abeille ne se dirige-t-elle pas d'instinct, à travers les renaissances printanières, vers tout ce qui fui

1. Sicut ad vitam corporalem requiritur g-eneratio, per quam homo vitam accipit, ita etiam requiritur alimentum quo homo conservatur in vita. III. p. qu. Ixxiii, art. 1. c.

donnera à la fois de quoi s'alimenter et de quoi composer son rayon de miel ? L'oiseau de même, d'un coup d'aile infaillible, se poste vers le grain de mil ou vers la goutte de rosée qui suffit à son âme aérienne pour lui permettre de chanter tout le jour et de mêler ses vibrations joyeuses à celles de la lumière.

La même loi se retrouve dans l'homme : notre nature complexe est régie par un principe tout à fait semblable. Dès son premier souffle, l'enfant cherche d'instinct à défendre, à protéger sa vie ; sa faiblesse l'empêchant de pourvoir par lui-même à sa propre subsistance, la tendresse de sa mère s'en charge ; le sein maternel, qui fut la source d'où il a jailli, continue d'alimenter son existence, jusqu'à ce qu'il soit assez fort pour demander aux choses de quoi l'entretenir et la conserver. L'éveil de l'intelligence chez lui ne fera que confirmer la tendance native par laquelle il se portait aveuglément vers ce qui pouvait accroître sa vie ; à mesure qu'il grandira, il verra mieux tout ce qu'a de nécessaire la loi de l'alimentation, les rapports in-

times qu'elle a avec la conservation de l'existence. Et sans doute il sera libre de choisir entre les diverses formes de nourriture qui varient avec les climats, les tempéraments et les goûts ; mais le fait même de se nourrir s'imposera toujours à lui avec l'énergie de l'instinct naturel, comme la condition absolue et indispensable de la vie.

Or, suivant la parole mystérieuse que l'on cueille dans un livre tout plein, d'ailleurs, de mystères, comme dit si bien M. Paul Bourget \ a l'homme ne vit pas seulement de pain » ^ Et cette parole demande à être interprétée : elle ne signifie pas seulement que l'homme, créature raisonnable, a, pardessus ses besoins physiques^ des besoins intellectuels et moraux qui doivent être satisfaits. Car ni notre intelligence ne sera comblée par les spécu-

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