‹ Le mystère de la passion d'Arnould GrebanChapitre 167 sur 218 · J0:^EPH · texte numérisé non relu

J0:^EPH

Point ne m'y fains, mes aussi devant sousteuez.

NIGODEMUS

Vous avez paine, je le plains :

MSS la, tirez fort.

JOSEPH

Point ne m^y fains; il m'est avis que je Tatain , baillez moi mon marteau.

NIGODEMUS

Tenez ; la, tirez fort.

JOSEPH

Point ne m'y fains, mes aussi devant soutenez.

NIGODEMUS

20930 Je le tiens, or vous en venez aux pies, et puis vous ai*ez fait.

JOSEPH

Pour mettre nostre oeuvre au pai^fait, je vois tirer le clou des pies de puissance.

NIGODEMUS

Ne vous faigniez, «5935 car le clou qui y est bouté,

je croy bien qu'il est vérité, est terrible, grant et pointu.

JOSEPH

Je tirerai de tel vertu que je l'aray ains que je fine.

NIGODEMUS

26940 0 saint corps précieux et digne, maint grant bien nous as prétendu.

JOSEPH

0 faulx Juifz et gent maligne, pour bien mal luy avez rendu.

NIGODEMUS

Toute sa vie a contendu 26945 le très doulx et piteux Jhesu de leur donner ayde et confibrt.

JOSEPH

. Helas ! or luy est cher vendu, car jamès ilz n'ont attendu tant qu'ilz aient traictié sa mort.

2dfô0 Le cueur me remord

de toy tenir mort, saint corps honoré.

Qui pour nostre apport, salut et depport, 26955 as tant labouré.

Ta noble ame estoit ravie et plevie a Dieu souverainement; Or es tu mort par envye, 26960 fruit de vie,

par iiguste jugement.

NIGODEMUS

Il ne se peust faire aultrement, c'est fait, le conseil en est pris :

nosseigneurs ont par tix)p mespris qu'il osast vei*s eulx contredire ; mes vrayement on peust bien dire qu'oncques homme de mère né ne fut si durement pené qu'il a esté ains le tt*espas.

JOSEPH

Il est clair, ne le voit ou pas?

le corps en porte les enseignes.

[Pose.]

Mes seurs et mes chères compaignes,

26908-9 monfjuf'nt A. — 26912-3 nutn'/uenl A. — »mQ'T mntu/uent A. —20918 ce clou A. oestuy C. — 2**1 nianfiuenl A. — 2692-4-9 maniut-nl A. — 26932 Je croy bi-sn quil lient fort .V. fait B. C. — 28933-i «Miif/M<ii<.B. C- ^6935-6 intervertis lî. C. -- i(yJ3(5 Comme on peust congnoislro en vorite'A. — 86944-6 matviuenl C.

TIERCE JOURNEE

tirons nous uug peu vers la crois:

il in*est advis que j'apperçois 36975 la Joseph et Nicodemus, qui de lealle amour promus despendent le corps de mon filz

s. JEHAN

Ma dame, il est vray, ce sont ilz ; j*en parle ainsi comme il me samble.

MARIB JAGOBT

26980 Nous irons devers eulx ensemble, mes se me créez sur ce point, chère seur, vous n'y vendrez point, car quand des{)endre le verrez, je suis sceure que vous merrez

26085 le dueil amer et hors des termes, et tel hahondance de lermes que vostre cueui* se fondera.

S*il plaist Dieu, ma seur, non sera ; a mon pouoir m*entretendray,

i^'M mes pour riens je ne me tendray

que mon filz, mon sang et mon gendre, que j*ay nourri souef et tendre, mon amy, de mes bienz le mieulx, ne voye despendre a mes yeux ;

26005 je veil savoir qu'il devendra, qui Tara, qui le retendra et en quel lieu il sera mis de SCS bons et leaulx amis.

Dieu, son père, m'a invite

^000 présente a sa nativité, présente a circoncision et a sa presentacion au temple et digne receptoire, présente a sa vie notoire

S70(^ en amour et parfait soûlas, et présente a sa mort, helas !

com dur remort et angoisseux et com tresperçant angoisse euz, cueur de mère tinste et dolente !

27010 et doncques ja Dieu ne consente que fragilité de nature me toile a veoir sa sépulture et que présente je n'y soie I

MARIE SALOMÉ

Suy vre la nous fault droite voye :

TiOio elle y va sans plus prolonger.

MADELAINB

Riens ne Ten feroit attarger :

amour naturelle l'y maine.

J06BPH

Ha ! que ce clou m'a fait de paine ! il estoit fichié si parfont ^7080 que la sueur m*en vient au front de tirer et des traveulz fors que j'y ay piis.

NIGODBMUS

Puisqu'il est hors, c'est le plus fort de mes debas ; n'y a que le poi*ter embas, 27025 qui nous sera assés grevant.

JOSEPH

Or descendez doncques devant, et soustenez a toute force vostre costé la.

NiCX>DBMU8

Je m'efforce de mon pouoir quant a cella, 27090 mes aussi soiez sceura de la :

emploiez vostre force toute, il dst bien besoing.

JOSEPH

N'aiez doubte, je n'y serai pas endormy.

Ça mon enffant, ça mon amy,

27035 ça mon trésor, ça ma richesse !

Rendez moy la seule possesse ' que jamès au monde je quier ; helas I humblement vous requier que je l'aye de ma pailie,

27040 et ja n'en face deppartie de le baisier et accoUei* tant que mon cueur se puist saoller et ung bien petit resjouir, puisque de luy n'ay peu jouir

27045 vivant comme j'eusse voulu, puisque vivant me fut toUu, et violentement ravy, et mort sans l'avoir desservy, au moins qu'a sa dolente mère,

27050 après celle mort tant amere, son très cher enffant soit rendu.

JOSEPH

Nous avons beaucoup attendu, dame : ensevelir le convient,

I 26981 Se vous ne B. vou» me C. — 26984 mourrez A. B. meures» G. — 2G985 dea] de C. — 26097 remendra G. —27001 iMA.C. — 27008 manque G. augoiwieux B.— 27081 de travaulx A. —27024 a basC. — 27043 ung tant soit peu i. C. — 27049 que sa A. G. qui sa B.

Pas. £3

MISTERE DE LA PASSION

on ne acet qui va ne qui vient :

s'il vous pleât, vos pleurs cesserez, et atant vous en passerez, tant qu'il soit mis en son dercus.

NOSTRB DAHB

en tenant Jhesus sur son giron.

Jhesus, mon cher enffant Jhesus, m*amour, de mon bien le seurplus

et riens plus,

qui tant plus vivant a ta mère très chiere,

Mon bien, ma parfaicte lumière, ma joye dernière et première,

las ! quel chiere,

quel manière tient mon cueur plain de descpnfort.

Quand j'ay perdu tout mon confort, mon amy, mon filz, mon depport,

que tiens mort ?

faulce mort, comment as tu eu Thardement

De prendre mon filz seulement sans moy tuer coi^ointement ¥

maisement,

faulsement, tu t*es encontre moy portée.

Mon enffant, ma tendre portée, tu me laisses desconffortee,

absentée,

desmontee de tout bien qui me peust venii*.

Helas I mon très doulx souvenii*, jadis te souloie tenir

en désir

et plaisir, au temps de ta tendre jeunesse.

Sur mon giron a grant liesse, en regardant ta doulce espessc,

ton humblesse,

ta simplesse qui de beaulté estoit monjoye ;

Et la mille fois te baisoye, en baisant mon cucur appaisoyc,

te pensoye,

te gardoye moult songneusement, ce scet Dieux,

Tant que mère ne pourroit mieulx ; las I ces baisiers ne sont pas tieulz,

roy des cieulx,

quand mes yeulx

te voyent mort de mort honteuse.

De mort terrible et doidoareose, et ta sainte char précieuse, 27105 vertueuse et piteuse, deschiree de tous coetés.

NICX>DEaiU8

Ma dame, pour Dieu escoutez :

vous voiez que la nuit approche, 27110 et ces Juife, plains de reprodic, nous pourroient bien empescher ; pour Dieu, souffrez nous depescher d'enoindre ce précieux corps.

NÔSTRE DAME

Mes chers amis, je m*y accors, 27115 mais Dieu scet que c'est bien envis. 0 mon filz, ou sont les devis, les doulx parlers, les très beaux ditz dont tu me conffortoies jadis pour mon povre cueur resjouir ?

^120 helas I or n*ay je peu jouir

de toy quand au monde vivoies, ja soit ce que tout mien estoies, homme rien n'y pouoit clamer ; ce m'est maintenant moult amer 27125 qu'après la mort et ce grief dueil ne te puis tenir a mon vueU pour passer ma dure destresse.

s. JBHAN

Ma dame et ma chei*e maistresse, pour Dieu appaisez vos doleurs,

27130 et souffrez que ces bons sdgneoi's parfacent ce qu'ilz ont empris.

Icy l'ennoignent et puis le mettent ou swùre.

MADELAINE

0 mon cher maistre de hault pris, descendu du souverain règne, le plus parfait qui jamès règne,

27135 quel chose avez vous desservye qu'ainsi vous voy privé de vie, dont mon cueur veult de larmes fondi*e i Faulx Juifz, Dieu vous puist confondre!

pensez bien que vous avez fiiit :

27140 oncques ne fut vcu tel meffait, oncques ne fut euvye telle, n'oncques hayne plus mortelle ne fut monsbree a creatui*e :

c'est vostre perverse nature

27145 qui jamès en paix n'a duré, tant qu'il ait la mort enduré

27061 Que G. — 27068 a fort G. -> 27070 Que] Et B. G. — 27075-6 MauaaiMment Et faulsemeiit C. — 2711» tu oontoloyes B. Dont me souloyes parler G. — 27121-2 viuo>8, estoys G. — 27123 pouotr G. — 27141 maiv/Me C. — t^l^ Oncques ne fût bayne plus mortelle C. -^ 27146 Tant que cil a mort endure B. G.'

TIERCE JOURNEE

qui oncquee ne l*a doBservy, dont enfin vous serez servy de peine et terrible vangence ; 27150 c^est ma foy, c*est mon espérance : que le créateur infiny délaisse ung tel fait impugny, jamès croire ne le pourroye.

Or ça, seigneurs, chacun s'emploie 27i55 de nostre besongne parfaire :

le corps est mis en son suaire, enoinct très précieusement.

NIGODEMUS

Portons le donc aU monument doulcement par bonne manière ; 27ieo levez devant et moy derrière, nous Fy arons prestement mis.

NOSTRB DAME

0 mes très chers et vrays amis, ne me hastez point de ai près mon enffant, car je meurs apprès, 27165 si j'eslongne sa doulce face.

MARIE JACX)BY

Chère seur, il fault qu'il se face, vous ne le faictes que grever ; pour Dieu souffrez les achever :

ce qu*ilz font porte grant mistere.

Icy le mettent dans U monument,

27170 0 vray Dieu et éternel pei-e, qui de riens del et teire fis, poui-quoy me donnas oncques filz qui point ne te le demaudoie, quant sur terre fault que je soie

^175 desoUee de telz depei's

qu*a tel desplaisir je te pers ?

0 saint archange Gabriel, 0 message espirituel de la souveraine contrée,

^180 ou est celle joye notree

que me promis en ton salut ? il semble que peu me valut :

povrement trouve ta promesse, quand pour liesse j'ay tristesse

ms5 plus grande que femme vivant, et est ma povre ame estrivant a la mort qui ne la veult prendre.

JOSEPH

Il est si bien qu'a tout comprendre

on ne l'y sçaroit mieulx poser.

NIGODEMUS

87190 Volentiers vous os proposer, mes fiaulte y a en nostre fait, car encor n'avons nous riens fait se le monument ne fermons.

JOSEPH

Vostre oppinion conformons :

27195 fermeture n'y convient querrê aultre que ceste grosse pierre :

tout justement y fermera.

s. JEHAN

Vous dittes vray, mes tant y a qu'elle est a merveille pesante.

NIGODEMUS

87800 Nous avons force sufiQsante assés pour l'y bien convoyer.

JOSEPH

Se chacun s'i veult employer, nous en vendrons bien au dessus ; or levez fort de la, sus !

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