‹ Le mystère de la passion d'Arnould GrebanChapitre 94 sur 218 · H BRODE · texte numérisé non relu

H BRODE

Gardez se gentement s'esbat, est ce bien sailly a devis ?

que vous en samble ?

AMPHIARUS

A mon ad vis, 12090 oncques mes je ne vis mieulx faire ; le tour qu'elle a fait la declaire habille de corps et ligiere.

HODIGON

Elle tient la meilleur manière que jamès homme puist choisir.

UERODE

I20fô C'est si bien fait a mon plaisir que pour impossible m'appert que corps d^homme, tant soit appci-t, sceut faire chose plus nouvelle.

Or venez ça, gcnte pucelie :

12100 par vostre habilité prouvée

ce jour avez m'amour trouvée,

et sur la foy de gentil homme que doys a l'empereur de Romme, demandez finance ou avoir, 12105 ou tel don qu'il vous plest avoir, soit la moitié de mon royalme :

donné vous sera.

LA FILLE

Noble dame, le roy m'a voulu accorder ung don : que doy je demander ?

12110 fttire veil par vostre moyen.

HBRODIADE

Demandez luy sur toute rien qu'il vous délivre sans arrest le chef Jehan qui en piison est, et se vous en venez a chef, 12115 aportez moy le propre chef :

si sera mon courroux vengé.

LA FILLE

Je m'en pars a vostre congé, j'en feray ce qu'en moy sera.

HERODE

Or ça, que nous devisera 12120 ceste joieuse damoiselle ?

LA FILLE

Entretenez vostre querelle, sire roy, mon droit soit gaixié.

Vous m'avez ung don accordé :

c'est bien raison que j*y parviengue.

UERODE

12125 Je n'ay riens dit que je ne tiengne franchement sans y mettre gloses.

LA FILLE

Je demande i>our toutes choses en ce plat que j'ay préparé le chef hors du corps séparé 12130 de Jehan que Ten nomme Baptiste.

HERODfi

0 par mon ame, je suis triste de la demande proposée.

Haï fille, trop estes osée : querez aultre don plus haultain.

12076 Comment a tel feste A. — 12083 Laisse la B. G. — 12084 Unesco B. G. — 12087 Veex A. Regardes C. - 12004 sceust Bi Ci ^ 12090 nappcrt C. — 12097 fust B. C. — 12113 de jeban B. C. » 12118 ce qui tous plaira C

SECONDE JOURNEE

LA FILLB

1W35 Aultre ne veil.

HBRODE

Il est villain, je ne sçay dont il peust venir ; touteffois le fault il tenir, car expressément Tay jui'é,

ORONGNA.RT

n a trop longuement duré, 1^40 j*en feray fin a peu de noise.

HËRODE

0 que la demande me poise, 0 que j'ay le cueur remply d'ire qu*il £ault qu^ung si saint homme muyre pour ime plaisance Tolage !

ANDALUS

12145 Oncques n*advint si grand dommage par tout le pays de Judée.

HBRODB

Puisque la chose est accordée, il fault poursuir sa parole : Grongnart, Ta tost, sy le decolc i:fij<) que jamès n'en oyons parler.

GRONGNART

Croiez, puisqu'il m'y fault aller, sa besongne sera bien mise , et fust il plus saint que Moysc.

de ceste espec grant et large i:'ij5 luy pense donner tel décharge, qu'il ne le sçara ja porter.

LA FILLE

J'iray pour le chief i aporter, mes qu'il soit sépare du corps.

GRONGNART

Ça, nuystre, ça passez dchora ; I2if0 je TOUS baudray le dernier mes, ce croy, que vous arez jamès :

baissez vous, vous estes trop hault.

JEHAN BAPTISTE

Amy, puisque faire le fault, liour tenir justice et raison, isioû accorde moy une oroison a Dieu par pensée dévote.

GRONGNART

Or le tais court, qu'il ne se crote : j ay a faire en aultre pays.

JEkAN BAPTIStÊ .

Mon créateur, en qui mercy jo suis^

que j'ay servi et sers tant que je puis corn précurseur de ton filz, moy indigne, Pour toy servir a la mort suis produis et en mourant pour ta loy me déduis, pensant au bien qui jamès ne deffine Ou je m'attens par ta grâce bénigne et de l'espoir ne puis estrc séduis,

car tu conduis tout cueur contrit a vrayc médecine

qui médecine les doleans : en ce point me réduis.

GRONGNART

Or tien ce horion, et puis t'en va caqueter a la fcstc.

LA FILLE

Grongnart, délivre moy la teste, car je ne Tose recueillir.

GRONGNART

121 fô Tenez, or la portez bouillir, et puis en faictes des pastés.

LA FILLE

Ma dame, vous n'avez pas telz presens que je vous les apporte.

HERODIADB

Ha 1 perverse charogne morte, 12100 faulx bigot de mauvais chastoy ; or suis je vengée de toy a ton dueil et confusion.

DIEU LE PERB

Or est la decolacion

du benoit Baptiste parfaicte ;

12185 or est fine le saint pi*ophete, et si fault que sa gloire attende et la bas au limbe descende jusqu'au temps de miséricorde ; et raison assés s'y concorde :

12200 car ainsi qu'il fut précurseur de mon filz et vray denonceur au monde a tous mes loyaulx serfs, ainsi sera il aux enfiei*s dont plusieurs demeni-ont liesse

12205 de la nouvelle de noblesse qu'aux prophètes anoncera.

Ifl47 proposée A. — 12157 apporter C. — 12163 flner me fault B. C* — 12167 Faictes le court B. C. *- 12175 pouf ^ B.— 12188 comme je vous B. C ^ 12200 Si comme B. C.^ 12202 mes beaux serfs C.

MISTERE DE LA PASSION

SOPHONIAS

Helas ! qui nous confloi-tcra, fi'eres ? nostre maistrc est fiué.

MANASSBS

Le mauvais tirant obstine, i22i0 Herode, que Dieu puist confondre, Ta fait mourir.

ABIAS

Allons esi)ondrc son digne corps en un sercus, car quant les tirans Tout perçus, ilz le laissent sur le pave.

SOPHONIAS

12813 S'il plcst Dieu que layons trouvé, nous y monstrerons diligence.

GIIONGXART

Sire roy, j'ay vcstre sentence exécuté, comme il fut dist.

HERODE

II me poii^e moult de Tcdict; 12220 mes il n'est douleur qui ne passe.

JHK8US

Frères, il u*a pas grant espace que la voix commance a courir, comment Heix)de a fait mourir, Jehan le saint Baptiste et digne :

12225 je veil laisser gent si maligne et en lieu dosert habiter.

s. JUDK

Ou qu'il vous plaira fréquenter, suivir vous voulons, mon cher maistre.

Gens d'armes vont ilz a la guerre pour apprendre a piller des pois?...

II est pris ! haro ! je le vois. . .

12240 Hey dea, gelines et canars,

voulez vous menger les renars ?

or gardez qu'ilz ne vous mengussent!...

J'os bien les Vaudois qui me huchent pour chevaucher ung viel ballet...

12245 Tuez ! tuez ! maistre et vallet, jamès n'aront respit ne trêve... Noël î j'ay cy trouvé la fevc dedans la coi-ne d'une chievre :

que de sanglante forte fièvre

12250 puissent espouser les chevros !

LA CHANANEE

Ha ! fille, veez cy piteux mos :

or ne sçay je qui me deffend que de dueil le cueur ne me fend quand le deable ainsi vous tourmente !

12255 Helas ! je vous ay veu tant gente, tant courtoise,' tant bien apprise, et maintenant estes surprise de tel demoniaclerie dont James ne serez guérie,

12260 se Dieu n'y estand son miracle.

YSORE, garde de Vi fille.

Oncques mes nul demoniacle ne vis si mauvais a nul jour ; jamès n'a repos ne séjour par l'ennemi qu'ainsi l'ordonne.

LA FILLE CHANANEE

Haro ! les pastes sont en raisti*e...

12230 6ai*dez le chat pour les souris... Plus de cent deabics sont fleuris au sanglant fons de ma cervelle...

Ha ! larron, garde la cordelle, ta gorge sent tout le happart...

12235 Ce sont florins : a paît, a part : j'ay veu mussor le pot en terre ..

JUESL'S

12265 Nous Approchons Tire et SidoQne, tant avons nous fait de voyage.

LA FILLE CUANANBB

Meslez du dragant avec rage, pour sçavoir s'il est dur ou sur...

Ostez les fondemens du mur, 12270 que le plancher ne viengne en bas... Ha I Fergalus, que tu m'abas !

Bas, bas, qu'est oe que tu barbelés ?

Elles sont d'aulne les pilletes...

Ilz sont cuys, allez les plumer.

LA CHANANEE/

12275 Veez cy bien mos pour moy fenner en désespérance mortelle.

YSORB

Maistresse, la nouveUe est telle

12228 vous vauldray C. — 12229 lustre B. atre C. — 12232 de la A. — 12252 manque A. — 12i61 Oncques nul joa B. C. — 12205 aodomme C — 12271 se lu B. — 12273 le» pluraettes C.

SECONDE JOURNEE

qne Jhesus, ce prophète saint, en qui tant de puissance maint, 12280 vient visiter ceste contrée ; so la chose liiy fust monsti^ee, il la guerist, n*en douhtez pas.

LA. CHANANEE

James je n'arresteray pas tant que j*aye veu sa présence.

LA. FILLE

12285 Deables, mettez yous en deffence, ung Ijon vous vendra comhatre...

Ilz sont couchés au piastre, au piastre... Devant matines sonnez prime.

LA. CHANANBE

Filz de David digne et saintisme, 12S90 ayez de mon fait rememhrance :

ma fille est vexée a oultrance

du deahle qui Ta en ses las !

n ne me respont mot ! helas !

Saint prophète très vertuable, 1S2S5 entendez mon fait piteahle ;

doolx Jhesus, oez moy parler.

s. PIERRE

Faictes ceste femme en aller, sire, ou luy passez sa demande.

JUDAS

Elle nous fait ung gi*ant esclandre, i^soo de hucher ainsi après nous.

Mes chers enfifans, ne sçavez vous que je ne suis pas envoyé a quelque troupeau desvoyé fors de la maison d'Israël ?

LA GHANANEE

ii3(5 Ha î sire, mon cas est cruel :

aydez moy pour Dieu et son nom.

Femme, tu sces qu'il n'est pas bon prendre le bien des enffans siens et le vouloir donner aux chiens.

1^0 Les vertus qui sont ordonnées pour estre au filz de Dieu données ne se doyrent monstrer ne faire devant gens de loy advei'saire, ne ne sont dignes de les voir.

LA CHANANEE

8315 Helas ! sire, vous dites voir, mes les povres chyennès famis qui dessoobz la table sont mis aucuneffbis se peuvent paistre

de miette qui de leur maistre 123S0 dessoubz la table leur descent :

aussi ce ne m'est pas décent de voir les parfaictes doctrines, de quoy les Juifz sont plus dignes :

a cause de provision 123S5 une petite porcioii,

si vous plest, en recevcray, considéré la foy que j'ay de parvenir a ma demande.

0 femme, ta foy est moult grande :

12390 il te soit fait comme tu veulx.

LA FILLE

0 doulx Dieu qui tant vaulx et peux par essence qui tousjours dure !...

FERGALUS, deahle.

En peine et dueil et griefve ardiu*e, plus ardent que barre de fer, 12335 m'en revois courant en enffer moy plonger au fond du palus.

Qu'est il advenu, Fcrgalus, quel sanglant deable te ramaine ?

FERGALUS

Ha ! maistre, j'enrage de paine :

12340 ce Jhesus qui règne sur terre

nous maine la plus forte guerre

qu'oncques fit homme en ce party !

J'avoye mon lieu assorty

en une fille chananee, 12345 et malgré ma face dampnee

il m'en a fallu dcsloger.

LUCIFER

Pointez rôtir ce messager

par tous les brasiers infernaulx.

BELZEBUTH

Oncques larron n'eust tant de maulx, 12350 ne peine tant dure et amere.

LA CHANANEE

Gomment va, fille ?

LA FILLE

Ghere mère, il va très bien, la Dieu mercy :

lÈKianast B. — 12298 Fille on luy B. luy manqué A. — 12306 pour et en son nom C. — 1230S sciens A. B. — ft14Nilz ne B. — i«310 Mes les petiz chiens fsitiz C — 12318 peullent A.— 12319 Des miettes A. B. C. —12331 manw B. — 12332 effacé dans B et remplacé à Pencre rougà par 12340.— 12340 De jhesus B. — 12346 contraint B. C.

Pas.

MISTERE DE LA PASSION

mon coi*p8 est sané et guary du deable qui le tourmentoit.

XA CHANANEE

12355 La migesté qui tout pourvoit en aist louange et préférence.

0 Jhesus, j*ay ferme credence que tu es le vray Messias qui de ta doulce niercy as

\i360 ma fille entiei'ement sauee.

Frères, retournous eu Judée, le temps le veult et la saison, affin de donner gueiison a plusieurs qui la sont posés, 12365 mal haitiés et mal disposés

tant de Tame comme du corps.

s. ANDRY

Nous touâ sonunes de vos accors sans jamès vouloir dissentir.

s. PHELIPB

Touteflfois qu'il vous plest partir, 12370 nostre chose est tout ordonnée.

LE PARALITIQUE

Helas ! corn dolente journée fut pour moy faicte et adjournee, quand Dieu me volt traire a naissance, Veue ma vie fortunée, 12375 en ligueur de fortune née, et en bruit de désespérance !

Je vis comme en trancc et n'ay espérance qtd soit retoui^nee, 12380 car elle a sa roue toumee de tous poins a ma doleance.

Helas I or suis je a la piscine qui me pcust donner médecine et ma maladie guérir ; 12385 Plusieurs y treuvent très bon signe et les guerist et médecine et leur fait santé acquerii* ; J'y cuiday quérir respit de mourir, 12390 mes j'en suis indigne, cai' d'attendre cy je ne fine et si n'y puis riens conquérir.

Trente et huit ans y a passée que j'en ay attendu assés, 12395 languissant en piteulx martire ; or me doint huy. Dieu nosti'e sire, que mes malz soient respassés et guéris comme je désire î

JHEtîUS

Pitié m'esmeust quand je remire 12400 cestuy povre homme mat et fade qui cy gist en son lit malade : amc de luy ne se recorde ; si luy feray misciicorde maintenant, mon veil s'i consonne.

B. PIERRE

12405 Sire, vous ferez grant aulmonne : santé luy seroit bien duysant.

Amis, que je voy cy gisant si piteusement démené, vouldroys tu pas estre sané ?

12410 tu en as, je croy, bon besoing.

LB PARALITIQUE

Helas ! sire, j'en suis bien loing :

j'ay fait icy ja longue attente a cestc piscine présente en qui malades grant foison

12415 treuvent santé et garison.

L'angle descend en la fontaine et en aucune heure ceitaine esmeust l'eaue quand il luy plost, et le malade qui est prcst

1^420 a descendre premier dedens est sané de tous ses tourmens.

Chacun y treuve sa manière :

tousjours je demeure derrière.

Trente et huit ans a que j'altens :

12425 si ne treuve qui me mette eus ; tous les aultres treuvent amis, ' mes tousjours arrière suis mis ; de malades telle assamblcc y a, que se l'eaue est troublée

12430 et je me cuide mettre avant, ung aultre se boute devant :

ainsi demem*e icy Hé comme ung malheureux oublié et demourray, comme je croy,

12435 a tousjours.

Amy, levé toy et te dresse dessus tes piez^

12354 me surprcnoil G. — 12355 tout croiat G. — 12356 reuerence G. — 12378 nulle espérance C. — la?^» manque B, Le vei-s manque G. •— i229î trespassez A. — 12398 sanez B. G. — 12421 11 est sane de tous B* — 12425^ qui me G. — 12427 suis arrière B. C. — 12432 demouray je A. ~ 12436 en piez et desporte B.

SECONDE JOURNEE

et puis prons ta couche surpiez et l'emporte ligicrcment.

LE PARALITIQUE

0 hault père du firmament,

\iiiii com grant grâce m'est descendue ! santé m*est plainement rendue, quand sans empeschemcns quclconcques j'ambule mieulx que ne fis oncques.

Je vois sainement par la voie

iii4j sans quelque mal qui me convoie.

Helas ! et qu'est ja devenu cil par qui ce bien m'est venu ?

au moins se trouver le sceusisse, de bon cueur mercy luy rendisse,

if»jO ainsi que bien faire le doy, mes certes je ne le congnoy ; si n'en puis, dont forment me poise.

Il est grand temps que je m'en voise atout ma couche sur mon col ;

iiVxi encor ne suis je pas si fol que je la laisse a la harpaiUe.

Je suis chargé, vaille que vaille :

atout mon fardeau m'en iray qui poise ; c'est, je vous diray,

iîv:x) a longue voye pesant fais.

Dea, amis, qu'est ce que tu fais ?

ton oflfetice trop la loy touche :

tu ne dois pas porter ta couche a tel jour, la loy y débat.

LE PARALITIQUE

12W5 Non ? et pourquoy ?

NACHOR

Pour le "sabal qui est huy, feste solennelle, en quoy tout oeuvre manuelle, tout labeur et peine de corps doit cesser.

LE PARALITIQUE

Je le vous accors :

1S470 Dieu Ta en ce point ordonné ; mais cil qui tantost m'a sané m'a de fait coAimandé et dit que je m'en voisc atout mon lit ; et je l'emporte a son command.

NACHOR

1*4:5 Mes, beau sire, je te demand

qui est il, il fault qu'on le sache ; car il n'est pas raison qu'il face tel transgression en la loy.

LE PARALITIQUE

Mes soigneurs, je no le congnoy, 12480 n'en ayez ja le cueur marry,

mes je suis soeur qu'il m'a guary d'une très griefve maladie, par quoy est force que je dyo qu'il a en soy vertu i)ai'faicte ; 12485 et qu'il soit quelque grand prophète, il m'en a monstre vray exemple.

Retraire me voil vers le temple, pour Dieu mercier de cueur lyé du grant bien qu'il m'a envoyé ; 12490 il n'est qui m'en saclie empescher.

Icy ment Jhesus au temple.

JHESUS, OH trmple.

Or regarde, mon amy cher, la grâce que Dieu t'a donnée qui en la présente journée t'a rendu plus sain que devant, .

12495 Garde tov donc dorénavant

de pécher et plus ne t'aviengne, affiri que pis ne te surviengne, car tu sces que poché encombre, tousjours portant mortel encombre •

12500 pour celluy qui de luy se çaint.

LE PARALITIQUE

0 Jhesus, vray prophète saint, maintenant croy je moy indigne, que par vostre vertu divine ay eu de mon mal alegence,

I25(h5 par quoy j'ay parfaicte espérance que vous estes le vray saulveur que Dieu, nostre vray créateur, a transmis au rogne mondain ; et pour le prescher plus a plain,

12510 je le vois dénoncer et dire a ces Pharisiens plains d'ire ou tant do répugnance avez.

Icy s'en vient cnfjc Pharisiens, Haï mes seigneurs, vous ne sçavez î depuis qUc d'icy me paity,

12515 je suis grandement advorty qui m'a gary par ccste voye ;

12437 lemporie B.— l2i38Tu naras point dempescheraent B. C. — 12448 soeusso G. — 124D6 chappallle B C. — lftS9 Quil poise voirenieiit dit on vray B. G. — 12474 *sa commande A. — 12475 demande A. — 124SS gracier C. — WSO manque B. — 12499 encontre B. — 12507 hault créateur B. C. — 12511 mauuais juilz B. c; — 12516 sauo B.

MISTERE DE LA PASSION

n*a gueres que riens n*eu sçavoye, mes maintenaDt j*en suis tout ferme.

Qui a ce fait ?

LE PARALITIQUE

Je vous afferme 12520 que c'a fait celluy qui se nomme Jhesus, qui est le plus saint homme qui soit dessoubz le firmament.

NAGHOR

A ce fait Jhesus ? et comment !

il se monstre bien homme infâme, l2âfô quand la loy transgresse et diffame, faisant tel operacion.

11 y chet bien pugnicion quand ainsi le sabat transgresse.

C'est a toy donc que je m'adresse, 12530 Jhesus : nous sommes en débat pour cause que le grant sabat violles en faisant ceste oeuvre.

Mon père jusqu'à ores oeuvre, et j'oeuvre a Tinstance de luy,

12535 et ensuys Toeuvre de celluy qui au monde m*a envoyé.

JACOB, scribe.

Oez du meschant desvoyé les blasphèmes qu'il nous prétend !

il n*est pas seulement content

2540 de nostre hault sabat enfraindre, mes de fait il nous veult contraindre de croire qu'il soit a Dieu filz.

En ceste oeuvre riens me meffis, car vrayement je vous declaire

12545 que le filz ne peust de soy faire, se n'est chose qui bonne appcre et qu'il a veu faire a son père :

en ce que le père fera le filz ensuyvant le sera ;

12550 le père ayme son fllz tout oultre, et tout tant qu'il fait il ly monstre, et encore oeuvres plus ai'dues demonstrera que n'avez veucs, pour vous donner crainte et mcrvçille.

JORRAN, scribe,

12555 Mes amis fcaulx, je conceille que pour ceste fois le laissons et de riens nous ne l'oppressons.

car veez cy peuple a grant effort par quoy il seroit le plus fort 12560 s'il en mouvoit sedicion.

YSACAR, scribe.

Je suis de vostre oppinion pour le présent de le laisser :

laissons ceste Pasques passer ; uneaultre fois- vendra pai* cy.

JACOB

12565 Je suis content.

JORRAN

Et moy aussi :

la chose est ainsi bien sortye.

Mes' amis, faisons dcpailie d'icy et faisons nostre allée oultre la mer de Galilée ; 12570 le peuple y fault endoctriner.

s. JEHAN

Cher maîstre, aussi le séjourner ne nous est point ici propice, car CCS scribes plains de malice vous heent tant qu'il n'est point a dii^.

s. PIERRE

12575 Après vous, Jhesus, nostre sire, voulons nous tous vivre et mourir.

Icif doivent suivir Jhesus tous les Juifs cy dénommés. ABAGUT, disciple.

Amis, pensons de le suivir; grant pourfit y pourrons avoir, et ne fust seulement qu a voir 12580 les haulx fais qu'il monstre partout.

MOAB

Suivir le veil pour faire escout de ses belles monicions.

ABIRON

Ses haultes predicacions nous peuvent foison profiter.

TUBAL

12585 Homme ne les peust escouter que son ame mieulx ne dispose.

CELIUS

C'est une moult haidtaine chose que de son fait, chacun le voit.

SALMANAZAB

Nous le suyvrons comment qu'il voit, 125Q0 sçavoir quelz signes il fera.

RUBEN

S'il scet riens, il le monstrera

12543 En ce faisant B. C.-^ 12549 ensuiuantj insequtur (sic) B. — lî560Sil sen B. — 12562 mangue C. — 12563 C a'oute: Sans limpugner ne transgresser C. — 12572 licite B. C. — 12573 Car ceste lignée inauldite B- C. — 1257S iil B. — 12579 fault A. — 12581 faire tont C. — 12582-12689 manquent C. feuillet déchiré. — lfô89 quel lieu quil B.

en Galilée haultement,

car c'est le pays proprement,

ou il a pris sa nacion.

NEPTALIN

1S&96 Maint signe d*admiracion a demonstré en ceste terre, et si n'y peust jamès conquerre l'amour de plusieurs opposans.

GEDBON

Il a largement de nuysans :

im> Dieu doint que jamès ne luy nuisent.

ABIAS

II sanal>le droit qu^ilz se déduisent a luy faire anoy et griefté, car quant il leur dit vérité si Timpugnent ilz a puissance.

MANASSES

12605 C'est de leur mauvaise arrogance, q[ui jamès ne se peust ployer.

NEMBROCH

Sus ! pensons de le convoier :

luy et ses gens s'en vont de tire ; il fault que chacun de nous tire

12610 de le suivir diligemment.

Icys'en vont trestous après JhcsuSy et lors Jhesus et ses disciples montent sur une montaigne.

Mes amis, au conunencement

de ceste predicacion,

devez faire invocacion

a Dieu, vostre souverain père, i%i5 si que sa grâce vous appere

et vous donne sens et sçavoir

de ma parole recevoir

a vostre edificacion

et la glorifîcacion 12680 de luy, qui en Teternel règne

sans terminer domine et règne ;

car sans grâce ne pouez faii*e

chose qui vous soit salutaire.

Grâce est la précieuse ointure 12G& qui le cueur de la creatui'e

assonplist, et donne vouloir

d*ouir ce qui luy peust valoir ;

grâce est donc tant nohle rosée

que, quand Tame en est arrousee, 12630 tottsjoui*8 croist et plus se parfait

en vertus par dit et par fait; sans grâce n*est vertu parfaicte, sans vertu Tame est imparfaicte du bien qui plus la deust parfaire

12685 et sans vertu ne peust paifoire.

Peuple, donc esleve ta face a Dieu, et requier ceste grâce qui Tame en bon estât maintient ; tu Taras, sy a toy ne tient ;

12940 se contre sa haulte démence as commis péché et offence ou contre ton prochain aussi, requiei's luy humblement mercy en bonne et humble repentance,

12645 toy soubmetant a penitance en prometant admendcment de jamès renchoir ensement :

ta coulpe sera pardonnee et te sera grâce donnée

12650 pour dampnacion éviter

et pour tousjours mieulx pourfiter et admender en temps et lieu dessoubz la parole de Dieu.

Les nobles predicacions

12655 et doulces exhortacions

du hault fruit du ciel descendues sont diversement entendues selonc divers entendemens, et de cecy enseignemens

12660 vous veii baillier par parabole ; et entendez bien ma parole.

Ung père de famille sage, entendant a son labouiage, pieça de sa maison yssi

12665 pour semer aillieurs et icy

son grain, comme il est coustumier j et le grain qu'il sema premier si cheut en diverses parties selonc les places assorties :

12670 Tune part cheut en plaine voye, mes tanstost fut ravye en voye des oiseaulx du ciel qui voilèrent et tout celuy gi'ain recueilleront ; Taultre part sur les pierres cheut

12675 et celle tost sechee fut,

car le souleil par sa chaleur le sécha par faulte d'humeur ; une aultre paît cheut es espines, mes par leurs pointures malignes

12680 creurent sus et le suffoquèrent tant que croistre ne le laissèrent ;

12006 veott B. — 12625 corps A.— 12638 nest lame parfaicte B. — 12634 la] lay A. » 12638 Qui tant clément vert ta) se B. — 12639 Que tu laras sen toy ne tient B. ~ 12657 manque B. — 12675 cette part A. celle Untoat B.

MISTERE DE LA PASSION

Taultre pai*t cheut en terre bonne, et celle croit et si foisonne ; l'une a cent pars, Taultre a soixante, 126fô Taultre a quarente, Taultre a trente, selon qu'elle chet bien appoint.

s. THOMAS

Cher maistre, nous n'entendons point pourquoy a ces gens assemblés en telz paraboles i)arlez 12690 qui sont tant rudes créatures, et encore sont tant obscures que nous ne les sçavons comprendre.

Mes amis, vous devez entendre et vous ay dit en aultrc lieu

1269& qu'il vous est ordonné de Dieu de congnoistre par voies clcres les haultaius et divins misteres, si ne vous en veil nens celer ; mes aux aultres ifie fault parler

12700 en paraboles et proverbes

affin qu'a mes motz et mes verbes les voyans aveugles se rendent et les oyans rien n'y entendent.

Ysaie le prononça

127(» quand en tel forme le nonça :

Vos auditu axidictis nec tameyi intelligetis, dist ce prophète : vous orrez, mes pourtant vous ne l'entendrez,

12710 pour vos grans obstinations.

s. BI3RTHELEMY

Cher maistre, nous vous supplions puisqu'il plaist a Dieu, nostre père, nous revcUer ce hault mistere et nous fait dignes do choisii*

I27i5 ses secrcs par vostre plaisir, exposez nous a quoy profite la parabole dessus ditte, car nous la créions vertuable et très grandement véritable,

127120 comme vous l'avez proposée.

Maintenant Tarez exposée, mes chers enffans, pour valoir mieulx, et certes benois sont vos yeux a qui telz dons sont ottroiés 127fô que de voir ce que vous voyez, et vostre oye est sainte et digne, ' a qui la majesté divine

12688 quoy manque B. — 13697 diuers B. — 12704 pouez A. auez a B. vous ouez G. — 1242 propine B. — B. — 12769 multiplier A.

donne d'ouir a sens ouvert ce qui nous sera descouvert.

12730 Et certainement je vous dis que maint prophète de jadis, mains justes et saintes parsonues ont désiré par grans ensonnes de voir ce que ja veu avez

12735 et si en ont esté privés, et de ce que ouez ouir, et si n'y ont peu advenir.

Or m'entendez donc proposer et la parabole exposer :

12740 premier, par le seminateur j'entens tout bon prédicateur \ par la semence qu'il seminev j'entens la parole divine que le prescheur semé et espart 2745 en maint lieu et en mainte part, qui de tout humain sentement n'est pas receue également ; par celle qui chet en la voye, j'entens du peuple grant monjoye

12750 qui se cuide mettre en devoir des paroles Dieu recevoii', mes les oyseaulx du ciel y viengnent : ce sont les deables qui surviengueut, qui la semence encommancee

12755 ostent surpiez de leur pensée ; par la semence nette et pure qui chet dessus la pierre dure, j'enteiLs peuple mal doctrine, long temps en son mal obstiné,

12760 lequel, quand luy vient mociou d'une bonne admonicion, aucuneftbis bien le conçoit et a grant joye le reçoit et promet admender son grief ;

12765 mes la semence meurt trop bricf, car si tost qu'il luy soui't contraire, il est tant apris a mal faire qu'il laisse tout mortifier le bon grain sans fructifier ;

12770 par le grain en lieu espineux, j'entens peuple délicieux qui tout sur vanité s'aireste, lequel tantost qu'on luy appreste predicacion bien notore,

12775 posé que très bien l'incorpore et la propose a effect mettre, il n'est pas de son vouloir maistre, car il a si fort son estude

Le prophète isaie G. — 12733 par pensces bonnes A. — 1 12744 Que sur le peuple A. — 12705 uieut B. — 12767 fort

SECONDE JOURNEE

en mondaine soUdtade

ii7:i0 pour ses richesses amasser, qu'il n'a loisir d'ailleurs penser :

tels richesses fort empoignans sont donc les cspines poignans qui les hons espis font ploier

127S5 sans les laisser multiplier ; le grain qui chet en bonne terre et la s'engrossit et enterre tant qu*il ait seâ racines dures segnifie les créatures

1S790 qui humblement et de cueur pieu oyent la parolle de Dieu et en Tpant moult bien profitent et en profitant so délitent ; puis quand humblement Tout oye,

i?7% quoy qu'il soit, ne l'oublient mye, mes vont de vraye intencion la mettre a execucion ; et s'ilz ont oy quelque vice de quoy la divine justice

iM) les puist reprendre et arguer, tantost se vont esvertuer de Textirper et expurger, ou s'on leur monstre le danger ou leur ame a trop arresté,

I2â03 d'une très bonne volonté jamais n aront joie de corps tant qu'ilz en soient tiré hors ; s on leur presche aussi de la joye de lassus qui tout cueur resjoye,

12S10 de bon cueur se peinent, affîn qu'ilz y puissent venir en fin ; â'on leur presche de pardonner, tout prestz sont a mercy donner ; s'on leur conseille faii*e aulmonne,

1315 chacun très volentiei^ la donne ; s'on leur conseille faire june jamès leur vouloir n'y répugne, mes se mettent en la Dieu grâce :

veez cy la bonne terre et grasse,

i^ià) bien labourée et bien hantée, en quoy la semence gettee apporte a cent doubles le fruit ; en tel terre laboui-er duit puisque fi-uit de labour appeii:,

ifsss mes en aultre son labour perd cil qui grain en cuide cueillir.

Qui oreilles a pour ouir entende ce que je sermonne.

s. JUDE

La parabole est haulte et bonne, 12830 cher moistre, ou tous biens sont compris ; grans biens en nous avons cspris de la noble exposicion.

s. SIMON

Oncques si grant colection de peuple je ne vis ensemble 12835 que je voy icy, ce me samble, pour nostre précepteur entendre.

s. PHELIPE

Encor en voyez vous descendre tousjours nouveaux de toutes pars, et si sont cy si drus epai^ 12840 qu'il n'y en peust plus aborder.

JHE8US

Pitié prcns a les regarder,

car bons vouloir leur cueur incline

pour venir oir ma doctrine,

et touteffois, pour abréger, 12845 vous voyez qu'ilz n'ont que manger

et s'en ont grant nécessité.

Phclipe, frère, en vérité

respondez cy a ma demande :

ou pourrons nous trouver viande 12850 pour ce peuple cy contenter

ou argent pour en acheter?

car fain grandement les traveille.

s. PHELIPE

Sire, vous demandez merveille, qui voulez saouler ceste gent ;

12855 nous n'avoas comme point d'argent non pas pour nous a quart n'a tiers, et touteffois deux cens deniei's ne souffiroient pas au plain seulement pour avoir du pain

l£860 a toute ceste grant famille.

s. JAQUES ALPHEY

Hz sont icy plus de cinq mille, sans les enffaus et sans les femmes ; fort seroit d'avoir de nous mesmes vivre a tel peuple souffisant.

s. ANDRY

12865 11 y a cy ung jeune enfî'ant

qui porte icy en demussous

cinq pains et deux pctis poissons,

lesquelz on aroit de léger ;

mes que seroit ce pour manger 12870 entre tant dépeuple et si grant?

ssses A. — 127S4 vont ploier A. payer G. — 12785 le souffrir B. G. — 12790 preu G. G. — 12807 aient [G. ayant] A. B. tire [B. G. traictiej A. — l2814-i5 manquent G. — ;. — 12829 parole G. — 12839 Et si sont si dru2 et espars B. — 12847 cher frère A. I

lïTS* Ses richesses A. — ionae et vraye H j^une A, B. C. — 12829 parole

— 12805 Du no

12816 faire ] la

B. charité B. G-

MISTERE DE LA PASSION

JBKSUS

Allez, Andry, et fjEdctes tant que de l'enffant les achetez et en présent les m*apportez, car pour cause avoir je les yeil.

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