‹ Le mystère de Robert le DiableChapitre 30 sur 63 · DEUXIÈME SERGENT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SERGENT

Ce sont des coups qu'il veut avoir Encor. Jamais ne m'en fatigue Et pour lui j'en serai prodigue.

Es-tu de la place Maubert?

Tiens! (// le frappe.) Fuis! jamais [n'avons souffert Telle canaille.

LE PAPE

LE PAPE

Ho ! seigneurs, ho ! laissiez le coy. Non, je ne veux pas qu'il s'en aille.

Garde\ plus que ne li touchiez ; Gardez-vous de plus le toucher.

D'aucune chose est empeschie^ Je vois — qu'on le laisse appro-

Quil me veult dire, Ce qu'il veut dire. [cher —

ROBERT

ROBERT

Saint Père, je vous requier, sire, Saint Père, je vous requiers, sire, Confession. Confession.

LE PAPE

Dy moy de quelle nascion

LE PAPE

Dis d'abord quelle nation

Tu es, avant, ne de quel eslre Né se chevalier es, né prestre Ou homme lay.

Est la tienne, et qui tu peux être :

Chevalier, manant, bourgeois, prê-

Parle, et dis vrai. [tref

ROBERT

Je le vous diray san\ délay, Puis qu'il fault que je le vous die ; Fil sui du duc de Normandie.

Mais je me repute et sce bien, Sire, que je vail pis qun chien, Tant sui a Dieu abominable ; Robert ay nom, surnom de Dyable ; Si ques pour Dieu, conseilliez moy, Ou je sui perdu\, bien le voy ; C'est à brief conte.

ROBERT

Sans retard je vous le dirai, Puisqu'il faut que je vous le die :

Suis fils du duc de Normandie, Mais je me répute et sais bien, Sire, que je vaux pis qu'un chien, Tant à Dieu suis abominable.

Robert ai nom, surnom le diable.

Conseillez-moi, je suis perdu.

En avez assez entendu.

Pour me connaître.

LE PAPE

Es ce tu Robert, voir me conte, De qui par tout on va contant Que des mauvaistieç as fais tant Que nul ne les pourroit nombrer) De Dieu te conjur, qu'encombrer Né mal faire aussi ne me puisses N'a créature que tu truisses Des ores mais.

LE PAPE

Es-tu Robart — oui tu dois l'être — Dont on entend plus raconter Decrimesqu'on n'en peut compter.

Or, si c'est toi, je t'en adjure, Ne tente mauvaise aventure Contre aucun ailleurs ou céans.

Je le défends.

ROBERT

ROBERT

Sire je n'en ay talent ; mais Qu'il vous plaise sanç plus cesser Moy pécheur ici confesser ; Si fere\ bien.

Je le promets. Sans plus de cesse Veuillez m'accueillir à confesse :

Vous en requiers.

LE PAPE

LE PAPE

Voulentiers. Pour Dieu, or ca vien A genoux mets-toi. Volontiers A gcnou\ cy. J'écoute, espère.

ROBERT

Saint Père, je vous cri mcrcy N'aie^ orreur de ma misère; Quand mon père espousa ma mère, Grant temps furent, à dire voir, Quity ne porent enfans avoir, Dont ma mère triste devint ; Et la corroux quelle ot advint Quant elle mot concéu, sire, Quelle disl, voire par grant ire, Que se enfant concéu avoit Quelle a l'ennemi le donnoit.

Si que depuis que je sui ne\ Jav esté si mal fortune^ Qu'a tou\ maux faire me meiloye ; Les enfans no\ voisins battoie Et tant leur estoie grevable Que surnom me mistrent de Dyable, Qui de puis ne me chéy onques.

En m enfance mauvaise adonques, Saint Père, je tuay mon maistre, Qui me devoit apprendre à lettre ; Depuis qu'ay esté chevalier, Des abbaies essillier Et desrober m'ai moult pené; Sept hermittes, sire, ay tué, Que trouvay en un hermittage ; Servans a Dieu de bon courage.

ROBERT

N'ayez horreur de ma misère :

Ma mère ne pouvoit avoir D'enfant, c'étoit son désespoir, Sa colère, et tels qu'un jour, sire, Elle en arriva jusqu'à dire Que l'enfant qui d'elle naitroit A l'Ennemi le donneroit.

Ainsi je fus, dès ma naissance, En si malheureuse puissance Que d'élan au mal je courrois.

Les enfans nos voisins battois, Et leur étois impitoyable, Tant qu'ils m'appelèrent le diable, Surnom qu'on m'a continué.

J'avais un maître, et l'ai tué, Las que j'étais d'apprendre à lire. Chevalier, je me fis maudire Par ma rage à piller partout Les couvents, et dérober tout.

J'ai tué dans leur hermitage Sept hermites au doux courage, Servant Dieu. Bref, j'étois méchant A ce point qu'à la ville, au champ, Du plus loin qu'on me vit paraître Nul de son effroi n'étoit maître; Et que, non pas un seul, mais tous S'enfuyoient. Que désirez-vous

Brief'fay esté si oultragcux A mal faire, cl si courageux Que lou\, non pas un, me fuioient De si loing comme ils me réoienl.

Onques ons ne fist tant de maux Que j'ay fait, comme desloyaux Que j'ay esté.

LE PAPE

Robert, or me di$ vérité :

Tua as, ce m'est avis, pesance

De plus, sire : âme déloyale, Dure, pour le mal rien n'égale Ce que je fis.

LE PAPE

Va Robert, parle encore, dis Si tu sens bien sous le mal aise

Des maux qu'as fait et repenlance ; Des méfaits dont le poids te pèse, Est-il certain? Vrai repentir.

ROBERT

Sire, oil, ce vous acertain; Je vous di h en, j'ay desplaisance Et si amere repenlance Des mauvestie\ que j'ay fai\, sire, Que souvent je ne puis mot dire.

Tant pren mon las cuer et deslraint Repenlance, et tant me contraint Que ris et jeux mais ne me plaisent, Richesses aussi me desplaisent, Tout ce que je souloie amer, Me semble dur et trop amer Tant me repens.

LE PAPE

Puis qu'ainsi est, sueffre, je pens Que briefment conseillié seras ; Selon le Rosne t'en iras, Environ .iij. lieux petites,

[ROBERT

J'en ai tant d'amer déplaisir, De dur chagrin, de douleur folle, ] Que souvent j'en perds la parole, Et que mon pauvre cœur j'étreins, Tout pantelant entre mes mains, Pour empêcher qu'il ne se brise.

Richesses, jeux, tout je méprise, Et ce qui jadis m'étoit cher M'est cruel, me devient amer, Par repentance.

LE PAPE

S'il est ainsi, voici je pense Ce qu'il te faut conseiller : va Remonter le Rhône; de là Pas bien loin, gagne un ermitage,

LE MYSTERE DE ROBERT LE IjIALsLE.

Afin que miex vers Dieu t'aquiltes.

La trouveras un hermitage Où est un mien confesseur sage ; N'est la mestier que le te nomme ; Il est devost et saint preudomme; Si li diras qu'a li t'envoie, Et que ta confession oie, Et sur ce te doint pénitence, Et que du tout à s'ordenance Je te soub\met.

ROBERT

Saint Père, gi vois, puis qu'il est Preudomme et que vous li mande\ A Dieu soie\ vous commande^!

Des ci m'en vois a lui, bonne erre, Pour la santé de m'ame acquerre.

E, sire Diex, par vostre grâce, Donne\ moi lieu, temps et espace De vous servir si dignement Que ce soit à mon sauvement.

Où se trouve un confesseur sage, Qu'il n'est pas besoin de nommer, Saint homme, il faudra l'informer.

Que vers lui c'est moi qui t'envoie, Pour te mettre en la sainte voie, De tes fautes prendre l'aveu, Et, te recommandant à Dieu, Dont il saura l'ordre et sentence, T'imposer une pénitence Qu'en tout feras.

ROBERT

Saint Père, j'y vais de ce pas, Et grand' erre, puisqu'il est, comme Vous me l'avez dit un saint homme, Et qu'à lui daignez m'envoier Pour me repentir et prier.

Ah! sire Dieu, par votre grâce Accordez moi lieu, temps, espace Pour vous servir incessamment, Et pour me sauver dignement!

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