SAINT JEAN
Rien de mieux, dame. Allant devant, Anges, chantez. Moi, vous suivant, Si d'accord puis, et de voix claire, Ainsi que vous je le veux faire Très volontiers.
PREMIER ANGE
Avec vous deux ferez le tiers.
A vos voix je joindrai la mienne.
Puis qu'il n'est rien qui nous retienne Céans, plus longtemps n'y restons; D'accord, en retournant chantons, Comme en venant avec liesse :
RONDEL
Car tant est plaine de largesce Que, se la sers en vérité, San\fin aras benéurté.
l'ermitte.
E ! sire Diex, de la bonté
RONDEL
Car tant est pleine de largesse Que la servir en vérité Donne pour toujours sainteté.
l'ermite Réjoui de cœur je me lève,
Et de la joie quay eu
Que n mon dormant vous ay véu, Et rostre doulce mère aussi TresJcvelement vous graci, Et de ce qu'en fourme' mave\ De la pénance que save\ Qu'à ce pécheur est convenable A ce qu'il vous soit agréable, Comme juste homme.
ROBERT
Sire Dieu, je vous vis en rêve, Et votre douce mère aussi.
Dévotement vous dis merci De m'avoir par votre sentence Informé de la pénitence.
Qu'à ce pécheur il faut donner, Pour qu'il puisse à vous retourner, Comme juste homme.
ROBERT
Elas! chelif, j'ay trop grant somme Helas! J'ai dormi trop grand somme.
Dormi, sus il me fault lever, Sus il faut vite me lever,
Et mettre en paine de trouver Et mettre en peine, pour trouver
Quanque pourray le saint hermitle, Où se tient le dévot ermite,
Par qui doy estre absol^ et quitte Par qui dois être absous et quitte De mes pechie\. De mes péchés.
L ERMITTE.
L ERMITE
Robert de mov vous approuchie\ ; Vene\ avant.
Devers moi, Robert, approchez Sans plus attendre.
ROBERT
ROBERT
Sire, je n'osoie devant heure que vous m'appellissic^, Que de moy ne vous lenissie\ A trop chargié.
Si près de vous n'osois me rendre Sire, avant que d'être appelé, C'est que ma présence eut semblé Trop importune.
L ERMITTE.
L ERMITE
Le Saint Père sy ma chargié Le bien doit en toute fortune
Se me dites de vous absoldre ; Payer le mal. Je sais déjà
// vous fault bien contre mal soldre, Que le Saint Père vous chargea
Se voule\ en grâce estre mis ; De me dire de vous absoudre.
Ve\ ci que vous fere\, amis, Vous vous mciintcndre\ comme fol Portant une massue au col, N'en quelque lieu que vous sere\ De viande ne mengere\, Se aux chiens ne la poue\ happer; Et vostre vivant san% parler Scrc%, aussi je vous enjoins.
Et se vous faites ces .iij. poins Je sui certain, mon ami doulx, Que Diex ara mercy de vous, En la par fin.
Sire, je feray de cuer fin Et voulentiers ce que me dictes.
Et se pour tant puis estre quittes Des pechie\ que jay fai\ mortiex, Loer soit le doulx roy des cieulx Et de la terre.
Or, à ceci vous faut résoudre Pour avoir grâce : comme fol, Portant une massue au col, Vous irez partout. Pour provende, Vousn'aurezplusrienque la viande, Qu'au chien vous pourrez dérober.
De plus, vous devrez vous garder, Et cela toute votre vie, Et, quelle que soit votre envie, De dire un mot. A ces trois points, Qu'au nomde Dieujevousenjoints, Frères doux, si vous satisfaites, Jecrois,toutpêcheur que vous êtes, Que par lui ne serez damné, Mais pardonné.
ROBERT
Oui, je ferai ce que vous dites, Tant ont hâte et soif d'être quittes Les âmes en péché mortel.
Loué soit le doux roi du ciel Et de la terre.
L ERMITTE.
L ERMITE
Or vas, amis, pour grâce acquerre, Va; que la grâce te conquière^
Ta pénitence commencier, Garde-toi de laisser passer,
Et ne la vueilles par laissier Pour tes épreuves commencer, Duy a demain. Cette journée.
ROBERT
Nanil, sire, se me demain Comme fol, et on me fait honte
ROBERT
Ne sera ma peine ajournée.
Ferai le fol, je vous le dis.
N' aussi je n'en feray ici conte Ne mot, ne demi nen diray.
Sire, a Dieu vous commander ay ; Penser men vois et aviser Comment me pourra/ déguiser Pour le fol faire.
Malgré les coups, malgré les cris.
Quoique j'en puisse avoir de honte, De tout je ne tiendrai nul compte.
Jamais plus je ne parlerai Puisqu'il le faut; mais je prierai, Pour que mon cœur ne désespère.
Voyons, pour le fol contrefaire, Comment je me puis déguiser; Vais aviser.
L ERMITTE.
L ERMITE
Amis, la Vierge débonnaire Je doint tele penance empreindre, Qu'a Dieu puisses ton ame rendre De iou\ maux nette.
Ami, sache que Notre-Dame, Veut, compatissante à ton àme, La rendre pure au Dieu d'amour Comme un beau jour.