SCÈNE XII
Chez l'Empereur.
LE SENESCHAL
Empereur, Dieu vous croisse hon- Je sui cil qui en la bataille [neur! Ay esté par ./';'. foï{ san^ faille, Et deux foi^ vous ay secoru ; Ve\ ci le fer dont fu féru Et navré, ou gros de la cuisse ; Et que voir disant on me truisse La plaie je vous monstreray Ve\ la ci, sil vous plaist jaray Vostre fille par mariage Ne fais pas de vostre héritage Compte grantment.
LE SENECHAL
Que Dieu votre puissance augmente, Empereur. A vous me présente Pour dire que je suis celui, Qui deux fois vous fut grand appui, Et grande force en la bataille.' Le fer, qui me fit large entaille, Et dans ma cuisse est demeuré, Le voici ; je vous montrerai, S'il faut, ma plaie. Or, daignez dire Que j'aurai votre fille, sire.
Vous deviez, par moitié, céder Votre État. Veuillez tout garder.
Je n'en tiens compte.
L EMPERIERE.
Seneschal, se Diex vous amenti Estes vous celui qui esté Ave\ pour nous; en vérité, Pour mon ennemi vous ienoie.
A quoy faire vous mentir oie !
Je le vous dy.
L EMPEREUR
Sénéchal, n'est-ce pas un conte?
Est-ce bien, en vérité, vous, Qui fûtes si vaillant pour nous; Vous — sans mentir je puis le dire — Vous, que je crus de mon empire Un ennemi.
LE SENESCHAL
Sire, au besoing voit-on l'ami; Ce que pour vous mi sui lasse^
LE SENECHAL
Au service on connaît l'ami.
Tout ce que pour vous j'ai pu faire,
Je lien que le savc\ asse\ Nen vueil plus dire.
l'emperiere.
Ma fille are\ sans contredire, Ainsi comme promis je lay.
Ale\ me querre sans delay Le pape, et dites qu'il s'avance De cy venir, que san% doubtance, De Sainte Eglise en plaine face.
De ma fille et du Seneschal Qui m'a esté ami loyal, A mon besoins-.
PREMIER CHEVALIER
D'aler le querre prend le soing G'y vois, chier sire.
l'emperiere.
Escuier, et toy va\ me dire La maîtresse, ma fille aussi Que san^ delay ïamainc cy ; Or, te délivre.
l'escuier.
Sire, nay béu dont soye ivre ; Voulentiers je la vous vois querre.
Vous le savez, et dois m'en taire A l'avenir.
l'empereur.
Il ne me reste qu'à tenir Sans autre retard ma promesse.
Ma fille est à vous. Qu'on s'empresse Vers notre Saint-Père; mon vœu Est qu'il vienne, et qu'au nom de Qui met en lui sa confiance, [Dieu, Devant saint Église il fiance Ma fille avec le sénéchal, Qui me fut ami si loyal, Au jour de peine.
premier chevalier,
Afin que le Saint-Père vienne, Le vais quérir.
l'empereur.
Ecuyer, toi, cours prévenir Ma fille, ainsi que la maîtresse, Et céans vers moi les adresse :
Je t'en requiers»
l'écuyer.
Je m'y rends, sire, volontiers.