‹ Le mystère de Robert le DiableChapitre 56 sur 63 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

Chez l'Empereur.

LE PAPE

Empcriere, en vostre maini vieng; On m'a dit que vous marie\ Vostre fille ; a qui la donne\ ) Dites le moy.

l'emperiere.

Au Seneschal, Sire, par foy, Qui nous a esté si amis Quil nous a de no^ ennemis Deux foi\ en guerre délivré ; A mort eussions esté livré S'il nefust. Ce sachiez de voir Si quil la doit bien, sire, avoir.

le pape.

Pour ce qu'il vous plaît que je fasse, Empereur, je viens. Est-il vrai, Et tout à fait à votre gré Que votre fille se marie?

Qui donc l'épouse? Je vous prie, Dites-le-moi.

l'empereur.

C'est le sénéchal. J'ai sa foi Que dans la bataille dernière, Frappant d'intrépide manière, Il s'est vaillamment entremis Pour nous contre nos ennemis.

Deux fois nous fûmes en détresse, Péril de mort; et sa prouesse

Ve\ ci la fille qui cy vient ; Fiancer premier les convient, Vous le save\.

Deux fois nous sauva. L'on peut Par là, qu'il a le droit d'avoir [voir Ma fille, et qu'il est juste et sage De les unir en mariage.

Saint Père la voici qui vient.

Par les fiancer il convient Que l'on commence.

LE PAPE

Seneschal, dites, y ave\, Bien le plaisir.

LE SENESCHAL

Sire, je riens tant ne désir Coni la fillette.

LE PAPE

Et vous save\ quelle est muette.

Ne parle point)

LE SENESCHAL

Sire, ne me chaut de ce point Tout a un mot.

LA FILLE

Père, je vous voy estre sot, Qui ce traïstre ci crée\.

Diex par qui sommes tou\ crèe\ Ne veult souffrir sa menterie Sa traïson, sa tricherie; Pour ce m'a le parler rendu Que j'oy des mon naistre perdu.

LE PAPE

Sénéchal, tout ceci, je pense, Vous est plaisir.

LE SÉNÉCHAL

Sire, rien que par le désir J'en suis en fête.

LE PAPE

Et vous savez qu'elle est muette, Ne parle point?

LE SÉNÉCHAL

Je le sais, mais, pour moi, ce point N'importe guère.

LA FILLE

Onvousprendpourdupe, mon père, Lorsque ce traître vous croyez.

Dieu, par qui sommes tous créés Ne peut souffrir sa tromperie, Sa trahison, sa menterie, Et c'est pour tout vous révéler Qu'il me rend ce don de parler,

Cuide\ vous qu'il ait la bataille Mise ajïnf Nanil, non san^ faille.

Un autre que li li a mis Qui trop plus est de Dieu amis ; Et quant orains le vous signoye Estres créeue nen povoie :

Je vous dy voir.

Fille, de la joie qu'avoir Me fais, de ce que foy parler, Ne me puis tenir de plourer ; Car joye ay plaine de pitié ; Or ça, fille, par amistié Fay, si me baise.

LE PAPE

Que je perdis dès ma naissance.

Croyez-vous que par sa vaillance La bataille a pris fin? Non, non.

C'est un vaillant d'un autre nom Et d'une autre force à la guerre, Plus homme d'honneur et sincère, Et surtout de Dieu plus ami, Qui vainquit pour vous l'ennemi.

Tantôt je l'ai montré par signe, De créance on me crut indigne :

Vrai je disais.

l'empereur.

Fille, quel bonheur tu me fais, Et que j'ai de joie à t'entendre !

De pleurer ne puis me défendre, Car joie ai pleine de pitié.

Laisse, fille, par amitié, Que je t'embrasse.

LE PAPE

Belle fille, mais qu'il vous plaise, Ma fille, dites-nous, de grâce Dites nous qui est ce preudomme Si vous savez la vérité, Qui tant est amé de Dieu, comme Sur celui dont avez conté

Vous nous compte^. La prouesse, et comment se nomme

Ce vaillant homme.

LA FILLE

Saint Père, il est voir, ne doubte^, Quen ce pra'èl qu'est la derrière, Une fontaine a belle et clere ; Là vi je armer .ij. foi\, de fait, Celui qui secours nous a fait,

LA FILLE

Saint Père, le vrai vous dirai :

Ici, derrière est dans le pré, Où volontiers je me promène, Une belle et claire fontaine.

Or. celui qui tout a sauvé.

Ur.ïversftJJ* BI8LIOTHECA

D'armes qu'il avait toutes blanches.

Et vi que d'une de ses hanches Un fer osta quil mist en terre, Quant derrainement de la guerre Retourna ; vérité diray, Et ce fer je vous monstreray, Mais que un petit ci vous lene\.

Maistresse, avecques moy vene\, Et vous, seigneurs massiers, aussi.

Biaux seigneurs, le fer ve\ le cy ; A grant paine l'ay arrachié De la terre ou lavoit fichié.

Mais je ne scé dont li venoient Les armes, ne que devenoienl Si tost que desarmé estoil ; La veue d'elles on perdoit Du tout aplain.

Sire, elle dit voir pour certain ; C'est le propre fer de ma lance.

El pour osier ent la doubtance, Ve\ ci le fust, or y garde\, Par cy rompy ; Diex. regarde^ Comment s'est renoé et joint Corne se onques ne feust desjoint; Ve\-ci merveilles.

Deux fois, auprès, je l'ai trouvé, Qui revêtait l'armure blanche.

De sa cuisse près de la hanche, Lorsqu'à la guerre il retourna Un long fer de lance il ôta, Qu'il mit en terre. Ce fer prouve Que je dis vrai. Pourqu'on letrouve Venez, maitresse, et vous aussi Tous, seigneurs massiers.

[Ils sortent.) (La fille revenant.) Le voici, L'ai tiré de terre à grand'peine.

J'ai cherché, ce fut chose vaine, D'où l'armure lui peut venir, Et ce qu'elle doit devenir.

Tout en disparait au plus vite, Dès qu'il la quitte.

PREMIER CHEVALIER

Monseigneur, tout est vérité — Jamais, d'ailleurs, n'en ai douté — Dans ce que votre fille avance :

Ce fer est celui de ma lance Dont voici la hampe; voyez.

Mais qu'arrive-t-il? regardez :

Ensemble ils se sont venus joindre.

Ce miracle-ci n'est pas moindre, Aucun ne pourra le nier, Que le premier.

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