SCENE XVI
Près de l'endroit où est Robert.
L EMPERIERE.
L EMPEREUR
Regarde^ con gist du chien près ; De soy mesmes n'acoutc nient ; Faire lever le nous convient Dileucques hors.
Il git avec le chien tout près, Voyez, tout en guenilles, blême, N'ayant nul souci de lui-même.
Çà, hors d'ici.
LE PAPE
LE PAPE
Dieu vous doinl sa grâce, bon corps! Dieu vous donne grâce et merci, Je vous pri, se vous point m'ame\. De Rome je suis le Saint Père
["] ;■ Dl ROBE R 1 LE DIABL1
De Romme sui pape clame?.
Parler a moy.
Ici fait Robert au pape la figue, et le seigne d'un os.
// ne respond ne ce, ne quoy ; Je croy na de quoy parler puisse.
Mon ami, monstre moy ta cuisse Dont tu cloches, et je seray Cil qui garir la teferay Dedans un moy s.
Ici jeue Robert de l'exlremie dun festu a l'empe-
riere.
En qui tout bon chrétien espère.
Donc parlez-moi.
Ici, Robnrt, se moquant, fait au pape la figue, et simule avec un os le signe de la croix.
l'empereur.
Il n'a réponse à rien. Pourquoi:
A-t-il la parole perdue.
Montre-moi ta cuisse fendue Par le fer, ami ; mon désir Serait de te faire guérir, Sans trop attendre.
Ici Robert se joue de l'Empereur , avec le bout d'un brin de paille.
LERMITTE.
Robert, Robert, bien vous congnois.
Mes chiers seigneurs, ne vous des-
[plaise, Asse% tost le verre\ plus aise.
Surnom soulie\ avoir de Dyable, Mais Dieu le père esperitable Quant vit vostre dévocion Et vostre grant contriccion.
M'ammonesta que vous chargasse, Qu'estre muet vous commandasse, El que comme fol alissie?, Ne de riens vous ne mengissi:-
l'ermite (arrivant).
Robert, Robert, veuillez m'enten-
[dre, Et vous, seigneurs ne nous quittez.
Plus heureux bientôt le verrez.
On vous a surnommé le Diable, Robert, Dieu, le père équitable.
Voyant votre dévotion.
Et votre grand'contrition, Quand je vous eus, pour pénitence, Enjoint le plus muet silence, Avec ordre exprès de singer Le fol, et de ne plus manger
loi
S' aux chiens ne le pouie? lollir; Et pour ce qu'avec san-{ faillir Porté ceste grief pénitence, Diex qui toujours les bons avance Et ou bontJ maint infinie, Veult quelle soit en vous fenie, Et que ne la facie\ jamais.
Mais que parliez^ des ores mais, Car tou% vo\ peschie\ vous pardonne ; Avec ce liscence vous donne De vous en estai donneur mettre Aussi que jadis soulie^ estre, Coin chevalier.
Que ce qu'aux chiens pourriez dé-
[battre ; Dieu pour vous consent d'en ra- Sa rigueur cesse de punir, ibattre.
Et je dis, moi, qu'il fait venir Tendant la main qu'il a bénie :
Levez-vous! La peine est finie, Robert, finie et pour jamais, Vous pouvez parler désormais.
Tous vos péchés Dieu vous par
donne, Et de nouveau le rang vous donne De chevalier.
ROBERT
ROBERT
Ha ! sire Diex, agenoillier Me vueil et toy ci mercier El loer et magnifier, Quant jay par ta miséricorde, Acquis vers toy paix et concorde De mes meffai^.
Je veux d'abord m'agenouiller Dieu bon, dont la miséricorde Ce généreux pardon m'accorde, Pour mes méfaits.
L EMPERIERE.
L EMPEREUR
Preudomme, tu qui sce\ ces fai^, Di qui est-iU
Quel est-il? toi qui sais ces faits, Dis-le, prudhomme?
L ERMITTE.
// est hault baron et gentil; Treschier sire, soie\ ent fis ;
L ERMITE
Monseigneur, il est gentilhomme Des meilleurs, il est haut baron
Du duc de Normandie est fil% Et son droit hoir.
Et môme des mieux en renom, Et de race la plus hardie, Droit fils du duc de Normandie, Comte héritier.
L EMPERIERE.
Robert ! je vueil sans remanoir Biau sire, que ma fille aie\ A femme, et ne vous esmaie\, Puis que je vous doin la pucelle La moitié are\ avec elle De mon empire.
L EMPEREUR
Avec vous je dois marier Ma fille, agréez-la pour femme, Robert. Vous le pouvez sans blâme.
Car, avec elle étant lié, Je vous donnerai la moitié De mon empire.
ROBERT
La vostre merci, treschier sire ; Certes, afin qu'a Dieu m'aquilte Des ores mais vie d'ermite Voulray mener.
ROBERT
Je vous rends grâce, très cher sire, Mais je suis indigne, et ne peux :
A Dieu je me dois, et je veux.
Pour être enfin envers lui quitte, Me faire ermite.
L ERMITTE.
Robert ! sachie\ Diex ordener Autrement a volu de toy :
Entens, il te mande par moy, Et m'en a bien fait mencion, Que prengnes sans dilacion La fille et ne le laisses mie ; Car de vous .ij. istra lignie Tele, ce dit ben vueil con m'oie, Dont tout paradis ara joie.
Ça en arrière.
L ERMITE
Telle n'est pas sa volonté.
Par ma voix, pour être écouté, Il parle : Épousez cette fille, De qui doit naître une famille, Dont le renom mieux que mortel Devra mettre la joie au ciel Et sur la terre.
io5
ROBERT
Puis qu'il en est en telle manière, Le contraire ne do/ vouloir.
Treschier sire, a vostre vouloir Je me consens.
LE PAPE
Fil?, bien dites et est grant sens.
Je vous dira/ que nous ferons :
En mon palais nous en irons, La seront joins et ordene\ Par mariage ; or y vene\.
Ces clers c/ devant nous iront Qui nous convolant chanteront Aucun biau dit.