‹ Le mystère de Sainte Eustelle, vierge et martyre, patronne de la jeunesse chrétienne; drame en trois actes en versChapitre 16 sur 46 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

EUSTELLE

Mais fuyez Rome et son amour du sang.

Dans l’arène elle unit, pervers, juste, innocent.

Du pain, des jeux ! Ce cri de son peuple s’élève Quand il courbe le front et tremble sous le glaive. Gaule, demeure pure, et demain tu verras Les Césars impuissants trembler devant ton bras.

tous, en agitant leurs armes et les torches . Vive la Gaule !

EUSTELLE

Oh ! oui ! si tu restes unie,

Tu feras reculer même la Germanie ;

Et les peuples mourants, tombant à tes genoux,

Te diront : noble Gaule, ah ! prends pitié de nous.

( Les guerriers agitent leur épée , les druides leur faucille d' or , la foule des branches de gui.)

CAMULOGÈNE

Vierge, merci ! La Gaule aura toujours la femme,

A l’heure du danger, pour soutenir son âme.

LE SACRIFICATEUR

Vers son déclin, bientôt se penchera le jour,

Avant que de la nuit ne vienne le retour,

Prêtre, le peuple attend qu’on offre la victime.

EUSTELLE

Immoler ce captif, ce serait par un crime Commencer une année, et Dieu ne le veut pas.

EUBATE

Nos aïeux des captifs demandaient le trépas.

eustelle, se plaçant devant Soter.

Qui de vous oserait attenter à sa vie ?

(A Camulogène.)

A ce triste forfait auquel on vous convie,

Prêtre, consentez-vous ?

LE SACRIFICATEUR

Devant Dieu, sur l’autel, C’est un mortel qui peut remplacer un mortel.

SOTER

Oui, le Christ.

LE SACRIFICATEUR

Les Gaulois ont brûlé dans les flammes Des monceaux de guerriers pour purifier les âmes.

EUSTELLE

Et vous fûtes vaincus par César... C’est assez.

Plus de meurtres cruels, les temps en sont passés. Vous ne pouvez frapper sans un renîords un homme.

EUBATE

Dans ses arènes, vois ce que de nous fait Rome.

le sacrificateur, à Eustelle .

Si pour notre salut, tu crains de l’immoler,

De quel nom les Gaulois devront-ils t’appeler ?

EUSTELLE

Je ne crains pas la mort pour une grande cause,

Je ne crains pas la mort quand c’est Dieu qui l’impose. A fuir devant la tombe un lâche peut songer,

Un brave lui sourit et court vers le danger.

Notre pays a droit à tout ce qu’on envie !

A notre liberté, nos biens et. notre vie.

Pour son peuple tomber, c’est tomber en héros,

C’est préférer la gloire à l’indigne repos ;

Mais immoler un frère à l’autel où l’on prie,

Sans un ordre du ciel, est une barbarie.

SOTER

Ils ne connaissent pas d’un Dieu saint la bonté.

EUSTELLE

La mort...

SOTER

Est le chemin de l’immortalité.

le peuple, avec agiialion.

Au dolmen le captif ! Ecartez la Romaine !

Prêtres, saisissez-le...A l’autel qu’on l’emmène !

SOTER

Mon Dieu, pardonnez-leur, ce peuple ne sait pas Que l’unique salut est dans votre trépas.

les prêtres, entourant le dolmen , chantent sur un ion funèbre.

Sombre est le crime !

Sombre est la mort !

De la victime Sombre est le sort !

( Ils étendent la main en brandissant leurs faucilles.)

Et le sang coule Sous le couteau ;

Et le sang roule Sur le tombeau.

( Ils joignent leurs faucilles.)

Debout ! Dieu passe Sur notre front,

Le sang efface L’impur affront.

Sombre est le crime !

Sombre est la mort !

De la victime Sombre est le sort !

Un prêtre, portant un couteau qu'il offre au sacri ficaieur.

C’est le couteau sacré.

eustelle, s'approchant .

Montre-le-moi.

Page 1