PASQUIN ET MARFORIO
€Hi Diologue sur les arts et sur leurs principales pro-^ ductions ( N^. a. ).
Marforio. — Que fais-tu donc , Pàsquin , enseveli sous cet amas de volumes ? «
Pasqûih. — Je compile.
Marf. — Comme feu l'abbé Trublet , sans doute?
Pasq. — Ce n*est pas là le modèle que je me suis proposé. J'espëre recueillir quelque fruit de mes recherches , je me flatte sur-tout d'en tirer certaines inductions qui......
Marp* — Propos de compilateurs* Crois-tu donc que Fespèce humaine s'améliore aujourd'hui plus que ja^ mais ï l'expérience des pères est perdue pour les en fans*
PisQ. -^ Ah ! Marforio , tu as de l'humeur.
MiifiF. — Parbleu,,' on en aurait à moins. Après qd long silence nous clîoïsîssonk lin joul'nal pour y faire inseVer quelques observations -, le jôutnar disparaît sans qu'on ait pu savoir pourquoi ni comment. Nous prenons les beaux-ai*ts pour texte de nos entretiens , et bientôt,. .••••
Pasq. — Doucement , doucement ,
-c CVst pousser ï Vexeh ta movddoie hyperbole, m
A la vérité , le flambeau des arts ne. brille pas en ce moment d*un éclat bien vif*, mais il n*est point encore éteint.
Marf. — Le moyen de Ip rallumer , lorsque le fojer n'existera plus pour nous ?
Pasq. — Je t'entends. Comme toi je gémis ; mais nos regrets sont inutiles. Feuilletons l'antiquité, peut- ^tre y trouverons-nous un motif de consolation.
Marf. — Dis plutôt d'autres sujets de peines.
Pasq. — N'importe. Prenons-nous-en aux morts, puisqu'il n'est pas permis de parler des vivaos. — Lorsque tu es venu m'interrompre dans mes méditations , je venais de compulser tout ce qu'on" a écrit sur la bibliothèque d'Alexandrie , et je faisais cette réflexion ; si' le farouche Omar ou ses lieutenans, plus farouches encore , avaient su lire*, l'Europe eût été civilisée quel* ques siècles plus tôt.
Marf. -^ Le paradoxe est fort. .
Pasq. — Pour i^tre compris , il n'a besoin que de quelques développemens. Tu ne nieras pas, par exemple , Marforio , que les Ptolomées , en {brm^nt cette immense bibliothèque , n'aient fait d'Alexandrie le centre de la civilisation de l'Orient. Non seulement ce riche dépôt était constamment ouvert aux savans de la ville d'Alexandrie, mais tous les étrangers qui cultivaient les ' sciences ou les lettres , y étaient admis avec autant de politesse que de libéralité. Cette facilité , offerte à chacun de se livrer à tous les genres d'étude , fit naître d'abord une école d'hommes célèbres par leur savoir.
et. porta ensuite dans toutes les classes le goût des lettres. C'£st, le ras ^l'appliquer ce vers , d'Oyide :
EmolUt more» , nec sinii esse J^eros,
' § ' Marit. —Je 'tombe d'accord avec toi sur tous ces points , mais je ne vois pas où tu veux en venir,
Pasq. — Je * suppose un moment que les Mahomë» tans ( ainsi que les Tartares Tontikità l'égard des Chi-. nois ) aient sentira supériorité que la culture des lêttre$ , avait donnée au* farabitans d'Aletaiidrie , qu'ils aient su tire' enfih ♦, h coup sûr, au lieu de brûler un monument si précieux pour la civilisation , ils auraient prié* Ibs Alexandrins de les introduire dans le sanctuaire des sciences ; ils auraient recherché l'amitié des gens de lettres, auraient profité de leurs lumières et seraient |)atfvenus peu-à-peu h se dépouiller de ce que Ieui*s mœurs avaient de grossier et de barbtirerf
Marf. — Quand je* vous accorderais encore la- justesse de cette hypothèse, oii cela nous conduirait-il?
^ASQ. — Reportons- nous maintenant à l'époque des croisades* Examinons tout ce que le$ Européens ont rap-' porté de connaissances , dans les sciences et dans les arts , de leurs excursions en Orient , et concluons - en que s'ils ont gagné quelque chose par leur contact avec des peuples à (temi^barhares , ils auraient conquis la oivilisâtion , dwides peuples instruits et policés. ^
Marf. — Tes /suppositions ne manquent pas de probabilité ^ mais }e vais supposer à mon tour que les catffes , ntt lien d^étre tout-à-fait ignorana , eussent eu quelque goût pour les lettres et les sciences , et qu'au lieu de brûler la bibliothèque d'Alexandrie , ils en eussent dispersé les volumes et les eussent transportés dans leurs différens èalijTats , qu'en serait- il résulté ?
Pasq* -^ $j je ne me trompe , le démembrement de
cette bibliothèque aurait eu à -peu-près le résultat
que le feu a produit. Il ne suf&t pas d'avoir du grain
' pour ensemencer , il faut encore un terrein fertile et
sar«tout de bons agriculteurs pour diriger le labourage.
Helas I ( sVcm ihi artiste /qui faute d*atitres aatf^ f|nit<5s était vaim Jesslner les statues die Pasqtiin et dîe Marforio ] ; hëlas ! les hommes tourneront-ils toujours dans le même cercle cl*erreurs? J*ai tu rassembler dsium 0ia patrie ce que le génie des arts ^yait^n fan të de pJus beau '^ j*aî' <fté tifhiQÎu <ie JMlan qijie c^*4e riche c»Uec«* tioo avait ioûprimé aux arts et, à n9dustrie- dou9 étions suf. Je point de parvenir, poi^ir.tqu^ les objets qui àér pendant des arts , du dessin, ii ce f^egré de recheixj&e et de p^fecti^n ob /étaient a rriy)éfs,;^s .peuples de ia grande Grèce , qqand une ip*uption dp y ésuve eiiflojQi^ et bes hommes et les choses ^ déjà les productions 4e fkùa peintres , de nos statuaires , de no^ architectes , étaient recherchées dans tous les pays y déjà les pro-» duits de nos m^P;i;ifactures servaient de modèles dans toute TEurope, lorsqu'un fl^'au iM>n. moins redoutable 90^ le Vésuve ou )^ barbarie des califes est venu* • • •