SCÈNE II
Le théâtre reprtf^eute la chapelle d'Ebersdorf ^ ancien Bâtiment gothique. ISABHLLE 9 se relevant de devant l'antet sur lequel brûlent deux cierges.
Je ne pui9 pas [Nrier-, la terreur et les remords ne laissent pli's de place à la dévotion. Il faut avoir le cœur en paix et les mains pures pour les élever vers le ciel. Minuit est l'heure de la sommation « Gomment pourrais^je prier quand je vais pars^tre devant mes juges, résolue à nier un crime que tout ce que j'ax de sang dans les veines ne pourrait effacer ! Et mon fils ! oh ! il sera victime de mes forfaits! Arnolf, Arnolf! que tu es bien vengé! (On frappe â la porte.) J'cutends les pas dc mon redoutable guide. (On frappe encore.) Mon courage m'abaudoune ! (Gêrtrade entre.) Geftrude, est-ce toi? es-tu seule ?
(Elle l'embrasse.) GERTRUDE.
Ma chère tante, quittez ce lieu ; il glace le sang ! Ma tante m'a envoyée vous chercher pour vous faire venir chez elle.
Qui est avec elle?
GERTRUDE
Reynold seule et la famille,, avec qui mon oncle se livre à la joie.
ISABELLE
N'as-tu pas vu de figures étrangères?
GERTRUDE
Non ^ personne que des amis.
ISABELLE
Es^tu sûre de cela? George y est- il ?
GERTRUDE
Non, ni Henri ; tous deux *sont sortis à chevaL Je pense qu'ib pourraient rester un jour, au moins. Mais venez, ma tante, je hais €e lieu ; il me rappelle mon rêve. Voyez, là-bas est l'endroit où il m'a semblé qu'on vous enterrait vivante sous un mo* nument.
(Elle montre du doigt le point qu'elle veut indiquer.) .ISABELLE, tressaillant.
Le monument de mon premier mari ! Laisse-moi , laisse-moi^ Gertrude^ je te suis dans un moment. (Gerirudewrt.) Oui, c'est là qu'il repose I oublieux à la fois de ses crimes et de ses outrages !
insensible, comme si cette chapelle n'eût jamais retenti de mes gémissements, ou le château répété le râle de ses dernierssoupirs ! Quand dormirai-je de ce dernier sommeil ? ( comme eiu attache les yeux
sur le monument f une figure enveloppée de noir apparaît de derrière.) DiCU mi^
séricordieux ! est-ce une vision comme celle qui a hanté ma
couche ? C Elleapproche : elle avance avec un sentiment roêlë de tjerreur et de résolution.)
Esprit ou fantôme, es-tu l'esprit sans repos de celui qui expira dans les tourments de l'agonie? ou bien es-tu l'être mystérieux qui me guida pour commettre mon crime? (ta figure s'indine, et faitun signe arirmaiif.) Demain! demain! je ne ,puis te suivre à présent !
^ La figure montre un poignard eacbé sous son manteau. ) 1 U m y COntraïQS ! JC
te comprends : je te suivrai.
(Elle suit la figure quelques pas; le fantôme se retourne, et arraclie de sa tête nn voile noir et lui prend la main : ils sortent ensemble, et passent der-rière le monument.)