OCTAVE, ISABELLE
OCTAYB, à part.
Elle va s^endormir alors, il me Ta dit...
Mais c^est affreux !
Avec soulagement.
Oui \ mais ça me rend plus hardi l
ISABELLE, à paru
Il ne me parle pas.
OCTAVE, à part.
J*ai peur qu'elle ne souffre.
ISABELLE
Quoi ? Vous ne mangez plus ?
oeTAYE, à part.
Mais je bois comme un goufïlre.
Il boit.
ISABELLE
3uoi qu*en dise Pierrot, manger moins est prudent,
OCTAVE, à part.
Comme le cœur me bat ! Il le faut, cependant.
Il boit.
Mais comme vous buvez ! Prenez garde I
OCTAVE, résolument.
Avec rage !
Madame, c*est pour mieux me donner du courage.
ISABELLE, étonnée.
Mais comme vous avez les yeux brillants, ce soir?
0CTA.VE,
C'est pour mieux lire en vous, madame, et mieux vous voir!
ISABELLE, troublée.
Et cnnime, tout à coup, votre voix devient claire?
OGTAYB.
C'est pour mieux vous parler, vous convaincre et vous plaire.
ISABELLE, inquiète.
Je... je vous crois un peu de fièvre; calmez-vous ! Vous avez eu grand tort de souper, entre nous, Et je m'en veux d'avoir aidé cette escapade... Un malade jamais. . .
OCTAVE, éloi^ant sa chaise de la table.
Je ne suis pas malade I
ISABELLE, troublée.
Faible...
OCTAVE, avec force.
Je ne suis pas feible \
Il se levé.
ISABELLE, plus troublée.
En ce cas, surpris Quelque peu, par ce vin...
OCTAVE, toujours plus résolu.
Et je ne suis pas gris Il s'approdie d'elle.
Chère Isn belle....
ISABELLE, effrnyée, s'élolgnant.
Alors VOUS êtes fou !
OCTAVE
Pas même !
n (Mo 8« roba de chambre, la jette sur le canapé et parait Téta Ae la plus élégante fngon.
Je suis homme de cour, ma belle, et je vous aime !
ISABELLE
Eh ! quoi, vous n'êtes pas...
OCTAVE, caraliôrement.
Je suis riche, marquis, Et de plus, bien portant, je vous le garantis.
ISABELLE
Votre mal?...
OCTAVE
Un prétexte.
ISABELLE
Et votre nom?...
OCTAVE
Un leurre
J*ai nom Octave.
ISABELLB.
Octave !
OCTAVE
Ah I j'attendais cette heure Depuis deux mois...
ISABELLE, s'éloignant de lui .
Je rêve ou j*aî mal entendu...
OCTAVE, A part, reprenant peor.
Si le breuvage est sans effet, je suis perdu.
ISABELLE
Ksi-W passible? Vous? De telles fourberies!
OCTAVE, tendrement.
Je VOUS ai vue, un jour, si belle, aux Tuileries, Que j'ai pris ce moyen, le plus sûr, le plus doux. De vivre auprès de vous et d'ôtre plaint par vous. Car depuis ce jour-li vous avez eu mon Ame.
ISABELLE, sévèrement.
Mais, en fnis.nnt cela, qn'espériez-voiis ?
LE NARCOTIQUB 69
OCTATEf troublé.
Madame..*
ISABELLE
Parlez I qu'attendez-vous de moi ? que voùlez-vbus
OCTAVE
Que vous m'aimiez I Je vous le demande à genoui
Il se met à genoux.
ISABELLE
Quand je vous le disais que c'est de la folie ! Et mon devoir, monsieur, et tout ce qui me lie. Et mon mari qui m'aime et que j'aime !
OCTAVE, révolté, et se releVant.
Allons doncl
Comment, monsieur?
OCTAVE
Non, nonj'e veux dire... pardon !...
A part.
Elle ne s*endort pas du tout.
Grâce, Isabelle I
70 LE NARCOTIQOE
ISABELLE
Oh-1 n*ayez peur, monsiear le marquis, que j'appelle; Si mon mari savait. . . mais tout serait perdu. . . ciell c'est un affront qui ne m'était pas dû !
OCTAVE, aux champs.
Des pleurs I
A part.
Et toujours rieni La dose est trop pea forte... Canaille de Pierrot !
ISABELLE
Sortez I
OCTAVE, interdit.
Moi! que... je... sorte...
ISABELLE
Puisque vous refusez, c*est moi qui, dans ce cas...
Elle YtL yen la porte.
OCTAVE, désolé, à part.
Comment ! elle s'en va !
ISABELLE
Ne me retenez pas!
Ne...
Elle s'arrête.
C*est étrange I
OCTAVE, à part.
Heinl
ISABELLE, passant la main sur son front.
Rien l Façonné que vouséte.s Aux triomphes de cour, aux faciles conquêtes...
OCTAVE, naiveiuenl.
Moi!
ISABELLE. '
Vous vous êtes dit : Entrons dans la maison... Ce n'est qu'une bourgeoise et j'en aurai raison...
OCTAVE
Ohl
I s A B E L LIS parlant difflcilemenr.
Je suis jeune et riche, et oohi^ et beau... j'espère..
Elle s'arrête.
Mais qu*ai-je donc, ô ciel !..«
7i LE NARCOTIQUE
OGTAYB, àpart.
Le narcotique opère.
ISABELLE, môme jeu. f
liais il n*est de beauté... de jeunesse... ni d'or... Qui... je sens...
Kilo se lai:$8c tomber sur lo canapé.
mon Dieu!... n'allez... pas...
BUe renrerse sa tête en arrière et ferme les yeux. OCTAVE s'approche sur la pointe du pied et la regarde.
Eile dortl Enfin I II était temps! Elle s'est défendue I... Sans le philtre, je crois, ma cause était perdue... C'est un crime, pourtant, celai... Comme elle dortl Ce sonuneil me fait peur... il ressemble à la mort.
Effrayé.
Ciel!
U s'approche et la regarde, penché sur elle.
liais non... la voilà rose comme l'aurore...
Et d'ailleurs je vois bien qu'elle respire encore. ma i;eauté céleste l ma chère vertu t
NARCOTIQUB 73
Peut-être m'entends-tu, peut-être me vois-tu, A travers le brouillard transparent de ton rêve? Crois-moi, tout ce qui brûle et tout ce qui soulève Une âme encore neuve, un cœur adolescent, Mon âme en est brûlée et mon cœur le ressent 1 Si ma bouche restait obstinément fermée, Tu n'en étais pas moins éperdûment aimée, Je ne suis qu'un enfant, ayant jusqu'à ce jour La peur mystérieuse et folle de l'amour.
Énigme dont le mot perd ou sauve notre âme £t dont le sphynx terrible et charmant est la femme. Mais je parle à présent, tu m'entends, n'est-ce pas ? Bb bien oui 1 je commets un crime... doux, hélas!
Il loi bain les mains.
Mais un crime d'amour et que tu me pardonnes...
11 rembrasse va front.
Ce baiser, je ne le prends pas, tu me le donnes? Ah 1 j'aurais tant voulu ne te devoir qu'à toi.. Ce que je fais est mal...
Il l'coibrasst.
Très mail...
U l'embrasse.
Mais, malgré moi, Je sens que je suivrai la pente de l'abtme... .
. Il l'embrasse. ...
Ah î le crime toujours amène un autre crime!
Il l'embrasse.
GrAce 1