DE SEINE -ET- OISE DE PONTOISE DE TAVERNY
Commune de Bellevue-la-Forêt , ci-devant Saint-Prix
Nous soussignés, maire, officiers municipaux et membres du conseil général de la commune de Bellevue-la-Forêt, sur la demande qui a été faite par le citoyen ci-après nommé, certifions, sur l’attestation des citoyens Jean-Pierre Ledreux, Charles Hude, Jean-Louis Ledreux, Nicolas-Robert Ledreux, André Boulard, tous cinq cultivateurs, Jacques Fié, serrurier, Toussaint Anfroy, tonnelier, Charles- Nicolas Dupré, vitrier, tous domiciliés dans cette commune, qui est celle de la résidence du certifié, qui nous a dit s’appeler Urbain-René Pilastre, menuisier, âgé de quarante et un an, taille de cinq pieds six pouces, nez un peu gros, bouche moyenne, menton rond, cheveux châtain-gris, visage un peu long, front large, yeux châtains, a demeuré sans interruption à Bellevue-la-Forêt, maison de François Richard, depuis le io thermidor dernier jusqu’au 14 brumaire ; certifions en outre que les citoyens attestants ne sont, à notre connaissance et d’après leur affirmation, parents, alliés, agents, fermiers, créanciers ni débiteurs du certifié et d’aucun autre prévenu d’émigration. Fait en la maison commune, le 10 frimaire an III de la République française une et indivisible, en présence desdits certifié et attestants, lesquels ont signé avec nous tant le registre de nos délibérations que le présent extrait.
Signé : Jean-Pierre Ledreux, Jean-Louis Ledreux, Nicolas-Robert Ledreux, Dupré, Charles FIude, André Boulard, témoins;
Pilastre, certifié.
Délivré le présent certificat audit citoyen Pilastre, après avoir subi l’affiche prescrite par la loi, à Bellevue-la-Forêt, le dix-neuf frimaire an III de la République une et indivisible.
Signé : Morisset, agent national ; Levif, maire ;
Richard, officier municipal; Pelletier, notable ; Gilbert, secrétaire-greffier.
Une lettre de Bosc
On lisait dans le catalogue de la vente d’autographes qui eut lieu après le décès de M. J.-L. Boilly, le 7 décembre 1874 :
« N° 62. Bosc (L.-Aug-Guil.) , célèbre naturaliste, ami de Mme Roland, dont il publia les mémoires, n. 1759, m. 1828.
» L. a. s. à Broussonnet; Paris, 9 germinal an IV, 7 p. In-40. »
« Il raconte sa conduite sous le régime de la Terreur, ses visites aux prisonniers, le refuge qu’il offrit à des proscrits, entre autres à Roland, sa nomination comme directeur des postes, etc. Il parle ensuite de la fille de Roland , dont il était le tuteur. « Elle » m’est tendrement attachée et annonce les plus intéressantes » dispositions ; aussi ne puis-je plus me défendre de répondre à » son vœu et de la prendre pour femme , malgré la dispropor- » tion de nos âges. Rien d’intéressant à l’Institut, sauf un zoolo- » giste arrivé de Normandie, Cuvier, qui fouille dans les dépôts » du Muséum d’histoire naturelle. »
Je n’eus connaissance du catalogue Boilly et du précieux numéro qu'il renfermait que cinq ans après, en 1879. Qu’était devenue la lettre de Bosc ? Je m’en informai auprès de M. Étienne Charavay, qui avait dirigé la vente, et qui me répondit obligeamment qu’après avoir été achetée par M. A. Sensier, elle avait subi encore une fois le sort des enchères , au décès de ce dernier, en février 1878. M. Charavay s’en était alors rendu acquéreur pour une personne qu’il ne se croyait pas autorisé à me faire connaître. Je le priai de demander à son client, tant en mon nom qu’au nom de la famille de Bosc, la communication de cette lettre, lui offrant en échange de prendre connaissance de tout ce que je possédais de la correspondance du naturaliste. Mon insuccès fut extraordinaire ; je me vis refuser, non-seulement l’autographe si intéressant pour mon sujet, mais encore le nom de celui qui le possède ; le collectionneur, inexorable et mystérieux, défiant des autres et de lui-même, a tiré les verrous sur sa personne et sur son trésor. Le lecteur attendra donc une nouvelle vente après décès ; je le dis sans aucune formule de souhait, et je me hâte de le faire remarquer, pour qu’on ne me croie pas du tempérament des littérateurs d’autrefois, ni capable, même dans une querelle, de « tuer le mandarin. »
Le dernier état de Sainte- Radegonde
Il est représenté , avec toute l'exactitude de la photographie, dans l’héliogravure que nous avons placée en tête de ces pages.
La chapelle a été démolie en 1842. Les bâtiments, plus délabrés que jamais, sont abandonnés et ouverts à tout venant, sauf l’obstacle des hautes herbes qui en ont envahi les abords. Le plâtre tombé découvre l’extrémité d’une poutre au-dessus de la porte charretière, et en même temps une cavité qui est peutêtre celle où furent cachés les mémoires de Mnie Roland.
Le vieux prieuré et les bois d’alentour appartiennent aujourd’hui à Mme Corbin (1), à laquelle ils sont advenus par héritage médiat de Mrae la baronne de Feuchères, légataire du prince de Condé. Nous ne savons à quelle époque ce dernier s’en rendit acquéreur. Le Domaine extraordinaire lui consentit, le 7 août 1819, la vente du bois dit de Sainte - Radegonde , dans lequel l’état descriptif dressé pour l’adjudication signale comme enclave la maison de Sainte-Radegonde et les bois en dépendant, d’une contenance de trois hectares. Cette partie distraite de l’aliénation est évidemment l’ancien domaine de Bancal des Issarts, qui ne fut réuni que plus tard à la propriété du prince. Bancal avait continué à négliger et presque à oublier le prieuré. Il s’était retiré en Auvergne, où il venait de se marier, quand Bosc lui écrivit, le 20 mars i8o3, pour le complimenter, une lettre d’où nous extrayons ces lignes : « Dans tout cela, il n’y a que l’amitié qui y perdra ; car nous ne pouvons pas espérer te voir de sitôt : cette année, pour ne pas te distraire de ta félicité, l’année prochaine, pour ne pas nuire à l’allaitement de ton futur enfant, etc... Et Radegonde tombera, ou, mieux, achèvera de tomber en ruines; car un pan de mur du jardin, sur le chemin, est tombé cet hiver, et les toits se sont dégradés au point qu’il pleut partout. Mais ce sont des misères dont il ne faut pas entretenir un nouveau marié. » C’est la dernière mention de Sainte-Radegonde que nous ayons trouvée dans la correspondance des deux amis.
(i) Pendant que ces lignes s’impriment , la spéculation s’abat sur notre forêt. Une Société vient d’acheter de la Compagnie d’Assurances générales ce qu’elle en possédait depuis 1842. Une autre Société a promesse de vente de Mme Corbin, pour le canton du Château de la Chasse. De part et d’autre, on a de grands projets. C’est à qui nous rendra le Bois de Boulogne, que nous fuyons ; on va en toute hâte sacrifier à la banalité des plaisirs parisiens le charme de nos promenades et les vestiges du passé.
La famille de Bosc, nous l'avons dit, a conservé comme sépulture l’enclos acheté de Bancal des Issarts dans la forêt. Récemment, elle y rendait les derniers devoirs à l’un des siens ; les billets de part étaient ainsi conçus :
« Madame Beljame (i), Monsieur Alexandre Beljame, maître de conférences à la Faculté des lettres, et Madame Alexandre Beljame, Monsieur Victor Richon, professeur à l’École normale d’Edimbourg, Madame Victor Richon et leur fille, Monsieur et Madame Chollet et leurs enfants, Monsieur et Madame Pilastre et leurs enfants, Monsieur et Madame Ernest Moeller et leurs enfants, Monsieur Léon Soubeiran, professeur à l’École de pharmacie de Montpellier, Madame Léon Soubeiran et leurs filles, Monsieur Jules Regnauld, professeur à la Faculté de médecine, Madame Jules Regnauld et leurs enfants,
Ont l’honneur de vous faire part de la perte douloureuse qu’ils viennent de faire en la personne de Monsieur Alexandre- Michel Beljame, leur époux, père, beau-père, oncle et grandoncle, décédé en son domicile à Paris, rue de l’Éperon, n° 7, le 19 novembre 1881, dans sa 91e année.
Le corps ayant été transporté directement à la sépulture de la famille, à Sainte-Radegonde (Seine -et -Oise), aucune invitation n’a pu être faite. »
Le lecteur n’apprendra peut-être pas sans intérêt que l’un des personnages qui nous ont le plus occupé dans ce récit, Larevellière-Lépeaux, ne garda point rancune à notre pays des mauvais jours qu’il y avait passés. Le 5 ventôse et le 23 floréal an VI (23 février et 12 mai 1798), pendant qu’il était Directeur et officiellement domicilié au Luxembourg, il acheta, à Andilly, les domaines de Belmont et de Méry, et le château Gaillard, qu’il habita jusqu’au 3 floréal an XI (a3 avril i8o3), époque à laquelle il les revendit à M. Salomon- Louis Monti , dont les successeurs actuels sont Mme Léon Gay et Mme Victor Lacorne. Mme Gay a le domaine de Belmont; M™e Lacorne, nièce de Mme de Valazé , le domaine de Méry et le château Gaillard. Je dois ces renseignements à une obligeante communication de M. l’abbé J. Lauderaut, curé d’Andilly.
(1) Bosc eut six enfants, dont Mme Beljame est la dernière survivante. Deux fils, l’un officier de marine, l’autre docteur en médecine, moururent jeunes. Deux filles, les aînées de Mme Beljame, furent Mme Pilastre et Mme Soubeiran.
Je voudrais enfin, puisque la botanique s’est trouvée plus d’une fois mêlée à ce récit, compléter les indications que j’ai données , dans une note ae la page 36 , sur la flore des environs de Sainte- Radegonde. L’itinéraire qui est généralement suivi par les botanistes herborisants, à travers la région qui nous intéresse, part de la station d’Enghien, traverse le plateau de Montmorency, redescend au Trou-d’Enfer, pousse une pointe vers les taillis et les prés de Domont, et, revenant en arrière, s’engage dans le vallon du chateau de la Chasse. Là, on signale, outre les plantes que nous avons nommées comme croissant également dans la Basse-Caroline, les « Nephrodium Thelypteris, Pinguicula vulgaris , Eriophorum angustifolium , latifolium, Senecio campestris, Cirsium pratense, Carex pulicaris, Taraxacum palustre, » et, spécialement aux alentours du tombeau de Bosc, les « Carex maxima et Carex Mairii ». Ces récoltes faites, on reprend la route de Montlignon, à un endroit où fut découvert par M. Mabille une gi aminée qui n avait pas encore été observée dans les environs immédiats de Paris, le « Calamagrostis lanceolata » • puis on côtoie des fonds tourbeux et humides, et l’on gagne la station d’Ermont, en traversant les villages de Montlignon et d’Eaubonne. /