LE SENS DES COULEURS CHEZ LES ANIMAUX 2S
OU orangées. Or, M. Hess ayant mis sur un de ses yeux un verre rouge, sur l'autre un verre orangé, a constaté que, dans ces conditions, les graines situées du côté rouge du spectre devenaient plus distinctes, tandis qu'il avait peine à discerner ce qui se trouvait du côté opposé. On peut vdonc dire que la vision du Poulet ou du Pigeon correspond à celle d'un homme qui porterait des lunettes rouges ou orangées.
Les expériences de Hess sont basées sur un élément subjectif, la recherche de la nourriture, ^belsdorff a procédé différemment. On sait que des lumières colorées provoquent un rétrécissement plus ou moins notable de la pupille suivant leur intensité apparente. Or, chez le Pigeon, des radiations vertes ou bleues ont sur la pupille nne action bien moins marquée que chez l'homme ; si on emploie successivement des lumières rouges et bleues de même intensité, les rouges seules produisent le rétrécissement de la pupille. Ces expériences confirment donc celles de Hess, et montrent comme elles que l'extrémité dtt spectre où les longueurs d'onde sont faibles n'excite pas les éléments rétiniens du Poulet et du Pigeon.
Dans toutes ces expériences l'élément psychique n'entrait pas en ligne de compte. Il n'en est pas de même de celles qni concernent des animaux supérieurs, susceptibles d'être dressés, tels que le Chien. Himstedt et Nagel ont dressé un caniche à distinguer des boules rouges parmi un certain nombre d'autres balles semblables, mais diyerseinenf colorées. Sur l'ordre « Apporte rouge », il choisit d'abord les balles rouges les plus vivement colorées, puis, lorsque celles-ci sont épuisées, il prend, eu hésitant, une balle orangée. Si l'ordre est répété encore une fois, il apporte une balle brune nuancée de rouge. Plus tard ce Chien a pu être dressé à distinguer aussi d'autres couleurs. En somme, chez cet animal, la discrimination non seule-
meut des couleurs, mais de leurs diverses teintes, est aussi parfaite que chez riiomme.
Samoïlov a employé une méthode tin peu différente» Sur la face antérieure d^'une caisse se trouve collé un disque vert en papier ; cette paroi est mobile, le Chien la repousse et trouve dans la boîte un petit gâteau. Lorsqu'il sait bien faire cela, on place à côté de la boîte deux autres caisses semblables, mais portant des disques en papier gris. Dans une première série de 613 expériences, le Chien s'est trompé dans 30% des cas ; dans une autre série de 560 essais, le nombre des erreurs n'a plus été que de 10%. Ces résultats sont moins probants que ceux de Himstedt et Nagel.
Mais d'autres expériences ont apporté des résultats intéressants à un point de vue différent. Sur la boîte à gâteau on met tantôt le disque vert, tantô un carré ou uti triangle de même couleur, tandis que les boîtes vides portent toujours un disque gris. En pareil cas le Chien a toujours reconnu le disque vert, mais il s'est régulièrement trompé en présence du carré ou du triangle. Dans ces cas il ouvrait toujours des boîtes à disque gris. Ces expériences montrent que ce Chien se souvenait mieux de la forme que de la couleur du papier.
Que conclure des recherches que nous venons d'exposer ? Il y a des animaux, tels que le Poulet et le Pigeon, sur la rétine desquels les diverses radiations n'exercent pas les mêmes effets que chez l'homme. D'autres, comme le Chien, ont une rétine de structure identique à la nôtre ; on doit donc employer avec eux les mêmes méthodes que dans la psychologie humaine, et ne pas renoncer au dressage qui leur permet de raisonner par analogie et de se comporter d'une façon tout à fait semblable à la nôtre. (Le Naturaliste^ Paris.) Dr L. Laloy.
{Suite.)
Si les poètes aiment quelquefois les Chats, des musiciens les affectionnent également. Scarlatti possédait un Chat qui, ayant sauté sur le clavecin, en fit vibrer quelques notes. Le compositeur s'en empara et les prit pour thème d'une de ses fugues, qui leçut, pour cette raison, le nom de Fugue du Chat.
Dans une famille amie des Chats, nous avons vu l'un de ces animaux se promener fréquemment sur le clavier du piano. Il allait de haut en bas, avançant les pattes avec prudence, tournant la tête à droite et à gauche comme pour écouter, d'un air satisfait, les sons qui s'échappaient de l'instrument. Quand il avait ainsi fait quelques allées et venues, il terminait par se coucher de son long sur le clavier, la queue pendant en dehors ou battant doucement ses flancs. Il n'était nullement effrayé du bruit retentissant des notes au moment où il s'allongeait sur les touches. Il restait quelque temps dans cette situation, puis, quand toutes les vibrations étaient éteintes, qu'il n'entendait plus aucun son, il sautait légèrement à terre. Il aimait aussi beaucoup se percher sur le couvercle de l'instrument pendant l'exécution de quelques morceaux et paraissait préférer la musique de Beethoven. Du moins me l'a-t-on affirmé.
Comme la Chatte de Th. Gautier, ce même animal fermait avec sa patte la bouche des chanteuses qui proféraient des sons trop aigus, mais il n'avait pas, comme Mme Théophile, une note point de départ. Il suffisait que le ton atteignît une certaine acuité pour qu'il mauifestât son mécontentement.
Le Chien est extrêmement sensible à la musique. Son oreille délicate, sa nervosité excessive, et l'aisance avec laquelle il obéit à toutes nos stiggestions Py prédisposent. Cette sensibilité spéciale ne pouvait passer inaperçue pour ceux qui, atteints de « zoophilie » même légère, s'attachent particulièrement au Chien.
Nous commencerons par noter une observation du naturaliste anglais Darwin :
« J'ai vu un Chien, dit-il, terrifié à l'audition d'une musique bruyante exécutée par une troupe de musiciens hors la maison. Tous les muscles de son corps tremblaient, son cœur palpitait avec une telle rapidité qu'on pouvait difficilement en compter les battements, sa respiration était haletante et il ouvrait largement la gueule. Ces symptômes sont aussi ceux qui caractérisent la terreur chez l'homme. Bien entendu, ce Chien n'avait fait aucun exercice, €t il était en train de se promener paisiblement, et avec lenteur, dans la chambre. J'ajouterai que le temps était froid. »
Dans certains quartiers de Paris, il est facile de vérifier, presque chaque jour, l'exactitude de cette observation, sinon de relever tous les symptômes indiqués. De vastes cours permettent aux musiciens ambulants de se faire entendre, et, dès les premiers accords, les hurlements plaintifs partent de tous côtés attestant l'angoisse des Chiens du voisinage, leurs involontaires auditeurs.
Du Chien cité par Darwin, on peut rapprocher son <:ongénère noté par Casimir Colomb. Ce Chien, ayant entendu jouer du violon, en avait tellement souffert, qu'il se mettait à hurler dès que l'on faisait mine de toucher à l'instrument.
Le docteur Richard Mead parle également d'un Chien qui était très affecté par les sons du violon «jouant dans line certaine tonalité. » Il poussait alors des huilements
d'angoisse. Un jour, l'instrumentiste ayant prolongé son air, en restant dans ce même ton, l'animal mourut au milieu de convulsions.
C'est pousser Texpérience un peu loin.
De ce convulsîonnaire, nous rapprocherons le jeune fox- terrier appartenant à Mme L. • Lorsque cette dame se met au piano, il écoute attentivement et en silence les mélodies qu'elle joue ; mais s'il se produit un passage en «r gamme chromatique j», il se roule immédiatement par terre en poussant des cris plaintifs, de plus en plus douloureux à mesure que la gamme se poursuit. Dès que la mélodie reprend son cours, il se calme et écoute de nouveau. Seule la succession par demi-tons produit sur lui cet effet bizarre.
Dans son curieux ouvrage sur Les sentiments^ tes gestes et la musique^ M. A. de Rochas rapporte le fait suivant :
« Un accordeur de Reims, travaillant à la réparation du grand orgue, a observé les faits suivants sur un Chien ' placé près de lui. Aux accords justes, l'animal écoutait plus ou moins attentivement, semblant éprouver du plaisir et restant muet. Aux accords faux, il s'agitait et poussait des hurlements de souffrance ; il était manifeste que son tympan recevait une impression pénible. Quand l'accordeur employait la voix céleste^ dans laquelle existent des dissonances produites par un accord vacillant, les huflemeuts devenaient si aigus, si désagréables pour ses propres oreilles, qu'il était obligé d'y mettre fin en rétablissant le silence, j^
{DElevage^ Bruxelles.)
{A suivre.)
GLANURES D'HISTOIRE NATURELLE