‹ Le Naturaliste canadien (volume 3)Chapitre 11 sur 155 · UNE EXPLICATION · texte numérisé non relu

UNE EXPLICATION

Cette livraison du mois àtjévrter n'arrivera donc au lecteur qu'à la fin de mars ou au commencement d'avril. Comme il y a six ou sept semaines que la « copie » était rendue à Timprimerie, ce n'est guère notre faute si nous sommes si en retard. C'est la faute de l'imprimerie ! D'ailleurs, l'imprimerie nous a expliqué que ce n'est pas de sa faute non plus, mais bien celle de tels et tels. Nous arrêtons ici la série des justifications, qui pourrait nous mener loin si nous voulions la suivre.

Mais s'il y a quelque lecteur assez bonne âme pour croire qu'il n'y a jamais eu de revue qui ait eu à se reprocher des retards aussi considérables, nous lui dirons ce qui suit. Nous avons là, sous les yeux, le numéro de janvier d'une belle publication scientifique de l'IUinois, où nous lisons que l'une de ses livraisons de l'an dernier a mis plus de quatre mois à sortir des mains de ses imprimeurs. Mais cela n'est rien encore! Imaginez que cette revue, ennuyée de la réputation que pouvait lui faire cette négligence apparente, a publié son numéro de janvier alors que 2 — ^Février 1908.

t8 le naturaliste canadien

les deux derniers numéros de 1907 ne sont pas encore parus et ne paraîtront que lorsqu'ils pourront.

Par où l'on voit que les imprimeurs de Québec ont encore à apprendre, en fait de retards, des imprimeurs des Etats-Unis. Nous comptons bien d'ailleurs qu'ils ne vont pas se ^mettre à l'œuvre pour tâcher de n battre le record » en cette matière.

CLIMATOLOGIE (1) Janvier içoH

canada

Yukon. — Durant le mois de janvier, le maximum de la température a été, à Dawson City, 26° et le mini-

mum -42°.

Colombie- Britanmque, — Janvier a donné à cette province une température exceptionnellement douce. Il est tombé beaucoup moins de pluie que d'ordinaire, ainsi que très peu de neige. Mais, en revanche, le vent a été fort et persistant, surtout sur les côtes et dans les détroits, où il a atteint une vitesse variant de 40 à 84 milles à l'heure.

Le 5, quelques dommages ont été causés par le vent dans le havre et la ville de Vancouver ; il y a eu aussi quelques dégâts de produits sur la rivière Fraser. A Victoria, le soleil a brillé 65 heures pendant le mois, et le

(i) Notre coUaboratcur d'autrefois, M. l'abbé Bégin, nous fait espérer qu'il pourra traiter, chaque mois, de la climatologie du mois précé dent. Nos lecteurs et nous-même nous réjouissons de cette annonce, et nous comptons qu'eUe se réalisera.— Rtn.

CUMATOLCXÎIE I9

vent a parcouru 7702 milles. Il est tombé, à Vancouver, 7.60 pouces d'eau, tandis qu'à Spence's Bridge, il a été noté seulement 1.80 pouces d'eau et 2.5 pouces de neige. L'amplitude des variations thermométriques s'est étendue, à Atlior, de 34'' à -14° ; à Victoria, de 50° à -26° ; à New- Westminster, de 48"* à -18° ; à Agassiz, de 54"* à -22° ; à Spence's Bridge, de 47° à -14° ; à Kamloops, de 48° à -4*^; à Barkerville, de 36 "* à -4°, et à Vancouver, de 48'' à -18*^. Promfues de VOuesL — La température de ces provinces a été comparativement douce. On rapporte aussi que la quantité de neige tombée a été généralement faible.

Le thermomètre, à Edmonton, a varié de 46° à -25°. Le soleil y a brillé pendant 86 heures, et les chemins d'hiver ont été tout le temps mauvais. A Calgary, janvier a été très clément jusqu'à la dernière semaine, pendant laquelle le thermomètre s'est abaissé jusqu'à 8** au-dessous de zéro. 11 s'était élevé durant le mois à 50° au-dessus. Il en a été de même à Medicine Hat : belle et douce température au commencement, froide à la fin ; variation thermométrique : de 50® à -14°. A Prince-Albert, beau temps ; mais on a soufiFert du manque de neige. A cet endroit la température s'est permise une variante de 36° à -32°. Il n'y a eu que deux jours pendant lesquels la température est demeurée au-dessous de zéro, â Minnedora ; l'écart a été de 40° à -42°. A Swift Current, l'épaisseur de la glace était, à la fin de janvier, de 27 pouces. La plus haute et la plus basse température de Régîna ont été de 40° et -26° ; de Winnipeg, 42° et .36°.'

(Tntario. — Le mois de janvier s'est fait remarquer dans cette province par de forts vents qui n'ont pas empêché, toutefois, la température d'être relativement chaude presque tout le temps. Ce n'a été que vers la fin du mois qu'on a enregistré ces basses températures dont les journaux ont fait mention. Il y a plu et il y a neigé ; et dans plusieurs

localités il a neîgé beaucoup. Malgré cela, à cause du vent, les chemins d'hiver ont été mauvais dans les endroits sus-mentionnés.

Pour donner une idée des variations thermométriques de cette province dans le cours de janvier en voici quelquesunes : Kenora, 40° et -39'' ; Port-Arthur, 48° et -31'' ; White-River, 40° et -46° ; Parry-Sound, 40'' et -30'' ; Gravenhurst, 39° et -45° ; Owen-Sound, 42° et -7° ; Southampton, 41^ et -6° ; Port Stanley, 39^ et -10'' ; Brantford, 42'' et -13° ; Welland, 45° et -7° ; Hamilton, 46° et -8"* ; Toronto, 41° et -14° ; Peterborough, 40 "^ et -29° ; Bancroft, 39° et -47'' ; Kingston, 39^ et -27° ; Ottawa, 37° et -23 ; Rockliffe, 36® et -42°. Dans les deniiers jours du mois, répaisseur de la glace, à Ottawa, était de 30 pouces, et à Bruce Mines, de 24 pouces.

Québec, — De temps à antre la province a été émotionnée pendant le mois, plus ou moins en différents endroits, par de fortes brises.

A Québec, où la température a varié de 39° à -22°, on a compté quatorze jours pendant lesquels^ la température s'est abaissée au-dessous de zéro. La quantité de pluie et de neige fondue a été un pouce de plus que la normale. Il a plu le 8 et le 22. De fortes chutes de neige poussée par un vent très violent ont été notées le 12 et le 27 ; ces jourslà le vent a soufflé avec une vitesse de 56 et de 61 milles respectivement.

Le température moyenne, à Sherbrooke, a été de i2*. 35, avec un maximum de 42^.8, le 22, un minimum de 19°. 6, le 20, et un écart considérable de 45^.2 dans une seule journée. La température moyenne de janvier 1907 n'avait atteint que 10° 15.

Le pluviomètre a enregistré 0.78 pouces d*eau, et la hauteur de neige tombée s'est élevée à 23.2 pouces. Malgré cette précipitation de neige assez notable, il n'y en

avait que 5 pouces d'épaisseur, le dernier jour du mois. Il n'y a eu que 11 jouts sans condensation des vapeurs atmosphériques ; il n'y a eu aussi que 9 jours entièrement nuageux ou brumeux. Ce qui fait que le mois a donné le beau résultat relatif de 83.8 heures d'insolation.

L'écart thermométrique du mois fut, à Montréal, de 39® à -20** ; à Brome, de 42° à -21° ; à la Pointe-aux-Pères, de 44^ à -11°.

Provinces maritimes, — La température du Nouveau- Brunswick a été extraordinaireuient belle et douce. Il a plu ou neigé pendant 9 jours ; deux jours seulement ont été entièrement rouverts, et on rapporte que le soleil a brillé pendant 20 jours. La vélocité du vent a été considérable le 4, le 5, le 6, le 7, le 12, le 15, le 16, le 17, le 19, le 20, le 23, le 27 et le 28. La température n'est descendue en bas de zéro que le 15, le 19, le 20, le 30, et le 31 ; les autres jours ont été remarquablement doux. Le tonnerre a grondé le 22 et le 27. La neige a fait défaut la plus grande partie du temps dans le sud de la province. D'ailleurs, la quantité de neige a été petite partout. — Du ler au 31 janvier, Is vent a fait une course de 12,777 iniHes, à Saint- Jean, et le thermomètre a oscillé entre 50^ et -9°.

Dans la Nouvelle-Ecosse, le mois s'est signalé par de violents contrastes : des températures de printemps alternant avec des froids assez considérables. Il y a plu 10 jours, et neigé 9 jours. Le mouvement aérien a été de 11,000 milles, une bonne partie venant du nord. Les derniers jours la couche de neige n'avait que 6 pouces d'épaisseur. — La colonne ihermométrique a varié, à Halifax, entre 5i°et -2° ; à Sydney, entre 54° et -4°.

Dans rîle du Prince-Edouard, la température a été remarquablement douce et changeante, se portant en peu de temps aux extrêmes. Même on cite qu'elle a été rarement deux jours de suite semblable. Il y a eu de la

pluie OU de la neige pendant 20 jours sur 31 ; ce qui n'a pas empêché que le soleil a brillé pendant 115 heures. — X»a variation thermométrique a été, à Charlottetown, de 48° à .5^

ÉTATS-UNIS

Dans la majeure partie des Etats-Unis, janvier 190&» comme le mois précédent, a été doux d'une manière exceptionnelle. La tettipérature moyenne s'est élevée au-dessus de la normale presque partout, à l'exception d'une étroite bande s'étendant à partir des côtes nord-est du golfe du Mexique jusqu'à la Virginie occidentale, où la moyenne a été égale, même un peu inférieure, à la normale. Toutefois la ligne de démarcation de la température de la gelée S'est développée jusqu'aux limites méridionales du pays, moins, cependant, la partie de la Californie longeant l'océan Pacifique, la partie sud-ouest de l'Arizona, la partie sud-est du Texas et la moitié sud de la Floride. Le sud de la Californie et du Texas, ainsi que la Floride, se sont payé le luxe d'une chaleur de 80° ; tandis que les populations de l'extrême nord, depuis le Montana jusqu'au Maine, étant exceptée la région située au sud des grands lacs, ont eu à subir dans le cours du mois un froid de 20® au-dessous de zéro.

La condensation des vapeurs atmosphériques a été beaucoup moins al^ondante que de coutume sur les côtes septentrionales de l'océan Pacifique, dans les vallées du centre, snr une très grande partie de la région des grands lacs et dans la Nouvelle-Angleterre. Mais, en revanche, elle s'est élevée au-dessus de la normale dans presque tout l'Etat de la Californie, dans la légion comprise entre les côtes nord-est du golfe du Mexique et la partie septentrionale des Etats situés sur le milieu des côtes de l'Atlan-

tique. Elle a été aussi au-dessus de la moyenne en quel* ques endroits dans le voisinage des grands lacs, dans le sud de la Floride et sur le penchant sud-est des montagnes Rocheuses.

Le total de la pluie sous forme de neige ou autrement se distribue comme suit : de i A 2 pouces dans la partie supérieure de la région des grands lacs, dans l'Etat de rOhio, dans les vallées centrales du Mississipi ; de 2 à 4 pouces dans la partie inférieure de la région des grands lacs, dans la Nouvelle-Angleterre, sur les côtes de l'Atlantique jusqu'aux Etats du sud, et sur une grande portion des Etats près du golfe du Mexique ; enfin de 4 à 8 pouces près des côtes nord-est du golfe, sur toute la côte de l'océan Pacifique et dans l'intérieur des Etats méridionaux le long de l'Atlantique.

Dans les 24 heures finissant à 8 heures du matin, on a enregistré les condensations remarquables suivantes: le 7, à Augusta, Me, 2.01 pouces, et à Thomasville, Ga., 2.98 ; le 7, à New- York, N.-Y., 1.12 ; le 11, à Mobile, Ala., 2.66 ; le 12, à Ashville, N. C, 2.08 ; le 14, à Red Bluff, Cal., 2.10; le 21, à San-Francisco, Cal., 1.72; le 25,'à San Luis Obispo, Cal., 1.94 ; le 30, à Eastport, Me, 1.82.

CYCLONES ET ANTICYCLONES

Des huit ou neuf cyclones, les plus importants pour nous, qui ont traversé le continent américain, deux nous îptéressent plus spécialement.

1°. C'est celui qui a pris naissance dans le nord -d'Oklahoma. Le 10, à 8 h. A. M., ce cyclone était centré au-dessus de la partie est du Texas. La dépression barométrique mesurait alors 29.65 pouces. Le 11, à la même heure, le centre était rendu près de Jackson, Miss., après avoir rebroussé chemin tout près de la Nouvelle-Orléans.

La trajectoire qu'il décrit à partir de ce point traversa le Tennessee, le Kentucky, l'Indiana, passa au sud des lacs Erié et Ontario et coupa la ligne quarante-cinquième pas bien loin de Bangor, Me. Enfin le centre de ce grand remous se trouvait, à 8 h. du matin, le 13, près de Pîle du Prince- Edouard. Le passage de ce cyclone a été la cause d'une des plus fameuses tempêtes de neige qui se soient abattues sur Québec, pendant laquelle le vent atteignit parfois une vélocité de 60 milles à l'heure.

2®. L'autre cyclone, qui nous a valu également quelque chose, a eu une double origine. Il a été formé par la réunion de deux dépressions atmosphériques, dont l'une semble avoir commencé dans la nuit du 24 au 25 près de Sait Lake City, et l'autre, le 25 au matin, était dans le voisinage cïe Winnipeg. Elles ye sont rencontrées non loin de Chicago, le 26 ; et la perturbation atmosphérique résultante couvrait, le 27, la province de Québec. On se rappelle comme la tempête a fait rage à Québec et dans les environs durant la nuit du 26 et toute la journée du 27. Il y est tombé beaucoup de neige, et cette neige poussée par un vent de^ plus violents s'est amoncelée dans les rues de la vieille cité (trois fois centenaire), au point de désorganiser le service des chars urbains et de rendre très difficile la marche des piétons.

Les anticyclones qui se sont promené durant le mois de janvier à travers le continent n'ont pas été d'une très grande importance. Toutefois, ils ont occasionné au moins trois vagues de froid dont la plus intéressante pour nous, et une des plus prononcées, a été la troisième. Cette vague est partie de la Colombie-Britannique, le 28 ; et dans sa marche à travers le Canada et la partie septentrionale des Etats-Unis, elle s'est permis des duretés auxquelles les douceurs du commencement de l'hiver ne nous avaient pas accoutumés. Dans la nuit du ler février, elle prenait la

mer du côté de l'Atlantique. Il semble que ce soit dans le nord de la province d'Ontario que la. vilaine a fait le plus de mauvaisetés. Elle a procuré la jolie température de -46° à White-River, et de -42 *" à Rockliff.

L'abbé P.-A. Begin.

Au cours de l'automne dernier, l'un de nos amis, citoyen honorable et très en vue, crut faire œuvre utile en organisant à Québec un Comité local de l'"Alliance scientifique universelle." En compagnie d'une dizaine des citoyens les plus distingués et les plus respectables du district de Québec, nous asquiesçames à son invitation de faire partie de ce Comité de l'Alliance scientifique univer selle. .

Cette Alliance, dont nous entendions alors parler pour la première fois, de même, probablement, que la plupart de nos collègues, « est une association internationale des hommes de Science (Sciences, Littérature, Beaux-Arts).» Ce sont les paroles mêmes du Programme de la Société. Au témoignage de ce même document, elle a pour but, entre autres choses, «de faciliter les relations des hommes de Science disséminés sur toutes les contrées du globe ; de leur assurer, dans leurs voyages, aide et protection pour la poursuite de leurs recherches et de leurs études ; ». . . « d'aider les savants du concours de sa publicité ; enfin, de rendre possible, dans certains cas exceptionnels, la coopération des hommes de pensée vivant sous tous les climats et sous

a6 LE NATURALISTE CANADIEN

toutes les latitudes pour le triomphe des idées nécessaires au progrès et à la civilisation internationale.»

Les idées nécessaires au progris et à la civiUsation^ nationale ou internationale^ ne peuvent être que les idkes chrétiennes, les vérités catholiques: et Phistoire prouve abondamment qu'il en est ainsi, et qu'il n'y a pas en dehors de l'Eglise de véritables <f progrès et civilisation.» Seulement, il nous paraît peu vraisemblable qu'une association qui compte Renan et Berthelot parmi ses fondateurs, et dont le président d'honneur est aujourd'hui Léon Bourgeois, apcien ministre de la République française, (patronages que nous ignorions d'ailleurs lorsque nous nous laissions inscrire dans l'Alliance), se propose de travailler au triomphe de la vérité catholique !

En tout cas, nous ne savions rien du tout de l'Alliance scientifique internationale avant de lui donner notre adhésion ; et ce fut assurément aussi le cas de nos honorables collègues du Comité de Québec. Nous avions lieu d'espérer, toutefois, qu'une association qui choisit les cinq parties du monde pour son champ d'action, n'avait pas dû commettre la sottise de verser dans le sectarisme religieux ou philosophique, et que nous nous trouverions là sur un terrain de neutralité réelle. C'est à quoi nous sommes habitués en Amérique, où l'on peut entrer les yeux fermés dans la plupart des associations scientifiques du Canada et des Etats-Unis, avec la parfaite assurance qu'il ne s'y fera ou dira rien qui soit hostile à la foi religieuse que l'on professe. Il n'en est pas tout à fait ainsi pour la France, oit il est rare aujourd'hui de trouver une véritable neutralité envers les croyances religieuses, ou plutôt envers le catholicisme — lequel étant la seule vraie religion ne peut qu'être à peu près le seul culte religieux que l'on persécute et que l'on tente de détruire. Ce manque de réelle neutralité tient au caractère de la race française, qui est apôtre

par tempérament, soit en faveur du bien, soit en faveur du mal. Le Français cherche toujours à faire partager ses convictions, droites ou erronées, aux gens qu'il rencontre. Cela étant, il faut aujourd'hui — et cela est bien triste à dire pour des petits-fils de la vieille France — il faut à priori se défier de tout, hommes et choses, ce qui vient de France et qui ne porte pas ostensiblement l'étiquette catholique. Si l'on accepte de confiance ce qui se présente sans avoir cette marque authentique, neuf fois sur dix on s'aperçoit que l'on est eu compagnie suspecte ou que l'on s'est engagé dans quelque route que l'on ne veut pas fréquenter.

Cela n'a pas manqué de nous aniver, avec notre adhésion à l'Alliance scientifique universelle !

Nous croyons bien, à vrai dire, que cette association ne se propose pas de lutter directement contre la vérité, contre la religion, contre Dieu. — Mais il y a aussi les procédés indirects ! et ce sont bien parfois les plus efficaces, parce qu'ils éveillent moins l'attention et provoquent moins la résistance.

Or, l'Alliance publie un bulletin mensuel. Cette revue, dont le prix d'abonnement est modique, pénètre sans doute dans tous les pays, puisque l'association la distribue «f aux comités et délégations dans les cinq parties du monde. » C'est donc là un eflScace moyen de propagande universelle pour le mal comme pour le bien, pour l'erreur comme pour la vérité.

Sans doute, on lit, au programme du bulletin, l'article que voici : « L'Alliance scientifique accordant toute indépendance aux collaborateurs de ses AnnaleSy déclare laisser la responsabilité des idées émises dans ses colonnes aux signataires des articles. » Mais qui ne voit qu'il y a là une manière de faire qu'une saine philosophie, pour ne pas monter plus haut, ne saurait approuver. L'Alliance pourrait donc, sans encourir aucune responsabilité moralei

laisser quelque collaborateur publier dans ses pages les écrits les plus obscènes ! Quelle absurdité il y aurait à soutenir une pareille assertion ! On comprend très bien que, lorsqu'il s'agit uniquement d'opinions scientifiques et indifférentes au point de vue moral, les directeurs d'une revue puissent se réclamer d'une complète neutralité. Qui songera, par exemple, à les blâmer s'ils permettent à un collaborateur de soutenir que l'Anguille se reproduit en eau douce, que les fameux canaux de Mars ne sont que des illusions de la part des observateurs de la voûte céleste, et autres questions de ce genre ? En ces matières et autres semblables, on peut soutenir telle ou telle opinion, sans qu'il n'en résulte aucun bien ni aucun mal au point de vue moral. Mais il n'en est plus de même s'il s'agit d'opinions ou d'assertions propres à faire dommage aux âmes, en les portant au péché, en leur inspirant des doutes sur les vérités révélées par Dieu et enseignées par l'Eglise, en un mot en propageant l'erreur d'une façon ou de l'autre. Dans des cas de ce genre, il est parfaitement inutile ou inepte, pour la direction d'une revue, de dégager d'avance sa responsabilité. Les Annales dt^ l' Alliance scientifique^ pas plus que le Naturaliste canadien^ ne sauraient éviter d'être responsables des erreurs ou des scandales qu'ils laisseraient sciemment s'étaler dans leurs pages.

Voici, maintenant, à quel sujet nous avons cru devoir exposer ces faits et développer ces principes.

La livraison d'octobre (1907) ii^ Annales de P Alliance scientifique contenait la fin d'un travail intitulé La Plasmogéniey la Biologie et ia Mécanique universelles^ par le Dr J. Félix, « président du Comité national de Belgique »> et qui est bien ce que nous avons jamais lu de plus accentué en fait de matérialisme.

Il serait trop long d'exposer la thèse que soutient le digtiitaire belge de l'Alliance scientifique universelle. Nous

ne ferons que citer de ce travail quelques phrases qui permettront à nos lecteurs de juger des belles choses que les Annales de P Alliance scieniiAque voi turent parfois « dans les cinq parties du inonde ».

(Pages 5051.) « Le dogme fabuleux de la création du monde, sorti du chaos en un jour mémorable par la volonté et la puissance d^une divinité quelconque, ennuyée de vivre seule dans le néant, n'çst qu'une fable, une légende née de l'ignorance et de la superstition, et transmise par la tradition et l'atavisme de générations en générations.

• Ces croyances, encore admises trop généralement aujourd'hui et conservées dans l'esprit des masses populaires par les détenteurs du trône et de l'autel, qui, dans leur intérêt égoïste, osent se dire encore les représentants et les envoyés de Dieu sur la terre, sont absolument incompatibles avec la vérité et avec les découvertes scientifiques modernes ».

(Page 53.) « Il faut considérer l'univers éternel et incréé comme un seul organisme », etc.

(Page 55-56.) ff Le mécanisme ou la mécanique de la vie étant les mêmes dans tous les êtres de la nature, on doit admettre qu'ils sont tous doués d'un système nerveux, c'està-dire de sensibilité et cPimpressionnabilité réflexes àxi^s à la radiation des choses externes et des milieux ambiants. . .

« Tous les êtres de la nature (minéraux, végétaux, animaux, sans en excepter l'homme) réagissent aux influences externes ; donc ils sont sensibles, intelligents, psychiques », etc.

. . .« La pensée, les facultés dites de l'esprit, de la volonté ; les sentiments, les passions ne sont que des actes réflexes de Porganisme impressionné par le rayonnement (mouvements vibratoires moléculaires, radio-activité, émanation) de la matière radiante de tous les corps et des mi-

30 LE NATURAUSTK CANADIEN

lieux ambiants. — Ces actes réflexes^ involontaires et non de libre arbitre^ sont proportionnels », etc.

(Page 62.). . .« On ne peut avoir la prétention de créer la vie^ puisque propriété intégrante de la matière en per* pétuelle gravitation, la vie comme la matière est éternelle et universelle ».

Ces extraits suiBSsent pour faire voir quel est Tesprit de l'article dont il est question. Il n'y a pas de Dieu — L'univers est éternel et incréé — I^e sacerdoce catholique est composé d'imposteurs — La pensée, les facultés intellectuelles, la volonté, les sentiments, les passions, ne sont que des actes dépendant des actions moléculaires, et sont involontaires; par conséquent, il n'y a pas de libre arbitre : il n'y a ni mérite, ni démérite, ni bien ni mal. Voilà les monstrueuses doctrines que l'on confie aux Annales^ à destinât ion des « cinq parties du monde »»; doctrines contraires non seulement aux enseignements de la vraie religion, mais encore absolument en désaccord avec la saine philosophie et même le simple bon sens.

L'Alliance scientifique peut faire toutes les déclarations préalables qu'elle voudra: si elle n'est pas responsable de la rédaction de pareilles horreurs, elle l'est nettement et absolument de leur diffusion à travers tous les pays de l'univers; et cette responsabilité, qui n'est pas légère, elle est partagée, à quelque degré, par tous ses membres, par tous ceux qui contribuent par le paiement de leur souscription annuelle à assurer le maintien de son bulletin de propagande.

Pour nous, qui n'entendons fournir aucune coopération à la diffusion d'erreurs et de sottises comme celles qu'ont publiées les Annales en octobre dernier, ni de celles qu'elles pourraient encore accueillir et publier dans un avenir plus ou moins prochain, nous nous sommes hâté d'envoyer au

président du Comité local de Québec notre démission de membre de PAlliance scientifique universelle.

Ce comité local de Québec, nous croyons pouvoir dire qu'il a déjà vu la fin de son éphémère existence. Car nous connaissons assez ses respectables promoteur et président et SCS respectables membres, pour être sûr qu'aucun d'eux n'entend partager, au degré le plus infinie, la responsabilité de la diffusion de doctrines matérialistes, opposées à la foi et à la raison. Disons, en passant, que si tous les catholiques remplissaient à cet égard leur devoir et s'abstenaient de fournir si légèrement leur argent et leur influence aux adeptes de l'erreur, ces derniers auraient beaucoup moins de succès dans leurs entreprises si fréquemment sujettes à caution, '

C'est pour que les catholiques emploient, aussi dans le domaine scientifique, leur talent, leur travail et leur or pour la défense du bien et de la vérité, que notre grand Pape, Pie X, vient de provoquer la fondation d'une association scientifique internationale. Il était vraiment temps de créer une organisation de ce genre, et il est même étonnant qu'elle n'existât pas encore. Nous comptons bien que, sitôt complétée la formation de cette société, il sera possible de constituer à Québec un comité local qui adhérera au conseil central. Notre foi et nos principes seront en sûreté dans cette association. Et si l'Alliance scientifique universelle tient à continuer son enseignement sur la sensibilité^ Vintelligence et le psychisme — par exemple des Oies, des Huîtres, des Mouches, des Lombrics, des Oignons, des morceaux de Charbon et des plaques de poêle — ,nous n'aurons qu'à la laisser d'être ridicule.

Page 1