CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE LA FLORE DE LÀ PROVINCE DE QUÉBEC
(Pour le Naturaliste canadien.)
Ijts botanistes herborisants sont rares dans notre pays, et, lorsqu'ils ont découvert quelque riche station, ils n'ont guère à redouter la concurrence. A qui d'entre vous, en effet, ô fidèles de Flore, est-il jamais arrivé de rencontrer, au cours d'une herborisation en forêt ou en montagne, un collègue porteur de la même boîte, et agenouillé avec lemême pieux recueillement près d'un Cypripedium ou d'um Habenaria f
Dans un des derniers numéros de la Revue canadienne^ notre eminent entomologiste, M. Germain Beaulieu, parlait avec humour du dédain suprême avec lequel on traite «r le monsieur qui cherche des insectes »... ; nous savons par expérience que nos bons « habitants » enveloppent dans le même mépris les chercheurs de « bibites et d' <f herbages ».
Si l'on ajoute à cela que nombre de découvertes faites par des amateurs ne sont pas publiées, et sont par consé-
5— Mai 1909.
quent perdues pour la science, on pourra, croyons-nous, conclure raisonnablement que notre flore provinciale n'est encore que très imparfaitement connue.
Ceux donc à qui leurs recherches ou le hasard font découvrir des plantes intéressantes à quelque titre, ont le devoir d'en faire bénéficier leurs collègues et d'en favoriser nos revues canadiennes-françaises.
L'an dernier, nous signalions aux lecteurs du Naturaliste canadien deux plantes nouvellement introduites: Butomus umbellatus L. et Sambucus ebulus L. La première espèce a été constatée jusqu'à, présent sur les bords du Saint-Laurent depuis Bcauharnois jusquà Varennes. Il serait intéressant d'étendre ces limites et de savoir si le Butôme a remonté les affluents du fleuve. Avis aux botanistes riverains!
Nous présentons aujourd'hui quelques notes relatives à des plantes récoltées dans la Province en 1908, en collaboration avec le Frère Rolland-Germain. Le professeur Macoun, de la Commission géologique, nous a fourni de précieux renseignements sur la distribution géographique de quelques-unes d'entre elles.
JUNCUS SUBTiLis Meyer. — Nous avons trouvé cette minuscule plante l'été dernier, à Saint-Ferdinand d'Halifax, comté de Mégantic, tout près de l'entrée du lac William. Elle croissait assez abondamment sur un rivage sablonneux et récemment abandonné par les eaux, en compagnie de Eleocharis acicularis R, et 5*., Potamogeton spirillus Tuckerm.^ et de Nymphœa advena Soland^ ce qui porterait à croire que la plante est généralement submergée. Ce Juncus ne ressemble aucunement à ceux qui nous sont familiers, et, en dehors du temps de la floraison, on le prendrait plutôt à première vue pour Ranunculus reptans L,
Juncus subtilis Meyer peut être rangé dans la catégorie des plantes rares. M. F.-V. Coville, du National Museum
Juneus su/btills Ae^e
7ig. I Tige grwiciir nabrelU
fig. II — Rcur 4ur UA fiseudt «nracme
Fig, III— rieur IransFormee
Tig. IV— TrajtsformaUon Ae» orgarte^k floraux
(Washington), un spécialiste pour le genre, et qui a déterminé nos spécimens, écrit que le susdit Museum ne possède qu'un seul spécimen de cette espèce, venant du Maine. De son côté, M. Macoun ne l'a encore trouvée qu'à l'île de Sable^ dans le Golfe, et peut-être sur l'île de Prince-Edouard^ Enfin, on lit au « Catalogue of Canadian plants », du même auteur: « Juncus pelaccgrpu^ K Meyer ^ var. subtilis^ Engelm. -*- Chicoutimi, about. ioo» miles north of Quebec (Michaux). The above locality was given to Dr. Engelmai» by Pref. Ovide Brunet, of Laval Université, Quebec. Both are now dead (1888). »
Cette rare petite Joncée est done à peu près nouvelle pour notre Province ; cependant, en raison de ses dimension» réduites et de sa station, elle peut si facilement passer inaperçue, qu'il y a lieu de croire qu'on pourra la retrouver en nombre d*autres endroits.
Comme la p!i:part des flores locales ne mentionnent pas \^ /uncus subtilis^ et que cette plante présente de curieux phénomèntrs de transformation d'organes, nous croyons utile dVn donner ci-après une brève description faite sur les spécimens que nous avons récoltés: — Tiges filiformes, rampantes, ariiciilées, simples o'i ramifiées, de 2 à 4 pouces de longueur, s'enraçin;mt aux nœuds, croissant par petites touffes. Feuilles cylindriques, creuses, cloisonnées, les radicales généralement par 1-5, les caulinaires (sépales transformés) à base élarj^îe en gaine auriculée, munies d'appendices membraneux, hyalins sur les bords, pourpres au milieu, semblables aux divisions du périanthe, et qui sont probablement des fleurs modifiées. Ces appendices sont souvent développés eu feuilles rudiméntaires, et présentent p>arfois tous les intermévliaires entre le sépale et la feuille. Fleurs solitaires ou peu nombreuses ; divisions du périanthe rouges verdâtres. Ktamines 6.
Bartonia virginica(Iv) B. s. p. — Nous avons récolté
15 luln 15 JuvUet i% JUGC
BarronVa. . Virqlnica (U) 6.S.F
cette Gentîanée dans les terrains tourbeux de Saint-Hubert, P. Q. A notre connaissance, elle n'a pas été auparavant signalée en cette Province. M. Macoun la considère comme une espèce rare, et les seuls spécimens qu'il possède viennent de la Nouvelle-Ecosse. C'est encore une plante que sa petite taille, sa tige nue, sa station même, exposent à être méconnue des botanistes.
Description, — Tige dressée, filiforme, de 4-15 pouces, à section pentagonale, généralement simple, d'un vert jaunâtre. Feuilles réduites à des écailles subulées, opposées, les inférieures raprochées, les supérieures distantes. Fleurs jaunâtres, pedonculées; pétales oblonçs, obtus ou subaigus, dépassant un peu les sépales ; étamines incluses.
Pendant toute la durée de sa végétation, la Bartania change peu d'aspect, et la floraison est extrêmement lente.. Nous avons des spécimens cueillis au même endroit à trois époques différentes. Le 25 juin, les boutons étaient déjà formés, le 15 juillet ils étaient à peine entr'ouverts, et le 2Z août les pétales n'étaient pas encore flétris.
Le genre Bartonia, dédié au professeur Barton, de Philadelphie, ne comprend, outre la nôtre, qu'une seule espèce : Bartonia vernck^Micx.) Muhl.y qui se rencontre dans le sud des Etats-Unis.
RuBUSPERMixTus Blanchard. — Nous avons aussi trouvé cette espèce dans les terrains toutbeux de Saint-Hubert, où elle croît en compagnie du Rubus hispidus Z«, dont elle est d'ailleurs fort voisine. La différence spécifique réside surtout dans le pubescence du calice, qui est très accentuée dans la première espèce et presque nulle dans la seconde. Avant la dessication, les feuilles de Rubus hispidus Z., plus brillantes et plus fermes, peuvent servir à la distinction des espèces. M. Macoun ne croif'pas que cette espèce ait été encore signalée dans la Province.
Helianthus rigidus Desf. — Composée propre aux