‹ Le Naturaliste canadien (volume 3)Chapitre 26 sur 155 · INSECTES AQUATIQUES ET MARINS · texte numérisé non relu

INSECTES AQUATIQUES ET MARINS

On n'est pas sans avoir observé que les insectes, en général, restent longtemps dans l'eau avant de s'y noyer. Comme la respiration et la purification du sang ne se produisent qu'assez lentement chez ces animaux, l'une e^ l'autre peuvent s'interrompre assez longtemps avant que l'asphyxie ne soit complète et fatale. Comme nous l'avons dit, le Hanneton, par exemple, peut ainsi passer plus de trois jours sous l'eau sans y perdre la vie. Ce qui explique cette résistance à l'asphyxie chez les insectes, c'est qu'en tombant dans le liquide plus ou moins dangereux ils ferment leurs stigmates, et attendent que les circonstances redeviennent favorables. Ils recourent au même procédé, si l'air vient à être imprégné de quelque gaz délétère. Ainsi qu'on l'a vu plus haut, quand on veut faire périr des insectes à l'aide d'un gaz toxique, il faut avoir soin de ne le répandre qu'en faible quantité, pour que les condamnés sans défiance laissent leurs stigmates grand' ouverts.

Pour donner une idée de la résistance à l'asphyxie qu'opposent les insectes submergés, nous dirons qu'un Aphodius fimeniartus a survécu à une submersion de 50 h. yi ; un Carabus auratus^ 71 h. 36 m. ; un Hylobus et un Geotrupes^ 96 heures.

Un fait très curieux, c'est que les insectes adultes aquatiques, et qui sont forcéî. de monter plus ou moins souvent à la surface de l'eau pour respirer, résistent bien moins longtemps, lorsqu'on les maintient submergés, que les insectes ordinaires. On explique ce fait étrange, en disant que les insectes aquatiques sont pourvus d'organes de natation et se donnent beaucoup de mouvement si on les main-

SOUS l'eau, tandis que les insectes ordinaires restent immobiles. Ils dépensent plus, par conséquent, et ne peuvent résister bien longtemps. D'après certaines expériences, la résistance à la submersion chez les coléoptères aquatiques va de 3 h. {Gyrinus) à 65 h. % chez le Dytiscus margù nalis.

Dans les conditions de leur vie, les insectes aquatiques, offrent beaucoup de variations. Telles espèces, par exemple, nesont aquatiques qu'à l'état de larves, respirant à l'aide de , branchies l'air dissous dans l'eau ; telles autres le sont à l'état larvaire et à l'état adulte. Les insectes adultes ne sont aquatiques qu'à la façon des mammifères amphibies, et doivent comme eux monter à la surface de l'eau, de temps en temps, pour y respirer. Les Dytiscides, les Gyrinides, les Hydrophilides, etc., sont aquatiques de cette manière. Il faut ajouter que généralement les coléoptères aquatiques emportent en plongeant une certaine couche d'air en dessous des élytres ou sur la surface finement velue de leur abdomen, et que même sous l'eau leurs stigmates peuvent s'ouvrir dans cette couche d'air et perjtnettre la respiration. Les Nèpes et les Ranâtres offrent le fait curieux d'avoir à l'extrémité de l'abdomen une sorte de tube pourvu de deux stigmates, que les insectes amènent à la surface de l'eau pour y faire provision d'air.

Au nombre des insectes aquatiques, il y a les insectes dits marins, qui vivent au bord de la mer et restent immergés durant des intervalles plus ou moins prolongés. Parmi ces insectes, on trouve des coléoptères, des hémiptères, des diptères et des orthoptères. Il n'est pas sans intérêt de mentionner le fait que les insectes aquatiques, au moins les coléoptères, peuvent passer sans aucun inconvénient de l'eau douce à l'eau salée, et vice versa.

APPAREIL BRANCHIAL

Les branchies^ propres surtout aux poissons, sont des organes destinés à la purification du sang. Ce sont des lames frangées, placées dans les ouïes, et oii le sang passe rapidement. Un courant d'eau, entrant par la bouche du poisson, s'écoule constamment en baignant les branchies :

aussi, le sang, en y passant, absorbe l'oxygène contenu dans l'eau et y laisse son acide carbonique. C'est là le procédé de la respiration branchiale.

Eh bien, la respiration branchiale existe aussi chez un certain nombre d'insectes. Ce n'est toutefois qu'à leur période larvaire, et quand elle se passe dans l'eau, qu'ils sont ainsi pourvus de branchies. La plupart du temps, ces branchies ne contiennent que de fines ramifications trachéennes qui recueillent^ à travers leurs minces enveloppes, l'air dissous dans l'eau et le font pénétrer à l'intérieur du corps pour la purification du sang. Ce n'est donc plus comme dans les branchies des poissons, où le sang^ vient directement subir l'influence de Pain Fig. 15. -Larve aqua- Chez les nombreuses larves aquatiques

tique d'un Cyrinus. • ^4. « « ^ .

^ -^ qui sont pourvues de branchies, ces orga-

nes sont extérieurs ou intérieurs. 1° Les branchies extérieures varient beaucoup de forme et de situation. Tantôt

Fig. J5.— Les filaments d'aspect plumeux, que l'on voit de chaque côté et au Ijout de l'abdomen, sont des branchies.— Les Gyrinus sont les insectes que l'on voit « /«/m^rr », pour ainsi dire, sur la surface des cours d'eau et que pour cette raison l'on nomme i^patineuts ».

ce sont, comme chez les Phry^anides, des filaments g^rêles fixés tout autour des segments abdominaux. Tantôt, comme chez les Gyrtnus^ les Corydalis^ les Hydrocharis^ etc., ce sont des filaments d'aspect plumeux, fixés sur les côtés et l'extrémité de l'abdomen. D'autres espèces ont les filaments, nombreux et grêles, disposés en houppes sur les côtés du thorax, ou de l'abdomen, ou de l'anus, ou à la base des mâchoires et des pattes. Chez les Ephéniérides, les Libellulides, les Perlides, les branchies trachéennes ont la forme de lamelles foliacées. 2® On observe les branchies internes chez les larves des Libellulides. Ces larves ont dans le rectum six bourrelets couverts de papilles ou de lamelles, oii les trachées se ramifient en filets très fins. L'eau, entrée dans le rectum par l'anus, baigne ces branchies rectales et permet aux trachées de se charger d'air Remarquons que l'insecte peut expulser brusquement cette eau et recevoir ainsi une poussée e.n avant : voilà donc un mode de locomotion combiné avec les intérêts de la respiration.

Nous devons ajouter qu'il existe des vestiges de branchies chez des insectes adultes dont les larves vivent dans l'eau. Mais ces appareils rudimentaîres ne sont probablement que les restes des branchies larvaires ; et, en général, ils ne servent pas à la respiration chez les insectes adultes. Ces cas d'organes branchiaux élémentaires se rencontrent chez des orthoptères et des névroptères. Nc»tre grande Perlide canadienne, le Pteronarcys regalis Newm., dont les ailes s'étendent de deux à trois pouces en offre un bel exemple. En effet, en dessous du thorax et des deux premiers segments de l'abdomen de cet insecte, on voit treize paires de petites houppes filamenteuses, qui sont bien de ces vestiges de branchies dont nous venons de parler.

GLANURES D'HISTOIRE NATURELLE

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