‹ Le Naturaliste canadien (volume 4)Chapitre 31 sur 110 · JSachuidee, JSsohiies, prononcez Euuidei, Banes · texte numérisé non relu

JSachuidee, JSsohiies, prononcez Euuidei, Banes

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42 LB NATURALISTS CANADIEN.

cylindrique, de moitié plus court que le précédent. Ailes inégales, les inférieures plus larges, triangles des 4 ailes semblables. Abdomen très long, plus ou moins étranglé après la base, le 2e segment dans les <? portant les organes génitaux et souvent auriculé aux côtés. Appendices variés, mais jamais cylindriques ni en forme de styles. Premier article des tarses très petit.

Cette famille qui renferme les plus grandes espèces de toutes les Odonates, se borne pour hous au seul genre JEschne, du moins nous n'eu avons encore rencontré aucun autre, r^

G-en. JEschne. JEschna, Fabr.

Caractères de la famille, et en outre 2e segment abdominal auriculé, c'est-à-dire muni à ses côtés d'un tubercule comprimé et denticulé. Bord anal des ailes postérieures des <£ saillant, arrondi dans les ?.

Quatre espèces rencontrées.

Côtés du thorax avec bandes de couleur différente ;

Membranule des ailes blanche à la base 1. COnstricta.

Membranule des ailes cendrée 3. verticalis.

Côtés du thorax avec des points et non des bandes. . 2. Vinosa.

1. SaSOhne re88errée. JEschna eonstricta, Say.— Long. 3 pouces ; extension des ailes 3.50 pouces. Brune, tachée de vert et de bleu. Labre jaune, face vert-jaunâtre avec une tache noire en forme de T supérieurement. Thorax brun, dos avec une bande de chaque côté plus large près des ailes, et les côtés avec 2 bandes obliques jauneverdâtre entourées de noir. Pattes noires, les cuisses et les jambes rou8sâtres en dessus. Ailes hyalines, stigma petit, brun. Abdomen allongé, brun-noirâtre, fortement resserré au delà de la base ; segments 1-2 avee une bande bleue au sommet, le 2e avec en outre une tache jaune aux tubercules, 3-10 avec 2 taches quadrangulaires, apioales, bleues ; 3*8 avec 2 taches médianes sur les côtés, bleues ou jaunâtres, le dernier segment aplati en dessus. Appendioes bruns, fort longs, les supérieurs dilatés et carénés en dedans avec une dent avant l'extrémité et une épine au bout ; l'inférieur de moitié plus court, en triangle allongé, obtus. Le 2e segment abdominal porte une ligne transversale jaune vers le milieu. Membranule brune, blanche à la base. Ç avec les bandes latérales du dos du prothorax interrompues.

Très commune.

NfiYBOPTiRXS. 43

2. JEtechne vineuse. JE*chna vino$a, Say — Long. 2.25 pees.; extension des ailes 3 ponces. Fauve ; tête jaune-fauve, brune en dessus. Thorax fauve, dos du prothorax avee une bande brun-foncé de chaque côté et une petite tache jaune vers le bas, les côtés avec 2 taches d'un beau jaune entourées de brun-foncé. Ailes hyalines, légèrement enfumées à l'extrémité, avec les nervures et une tache à la base fauves; stigma fauve ; membranule petite, blanche. Pattes d'un jaune brunâtre. Abdomen très resserré au delà de la base, fauve avec taches jaunes, (quelquefois obsolètes), les segments avec une bande au milieu en triangle, jaune, et le sommet aveo une tache brune tri fi de. Appendices brun-fauve, les supérieurs longs, foliaoés, obtus, plus étroits et aveo une dent à la base, l'inférieur plus court, triangulaire, obtus. — AO.

3. Sschne verticale. JSschna verticalis, Hagen. — Long. 2.70 pouces ; extension des ailes 3.50 pouces. Brune, avec taches vertes et bleues. Tête verte avec une tache sur le front en forme de T, et l'épistome, noir, labre aussi marginé de noir. Prothorax d'un brun roussâtre, le dos aveo une bande de chaque côté, verte ou bleuâtre, les côtés avec 2 bandes obliques bleuâtres et une petite taohe verte au milieu. Pattes brun-roussâtre, les cuisses et les jambes eu dedans aveo les tarse», noir. Abdomen fortoment renflé à la base, resserré ensuite, brun aveo taches jaune-obscur, les segments 6-10 aveo une grande taohe cunéiforme bleuâtre de chaque côté de la ligne médiane, le dernier, dans le <J > *vee 3 dents à la base, dont la médiane plus longue. Appendioesbruns marginés de noir, foliaoés, plus étroits à la base, carénés en dessus dans la partie élargie, longuement ciliés vers l'extrémité qui se termine par une courte pointe inclinée, l'appendice inférieur plus court, longuement triangulaire. Ailes hyalines, stigma brun, moyen ; membranule cendrée.— PC. /

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I ' / A continuer.

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44 Ll NATURALISTE CAN À DUN.

PAB LE DB. J. A. CBEVIEB.

(Continué de la page 23).

Liste générale des corps simples par ordre Alphabétique, accompagnée de leurs symboles, et des équivalents chimiques nouveaux.

Symboles Equivalents

Aluminium Al 13 75

Antimoine (Stibium) Sb 122.

Argent (Argentum) ~....Ag 108.

Arsenic As 75.

Aurum (Or) .Au 196.

Azote (ouNitrogène). Az 14.

Brium Ba 68.5

Beryllium (GHucinum) Be 4.7

Bismuth Bi 210.

Bore B II.

Brome Br 80.

Cœsium Os 133.

Cadmium..: Cd 56,

Calcium Ca 20.

Carbone 0. 6.

Cerium Ce 46.

Chlore. Cl 35.46

Chromium (Chrome) Cr 26.24

Cobalt Co 29.5

Columbium (Niobium) Cb 94.

Cuivre (Cuprum) Cu 31.7

Didime (Didimium) D 48.

Erbium E 56.

Fer (Ferrum) Fe 28.

Fluor F 19.

GHucinum (Beryllium) Be 4.7

Hydrogène H 1.

Indium. lu 35 9

LIS KINÉRAUX CANADIENS. 45

Iode 1 127.

Iridium Ir 99.

Kaliam (Potassium) K . 39.11

Lanthanum La «46.4

Lithium Li 7.

Magnesium Mg 12.

Manganèse Mn 27.5

Mercure (Hydrargirum) Hg 100.

Molybdenum * Mo 46.

Natrium (Lodium) Na 33.

Nikol Ni., 29.5

Nitrogène (Azote) N 14.

Osmium Os 99.5

Oxygène O 8,

Or(Aurum) Au 196.

Plomb (Plumbum) Pb 103.5

Rhodium Rh 62.16

Rhubidium Rb 85.4

Rhuthenium Ru 52.16

Silicium Si 14.

Stannum (Etain) Sn 59.

Stibium (Antimoine) .9b 122.

Strontium Sr 43.75

Soufre S 16.

Tantalum (Tantale) Ta 182.

Tellurium (Tellure) Te 64.14

Thallium Tl 203.

Thorium Th 119.

Titanium Ti 25.

Tungstène (Wolframium) W 92.

Utranium U 59.4

Vanadium V 68.5

Yttrium T 32.18

Zinc Zn 32.53

Zirconium ~...Zr 60.80

Définition des corps. — On appelle corps, tout ce qui peut tomber sous un ou plusieurs de nos sens, soit directement soit indirectement. Les corps sont divisés en pondérables, ou corps que Ton peut peser, et en impondérables,

ceux qui n'ont pu jusque présent être soumis à la balance, tels sont la lumière, le calorique, et l'électricité.

Corps simples.— On donne le nom de corps simples ou élémentaires, à ceux qui sont formés d'une seule substance ou matière toujours identique à elle-même. Ils sont formés de parties excessivement ténues, et échappant à tous nos moyens d'investigation ; elles ne sont perceptibles que par la pensée, en un mot, c'est le dernier terme où s'arrête la divisibilité de la matière ; ces petites parties prennent le nom d'atomes. Les atomes sont susceptibles de se grouper ensemble dans un ordre invariable, et il en résulte des groupements auxquels on a donné le nom de particules. La particule ne peut encore tomber sous nos sens; mais les particules réunies formeront des agrégations à formes cons* tantes et qui pourront être perçues par nos sens, ce sont alors les molécules dont on n'appercevra réellement que les groupements.

Corps composés. — Ils sont formés de deux ou d'un plus grand nombre de substances ; dans ces corps, les atomes sont hétérogènes et les particules complexes ; leurs atomes ont reçus le nom de constituans.

Propriétés des corps. — On entend par propriétés, la faculté qu'ont les corps d'agir sur nos sens et les uns sur les autres. Les propriétés sont très diverses ; on les divise principalement, 1° en propriétés physiques ; ce sont celles qui frappent les premières nos sens, tels sont la couleur, l'odeur, la forme, etc., etc. 2° propriétés chimiques : elles ne sont appréciables que lorsque les corps sont en contact apparent; elles sont donc le résultat de la réaction des corps les uns sur les autres.

De l'attraction. — L'attractiou agissant dans l'infiniment petit, c'est-à-dire dans les espaces intermoléculaires, retiendra, à une distance invariable et toujours la même, les circonstances concomitantes restant aussi les mêmes, les atomes soit intégrans soit constituans. Dans le premier cas, comme elle exerce sa puissance entre atomes des corps simples, elle prend le nom de cohésion ou force de solidité.

LES MINÉRAUX 0ANADIEN8 47

Dans le deuxième cas, elle retient en présence les atomes hétérogènes ou différents des corps composés, et se nomme affinité.

De la cohésion. — La cohésion est à son maximum dans les corps solides, à son minimum dans les liquides, et nulle dans les gaz. On juge, jusqu'à un certain point de son énergie par l'effort nécessaire pour désunir les atomes qui obéissent à sa puissance. Ainsi la ténacité, propriété qu'offre les métaux, est due à la puissance de la cohésion moléculaire.

De V affinité. — Un certain nombre de causes peuvent modifier l'affinité : 1° la cohésion est un obstacle à son développement, ainsi, dès que cette force est vaincue, soit au moyen du calorique ou d'un dissolvant quelconque, la réaction s'opère ; 2° le calorique, ce corps qui employé dans . certaines limites non-seulement favorise mais même nécessite la naissance de l'affinité ; lorsque son intensité est portée à un haut degré, sa puissance l'emportant alors sur celle de l'affinité, il désunit les éléments qui auparavant avaient réagi sous son influence ; 3° l'état électrique, ainsi les corps doués d'électricité contraire ou opposée s'attirent d'autant plus fortement que les électricités sont plus contraires, et vice versa ; dans ce cas la réaction chimique est due à l'électricité où à l'affinité électrique ; 4° la pression, elle exerce principalement son influence 6ur les gaz en déterminant le rapprochement de leurs atomes et les mettant par conséquent dans des circonstances favorables à leur réaction ; 5° les masses ou les quantités relatives des corps les uns par rapport aux autres, influent sur l'affinité. Ainsi l'affinité de deux corps l'un pour l'autre est en raison inverse des proportions relatives des deux corps ; elle sera à son maximum lorsque les proportions des corps réagissant seront à leur minimum et vice-versa.

L'affinité qui varie en intensité entre les différents corps de la nature préside à toutes les réactions chimiques. C'est à la connaissance plus ou moins complète de cette force que le chimiste doit de pouvoir décomposer les corps complexes en les réduisant à leurs élémens ; et de pouvoir

souvent recombiner ces éléments pour reformer le corps qu'il tient de décomposer. La première opération porte le nom d'analyse chimique; elle se subdivise en analyse qualitative, qui a pour but, un corps étant donné, de déterminer la nature de ses éléments ; et en analyse quantitative, elle a pour résultat de déterminer les proportions des corps qui entrent dans un composé donné.

On appelle synthèse cette opération qui consiste à obtenir un composé, les éléments étant donnés.

De la combinaison des corps. — Deux ou un plus grand nombre de corps se combinent toutes les fois qu'ils ont de l'affinité les uns pour les autres et qu'aucune des circonstances précédentes n'y met obstacle. Lorsque la réaction s'opère, il y a tantôt dégagement de chaleur et de lumière, tantôt de chaleur sans lumière ; d'autrefois production de froid, et enfin toujours dégagement d'électricité.

Les corps se combinent entre eux en un nombre de proportions d'autant plus petit que leur affinité réciproque est plus considérable, et vice versa. Lorsque deux corps simples peuvent se combiner ensemble en plusieurs proportions, l'élément positif reste toujours le même, tandis que l'élément négatif augmente graduellement et toujours dans un rapport fort simple, selon les proportions géométriques suivantes 1 : 2 : 3 : 4 : etc. etc., ou bien 1 : 1, 5: 2: 2, 5. etc. Ces réactions ont lieu entre les atomes des corps, et il en résultes des atomes plus complexes que ceux qui ont leur donné naissance ; ainsi ils sont ou binaires, ou ternaires, ou quaternaires, etc., etc, selon le nombre des atomes simples qui ont réagi. Toutes les fois qu'il y a combinaison, les propriétés des composants se trouvent changées ; l'état physique, la couleur, la saveur, l'action sur l'économie animale changent d'autant plus que la réaction s'est effectuée sous des affinités plus puissantes ; si au contraire les affinité auxquelles obéissent les atomes sont très faibles, alors les propriétés sont à peine différentes de celles des composants.

Lorsque la combinaison a lieu entre des gaz ou des vapeurs, elle s'effectue toujours selon un rapport fort sim-

pie entre les volumes des composants, avec ou sans confusion dans Je volume du produit résultant. S'il y a contraction dans le volume du produit, elle est dans un rapport fort simple avec la somme des volumes des gaz ou plutôt celui de Tun deux. Ainsi un volume d'oxygène <*t deux volumes* d'hydrogène donnent deux volumes de vapeur d'eau ; un volume de nitrogène et trois volumes d'hydrogène donnent deux volumes de gaz ammoniac; un volume de chlore et un volume d'hydrogène donnent deux volumes de gaz acide chlorhydrique. Un volume de ni- . trogène et un demi volume d'oxygène donnent un volume de protoxide de nitrogène, ou gaz des dentistes, qui produit Finsensibilité de leurs patients. TJn volume de nitrogène et un d'oxygène, donnent deux volumes de binoxide de nitrogène qui est très vénéneux, et dangereux à respirer.

Lorsque dans une combinaison l'affinité est à son maximum, on ne peut la détruire qu'en employant un autre corps jouissant d'une affinité plus puissante ou étant plus électro-positif que Fun des corps entrant dans la combinaison, alors ce dernier est déplacé etpartnnt la décomposition est opérée ; on opérerait de la même manière pour obtenir la décomposition du nouveau composé et mettre en liberté l'autre élément; les deux éléments du composé donné étant ainsi isolés, on en aurait fait l'analyse.

De Fisomérie. Les corps isomères sont ceux qui étant formés des mêmes éléments et dans les mêmes proportions jouissent de propriétés différentes, tels sont, par exemple, le cinabre, l'acide tartrique et l'acide racémique, la naptha- Hne et la paranapthaline.

Isomorphisnie.—Dxi grec isos, même ; morphé, forme, propriété qu'ont certaines substances minérales de conserver la même forme géométrique, quoique les éléments qui entrent dans leur composition varient, suivant certaines lois qui ne sont pas encore bien déterminées.

Lorsqu'on mélange ensemble des dissolutions de sulfate de fer et de sulfate de cuivre, et que l'on abandonne la liqueur à une evaporation lente capable de produire la cristallisation des sels, il se forme des cristaux dans la com-

50 f.V NATl/RAMSTB CANMDIMt.

position de chacun desquels entrent tout à la fois et du sulfate de cuivre et <ki sulfate de fer. Oes cristaux affectent la forme qu'aurait eue le sulfate de cuivre s'il eût été seul en dissolution. On admet que ces corps contiennent le même nombre d'atomes. *

' Dimoiphisme.— Propriété que possède un minéral de présenter deux formes cristallines (du Grec dis, deux» morphé, forme) quoique sa composition chimique reste la même. Les substances dimorphes connues sont au nombre de dix ou douze, savoir : le soufre, le diamant ou carbone, Y oxide de titane, le fer oligiste, le sulfure de fer, le carbonate de chaux,, le carbonate defer, le carbonate de plomb, et Yacide arsénieux. On a reconnu que quelques sels jouissent également du dimorphisme ; ce sont les sulfates de magnésie, de zinc et de nikel, et les séléniates de nikel et de ziuc.

La chaleur paraît favoriser le passage d'une forme à une autre ; c'est du moins ce qu'on a pu constater à l'égard de cristaux de sulfate de nikel qui, par une exposition de plusieurs jours à la lumière solaire, se sont changés intérieurement en octoèdres à base carrée.

(*4 continuer S)

(Continué de la page 32).

Les Etats-Unis se trouvant chez eux, devaient naturellenfent exposer plus que toute autre nation, aussi n'y ont-ils pas manqué. A part toutes les bâtisses communes, ils avaient encore un pavillon particulier ne mesurant pas moins de 480 pieds de long sur 346 de large. Le département de la guerre en occupait une partie considérable. One foule de costumes militaires étaient exhibés par des mannequins ou statues qu'on aurait pu croire de garde ou dans le mouvement des différentes armes et machines de guerre.

C'est aussi dans ce pavillon que la Smithsonienne, de Washington, avait disposé une partie de ses riches musées

Des monstres marins, de stature énorme, morses, phoques, lions de mer, requins etc. attiraient surtout les regards. Nombre de fauves de toutes les parties dû monde, et particulièrement de nos forêts Américaines, figuraient aussi là, si bien préparés et disposés, que du premier coup d'œil on pouvait les croire vivants.

Nous renonçons à décrire les mille et une merveilles qui ont frappé nos regards dans les différents départements; nous n'avons pas eu le temps de les étudier suffisamment, et leur simple enumeration demanderait beaucoup plus d'espace que nous n'en avons à notre disposition ; et nous laissons le terrain de l'Exposition avec la satisfaction, comme tous ceux qui l'ont visité, d'avoir vu une foule de choses intéressantes, mais convaincu en outre qu'un bien plus grand nombre encore avaient échappé à nos regards.

A 3J h. P. M. nous sommes à la gare de la rue Market, en route vers New-York, où nous arrivons sur les huit heures.

New-York, avec son million d'habitants, est bien toujours la ville du bruit, des affaires, du brouhaha. A voir ces foules sans nombre qui s'agitent en tout sens, ces files sans fin de piétons suivant d un pas accéléré le double courant qui s'établit sur chacun de ses trottoirs, dans ses principales rues, on serait tenté de croire qu'il n'y a ici que des gens affairés, en retard sur leur heure, tant l'on paraît empressé de ne pas perdre une seule minute en poursuivant son but ; et force nous est souvent d'emboîter le pas et de suivre le courant bon gré mal gré, sous peine de nous faire frotter, accrocher, bousculer par la file sans fin paraissant incapable de modifier ses allures. On dirait ces glissoires que notre gouvernement fait construire dans les rapides de nos rivières pour favoriser la descente des bois d'exportation. Une fois les pièces engagées dans la pente, on les voit toutes suivre la même direction, sans «'arrêter, sans obéir, comme elles le font ailleurs, aux remous que forment les dentelures des rives, ou souvent s'entremêlent billots et plançons, ralentissant leur marche, changeant leur direction, et demeurant parfois sans mouvement sur la rive, échouées par l'impulsion ou le choc de pièces voisines agitées en sens opposé. Broadway surtout peut nous donner une idée de ces glissoires.

Descendus à notre hotel Sweeney, nous allons dès le lendemain matin faire une excursion au Central Park. Ces gazons si soigneusement tondus, ces belles allées d'asphalte se perdant souvent sous des tunnels de verdure, ces parterres émaillés de mille fleurs, ces dédales de voies se croissant en tout sens, ces antres, ces grottes, ces cas

cades en miniature, où l'art a si fidèlement copié la nature, ces pièces d'eau si coquettement enchâssées dans leurs rives de verdure, ces bancs, ces berceaux rustiques qui vous sollicitent à vous reposer, ces équipages somptueux, ces toilettes si variées et partout soignées et convenables, tout s'unit pour composer un ensemble dont l'aspect est bien capable de nous faire oublier, pour un instant, les misères et les soucis de la vie, pour nous permettre de nous ranger, ne fut-ce que pour quelques minutes, parmi les favorisés de la fortune, et de partager les jouissances de ceux que l'on appelle les heureux du siècle.

Nous disons que nous nous imaginons être au nombre des heureux, car pour la réalité, nous sommes trop philosophe, disons mieux, assez chrétien pour savoir que le bonheur ne se trouve pas là où le plus souvent on croit le voir. Les demeures somptueuses, les riches équipages, les brillan tes toilettes couvrent d'ordinaire plusdecœurs ulcérés, blessés, souffrants, qu'il ne s'en trouve dans les situations plus humbles ; et tel que nous croyons se complaire à se montrer orgueilleusement dans ses brillants équipages aux yeux de la foule, n'y vient souvent que pour chercher dans une atmosphère différente, des adoucissements aux soucis qui le dévorent, aux plaies qui rongent son cœur. Et n'eussions-nous d'autre autorité que notre propre philosophie, elle suffirait pour nous convaincre que la plus grande somme de bonheur ici-bas, en règle générale, ne se trouve que dans la médiocrité, et qu'en définitive, elle est encore plus rare dans les extrêmes de l'élévation, que dans ceux de la misère et de la privation.

Mais les parcs publics renferment d'ordinaire des musées, et souvent aussi des ménageries d'animaux vivants, et voila ce qui nous y attire particulièrement. Bien que les hôtes des bois sous les barreaux qui les emprisonnent, aient perdu avec la liberté, la plupart de leurs allures, nous nous plaisons toujours à étudier le peu qui leur en reste dans l'espace restreint de leurs cages. Les rauques rugissements des lions, les grimaces et grincements des tigres nous exhibant leurs canines aiguë?, n'ont plus rien de terrifiant à travers les barreaux de fer qui les séquestrent, et nous éprouvons un certain plaisir à jouir de leur rage impuissante.

Les animaux exposés en plein air au Central Park, éléphants, chameaux, bisons, lamas etc. offrent un des plus intéressants coups-d'œil. En voyant le profil de ces formes étrangères se dessiner sur la verdure des massifs, on se croirait en plein Orient, surtout lorsque dans une pièce d'eau avoisinante on voit s'ébattre les cygnes, les pélicans et autres oiseaux des climats tropicaux.

Plusieurs cases grillées renfermaient des serpents que nous aurions bien voulu examiner, mais malheureusement, ces reptiles lucifuges et peu amateurs de visites se tenaient continuellement cachés sous une couche de foin tapissant leur demeure. C'est à peine si parfois on surprenait une queue «'échappant au dehors ou un repli du corps faisant saillie à travers la litière. Nous admirons en passant la lourde .pesanteur du rhinocéros, malheureusement veuf de 8a corne nasale, et dont la peau épaisse et à demi cornée ne se laisse pas même attaquer par les balles de fusil. Nous donnons des caresses au docile zèbre d'Afrique, dont on croirait les raies noires peintes au pinceau sur sa robe blanche ; il moud tranquillement son avoine sans s'occuper aucunement des mains qui lui passent sur l'échiné ou les oreilles; Des girafes, des antilopes, des hérissons ; des aigles, des vautours, des hiboux et autres oiseaux dans leurs volières; des cases d'insectes, des mollusques, des crustacés, dans des vitrines, partout, de tout côté nous trouvons de quoi nous intéresser ou du moins satisfaire notre curiosité.

En laissant le Central Park, nous suivons la 5e avenue jusquà sa rencontre avec la 42e rue, pour jeter un nouveau coup d'oeil sur la cathédrale catholique en voie de construction. L'immense édifice en marbre a maintenant sa toiture, et l'on était à fixer les chassis dans ses fenêtres. Bien que lo marbre de ses longs pans ne soit pas poli, ce sera bien, sans contredit, la plus belle église de ce continent. Les chassis surtout avec les rosaces du portail, sont d'une délicatesse et d'une richesse d'ornementation extraordinaire.

Tel qu'arrêté d'avance, nous prenons» dès les 4 h. P. M. le vapeur Providence pour nous rendre à Fall River, où nous devons arriver sur les 6 h. le lendemain matin.

Partis des quais qui bordent la rivière Hudson, nous contournons la pointe sur laquelle est assise New- York, et enfilons la Rivière de l'Est, laissant Brooklyn à notre droite et passant entre les énormes piliers qui doivent porter le pont suspendu entre les deux cités.

Le temps est magnifique, et du pont du bateau qui nous emporte avec une extrême vitesse, nous voyons les deux rives, avec de nombreuses îles au milieu du courant, fuir rapidement derrière nous, après nous avoir étalé le panorama de leurs défrichements et constructions plus ou moins remarquables.

Le Providence est un véritable palais flottant, tant ses décorations et son ameublement sont riches et recherchas. 11 est encore supérieur sous ce rapport à nos superbes biteaux de la compagnie du Richelieu.

Quelque charmant que soit l'aspect des rires de la Rivière de l'Est, lorsque nous les passons ainsi en revue à la vapeur, il est encore loin cependant d'égaler celui que nous présentent les rives du St. Laurent, tant en amont qu'en aval de Québec.

Les rive6 de l'océan, lorsqu'elles ne se présentent pas en falaises abruptes, nous montrent d'ordinaire des découpures et des enfoncements qui, en en rompant l'uniformité, nous empêchent d'en saisir l'ensemble. Ainsi voyez ici cette rivière de l'Est avec son chenal resserré qui vous permet d'inspecter les rives des deux côtés, et à quelques milles plus loin, c'est tout à coup un élargissement de 10, 12, 15 milles, si bien que vous croiriez être passé dans un lac, ou peut-être même voir se terminer Long Island, pour n'avoir plus que l'océan d'un côté. Et presque partout, les côtes sont si basses, que les établissement retirés à l'intérieur peuvent à peine être distingués. Tandis que le SSL Laurent, entre Montréal et Québec, si l'on en excepte la longueur du lac St. Pierre, vous montre partout des rives continues, nettement définies, bordées sans interruption de constructions et de cultures, où les clochers des paroisses s'échelonnent tantôt en opposition, et tantôt en alternant de chaque côté, à la manière dont se distribuent les feuilles des arbres sur les rameaux qui les portent.

Nous disons que certains enfoncements de Long Island nous porteraient parfois à croire que nous en avons fini avec i'isle, et que la vue va se perdre sur l'immensité de l'océan; il ne tant cepeudant pas fermer les yeux si vite et convertir en réalité une illusion de quelques moments, comme l'a fait dernièrement un enthousiaste journaliste de notre Province.

Le jeune écrivain, à l'imagination vive, et dont les excursions géographiques s'étaient renfermées jusque là dans un circuit de quelques lieues autour de Québec, part pour Philadelphie, escomptant d'avance le plaisir qu'il va causer à ses lecteurs par le récit des merveilles qui devront nécessairement s'otfrir à son admiration.

A peine a t-il franchi le 45e parallèle, qu'il croit déjà avoir traversé les tropiques et toucher aux antipodes. 11 arrive donc vers les 6 heures du soir à Fall-River pour prendre le bateau pour New- York Le voila sur le vaisseau, en nombreuse compagnie. Qui le croirait, se dit-il à lui même? me voici sur l'océan! Il s'étonne de voir le calme parfait de ses compagnons de voyage, qui ne semblent pas plus impressipimés que s'ils naviguaient encore sur une

vulgaire rivière, et semblent se délecter davantage à humet fair frais de la belle soirée, qu'à chercher des horizons en avant où en a mère, quand on ne veut pas s'arrêter à ceux des côtés. Mais le bateau tile, file, file; et la terre s'éloigne. Elle s'éloiane si bien, quVi la fin, il la perd de vue. Oui! mais il est neuf heures du soir, et malgré le beau clair de lune, la vue la plus perçante ne peut pénétrer au delà de quelques milles.

Le lendemain, à 4h. il est sur le pont, pour jouir d'un lever de Soleil sur l'océan. " Enfin l'astre du jour, après avoir doré tout l'Orient, émerge du sein des eaux, et inonde toute Patmosphère de flots de lumière ! " Vous figurez- vous, lecteurs, un voyageur sur un vaisseau sur la rivière de FEst, «Mitre Long Island et la côte du Connecticut et de New- York, qui voit sortir le soleil des eaux! ! ! Qtfils sont heureux ces gens à imagination vive, de pouvoir ainsi jouir de la vue de merveilles, là où tous les autres mortels ne voient que des choses communes et ordinaires! Moins heureux que notre exalté journaliste, nous sommes forcé de descendre à notre cabine, sans avoir vu le soleil s'enfoncer dans l'eau, la rive à notre gauche avec les Atleghanies et autres bosses terrestres dans le lointain y mettant obstacle.

Nous ne voulons pas toutefois aller prendre nos lits, sans passer par le réfectoire. Cependant notre compagnon, de même que nous, se contente d'un demi-souper, nos estomacs à tous deux semblant nous faire des reproches d'avoir été un peu trop indulgents pour des pastèques qu'on nous avaient servies au dîner à Mew- York. Ici, c est tout comme dans les hotels à l'Européenne; tout est otfert à la carte, et chacun ne paye que pour ce qu'il prend.

Enfin nous voici rendus à notre cabine. Six lits dans chacune, trois de chaque côté, Tun au dessus de l'autre. Heureusement, dîmes-nous à notre compagnon, que notre numéro nous donne le lit du bas, nous ne serons pa^. obligé de grimper dans cet escabeau pour atteindre notre couche. Malheureusement, aurions nous dû dire, car nous avions l'avantage à chaque instant de recevoir sur la ligure les caresses (Tun marmiton Africain, qui sans prendre de lumière, venait nous palper de ses mains graisseuses, pour «'assurer si la place était réellement occupée. A bout de patience, nous invitons à la fin le Samboà nous épargner ses caresses et à nous laisser dormir tranquille.

Vers les six heures du matin, nous sommes au quai de Fall- River. Nous ne prenons pas de suite le train de Boston, par ce que nous voulons faire visite ici à quelques compatriotes. Nous demandons à des charretiers où se trouve

56 » NATURALISM CANADIEN,

l'église Canadienne ; ils ne le savent pas. Enfin dîmes-notm, conduisez-nous à un hotel. Et après quelques minutes de marche, l'automédon nous arrête à Mount Hope House, le principal hotel de la ville. Nous réparons le désordre de notre toilette et descendons au réfectoire. (Test un vendredi, nous demandons du poisson. On nous apporte de l'excellent maquereau frais. Mais nos estomacs se setftant encore de notre coupable complaisance de la veille f non» ne prenons qu'une petite tasse de café, et goûtons à peine le poisson. Maintenant il faut nous rendre à l'église Canadienne, où se trouve t-elle r et à quelle distance ? C'est dan» cette direction, nous dit le maître d'hôtel, en nous montrant l'Est, à environ deux milles et demi. Mais il n'y a pas de charretier dans le voisinage, et il nous faut attendre l'occasion d'en rencontrer quelqu'un. Dégoûtés de ces contre* temps, fatigués et souffrant de la mauvaise digestion de la veille, nous nous décidons de suite à reprendre le train de 9 heures pour Boston, sans prolonger davantage notre séjour à Fall-River.

A llh. nous sommes à Boston. Nous ne voulons que prendre le dîner ici, faire quelques petites emplettes, et continuer notre route.

Il est ici un magasin de spécimens de minéralogie et de conchyliologie que nous connaissions déjà et que nous voulions visiter de nouveau, c'est celui de MM. Brewster & Knowlton, 18, Arch Str. Ces Messieurs sont très bien assortis, surtout en fait de minéralogie; mais quant aux mollusques, ils ont le tort de tenir à des prix trop élevés, et ta détermination des espèces est souvent fautive. Nous avons déjà pu rectifier plusieurs de leurs erreurs. Ainsi ils ont voulu nous faire prendre un Terebellum pour un Agaronia, mais Agaronia a la columelle striée obliquement, tandis

Îue leur spécimen l'avait lisse, comme l'ont les Terebellum. te même aussi ils vous passeront la même espèce sou» deux noms différents. Nous demandons la Cypkoma gibbosa r de leur catalogue, et c'est la même espèce qu'ils nous* avaient vendu précédemment sous le nom iïOvulum* gibbosum. Après avoir pris pour quelques piastres de mollusques, nous venons reprendre le tram pour Portland r en route pour Lewiston, où nous nous proposons de passer le dimanche. Nous avions quelque velléité de nous arrêter un peu à Lawrence, où Mr Bochet comptait, plus d'une connaissance, mais lorsque dans la gare nous vîmes une pancarte sur la quelle nous lisions "Lewiston," accrochée à un char, nous nous décidâmes à nous y rendre de suite, ce char devant être là à 6h. du soir.

Nous traversons donc Lawrence, sans nous y arrêter, et continuons notre route vers Fortland.

Bien que ce ne fût pas pour la première fois que nous parcourions cette route, nous fûmes étonné de la magnifique vue de la mer que présente Old Orchard Beach, à quelques lieues de. Portland; nous ne l'avions pas remarqué auparavant. C'est un endroit fort fréquenté pour se» bains de mer. La voie ferrée passe ici tout près de la rive, et nous voyons une magnifique grève de sable ou de galets s'étendre fort loin au large, où de nombreux visiteurs, éparpillés de tous côtés, les uns dans des charrettes, Vautres à pied, d'autres dans de petites embarcations, prennent, chacun suivant son goût, le frais de la mer. Nous ne pouvons passer outre sans regretter sérieusement de ne pouvoir explorer une si belle grève, où algues, mollusques, crustacés, vers marins etc., doivent sans doute se trouver en quantité.

Nous ne faisons que traverser Portland pour prendre de suite les rails du (Jrand Tronc, et après environ une heure de marche, notre même char nous dépose dans la gare de Lewiston.

Nous nous rendons de suite chez le Rév. Mr. Hévey, curé de l'église Canadienne du lieu, où nous somme reçus comme des frères, en complète société Canadienne. En outre du jeune et zélé vicaire, Mr. Charland, ci-devant du diocèse des Trois* Rivières, nous sommes agréablement surpris d'y rencontrer encore le Rév. Air. Decelles, du Collège de St. Hyacinthe.

La congrégation de Mr. Hévey peut compter comme l'une des mieux réglées et des plus nombreuses parmi nos compatriotes des Etats-Unis. Le nombre des communiants dépasse 2000, et tout s'y fait, absolument comme en Canada: chant grégorien, cantiques en français, processions du St. Scapulaire etc. Nous trouvant cinq prêtres là, le dimance 6 Août, nous nous partageâmes les offices de manière à rendre solennité aussi pompeuse que possible. Mr. Bochet chanta la grand'messe, ayant pour diacre et sous-diacre MM. Decelles et Charland, la prédication nous échut, et on laissa au curé à présider à ses exercices du St. Scapulaire. Les bons Canadiens de Lewiston, la plupart Venus des paroisses du diocèse des Trois- Rivières, et parmi lesquels Mr. Bochet comptait un bon nombre de ses anciens paroissiens, ouvraient de grands yeux en voyant une telle solennité, nouvelle pour un grand nombre d'entre eux. De notre côté, nous ne fûmes pas peu édifiés de la bonne tenue de la congrégation, de même que du grand nombre de communions qui eurent lieu le matin.

La mise soignée de cette population, de même que de nombreuses visites que nous limes à des connaissances, et aussi à des parents, purent sans peine nous convaincre que

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le travail suffisait amplement ici aux besoins de la vie ; ce; endant nous ne pûmes nous empêcher de remarquer que l'apparence générale était loin de présenter cet air de force <t devante que reflètent partout nos populations dans nos paroisses du Canada. Des figures, sinon flétries, du moins décolorées, des bouches à dents plus ou moins détériorées, des traits plus ou moins étirés, de l'embonpoint nulle part, tout dénote ici l'effet du mauvais air que Ton respire habituellement dans les manufactures, et dans les logements étroits où s'entassent les familles. Et nous ne pûmes nous empêcher de faire remarquer à plusieurs que malgré le beau pain dont ils se nourrissent, les colifichets brillants dont les filles s'affublent, les marchés abondamment pourvus à leur disposition, nous ne voyions pas encore en quoi ils pouvaient se trouver plus heureux que les colons de nos nouveaux établissements en Canada. Nous avons dailleurs des données précises pour faire la comparaison. Nous avons été le premier curé de la paroisse de St. Victor de Tring, actuellement dans le comté de Beauce. En 1348, c'était encore un établissement tout nouveau. La richesse ou même l'aisance ne ne trouvait nulle part; personne n'avait d'avances, chacun vivait des produits de sa terre, qu'il devait uniquement à son travail. On n'avait partout que des demeures des plus modestes, des habits grossiers, des ameublements des plus primitifs ; on ne mangeait qu'un pain noir et très grossier avec la viande que chacun tirait de -son bétail, mais on avait pour assaisonnement à cette nourriture si peu appétissante en apparence, l'appétit que procure un rude labeur continu, au milieu du grand air des champs, ou plutôt des bois, et pendant Us quatre années que nous passâmes là, c'est un fut que jamais personne ne recourut à l'aumône pour sa subsistance^ chaque famille p*r son travail, se suffisait a élu* même ; et nous n'hésitons pas à déclarer qu» 1 jamais nous ne vîmes ailleurs de population plus gaie, plus joyeuse, plus soumise à son lot de misères, et par conséquent plus heureuse, puisque en définitive la souffrance se rencontre partout, et qu'il n'y a de véritablement heureux que ceux qui savent se soumettre à leur sort, tout en se comportant de manière à avoir tovyjours l'approbation de leur conscience.

Le colon vit pauvre, travaille bepueoup, est privé de bien des aises, oui! mais en compensation nul ne jouit de plus d'indépendance que lui. 11 tire sa vie de son propre fonds, et ne reconnaît aucun maître à ses volontés. Ajoutons qu'il est à l'abri d'une foule d'éventualités plus ou moins désastreuses pour ceux qui ne vivent qu'en louant leur travail. La maladie vient-elle le visiter, il se voit forcé

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d'interrompre son travail, mai6 pendant ce temps le grain mis en terre n'en continue pas moins à pousser, ses troupeaux ne lui refusent pas pour cela le lait, le beurre, la viande pour sa nourriture, la laine pour ses habits, le cuir pour ses chaussures. Sa récolte même vient elle parfois à manquer ou à périr par quelque accident; il trouve dans son propre fonds une caution pour assurer son crédît, en attendant des jours meilleurs. Se mêlant moins aussi au commerce des hommes, il passe une vie plus paisible, plus exempte de troubles, se soustrait par là à une foule de désagréments, et voit grandir ses ei fan ts dans les bons principes qu'il leur inculque, à l'abri des séductions que présentent inévitablement les aglomérations des villes, et peut en faire sans efforts des bons chrétiens et des citoyens utiles.

Oh! si l'incondnite la plupart du temps, un lux«» effréné, l'intempérance souvent, n'avaient pas pris tant d'empire sur nos populations, surtout depuis un certain nombre d'années, on ne verrait pas aujourd'hui tant de nos compatriotes journaliers ou ouvrier» de manufactures à l'étranger, après avoir abandonné l'état si respectable et si honorable de cultivateurs dans leur propre pays. Vienne donc aujourd'hui un accident, une maladie, ou seulement du chaumage à ces pauvres ouvriers, quelle ressource leur restera-t-il? Ils n'auront plus là de champs à eux pour pousser quand même, de troupeaux pour leur prodiguer leur lait et leur laine, leur crédit qui avait pu valoir quelque chose, se clora en même temps que l'ouvrage ; ils n'auront plus devant les yeux que le dênument, l'abandon, la misère avec toutes ses suites. Us grossiront le nombre de ceux qu'on rencontrait dans presque tous les centres Canadiens, cette année, qui ne vivant que de privations depuis des mois, soupiraient après le travail pour pouvoir se poucurer les moyens de retourner au pays, où la misère, disaient-ils, leur serait encore plus supportable.

Et puis, quel avenir ces expatriés préparent ils à leurs enfants? Dès l'âge de 8 ans, 9 ans, ils sont déjà retirés des écoles (dans les endroits où il y en a pour eux) employés à surveiller certains mécanismes dans les manufactures. C'est-à-dire qu'avec leur santé que l'on compromet par le mauvais air auquel on les soumet, on veut encore les faire souffrir dans leur intelligence, en les privant d'instruction, en les astreignant à un travail des plus abrutissant, leur faisant jouer un rôle d'automate, toute leur attention n'étant requise que pour épier le moment venu de faire jouer tel ou tel levier pour le besoin de la machine. Comptez de plus les dangers plus redou-

tables encore auxquels ces enfants se trouvent exposés du côté de leur moralité. Ah ! si les cultivateurs voulaient réti chir, il n'y aurait jamais qu'une absolue nécessité qui pourrait les forcer à se défaire de leurs biens pour aller se faire ouvriers et serviteurs chez nos voisins.

Comme lesbilletsque nous avions prisa Montréal avant de pa/tir, nous astreignaient à opérer notre retour par les Montagnes Blanches, il nous fallut retourner à Portland pour reprendre notre route, dont nous nous étions écartés pour faire visite à Lewiston. Le lundi 7 Août, nous reprenions «lone les chars pour retourner à Portland, comptant que nous allions continuer de suite notre route. Mais nous avions mal choisi notre train ; arrivés» Portland peu avant midi, il nous fallut attendre jusqu'après 4 heures pour le train qu'il nous fallait. Ce n'est qu'après avoir traversé la ville de nouveau, qu'on nous déposa à une petite station en plein** campagne, sur le bord d'un bras de mer, pour attendre le tram qui devait nous emporter.

Ce contretemps, toutefois, étnit loin de nous contrarier, car nous comptions mettre à profit les quelques heures qu'il nous fallait attendre, pour faire des chasses aux insectes dans le voisinage, et explorer la grève tout près de nous. Malgré la chaleur excessive qu'il faisait encore (le thermomètre était monté la veille à 102° àLewistou), nous nous mimes courageusement à # l'œuvre. Mais contrairement à ce que nous espérions, les herbes du voisinage ne nous offrirent absolument rien d'intéressant. A part quelques Colias, ce n'était partout que Grillons, Criquets et Diptères absolument des mêmes espèces que les nôtres.

Peut être serons-nous plus heureux sur la grève, nous dîmes nous alors, et nous y descendons.

C'est une magnifique grève de sable, couverte d'herbes en certains endroits. Mais malheureusement la mer était haute alors, et ne nous laissait qu'une assez étroite lisière entre la rive et l'eau. Nous voyons de nombreuses Cicin dèles sur le sable; nous avons assez de peine à en saisir quelques unes Elles se trouvent être une espèce que nous n'avions pas encore rencontrée en Canada, c'est la Cicimlela punctulata, Fabr., bien remarqueble par une ligne de gros points enfoncés, verts, près de la suture. Dans les varechs qui bordent la rive, nous prenons trois beaux spécimens de Natices, dont l'un" vivant et de bonne taille, ne mesurant pas moins de 2f de longueur. Nous crûmes d'abord que c'était la Lunatia héros, Adams., mais par la ligne noire qui suit la spire à son sommet, nous reconnûmes ensuite la Neverita duplicata, Stimps. C'est une belle coquille dans la forme des hélices, fortement ombiliquée, à columelle calleuse, à lèvre mince. L'épiderme

mince, jaune-roussâtre, laisse voir au sommet do la spire une bande noire suivant les tour» en se rétrécissant et s'oblitérant de manière a disparaître après le 3e. LYnimal vivant porte un opercule corné, demi transparent, et qui quoique aplati, porte le tracé d'une spirale. Ce furent à peu près les seules prises dignes de remarques que nous fîmes dans cette excursion.

Quelques minutes après 4h., nous reprenons les chars pour nous enfoncer directement dans les bois et les gorges des Montagnes Blanches. Rien de remarquable sur cette route, si ce n'est certains lacs, aux eaux limpides, qu'en bien des endroits la forêt semblait jalouse de vouloir envahir, les arbres poussant jusque dans le bord de l'eau. A 9h. nous sommes à Upper Bartlett, où il nous faut passer la nuit, le train de nuit n'allant pas plus loin à cause de certains passages dangereux qu'on ne traverse que de jours. ^

Nous avons encore ici une demi journée à notre dispoposition, car le train que nous devons prendre ne doit arriver qu'à 11 h. Nous en profitons pour faire une excursion dans un verger voisin, bu plutôt dans un champ, planté de pommiers. Mais ici comme à Portland, à part les Criquets et les Grillons, les insectes sont assez rares, ou du moins des plus communs. Nous prenons plusieurs Pekcinus polycerator, qui paraissent ici fort communs puis sur les cordes de bois près de fa station : Psocus sparsus, Hagen, et Psocus NovœScotiœ, Walk.,' avec quelques petites Braconides et une Leptura Canadensis. Nous prenons aussi un Hémiptère bien intéressant, que nous trouvons ici de plus forte taille

Su'en Canada, c'est le Cephalelus Americanus, Prov. (voir le at. vol. IV, p. 350.)

Revenu à la station pour attendre le train, nous sommes fort surpris de n'y entendre parler que français. Le village d'Upper Bartlett, qui se compose d une quinzaine de maisons, est presque uniquement composé de Canadiens, attirés ici par les travaux de la ligne du chemin de fer qui n'a été terminée que tout récemment, et pour l'exploitation des épaisses forêts qui couvrent les montagnes des environs. Ces Canadiens venaient pour la plupart des paroisses du bas du Fleuve, deCacouna, L'Isle-Verte, etc. Une jeune femme de cette dernière paroisse, reprenait avec nous la route du pays avec trois enfants, tout en laissant son mari à travailler pendant quelques mois encore dans ces chantiers. Avec nous aussi se trouvait un malheureux, si malade que nous crûmes à première vue qu'il expirerait avant d'avoir revu le Canada ; Il appartenait au comté de *** et s'était vu obligé de prendre la route des Etats pour se soustraire à des poursuites dirigées contre lui, par ce que

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lors d'une élection en 1874, il s'était laissé entraîner par l'esprit de parti jusq'à enlever et détruire des livres de poli. Pour b'être reposé' sur le sol humide en travaillant le printemps dernier, il s'était vu pris d'une •maladie qui probablement le conduira au tombeau. Il était accompagné de son frère qui était venu du Canada exprès pour le ramener à sa femme et à ses enfants, au milieu desquels il voulait mourir, disait-il. Deux de ses compagnons de travail, aux charges desquels il s'était trouvé depuis sa maladie, vinrent le conduire jusqu'à la station voisine, et lui firent en se séparant les adieu les plus touchants.

Nous longeons ici une petite rivière qui s'est creusé un chemin dans une étroite gorge de ces hautes montagnes, et plus nous avançons, plus la gorge se rétrécit et semble s'enloncer davantage, par ce que san^ doute nous nous élevons peu à peu suivant que l'exigeait le tracé de la route. Arrivés à une certaine station, l'on nous fait passer dans un char spécialement disposé pour nous donner une vue plus libre des passes difficiles que nous allon traverser. Ce char n'a qu'nn simple toit supporté par de forts piliers en fer pour laisser les côtés entièrement libres; les sièges que nous occupons sont des espèces de fauteuils on osier, tournant sur des pieds fixes, tous isolés les uns des autres. La gorge que nous suivons est tellement resserrée ici, qu'elle ne mesurerait pas un arpent dans le fond et que la petite rivière n'est plus qu'un bien faible ruisseau. Des d*»ux côtes s'élèvent les montagnes à une hauteur de 4,000 à 5,000 pieds, par une pente si raide, qu'en bien de» endroits elle se trouve presque perpendiculaire. Nous sommes à une hauteur de 400 a 500 pieds du fond environ, car nous voyons par la hauteur des arbres qui partent du bas, qu'il en faudrait bien quatre ou cinq longueurs pour nous atteindre. La pente Ouest que nous suivons a été minée à une largeur suffisante seulement pour y asseoir les rails sur les débris que l'on faisait rouler en bas, et à chaque anfractuositée qui s'est présenté trop anguleuse pour être contournée, ce sont des superpositions de 5 à 6 étages de charpente en fer qu'il a fallu élever pour porter les rails. Nous suivons lentement les sinuosités de cette coupe, n'ayant à notre gauche qu'une muraille surplombant souvent au dessus de nos têtes, et à notre droite un abime, un gouffre de quelques centaines de pieds de profondeur, et un peu plus loin, à quelques arpents seulement, le versant opposé, dont à bien des endroits on ne peut apercevoir la cime à quelques milliers de pieds au dessus de nos têtes, étant trop rapprochés de sa base. Tantôt ce versant arrondi en immenses mamelons, nous montre

L'KXPOSITION ht PHILADELPHIE. 63

une épaisse chevelure d'arbres de bonne venue, A travers lesquels certains éboulis, dus sans doute à la fonte d« j s neiges au printemps, ont tracé des rainures où se montre la roche nue jusqu'au bas; et tantôt le rocher phn abrupte et dépouillé depuis longtemps, se montre partout à nu, se désagrégeant sous Taction des agents atmosphériques, en entassant au bas ses débris qui obstruent plus ou moins la vallée. La route se poursuit ainsi dans un espace de 20 à 30 milles environ. Un déraillement dans cet espace ne laisserait aucun espoir de vie aux voyageurs, mais bien peu, pensons-nous, se laissent aller à redouter ainsi 1<* danger ; tous paraissent fortement excitas à la vue de la portion singulière où ils se trouvent, et empressés de saisir et fain* remarquer à leurs voisins les coups d'œil plus ou moins grandioses, plus ou moins pittoresques que présente partout la route à mesure qu'on avance.

Mais voila que presque subitement la montagne disparaît à notre gauche, tandis que celle de la droite s'éloigne aussi un peu, non toutefois en diminuant sa hauteur, car elle est ici à son point culminant, environ 6,000 pieds au dessus du niveau de la mer. Nous passons quelques résidences privées, et sommes en face de l'immense hotel Fabian, si fréquenté durant la belle saison, par les étrangers désireux de faire l'ascension des monts.

C'est ici que convergent plusieurs lignes de voies ferrées du New-Hamphire et du Vermont, et c'est d'ici aussi que part le chemin de fer, qui au moyen d'engrenages et de dispositions particulières, monte en droite ligne jusque sur la montagne. Nous voyons la route sur la pente fort raide, comme nous appraissaient auparavant les glissades de* éboulis à travers les arbres. Nous ne pouvons la suivre du regard que jusque vers les deux tiers de sa hauteur, un épais nuage enveloppant toute la cime et nous en dérobant la vue.

La ronte que nous traçaient nos billets était par Fabian's, White-River Junction, St- Johnsbury, ce qui nous forçait à laisser la ligne droite pour foire un angle considérable dont elle était la base Voulez vous vous rendre à Montréal ce soir? nous demanda un conducteur. — Nous le désirerions fort, répondîmes-nous.— Vous ne le pouvez pas avec ces billets, mais si vous voulez me les remettreje vais tâcher de les négocier pour cette partie de Fabian's à White Rivet Junction, de sorte que vous pourrez poursuivre tout droit à St. Johnsbury et atteindre Montréal sur les 9 heures. — Très bien, dîmes-nous, et nous lui passons nos billets II revient nous en donner d'autres quelques minutes plus tard, modifiant notre route, et n'exigeant en sus que 90 contins.. Nous les lui donnons de bon cœur,

car il nous tardait de terminer notre course, et nous n'avions nul désir de revoir l'insignifiante station de White- River Junction, où nous avions déjà passé une demi-journée â nous ennuyer quelques années auparavant.

Tel qu'indiqué par le complaisant conducteur, à 3h. nous sommes à St. Johnsbury, à 5f h. à Newport, et à 9h. 20 minutes nous entrions dans la gare de Montréal.

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