‹ Le Naturaliste canadien (volume 4)Chapitre 82 sur 110 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

Familles 6; Genres 19 ; Espèces 37.

Nul doute qu'avec de nouvelles recherches on ne parvienne à ajouter considérablement à ces nombres.

LES SAUTERELLES

(Continué de la page 288).

Il serait difficile de donner avec quelque précision le montant total du dommage causé par les Sauterelles, durant la dernière saison ; mais ce serait certainement demeurer au dessous de ce montant, que de le porter à un demi million de piastres. Le Rév. M. Vaillancourt, curé de St. Greorge de Windsor, nous disait qu'il avait calculé que dans sa seule paroisse le dommage causé par les Sauterelles pouvait se ranger entre $1200 à $1500, puisqu'elles avaient dévoré ou envoyé sur le sol, au moi ns la

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èemence des champs en céréales* Rabattons ce Calcul de la moitié, on même des trois-quarts, pour le généraliser dans tonte la Province, et nous dépasserons encore un demi million de piastres.

Certes, une perte d'un demi million vaut bien la peine qu'on s'en occupe, et qu'on prenne les moyens, s'il en existe, d'y apporter un remède, dans l'éventualité d'une nouvelle occurrence.

Les Sauterelles ont été exceptionnellement nombreuses cette année. On a remarqué même qu'elles s'étaient montrées en quantité dans une foule de localités où l'on avait pu à peine noter leur présence dans d'autres années. La cause en est sans doute à la saison sèche et chaude que nous avons eue. La sécheresse et la chaleur conviennent particulièrement aux Sauterelles, et favorisant grandement leur propagation. Aussi les terrains sablonneux, qui possèdent surtout ces deux conditions, sont-ils particulièrement exposés aux ravages de ces insectes. Et nul doute, qu'on verra tôt ou tard ces mêmes ravageurs nous infliger de semblables pertes, ou de plus considérables encore, si on ne prend aucun moyen de les combattre.

Remarquons que cette Sauterelle, la cuisse-rouge, Caloptenus femur-rubrum, ne nous vient point du dehors, mais qu'elle est indigène, qu'elle appartient à notre territoire. On la trouve tous les ans dans nos champs ; vienne une saison favorable à sa multiplication, et nous la verrons encore, comme cette année, par myriades exercer ses ravages.

Mais quel remède y apporter, et comment combattre un tel ennemi ? Vous en écrasez dix, 'il y en a cent derrière elles qui viennent les remplacer ! D'un autre côté, les sabres et les canons sont impuissants contre leurs armées, car ces soldats sont munis d'ailes, et en s'élevant dans les airs, ils semblent se rire de toutes les poursuites. Le moyen de les atteindre ?

Sans doute que leur extermination complète est impossible. D'ailleurs leur existence est nécessaire comme celle de tous les autres êtres que le Bon Dieu a créés, c'est

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la .pâture d'une foute d'oiseaux qui rendent de si grands services à agriculture, ce sont ces existences infimes, mais terribles par leur nombre, qui, peuvent peut-être mieux que tout le reste donner conscience à l'homme de son impuissance, l'humilier dans son orgueil et le forcer de confesser la souveraine sagesse de la Providence dans l'harmonie parfaite de mille choses ici-bas, qui semblent à l'orgueilleuse raison incompatibles ou même inutiles.

Mais de même que la médecine, tout en n'empêchant pas les hommes de mourir, peut cependant les guérir d'une foule de maladies ; de même aussi les remèdes à employer contre les insectes nuisibles, sans les détruire entièrement, peuvent cependant restreindre considérablement leurs ravages.

On peut partager en trois chapitres les moyens de combattre les Sauterelles. 1° Protection des oiseaux insectivores ; 2° cueillette des œufs à l'automne ; et 3° chasse aux insectes mêmes, surtout à l'état de larves.

1° Presque tous les oiseaux, mais surtout les insectivores, sont très friands des Sauterelles; les poules, les dindes, les canards en sont particulièrement avides et en consument des quantités considérables chaque jour. Il y a des lois pour la protection des oiseaux insectivores ; on ne saurait donc les observer trop strictement. Il est bien certain que lorsque les insectes nuisibles se montrent par myriades, les oiseaux seuls ne peuvent suffire à restreindre leurs ravages, mais ceux qu'ils enlèvent sont toujours autant d'ennemis de moins, et leur concours est toujours des plus précieux.

1° On sait que la Sauterelle cuisse-rouge, de même que celle des plaines de l'Ouest (Caloptenus spretus), déposent dans le sola l'automne les oeufs qui doivent reproduire l'espèce le printemps suivant. Lorsque les Sauterelles sont fort abondantes, on en voit partout, dans le cours du mois de Septembre, surtout sur les bords des chemins, avec l'abdomen fiché dans le sol; ce sont là les femelles* occupées à déposer leurs œufs. Ces œufs, de forme oblongue, sont déposées en masses de 30 à 40, à environ un pouce

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de da surface du sol. Un instrument quelconque, ou mâme une petite palette de bois franc, suffit pour les découvrir, afin de les enlever. Dans les plaines de l'Ouest, ces œufs sont quelquefois en telle quantité, qu'on mesure par minute ceux que Ton recueille ainsi. Nous mentionnons ici le fait comme exemple de ce qui se pratique ailleurs, car il y a bien peu d'endroits ici où l'on pourrait faire cette cueillette d'œufc avec profit, les Sauterelles ne se montrant jamais d'ordinaire assez nombreuses pour en charger le sol de cette façon.

3° Chasse aux insectes mêmes. Fresque tous les Etats de l'Ouest ont passé des lois pour la chasse des Sauterelles. Dans quelques uns de ces Etats, tous les hommes de 18 à 50 ans sont obligés, à l'appel des inspecteurs des chemins, de donner deux jours de corvée, ou même plus, chaque année, pour la chasse des Sauterelles. Un sac au bout d'un bâton est l'instrument dont on se sert pour les recueillir, et une fois recueillies, on les écrase ou on les brûle. C'est particulièrement aux jeunes larves, c'est-à-dire lorsque ces insectes n'ont pas encore leurs ailes, que ces chasses se font avec le plus d'avantage. Et lorsque ces battues sont générales, on parvient toujours, non pas à faire disparaître entièrement ces ravageurs, mais à diminuer assez leur nombre pour rendre leurs dégâts supportables.

Dans d'autres Etats, c'est au moyen de primes qu'on fait exécuter ces chasses. Ainsi, dans le Minnesota, en outre des corvées qu'on peut aussi requérir, on paye à tonte personne faisant la chasse aux Sauterelles : $1 par mihot depnis le printemps jusqu'au 25 Mai ; 50 cts. depuis le 25 Mai jusqu'au 10 Juin ; 25 cts. depuis le 10 Juin jusqu'au 1er Juillet; et 20 cts. depuis le 1er Juillet jusqu'au 1er Octobre. On paye en outre 50 cts. pour chaque gallon dtonfe qu'on a pu recueillir. Ces sommes étant à la charge, partie du. gouvernement de l'Etat, et partie du conseil de la municipalité.

En 1875, le seul comté de Nicolet, dans le Minnesota, paya $2&,Ô63 pour 25,053 minots de Sauterelles qu'on présenta. Bien que cette somme soit énorme, on considéra que ce déboursé était encore grandement avantageux, car 25,000

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minotsde Sauterelles auraient certainement mange pour au delè de $100,000.

Il est probable que nous ne serons jamais affligés par les Sauterelles au point* que l'ont été les Etats de l'Ouest, vu qu'il n'est pas encore arrivé que leur Sauterelle ravageuse ait franchi le Mississipi, mais on pourrait avec grand avantage, ce nous semble, prendre de semblables mesures pour parer à toute éventualité, à l'égard des insectes nuisibles en général, et notamment des Sauterelles et de la Chrysomèle de la patate, et plutôt pour cette dernière surtout que pour les premières.

Il est certain que si, dès le printemps prochain, on faisait une chasse active à la Chrysomèle, on parviendrait sans peine à rendre ses dégâts peu appréciables, guère plus considérables qu'ils ne l'ont été l'été dernier. Qu'on ne perde pas de vue que pour chaque femelle de Chrysomèle que l'on tue au printemps, c'est au moins 1,000,000 d'individus qu'on extermine pour toute la saison. Et ces insectes alors sont très faciles à recueillir, étant tous à l'état parfait, ils sont très apparents, et les feuilles des patates n'étant encore que peu développées, permettent qu'on les distingue encore d'avantage.

Que nos gouvernants veuillent bien prendre la chose en leur sérieuse considération, et passer une [loi pour nous mettre à l'abri de l'un des plus terribles fléaux peut-être qui nous menacent.

Que l'on offre, par exemple, une prime d'un centin pour chaque Chrysomèle qu'on pourra prendre jusqu'au 15 Juin ; que du 15 Juin jusqu'à l'automne, on paye 25 centins pour chaque chopine, tant des larves que des insectes parfaits ; et l'on verra aussitôt de toutes parts les enfants se mettre sérieusement à cette chasse. Il n'y a pas de toute que les Chrysomèles seront plus nombreuses l'année prochaine que cette année, puisqu'il en hiverne un bien plus grand nombre dans nos champs pour multiplier la race. Mais que de toutes parts on leur fasse une guerre active, leurs dégâts ne seront pas plus considérables, et peut-être moins encore.

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