‹ Le Naturaliste canadien (volume 5)Chapitre 55 sur 122 · LABRADOR ET ANTICOSTI · texte numérisé non relu

LABRADOR ET ANTICOSTI

PAR L'ABBE HUARD

Volume de X\^-5ûS pages in-So^ format t;t caract tires du ^Vaturû/ùtf. Tmpres- Mon de luxe. Illustré de 45 portraîtsi et autres gtavtire*»» et d'une cnrte du golfe Saiiît'I^urtTît drcîisce exprt;Rsémcnt pour cet ouvrage.

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VOL. XXV

IrE

(VOI- V DE LA DEt'XIÈÎIE SÉRIE)

■fio-t

ÇhicoOtiu^i» Avril 1898

Directeur-Proprictaire: l'abbe V,-A. Huard

Les HémiptÈres au ParlBiiieiit du Gatiarïa

Ce n'est pas souvent que l'entomologie, la plus généralement dédaignée de toutej les sciences, s'est vue à pareille fête. Ministres, députés, sénateurs se sont a Icnvi accupés des " petites botes *', au milieu du mois dernier, La Chambre des Communes, pour sa part, y a mis tant de zcle que dans une même séance elle a fait passer par les trois phases reglémentairjs un projet de loi destinée à lutter contre de minuscules insectes.' Le Sénat a dû, lui aussi, procéder avec la même célérité. Et tout de suite le Gouverneur général, au nom de Sa Majesté, a pris la peine de venir sanctionner le bill que réclamait le salut public. En effet, on aurait dit que Tennemi était déjà à la frontière. C'est que, même, il a déjà franchi la frontière et s'est emparé du district de Niagara.— Pourvu qu'il n'aille pas dévorer la merveilleuse cataracte qui est Tune de nos gloires canadiennes !

Il s'agit, on l'a deviné, du San Josc Scalc^ Kenucs de San Josc^ ou, comme a dit la ** Croix " de Paris, Poîc de San José,

Pour répondre un peu à la curiosité du millier de nos lecteurs qui ne sont pas entomologistes, nous croyons devoir

6— Avril 189S.

dcj/iHcr cjuclqucs renseignements sur cet insecte que Ton a vu me U.o.:i:c souver.t sur les journaux depuis u i n:ois. Si, mali^rJ rrrjfD^itc dn gouvernement fedéral^ce Pou eontinue à envahir le C^ni.ln. et péiiLitre jusque dans la province de Québec, iî sera o^iportun de revenir alors sur le sujet, de faire un" c^Lidc cjrjpiL^te de T insecte et d^organiser la lutte de faço;i très ircricu5c. Nous ne faill irons pas, le cas échéant, à ce devoir. La patrie peut compter sur nous l

En attend an tj disons que le '* San Josc Scale '* appartient à Tordre des Kcmiptèrcs. Les Cig^alcs, les Punaises de toutes sortes, les Gerris (ces insectes allongés qui marchent swv ÎC3 ryisjeaux\ -etc',, sont aussi du niCme ordre. Quant au *' i^.?:^ Josc ", il e:;: classé dauG la faniille des CociuLt^ et il est du f^enre A:!:pldljîus^ dont l'abbé Pro van cher a rencontré deux espaces en nrtrc pav->, s' attaquant toutes deux aux arbres M'uitier.^, surtout aux pommiers. Le Fou de San Jostl^ e.^î; r espèce A.-/kJ:^îiis pnidciosns.

Cet insecte c^t, paraît-il, onj;jîna;rc du Japon, et serait en':ré dans la vallce de San José, en Californie, fixé sur des plaits d'arbres importes du Chili, en 1S70, Le climat de la Californie fut fivoralïle à .sdh développement, et il en profita pour s'y lUuUïpîicr, en même temps qu'il s'éîa:içait à la co::qué^c de toute la République américaine. En ii^93, il altjînl: la Nouvelle -Angleterre ; et aujourd'hui le voilà rendu d lj:.h la province d'Ontario. Si du *' Nord vient la lumière '\ on peut dire que de TOucsl nous viennent les insectes nuisibles : car c'cL^t de !à que la Chrysomelc de la pomme de terre niiouche à patatLsj nous ei^t aussi venue,

11 y a beaucoup de ressemblances entre les insectes de la rnri:He des Coccides et les Pucerons, qui forment une: kiniille très voisine, comprenant^ comme on sait, les farnuux Phylloxéras, qui ont fait tant de ravages dans les vignobles d'Lurope,

Four ce qui est du Pou de San José, il est de taille très petite. Il se fixe sur l'écorce des arbres^ dont il pompe

LES inVMf ITÈRES AU TARLEMEXT DU CANADA SI

les sucs pour se nourrir ; cela, (évidemment, ne se fait pas sans ï^rand dommage pour les plantes envahies par des multitudes de CCS parasites. Le mâle seul porte des ailes. Quant aux femelles, une fois fixités sur l'ccorce des arbres, elles perdent leurs membres, et se couvrent d'une écaille <s€ak^ d'où leur nom vulgaire anglais) qui sert d*abrî aux œufs qu*clles pondent. — Le correspondant d'Ottawa de la Presse disait (21 mars 1S9S) que ces femelles sont "vivipares '\ce qui est une affirmation forfétrange.

Pourquoi a-t-on donné à cet insecte, au moins en certains quartiers, le nom de '' Kermès '' de San José ? Nous l'ignorons, et nous trouvons cette dénomination bien impropre. Car le véritable " Kermès ", dont le susdit correspondant de la Presse prétend à tort que le nom n'appartient pas à la tangue française, est une espèce de cochenille qui vit sur le chêne vert, dans i'Europc méridionale. La cochenille, d'ailleurs, est aussi de la famille des Coccides, et certaines espèces de ce genre — desséchées — servent, dans la pharmacie et dans Findustrie, à produire le carmin et d'autres teintures en rouge. Mais TAspidiote n'est évidemment pas une cochenille : ce sont deux genres entomologiques différents ; Je premier est d'ailleurs beaucoup plus petit.

Nous voyons^ par le discours du ministre de TAgriculture, prononcé à la Chambre des Communes le 16 mars, qu*ïl n'y a plus guère que le Maine qtiî, J^aux États-Unis, soit exempt des ravages du Pou de San José. Il est peut-être encore temps de préserver !c Canada de ce fléau, et le gouvernement a vraiment bien fait de prendre sans délai des mesures énergiques pour y arriver. 11 y va de l'existence même de notre industrie fruitière. Le seul moyen qui peut avoir chance de réussir, c*est T interdiction absolue de l'importation de plants d'arbres ou d'arbrisseaux des pays infectés, et la loi récemment adoptée a précisément pour fin cette prohibition complète. Les plantes Jinrbacées et les bulbes à fleurs ont leuk été exceptés, et

Jà LE NATURALISTE CANADIEN

pourront encore être importés, parce que TAspidiote ne s'y attache pas* Les rosiers de l*étrangcr sont sur la liste de^ Importations interdites.

Ajoutons que la pro^L^niturc d'un seul de ces insectes atteint le nombre de plusieurs millions, dans une même saison. Cela veut dire qu'il y a peu de moyens plus sûrs de le combattre que de Tcmpccher d'entrer dans le pays.La rigueur' de notre climat ne nous défendrait peut-être pas beaucoup contre VAspidiûtiis pvrmciosîis^ puisque nous avons déjà, dans la Province, au moins r.^,;/^m et lVr(ou MyiUasfh) pomorum,^

KABBE FBOVAXCHEB

(Continué de kpage 37)

Si l'homme est îcî-bas un voyageur, au sens mystique, îl Test souvent aussi au point de vue purement naturel. Et l'on voit les curés canadiens, dont c'est le propre de s'occuper même des intérêts temporels de leurs paroissiens, prendre souvent beaucoup de peine pour doter leurs paroisses de voies faciles de communication. Cela est vrai surtout des -endroits nouvellement ouverts â la colonisation.

Portncuf n'était pas sans doutc^ en 1S65, ce qu'on peut appeler un territoire habité depuis peu de temps ; et, à cette époque, îl devait y avoir des chemins d'ouverts à la circulation, autant que cela pouvait être nécessaire. Rien non p\\i^ n'indique que M. Provanchcr doive être considéré comme le" promoteur de nouvelles routes à travers la paroisse de Port- Tieuf, Mais il s'agit là de voies tracées sur la terre, tandis que, pour une paroisse située au bord de Peau, comme Portneuf, îl y a aussi la voie fluviale pour communiquer avec les localités voisines comme avce les endroits éloignés. De celle-ci, comme on va le voir, M. Provancher s*en est occupé.

Donc, 'toujours en cette même année 1865, il eut à cœur jion seulement de conduire plus sûrement ses paroissiens

L*ABBÉ PROVANCHER 53

vers le paradis, par l'établissement d'une fraternité franciscaine, mais il dépensa aussi beaucoup d'efforts pour leur procurer des communications faciles, par eau, avec Québec et d'autres lieux. A cette époque, s*il était déjà question du

fChemin de fer du Nord, devenu depuis un tronçon du C. P- R., il était loin d'être construit. C'était le temps où, dans notre chère patrie, Ton ne pouvait exécuter une entreprise sans en avoir parié durant au moins un quart de siècle.Et pendant Vhiver^ les bons Portneu viens ne pouvaient sortir de chez: eux qu'à la raquette ou dans les traîneaux, ce qui n'était pas

■beaucoup avantageux pour transporter jusqu'à la ville leurs produits forestiers et agricoles.

Durant l'été, il y avait les bateaux à voiles, qui ne font guère l'affaire des gens pressés, — ce qui prouve que nos an-

t-cêtres prenaient bien les choses et s'arrangeaient pas mal avec le vieil Eole, puisqu'ils n'ont rieir inventé de plus rapide pour la circulation marîtîme et fluviale, A vrai dire, voilà trente ans et plus, il y avait déjà aussi des bateaux à vapeur. Mais, et ceci est le grand point, ces bateaux ne se faisaient

rpoint scrupule d'apporter des boissons enivrantes dans la paroisse I Or, comme on sait, *' ralcoolisme, voilà Tennemi *'

: pour les curés, dont il y a peu qui n'aient eu à lutter avec plus ou moins de vigueur contre les march andsd'alcooK L'abbé Frovancher ne fut pas l'un des moins ardents dans cette

: guerre à l'ivrogTieric.MaisJc'était justement pour mieux réussi^!-

♦ dans cette campagne que, dès son arrivée à Fortneuf^ il avait pris des mesures pour obtenir l'érection civile de la paroisse : car cela devait lui assurer des armes, autres que la simple persuasion»pour sévir contre les vendeurs de boisson. Et, l'événement Justifia ses prévisions. En effet, comme il y avait peu de personnes instruites à Fortncuf, on peut dire que tout lui passait par les mains : administration de la Fabrique, délibérations du Conseil municipal et des commissaires d*écoIes, rédaction des plaintes et des jugements. Il avait donc la partie belle, et ■Jl en profita sans doute.

Or, voilà que des bateaux à vapeur, dont les prdpnétai-' res résidaient en d^autrcs lieux et sur lesquels, par cousc^quent,il ne pouvait exercer aucun contrôle, apportaient des armes et des munitions à rennemi ! C'en était trop, vraiment ; et Teniploijdes grands moyens s^imposait, — On organiserait donc^ surtout parmi les gens de Portaeuf, une compagnie à fond^ social qui construirait et forait naviguer ut\ bateau à vapeur^ lequel aurait pour consigne, sinon de travailler a rœuvre de la Tcmpt^rancc, au moins de ne pas servir de véhicule à la liqueur de feu ! Sans compter t]ue, la classe ouvrière de la paroisse manquant beaucoup de travail, la construction du navire serait une bonne aubaine pour cette partie de la population.

L'abbe Provanchcr se mit donc à Tceuvre avec toute l'activité qui le caractérisait, et réussit à former la compa* gnie qu'il avait projette. Et ta compagnie fît construire un bn^tcau à vapeur, qui reçut le nom de Porifiittf, Ce bateau pratiqua le cabotag^e entre Québec et Fortneuf, les Grondincs, Saint-Jean d'Eschaiîlons, Sainte-Anne de la Purade, et même Gentilly. Que d'occupations et cîe difficultés occa' sionna à M. Frovaricher cette entreprise de navigation, qui n'a jamais été' une affaire payante 1 Du moins, les intentions avaient été excellentes, et cela suiïit pour que tant de travail nVit pas été sans profit ^ sinon en ce monde, au moins dans^ l'autre. Lorsqu'on entend les affaires comme elles doivent être entendues^ c'est là le bénéfîce qu'il faut avant tout rechercher, si Ton veut vivre de Sis renies durant toute T éternité.,.

Pour terminer cet aperçu des œuvres paroissiales de Tabbé Provanchcr à Pottneuf, il ne me reste plus qu'à signaler îes mesures qu'il prit en prévision de la fondation d'une nouvelle paroisse.

Il prévoyait en effet que, dans un avenir plus ou moins prochain, il se formerait une paroisse en arrière, c'est-à-dire au nord de Portncuf, sur les bords de la rivière Sainte- Anne.

■4 L'ABBÊ PROA^VNCl[EK 5 5

Pour le moment, ce territoire n'était encore recouvert f;iii* de la forêt vierge. L'abbé Provancîier alla pour liant c^:pI^!rer ces endroits inhabités, et juger du lieu q-j ï=crait probahlcment fixé l'emplacement de la future église. 1! obtint même, dans les intérêts du futur curé de la future paroisse, le don d'une terre de plus de cent arpents des !\1 M. GrecrQu;^h, de Boston, propriétaires de la seigneurie de Pertrurs. Cette terre était sans doute située au centre dtî tcrr;to"re que devait, dans les prévisions de Tabbc Provanchcr,comj rer,dre la nouvelle paroisse. !Mats Ionique, bien plus tnrd, îl s'agit ucn fixer les limites, il arriva que Ton jug^ia nécessaire d'njouLcr, à ce qu*on détachait de Portnejf, certaines parties dc^ pa* roîsscs de SainL-Ba.^ile et de Saint-IvaymoiKh U eti est résuîté que le centre de cette nouvelle prirûi^;sc, nommée SiiMtc-Christine, est distant d'une dcsr^i licue de l'cndrost ou M. Provancher avait prévu qu*il^scrait,et qn*ainsi la terre du curé se trouve à cette même distance de T église et au presbytère. Un pareil éloigncmcnt est f'ichcii:: pour un curé qui aimerait ;\ aller voiîv chaque matin, cie cimbicn ecs b'é^ ses avoines et ses choux ont pans^'é dans les dcrntiires v'i![;tquatrc heures. Mais il vaut encore mieux, je pen^e, avoir une ferme h un mille et demi de c]icz soi, que de n'en pas avoir du tout,

L^ércction canonique de Sainte-Chriri!:ine se fit au mots de septembre 1895, et, pendant ce même mois, un curé vint y résider.

Voilà les travaux les plus marquants qui ahmcntcrenl le besoin d'activité de M. Provancher, durant l'époque de ron ministère curial à Port neuf. Mais, a part ces a:uvres plus importantes,iï eut à s'occuper aussi des mille détails de Torganisation religieuse et civile d'une paroisse encore jeune. Nous allons voir maintenant que ces occupations si absorbantes ne suffirent pas à épuiser son ardeur au travail. Car il nous reste à le suivre dans la continoation de ses études et de ses

publications scientifiques, dont nous avons dû, depuis longtemps cesser de nous occuper pour montrer ce qu*a été M. Provancher dans ses fonctions de curé.

(A suivre^)

Excursion en Egpypte

Ds MarseillB à Alexandrie

Nous quittons Marseille le onze mars par un très beau temps. Nous passons près des îles de Pomèguc et de Ra* tonneau, puis nous apercevons la petite ville de Cassis, dont les environs fournissent de très bons vins blancs ; et un peu plus loin îa Cîotat, oh sont les chantiers de construction des paquebots des messageries maritimes ; le i/V/i/j sur lequel nous nous trouvons, sort de ces ateliers. Après la Ciotat, nous avons aperçu la rade de Saint-Nazaire, doublé le cap Sicié et vu un peu plus loin l'entrée de la rade de Toulon ; avec une l»mette nous distinguions très bien les forts qui la dominent. Nous longeons de très près les îles d'Hyèrcs, PorqueroUes et Port-Cros, La nuit est venue peu après, mais il faisait un si beau clair de^lune que nous distinguions encore de temps en temps les côtes de France, et, à dix heures, quand nous avons quitté le pont, nous voyions très dîstintcement le feu du phare de Saint-Tropez.

Le 12 mars, le matin dès six heures, nous nous sommes h^tés de monter sur le pontXe navire doublait le cap Corse, et pendant deux heures nous voyons les côtes de l'île de CortiiC, et dans le lointain la ville de Bastia. Au même moment,nous passons auprès de Tile de Capraja; puis Tiled'Elbe nous apparaît: nous ne voyons que les hautes montagnes qui la dominent, formces principalement de granit et de serpentine. Elle est particulièrement importante sous le rapport

EXCURSION EN ÉGVFTE $f

de ses richesses minéralogiques, dont la principale consiste dans r excellent fer oligiste qu'elle produit et qui était déjà utilisé par les Romains,

La mer est encore plus calme et plus belle qu'hier J'ai pour compagnon déroute le fils d'un de mes amis, interne des hôpitaux de Paris, qui a obtenu un congé de trois mois pour faire un voyage en Orient ; grâce à lui nous nous lions bien vite avec le médecin du bord, et chaque jour nous eau* sons et promenons plusieurs heures ensemble sur le pont ; et comme depuis nombre d'années il voyage dans ces parages^ il nous donne mille renseignements utiles et intéressants sur les contrées que nous devons visiter. Nous passons près de la petite île de Pianosa, formée par un récif peu élevé sur lequel le goui^crnemcnt italien a établi un' pénitencier, puis non loin du rocher granitique de Monte-Christo, qu'un roman d'Alexandre Dumas a rendu célèbre, A midi nous arrivons devant la petite Jle de GigUo, où se trouvent un vieux château et deux forts. Derrière, nous apercevons le cap Argentaro et la petite lie de Giomentri. Jusqu'à présent nous n'avons pas encore perdu les côtes de vue. De nombreux navires passent continuellement près de nous ; ce sont de grands voiliers et de rares bateaux à vapeur* Nous ne man* querons pas de distractions. La mer est d*un bleu foncé et d'une transparence merveilleuse, le ciel brillant ; mais Taîr est très frais en ce moment. Malgré le soleil, nous avons tous nos pardessus ; et hier soir et ce matin j'ai été obligé d'y ajouter mon manteau et mgn cache-nez de laine qui m'ont rendu grand service.

Entre autres passagers, nous avons à bord une vingtaine d'Italiens des environs de Naples. Le petit village habité par leurs familles a été bouleversé ces jours derniers par un tremblement de terre, et les pauvres gens sont bien inquiets de leurs parents.

Il est cinq heures ; le temps est toujours beau. Nous venons de dépasser Civita-Vecchia. Si le beau

5 s LE NATURALISTE CANADIEN

temps continue cette nuit, nous serons demain matin avant Je jour à N^ipks.

14 MARS. 11 est quatre heures, nous entrons dans la rade, noui voici dans le port. C'est la seconde fois que je visite Naples, mais je n'y étais pas encore venu par mer. Le. pourtour du port est cntitTcmcnt éclairé au niveau des quais et plu^i haut du côte du cours Victor-Emmanuel. Nous sommes tous sur le pont, attendant le jour avec impatience, pour jouir du merveilleux panorama que nou5 avons devant nous- Nous ne voyons pa.s encore le Vésuve enveloppe de nuages,

A cinq heures et demie, nous descendons à terre, et jusqu*à onze heures nous parcourons les quais, la rue de Tolède juîi^qu'au musée Bourbon, qui malheureusement n'ouvre qu'à dix heures. Nous visitOîiEî la cathédrale et nous montons à San-I\ïartino, tout aussi remarquable par sa situation et ses beaux points de vue que par la magnificence de sa décoration ; et après avoir visité bien à la hâte la chapelle, le cloître, les collections, nous admirons la rue merveilleuse dont on jouit de ce point élevé. Fuis il nous falUit a notre grand regret retourner à bord, mon compagnon surtout qui voyait Naples pour la premiere fois. En rentrant, nous eûmes le plaisir de trouver à bord deux petites Sccurs des pauvres: Tune était française et des environs de Rennes, la seconde anglaise, venues pour qucteren faveur de îcurâ pauvres vieillards ; je leur parlai de leurs compagnes de Tours et de cellesdc leurs maisons que je connaissais. Elles nous ont quittés en nous assurant qu'elles prieraient pour nous.

A notre départ de Naples, à midi, la mer était toujours belle et le soleil brillait de tout son éclat. Nous ne pouvions voir Naples dans de meilleures conditions. Nous avons longé la côte, passant près de CEistellamare et de So rente, et nous sortons de la rade entre la terre ferme et l'île de Capri, puis bientôt nous perdons les côtes de vue. Désirant me lever cette nuit pour voir le Stromboli et le détroit, je me suis couché de bonne heure, et à minuit je remontais sur le pont; maïs

je n'aï pas aperçu le volcan. Le cône du Strombolî a 921 mètres de hauteur, et fait partie du petit nombre de volcans qui sont toujours en activité. La nuit ctait si calme^ la mer SI tranquille, la température si douce, que je ne pouvais me décider à retourner dans ma cabine. Je suis resté seul jusqu'à quatre heures ; la lune éclairait peu, étant continuellement voilée par de petites nuées blanches. A quatre heures, quelques Anglais montèrent sur le pont, et bientôt nous vîtïics les phares places à droite et à gauche du détroit de Messine, puis les mille becs de gaz qui éclairent la v ille.

La position resserrée de Messine entre la mer et une chaîne de rochers qui la domine, ses longs quais, no* blement étendus sur la plage endormie, derrière leur Ilgrîcde phares, les vagues ^silhouettes de ses monuments argentés par la lueur de la lune qui les dessine comme dans un rcve, les lomièrcs semées en étoiles sur les flancs du roc, to ut a fait pour nous de ce spectacle une de ces apparitions merveilleuses qui demcurcut à jamais fixées dans le souvenir. Je courus bien vite prévenir mon compagnon de route. Fendant deuri heures notre navire îorigea tantôt les côtes d* Italie, tantôt celles de Sicile, et nous nous en éloîgnonsà six heures et demie. Ln peu plus tard, TEtna, que ses contreforts trop rapprochés nous avaient masqué, nous apparut couvert de neige et dominant tout à Thorizon, Sur la côte italienne, des montagnes également blanches de neige se voient dans le lointain. La mer est tout aussi belle que les jours précédents. Nous ne voyons plus la terre et nous ne la retrouverons qu'à notre arrivée à Alexandrie.

I s .M.^R.s. Aujourd'hui la mer est plus tranquille encore qu'hier ; les officiers du bord disent que nous sommes à une vingtaine de kilomètres de l'île de Crète : malheureusement une légère brume nous empêche de voir la cote. Nous passons notre temps à causer, à écrire les lettresque nous comptons mettre à la poste à notre arrivée à Alexandrie, et aussi à parcourir quelques ouvrages concernant notre voyage.

iSci LE NATURALISTE CANADIEN

J'ai lu aujourd'hui un article qui m'a particulièrement Intéressé sur Tâge probable de là mer Mcdîterranée, et surrépo*' que à laquelle remonte Tapparîtion de cette mer intérieure. Cette question a été soulevée à T Académie des Sciences par M. Blanchard, professeur au Muséum. Voici Tanalyse de son travail*

(A suTûn.)

F. Gasxault.

La géologie du Saguenay

En nous envoyant la dernière port le du manuscrit de son étude sur ''Le Nord de la vallée da lac St-Jean ", que nous avonB fini de publier datis no* tre dernière livraison, M. P.-H. Dumais noua écrivait la lettre s^ilvimlc qu'il nous perm ut Ira bien, &ans doute, de faire lire à notre public :

Isle Ste-Hélène (Lac St-Jean).

Cber monsieur,

Je vous envoie mes dernières notes sur cette partie de la rivière Péribonca et de ses tribut aire »^ qui a suivi si facilement, et avec iant iTa^ém^ni, cette fameuse fissure qui passe devant Cbicoutimi pour aller se terminer à trois cents milles au nord : laissant à votre discrétion les autres parties, qui s'expliquent d'elles-mêmes*

Il y aurait a.ussl k étudier le ba:Ssin proprement dit : son sot, ses mines de fer, ses dépôts de sable magnétique, etc., et à démontrer au^isî, s*îl le faut, qu'il n'est pas contre nature d'y supposer des dep¥>ls de charbon et des sources de pétrole, enfouis sous uo$ pieds, et qui représentent autant de richesses improductives, qui seraient pourtant si bien vues*

Il viendra proV^ablement un temps, qui n'esl pas étoigué, j'espère, oè nos gouvernants prendront tout de bon 1 initiative ; feront faire des recherches, des perforations importantes dans les formations schisteuses et de calcaire, qui fom-ient l'assiette du lac St-Jcan actuel et une partie de Tancien, jxiur s'assurer, au moins une fois pour toutes, s ^il y a quelque chose de valeur lik-dessous, ou s'il n'y a rien ; faire enfin ce que des particubers, qui ont des capi* taux, font tous les jours avec succès, dans presque tous les États de la République voisine.

P. -H, DuuAïs.

Nous ne pouvons que souhaiter qu'en effet le gouvernement, fédéral ou provincial, fasse étudier^ au point de vue industriel» te sous-sol du lac Saint- Jean» Certes tout le monde applatidirait à une initiative aussi louable.

Mais il nous semble que nos gouvernants denmnderont, avJint de rien faire en ce sens, la preuve qn'it y a des espérances sérieuses de IrouvaîlJes intéressâtes'

Comme M. Duma is est l'homme qui connaît le mleuK k Saguenay, qui le sait même par cceur, nous l'invitons, dans l'intérêt de notre région si intéres'

LE FLÉAU DES CHENILLES AU SAGUENAV 6f

^mniçj k traiter dsiiK nus j^ngcs ce sujet des mines qui s'y trouvent, â démonirfr la possibilité qu'il y a d'y rencontrur tits déi>6ls île charlx^n cl des sources de pétrole.

Et tot ou lard ces études de notre di^vovté collatioratcur nuront leur effet, «l amèneront^ suivant It: degr*^ de coiivîclion qu'elles pf^uronl prixlairc chez les roimatrcîfi d'OUnwn ou de QuoUc, les rtriiuUats que M, Dumnîs n.i nous tous voudrions voir réalises.

Le fléau des chenilles au Saguertay

Dans nos livraisons de juillet et de septembre de Tannée dernière, nous avons publié deux articles intitules comme Je présent écrit. Il y s'agissait, comme on se le rappelle probablement, de la " Chenille à tente ", Ciisiocampa amencana. Dans notre article du mois de septembre, nous racontions qu'on nous avait envoyé deux rameaux de Saule portant chacun un anneau d'œufs du CUsiocampe. Aujourd'hui", nous sommes en mesure de donner la suite de Thistoire.

Le to mai de cette année, M, J -B. Petit, négociant de Chicoutïmi, nous envoyait tout un faisceau de semblables rameaux de Saules oùlesœufsdu Clîsiocampc étaient en voie d'éciosion. Nous avons aussitôt placé ces petites branches dans un vase rempli d'eau, afin de permettre aux bourgeons de se développer, et de suivre autant que possible la croissance des chenilles en question.

Le 1 1 mai, les œufs sont presque tous éclos, et il y a sur les rameaux des centaines et des centaines de petites chenilles noires, qui n'ont encore qu'environ trois millimètres, une ligne à peine, de longueur. Parvenues à leur grosseur, ces larves sont longues d'au moins deux pouces.

La plupart se tiennent groupées auprès des anneaux d*oii elles sont sorties. Mais un certain nombre se sont déjà rendues jusqu'à l'extrémité des rameaux, oti les bourgeons, déjà fort allongés, sont plus abondants. Des brindilles les plus élevées on voit plusieurs grands fils de soie qui se relient à d'autres rameaux ou au bord du vase qui contient ces petites branches, et qui sont les câbles principaux de la tente que l'on projette de construire. L'an dernier, dans nos forêts, il n'y a eu qu'un petit nombre de ces tentes : les chenilles n'ont pas pris la peine de s'enfermer de la

62 LE NATURALLSTE CANADIEN

sorte. — ^Maîs nous no comprenons certes pas comment les minuscules chenilles que nous avons là, qui semblent à peu près immobiles et que nous avons pourtant bien surveillées, ont pu tendre ces fils^ dont le plus considérable a douze pouces de longueur et s'attache, par son extrémité inférieure, au bord même du vase avec lequel aucun des ramer.ux n'a de contact en dehors de l'eau ! D'autre part, nous n'a* vons vu aucune des petites chenilles se laisser pendre aux fils à plus d'un demi-pouce des brindilles supérieures. En presence de ces choses m y^^sté rieuses, nous n'avons évidemment qu'à jeter notre lani^uc aux chiens.

Les bourgeons n'ayant pas encore ouvert leurs feuilles, cest la famine pour ces pauvres petites chenilles.Qui sait si, an dehors^îa température froide se main tenant encore plusieurs jours et les bouri;eons en profitant i>our différer leur croissance, un grand nombre de a:^ chenilles ne périront pas ?

Dame Nature a de ces tours -là dans son sac. C'est T espoir des arbres de nos forêts, en présence du fléau qui les menace encore cette année.

V(^ci encore un fait qui ne manque pas d'intérêt. Nous avons gardé à la chaleur, tout l'hiver, les deux rameaux de Saule qu'on nous avait envoyés en septembre dernier. Eh bien, les anneaux d'œufs qui s'y trouvaient sont encore aujourd'hui (ri mai) dans le même état, et encore recouverts de leur enduit gommeux : aucun de ces œufs n'est éclos, par conséquent. II faut sans doute la chaleur solaire du printemps pour fondre cette gomme protectrice.

IiES REVUES

— The Fonster^ revue mensuelle f$i.oa par an ; 45 Wyatt Building, Washington, D. C.) publiée depuis quatre ans,et dont le nom indique assez qu*elle s'occupe de tout ce qui concerne rarboriculture.

— Le Journal de Musique (Paraît tous les quinze jours, à Montréal, 1615, rue Notre-Dame ;$K50 par année.) Texte et musique. Succès au confrère.

—LArt musical^ revue mensuelle, texte et musique, publiée aissî à Montréal (1676, rue Notre Dame), Est dans sa 2 s année.

— Nous recevons le fascicule III-IV du Bolivtiino dci R^ Orto Botanic o di Pali-nîto^ dont nous avons déjà parle.

— Le Cou r rît r du Livre vient de completer sa deuxième année. Il est maintenant Tor^^anc de la Société Uttëraire et historique de Québec, et se publie en anglais et en français. $2.00 par année, f R. Renault, B- P. 142, Québec.)

— Nos remerciements au MoifTCuitut valhoHqnt' et au Colomsakur ea^mdii'n qui ont la bonté, comme plusieurs autres obligeants confrères^ de publier le sommaire de nos livraisons.

PU3X.IGATÏONS BSÇUISS

— ProiLédi^h^s of thi l\ S. À'i7 fi* ^mrl J//iStifi^'i^\ ois 17 et ig, 1894 et 1897. Detjx forts volumes in-8n, comprenant des éUidcs* très importantes sur les diverses branches de r histoire naturelle.

^Missouri Boianicai Gardt'H. Nluih Ainiuai Riporf^ 1898. Splendide volume, imprimé sur papier vélin et superbement illustré. Divers mémoires traitant tic questions de botatiique, dont plusieurs ont pour auteur M. W . Trelease, Directeur du Jardin botanique.

— Tnifisûciîifns of the Kansas Aradcniv of Sa\mi\ Voh XV, 1 89 5 96, Travaux scientifiques. Le rapport du bibliothécaire, très détaille, est spécialement intéressant.

— llfîivcrslfj if Tcnucsst'c A pic. ItA/^criifieHt Staiioa. The ' Soib of Tiurnsscc. 1897. C'est l'un des Bulletins que publie f périodiquement cette ferme expérimentale.

— (Bibliothèque canadienne) Ai' Dr Jacques Labric^ par

Tabbé Aug. Gosselin. — Voittiire, Àlnit de Pompadour et tjutl-

ques arpents de neige ^ pa^ J- Tassé. Ces deux livraisons (i5cts

chacune) forment partie de la revue-livre publiée chaque

I mois par ]\L P. -G. Roy, de Levis.

— Hoffmamis Catholic Directory^ April Number. (Quarterly ; 50cts per year; M. H. Wiltzius & Co., Milwaukee, Wis.)

— L*abbé F.-A. Baillargé, Z<2â?'r//a/t';;/^ année de géographie^ Joliette, P. Q., 1898. Ce petit manuel de 84 pages fait partie d'un cours destiné aux écoles primaires, rédigé sur un plan assez original et qui devra fortement éveiller Tattention des petits élèves.

" LABRADOR ET ANTIGOSTI "

PAR L'ABBE HLIARD

Volume de X\^-5o5 i-ages in-i^n, format et caractL^restlu XafuraihU. IvnpreiîiiaTî (le luxe. Illustré ilt 45 port rail s et autres j^ravurcs et d'une carte du golfe Saint' Laurent tires s ée expressément pour cet dtivrage.

[Journal de v( lyagtf^HUl oris pit t;t état prt^tiU de tous le?; postes de la C<itc Nord, depuis IktsiciniU jusqu'au HlaiiC'Sahk>n, ut tie TAmicosti — Mceurs et usagt- des Mont:i|rnai5— ^l'échciirs canadiens et aLaditns — Cinmétiqucs et chiefns du Labrador — DclaUs cnmplct.ç sur lu chas<.c au loup mann» i;t la ^aiidc pèche au saumon, au hareng;, i la morue — La vérité sur l'ÂnticoMÏ i reniée îgnt m ents ïné- <lîls ; ri;ntreprisi' iSlenitir.J l'rix : $1*50* rar îa jioste : J^LÔo ix)ur le Canajda j $1*70 pour I(?s Lt at s- Un is ut TL/ninn posiale.

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