AU POLE NORD
Aujourd'hui ce qu'une cinquantaine d'expéditions n'ont pas encore réussi à effectuer.
Le conférencier lui même et M. le chevalier Baillairgé, de Québec, ayant eu chacun de leur côté Tobligeance de nous communiquer le texte imprimé de la conférence donnée par le futur explorateur, le 19 novembre dernier, dans la salle tie la Patrie^ à Montréal, nous avons pu prendre connaissance des grandes lignes de son projet. Toutefois, il y a là si peu de détails sur l'organisation pratique de Tcxpédition projetée et d'ailleurs notre compétence en ces matières est tellement réduite au minimum, que nous nous garderons bien d'exprimer un jugement quelconque sur le plan de voyage tracé par le Capt. Bernier.Ce cas est sans doute aussi celui de la grande masse du public, qui ne saurait apprécier par lui-même les condition? d'une pareille entreprise. Tout se réduit, pour le public, à une question d'homme.
Et à ce point de vue, quand on connaît le Capt. Bernier, on ne saurait manquer de se dire que,s'il y a des chances de réussite dans une entreprise de ce genre, il est bien l'homme de l'œuvre. Ce marin de race est en effet bien connu pour son énergie et son endura ice, et pour la science nautique qu'il a acquise en parcourant, depuis presque son enfance, toutes les mers du globe. Nous croyons donc que tout le monde a confiance en cet homme pour la réalisation du dessein dont l'on a vainement, jusqu'ici, poursuivi l'exécution.
Mais la multiplicité même des tentatives infructueuses du passé est une garantie de succès pour les explorateurs de l'avenir. Car, disait le Capt. Rornier dans sa conference de Montrerai, *'rex[X!ricnc(î do tous ceux qui se sont aventurés dans cotte entr^-pris?' re In itaMo no is ap;)rond maintenant quelles sont Ic-s conditio. is d(^. la sit^jation dans laquelle nous nous trouverons, et nous indique les moyens de renverser les obstacles trouvés jusqu'ici insurmonta- ,bles."
a& LE NATURALISTE CANADIEN
Pour toutes ces raisons, nous sommes favorablement disposé à Tendroit du projet du Capt. Bernîer, et nou« souhaîtcns au vaillant marin de réussli à trouver lea fonds qui le mettraient à même d'exécuter son dessein.
Assurément, s*il ne s'agissait que de l'idée de se rendre jusqu'à l'extrémité boréale de l'axe de la terre, pour y déployer le drapeau du Canada, nous ne saurions, pour un motif aussi futile, — encore qu'il serait flatteur pour notre fierté naiionale de voir cette œuvre accomplie par l'un de nos compatriotes français, — nous ne saurions donner la moindre marque d'encouragement à une entreprise dont les fatigues, les difficultés et même les périls effrayants seraient absolument disproportionnés à un but de si faible importance. Mais ce qui fait qu'il puisse être légitime de s'exposer à des misères et à des dangers aussi grands, c'est l'espoir des importants résultats scientifiques qu'ont toujours ces sortes de voyages d'exploration. La plupart des sciences physiques et naturelles y sont fortement intéressées ; et, par suite, le bien général de l'humanité, s'il ne l'exige pas, autorise au moins que l'on tente une œuvre si pénible et si périlleuse, pourvu toutefois que l'on ait soin de prendre toutes les précautions que commande la prudence.
Ce n'est pas la première fois que le Naturaliste canadien s'occupe du projet du Capt. Dernier. Déjà, dans notre livraison de novembre 1897, nous en avons dit quelque chose, mais de façon plutôt défavorable. Reproduisons ici cet alinéa que nous écrivions alors :
"Le Scientific American du 20 novembre (i8p7) f*^' sait les critiques suivantes du plan de voyage que Ton dit être celui du Capt. Bernier. i* Comment nourrira- t-il ses rennes dans le trajet opéré sur la glace ? 2** Le^ chiens n'ont pa's paru avoir grande utilité dans un voyage ^n traîneau sur de la glace comme celle que Nansen a rencontrée.
AU POLE NORD Zg
3* Le mois de mars semble être une date bien hâtive pour le départ d'une expédition organisée suivant les desseins du Capt. Bemier."
Nous avouons que ces difficultés nous avaient frappé, venant d'une publication sérieuse comme le Scientific American. Aussi, cet hiver, voyant que Ton s'occupait de plus en plus du projet du Capt. Bemier, nous avons voulu en avoir le cœur net Et, comme î»ous nous trouvions déjà en relations épistolaires avec lui, nous en avons profité pour lui soumettre les objections do la grande revue new-yorkaise. Voici sa réponse, qui nous paraît satisfaisante.
Québec, lo février 1899.
• . . . Je m'empresse de répondre aux trois objections mentionnées dans le Scientific American du 20 no v. 1897.
I** Les rennes seront nourries avec de la mousse que nous emporterons en ballots pressés et du plus petit volume possible ; la quantité consommée par chaque renne sera de 4 lbs, à l'état sec, par jour. Il faut remarquer que j'emploie les rennes seulement au départ, et nous les sacrifierons ensuite pour nourrir les chiens en prenant la meilleure partie pour l'équipage. Pendant les premiers cinq mois après avoir quitté le navire, elle auront tout ce temps tiré nos provisions, celles des chiens, et le bagage.
2** Si Nansen n'avait pas oublié, ou cru qu'il pouvait se dispenser de ces 50 chiens que le Baron Tall avait mis à sa disposition à l'entrée du fleuve Obélec (en Sibérie),lorsqu'il s'est agi de s'aventurer sur les glaces,le 4 mars 1895, il aurait pu emporter beaucoup plus de provisions et atteindre son but. Nansen dit lui-môme que s'il avait eu plus que ses 28 chiens, il se serait certainement rendu au Pôle. Les chiens sont reconnus comme chevaux arctiques. Mais il faut s'en servir dans certains temps de l'année, surtout durant l'automne, l'hiver, et le printemps. Les rennes sont aussi utilisables dans les mêmes saisons, surtout pour les fardeaux pesants, une renne pouvant tirer trois fois plus qu'un chien ; et de plus leur chair peut être mangée : cent rennes représentent 1 8,000 Ibs de nourriture.
3** Si l'expédition part de Québec^ ce sera entre le lerel
le 24 de mai pour la route par le détroit de Behring W*^ Van* couver ; par conséquent deux mois plus tôt que Texpédîtion de \di Jeannette^ qui partit le 8 juillet de San Francisco ; les autorités admettent que ce départ était trop tardif...
Capt. J.-E. Bernier.
Congres de gçoiogîç
Le 8e Congrès géologique international se tiendra à Paris, en 1900, du 16 au 28 août. Outre la facilité de visiter l'Exposition universelle, les membres de ce Congrès auront l'avantage de pouvoir prendre part à de nombreuses excursions géologiques, qui embrasseront à peu près toute la France.
Station biologique du Canada
La réunion du Bureau des administrateurs de cette Station devait avoir lieu le 10 février, à Montréal, comme nous l'annoncions en notre dernière livraison. Retardée pour diverses raisons, cette assemblée a été finalement convoquée à Ottawa, pour le 24 du même mois. Mais la nouvelle du choix définitif de cette date nous est parvenue trop tard pour nous permettre d*y assister.
L'Exposition de 1900
Nous avons reçu, du ministre de l'Agriculture, Ottawa, les règlements généraux que devront observer les exposants canadiens, à l'Exposition universelle de Paris. On y voit que toutes les demandes d'espace à occuper, dans la section du Canada, doivent être adressées au secrétaire de la Commission canadienne, à Ottawa, au plus tard le ler juin 1899. Du reste on peut obtenir, de la même adresse, tous les renseignements dont on aurait besoin.
Nos remerciements bien sincères aux journaux et revues qui ont bien voulu sig^naler le 26e anniversaire du No» turaliste canadien^ et lui exprimer à cette occasion leurs bons souhaits.Plusieurs même l'ont fait en termes si élogieux, que nous devons les en remercier particulièrement, tout en protestant que nous ne méritons pas autant. — UEcho de Charlevoix voudrait que le gouvernement fédéral aidât notre revue à subsister et à se développer .... Ce serait trop beau !
Publications repes
— 'Contributions to Canadian Palœontology^ by J. F. Whiteaves, Part V. Ottawa, 1898. Cette livraison complète le premier volume de cet important ouvrage.
— Les bulletins publiés, en novembre et décembre dernier, par la New York Agricultural Experiment Station (Geneva, N. Y.) sont intéressants. Nous remarquons particulièrement le bulletin No 148, qui a pour titre ; "Report of analyses of commercial fertilizers for the fall of 1898."
— Anales del Musco Nacional de Montevideo^ fasc. X du Volume III. Contient la suite de la Flore de l'Uruguay, par le Prof. J. Arechavaleta.
— Fetes et corvées, par L.-P. Lemay. C'est le 8e fascicule de la Bibliottùqne ca?iadienne, et certainement Tun des plus intéressants qui aient été publiés. Se vend 15 cts, chez TEdîteur, M. P.-G. Roy, Léviy, P Q.
Par l'entremise de M. H. Petit, député de Chicoutimî- Sàguenay à la Législature provinciale, — que nous désirons remercier ici, d'une façon toute spéciale, de ses bons offices, — nous ayons reçu du gouvernement de Québec les publi* cations officielles de l'année 1897.
'*^LABRAnOR ET A^'TICOSTl", pw l'iibbé Unaté
Beau Vt>himc illustré, lïe 520 p. in-80. En vente au bureau du ^'aturtilisU canadien. $1.50 \ franco^ $1.60 ; E.-U. et U.P. $1.70. — A V^ù^auprix de 10 francs, chez A. Roger et F. Chernoviz, Éditeurs, 7, rue des Grands-Augustins.
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