SECRET POUR FAIRE EN TOUTE SAISON LE BEURRE DE PRINTEMPS
Il y a des microbes malfaiteurs, cause de la diphtérie, du choléra et de cent autres façons de faire mourir les gens. D'autres microbes sont nos bienfaiteurs, et nous serions bien à plaindre si leur secours nous était enlevé ; c'est au point que, en définitive, nous ne saurions vivfe sans les microbes ! Pour ne citer que peu d'exemples, s'ilfe périssaient tous, nous n'aurions plus ni bière, ni pain, ni beurre ; et, partant, la vie serait bien amère.
Ne parlons aujourd'hui que du beurre, à propos des raicipbes.
Voici de la crème : des microbes de divers genres travaillent là-dedans — ils ne sont pas à plaindre ! — pour la préparer à se convertir en beurre.
Or, l'on a reconnu que, suivant que telle ou telle variété de microbes ou bacilles opère dans la crème, le beurre sera pourvue de telle ou telle qualité. Et le beurre du printemps doit le suave axiome qui le distingue à certaine espèce de bacille qui ne fréquente pas la crème d'hiver.
Il n'y avait pas besoin d'aller consulter les aruspiced pour savoir ce qu'il fallait faire. — On s'est mis à cultiver le précieux bacille dont il vient d'être question ; on Ta fait se multiplier à l'infini, et l'on en vend, à tel prix le million d'individus, aux fabricants de beurre. Ceux-ci l'incorporent à la crème, et, grâce à ce procédé très scientifique, font tous les mois de Tannée le beurre le plus idéalement délicieux. Les New-Yorkais ont déjà de ce beurre sur leurs tables, et s'en lèchent les doigts d'un repas à l'autre.
A Waterloo, dans l'Iowa, on a formé une société pour aider à la préparation et à la difiusion de ces charmants ba-
cillesi
Nous appelons là-dessus l'attention de l'honorable ministre de l'Agriculture, et de nos associations d'industrie laitière.
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En attendant que Ton convie ces bons microbes à préparer pour les Canadiens du beurre si exquis, disons encore une fois : Vive la science i Et puisque nous avons le bonheur de voir le Créateur dans toutes ces merveilles de ia nature, remercions-Le de ce qu'il permet à l'homme, à notre époque, de découvrir tant de secrets intéressants et utiles.
A propos de l'HERBE A LA PUCE
La Presse (30 mai> et le Monde (3 juin) reproduisaient dernièrement, de la Nature, un article sur "l'herbe à la pucQ," signé par un ingénieur chimiste français, M. A. Ladureau.
M. Ladureau raconte donc aux lecteurs de la Nature que, il y a quelques années, se trouvant au Canada et recevant une exquise hospitalité au "château" du comte de Turenne, près de Québec, il lui arriva un matin de traverser la pelouse qui régnaitdevant Thabitation de Tancien consul général de France. "Une heure après, ajoute-t-il, je commençai à ressentir des démangeaisons très vives dans le bas des jambes qui ne firent que croître durant deux jours et aboutirent à une véritable éruption vésicante". Un bain de pieds au bichlorure de mercure soulagea le malade qui put se faire conduire "chez un des meilleurs médecins de Québec .... C'est lui qui lâi'expliqua que cette affection était due à. une herbe très connue des chasseurs et des coureurs de l'Amérique du Nord, sous le nom d'herbe à la puce, mais que personne rCa* vait encore étudiée et dont on ne connaissait ni la famille ni Vespèce, Il paraît que, chaque année, il y a un très grand nombre de personnes qui ont à la figure, aux mains et aux pieds, des éruptions causées par cette maudite herbe : les parties de cha«se, de pêche ou de canotage dont les Canadiens sont si amateurs sont très souvent interrompues par ce désagrément. .. .Comment expliquer le mode d'action de cette
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herbe funeste ? Ce qui a*est passé sur moi, cette vesication complète des deux pieds, à partir du bord de la chaussette jusqu'à l'extrémité des orteils ne peut laisser aucun doute sur l'origine animale de cette indisposition. L'herbe à la puce est donc une herbe spéciale sur laquelle vivent et se développent des quantités de petites bêtes microscopiques qui grimpent le long des membres et y déterminent une vesication analogue à celle du thapsia. Il sufl&t Je marcher sur cette herbe pour que les petits animaux dont elle est couverte se répandent sur vos souliers, grimpent ensuite sur vos chaussettes et redescendent alors jusqu'au bout des pieds ; il suffit de mettre la main dessus, puis de porter cette main au visage, pour avoir en peu d'heures toute la figure gonflée comme par un érysipèle.
"Si cet article, dit en terminant M. Ladufeau, tombe sous les yeux d'un botaniste qui hit pu reconnaître cette affreuse herte et qui puisse la décrire et la cataloguer, il rendra, ce faisant, un véritable serv^ice à tous les Canadiens et aux Américains du nord des Etats-Unis en leur permettant de se mettre en garde contre ce fléau."
Le redoutable pays que le Canada ! D'autres contrées ont la fièvre jaune, le tigre, les serpents, voire les lapins, pour les rendre inhabitables. Le Canada, lui, a YHerbe à la puce et cela suffit.
Qui se serait douté, dans le Dominion, que ce fléau de l'Herbe à la puce était si terrible que cela ? Qui a jamais ouï, sur les bords du majestueux Saint- Laurent, que l'Herbe à la puce interrompait si souvent nos parties de chasse, de pêche ou de canotage !
Il faudra finir par reconnaître que, les trois quarts du temps, il n'y a aucune foi à ajouter aux récits des voyageurs, fussent-ils Ingénieurs, et même chimiôtes. — Disons aux Européens, avant qu'ils ne s'apitoient trop profondément sur le malheur que nous avons de vivre en Amérique, qu'il n'y a pas cinq Canadiens sur cent qui aient jamais vu l'Herbe à la puce ou dont la surface cutanée ait servi de champ d'expé-
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rience à la raoinch-e colonie de ces " petites betcs microscopiques ", dont il est question dans Tarticie que nous avons ci^é.
Il n'est guère croyable que T'^un des meilleurs médecins de Québec'* ait osé affirmer que personne n'a encore étudié THerbe à la puce, et que l'on n'en connaît ni la famille, ni l'espèce. Nous savons bien que peu de uos médecins, malheureusement, se livrent à l'étude des sciences naturelles, et que l'on se prive ainsi des avantages qu'on retirerait, mêni(> dans la pratique de la médecine, de connaissances en botanique, en entomologie, etc. Mais précisément parce qu'aucun médecin de Québec, croyons-nous, n'est beaucoup botaniste, nous nous refusons à croire qu'il se soit trouvé un membre de la Faculté pour dire que l'Herbe à la puce est inconnue en botanique. Mais il faut être fort naturaliste pour pouvoir affirmer que telle espèce, animale ou végétale, n'a pas encore été étudiée, et que l'on ne connaît pas la place qu'elle doit occuper dans la classification !
L'Herbe à la puce inconnue des botanistes ! Mais il y a un siècle et plus que Linné lui donnait le nom scientifique : Rhvbs toxicodendron (Sumac vénéneux). Et l'abbé Provancher lui consacrait près d'une page dans sa Flore canadienne, publiée en 1862. Nous pourrions citer aussi plus d'un auteur de France et des Etats-Unis qui mentionne la plante dont il s'agit.
Nous en avons dit assez sans doute pour détruire cette ridicule assertion qu'une plante si remarquable est encore inconnue des botanistes.
Ajoutons seulement quelques mots sur les singuliers et douloureux effets du contact de cette plante.
"Cette espèce, écrivait l'abbé Provancher en 1862, contient dans toutes ses parties un suc blanchâtre, résineux, très acre, renfermant un principe vénéneux d'une extrême subtilité. Les émanations qui s'échappent de ces plantes occasionnent souvent des accidents assez graves. Il suf. fit souvent de s'exposer seulement un instant à ces émana-
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tions, maiiii sans toucher la plante, pour se voir au bout de 48 heures la figure, les mains et souvent tout le corps, couverts de petites ampoules on pustules, accompagnées d'iine inflammation rie la peau considérable et très douloureuse. " Il ajoute que beaucoup de personnes refusent de croire à la malignité de l'Herbe à la puce, et que lui-même n'a jamais ressenti aucun inconvénient du contact de cette plante.
M. L. Trabut, professeur à l'Ecole de médecine d'Alger, traitant le l'Herbe à la puce dans son Précis de Botanique médicale (1891), corrobore l'opinion de Provaneher. " Les émanations de cette plante peuvent déterminer des éruptions, son huc acre produit la vesication. On a isolé un Acide ioxi' codendriqae assez semblable à l'acide formicjue et qui serait le principe actif. "
Qnant à M. Ladureau. il croit,comme l'on a vu, que "des quantités de petites bêtes microscopiques " vivent sur rHeirSé à la puce, et que volontiers s'en détachent des colonies qui vont s'établir sur la peau des gens et des grosses bêtes quelr conques venant à leur portée. C'est aussi à moitié (puisque l'on ne sq,it pas bien si les "bactéries" appartiennent au règne animal ou bien au règne végétal) l'avis des botanistes américains qui ont rédigé l'album Wild Flowers of America (1894), où nous lisons ce passage : "The cans 3 of its poisonous action on the skin with which it comes in contact was long a mystery... The Poison Ivy (c'est le nom vulgaire anglais de la variété grimpante de l'Herbe à la puce) holds no fatal alkaloid like those that make belladonna, aconite and nux vomica fatal. The riddle was read when a certain bacterium was found always to accompany this plant. Doubtless it is this tiny organism that enters the pores of the skin and causes the characteristic wart-like swellings by its poisonous excretions."
Et maintenant, que chacun prenne, à sa guise, parti pour l'origine végétale ou pour l'origine animale des désastres causés par l'Herbe à la puce ! Et veut-on savoir si l'on esjb rét'ractaire ou non à l'action de l'horrible plante ? Qu'on s'ex-"
13— Juin 1896.
pose bravement à ses émanations, et Ton saura à quoi s*ea tenir. La variété grimpante se trouve, paraît-il, sur les remparts de Québec. Il sera donc facile de s'en procurer des échantillons,. . .à moins que les autorités militaires du Canada ne s'y opposent. Qui sait, en effet, si l'existence de ces plantes,en cet endroit, ne fait pas partie du système défensif de la place forte de Québec ? Si par hasard il en est ainsi, nous voilà .dans de beaux draps, nous qui venons de révéler à Tennemi un secret si terrible !
La chasse à Montréal
On nous écrivait de Mile End, Montréal, le 16 avril.
"J'ai capturé aujourd'hui un ^pAocîiMs^mciariiw (j'aurais pu en prendre cinquante), un MeloeanguaticolUs, un Lépidoptère nocturne, un Corynetes violac«w, un Dertnesteslardar his jGt un petit carabique qui m'est inconnu ; aussi deux Coriêcus férus, et un C. inscriptus. C'est déjà intéressant." G.
— Le 2 juin, notre collaborateur M. G. Beaulieu,de Montréal, nous disait :
* 'L'abbé Provancher ne mentionne nuUe part le Dorcus paraîlelus. Eh bien, cett« année, il est teUeraent fréquent à Montréal que, dans une seule de mes chasses, j'en ai pris 30 (18 (J', 12 9)- En 1892, je n'avais trouvé dans toutes mes fouiUes que deux individus de ce bel insecte.*^
Le 14 juin on nous apportait des fraises mûres, cueiUies à Chicoutimi. — En 1895, ce n'est que le 11 juillet que l'on a commencé à manger des fraises à l'île d'Anticosti.
Il y a donc beaucoup de différence entre le climat du Saguenay et celui de l'Anticosti.
PUBLICATIONS REÇUES
— Manuel de Droit civique, par C.-J. Magnan : Lettres d* approbation et opinion de la presse, 1896. Nous renouvelons à M. Magnan nos félicitations. Peu d'ouvrages ont reçu de partout un accueil aussi chaleureux que son Manuel,
— Le Courrier de Saint- Jean, journal hebdomadaire ; $1.00 par année , Saint- Jean d'Iberville, P. Q. Un beau grand journal ïi6^aZ-conser valeur, auquel no a 9 souhaitons tous les suocès.
—La Feuille d'Erable devient de plus en plus intéressante. Semi-mensuelle, %l .00 par an. Nous recommandons de nouveau cette excellente revue à nos lecteurs. Il faut encourager des, publications comme celle-là. (B. de P. 2181, Montréal.)