‹ Le Naturaliste canadienChapitre 21 sur 142 · Mus · texte numérisé non relu

Mus

Cf^tfce fois-ci, vient de se faire subitement sentir sous la surface du futur Dominion, mais d'un caractère beaucoup plus prononcé et beaucoup plus inquiétant que ceux qui l'ont précédé des milliers de siècles auparavant. Du moment que Teau se congèle, que la neige ne se fon<J plus, nous sommes bien arrivés, sans contredit, à la hauteur des neiges éteruellea, c'est-à-dire, . à une douzaine de mille pieds au-dessus du nive.au de la mer.

Pour admettre un pareil exhaussement à une hauteur aussi considérable, il faut, comme de raison, supposer à la croûte terrestre une capacité d'expansion extraordinaire, une élasticité à toute épreuve, Autrtmient il faudrait croire que la terre,flottant dans les eaux qui la recouvraient aux trois quarts, a pu s'élever ou s'abaisser à volonté ; c'CvSt-à-dire que lorsqu'elle se soulevait au-dessus des eaux à. telle latitude, elle s'y enfonçait tout simplement aux antipodes ; ou bien il faut en venir directement à la rupture de l'enveloppe du globe, qui permit ainsi à certaine partie de sa croûte de se soulever, en se séparant, pour laisser échapper et se répandre à sa surface les matières en fusion qu'elle: ne pouvait pluâ contenir; t^Jit leur pression était forte et leurs efforts puissants : c'est cette pou- , velle formation qui servit de. ligament à la terre en cicatrisant ses immenses déchirures, que le géologue étudie ^aujourd'hui avec tant d'intérêt.

Ne pourrait-on pas aussi bien supposer un mouvement d-e bascule descendant ? ce qui exigerait bien moins d'efforts intérieurs avec tout autant d'eflfets extérieurs.

Disons donc qu'un mouvement d'enfoncement sous le ' Dominion permit à l'océan glacial d'envahir l'Amérique septentrionale, tandis qu'une légère ondulation en sens contraire' soulevait en même temps le cercle polaire. Qu'en est-il résulté ? Ni plus, ni moins qu'un déplacement de tous les gla- ' ciers flottants du pôle nord vers le sud, causé par la force irré-' sîstible des courants se précipitant sur cette déclivité subitement imprimée à la croûte de la terre. Ces banquises, circon-' Voisines du pôle, comme une immense seine de cristal, entrât-;

.FORMATION. DU SAGUEN4Y

Portage-des-Koches (état présent)

40 LE BlATURALISTE CANADIEN

naient devant elles, vers de plus basses latitudes, tous les monstres marins de l'océan glacial, et venaient se ranger en masses serrées le long des remparts septentrionaux les plus élevés des Laurcntides qui leur feimaient le passage.

De fait, ces glaces insondables, et ces courants violents qui les décollent du fond de la mer et les dirigent auJQurd'hui . sur les côtes du Labrador et de Terreneuve, et sur les grands Bancs de cette île, n'étaient pas retardés, cette fois-là, par les baies, les détroits, les bas-fonds, par les vents, ni la marée ; non, aucun obstacle ne s'élevait devant eux. Du reste, rien n'aurait pu résister à Tefifrayante impulsion qui les faisait s'abîmer ainsi sur la partie nord du continent que nous habitons. Il n'y avait que les hautes chaînes des Laurentides,restées solMcs et fermes au-dessus de cette mer de glace en furie, qui fussent capables d'opposer leurs invincibles contre-forts à cette épouvantable avalanche d'un monde contre un autre monde.

Le haut rivage est et sud-est du grand lac Saint-Jean, de la mer saguenayenne d'alors, fut la dernière étape de ces envahisseurs polaires ; c'est là que les premières banquises, qwi en guidaient des multitudes, s'arrêtèrent ; c'est là aussi qu'elles se fondirent après avoir traîné, frotté, " usé leurs se* melles " en tous sens, pendant des années, sur led bas-fonds bosselés et polis de cette mer inconnue.

Les plus élevées de ces montagnes de glace ne pouvant franchir les plus hauts écueils sous-marins, s'entre-choquaient au plus profond du lac, râpant,égrenant, par leurs mouvements lents et pesants, les couches supérieures de son lit de. calcaire, pulvérisant ses bôncs de schistes et burinant de striures irré^ gulières les parties submergées de ses parois moulées et lissos depuis leur création.

Cette ondulation de la partie nord du continent a peut-être origine sous l'action rentrante, aplatissante des pôles, que la rotation de la terre, suivant les lois de la physique, imprimait à sa croûte alors maniable et flexible.

Les immenses plaines du Nord-Ouest depuis les sources

du Miss îssîpi et de la rivière Eouge jusqu'aux confins nord des terrains argileux ; depuis les rivages ouest du lac des Bois jusqu'au pied des Montagnes Eocheuses, formant le territoire le plus beau et le plus riche de TAmérique septentrionale, furent recouvertes elles aussi de millions de glaces flottantes, que les lames, les vagues gigantesques de cette mer chassée de son lit, iîrent atterrir, pêle-mêle, sur ces hauts plateaux lorsqu'elles se déroulaient, précipitées vers le sud, en flots interminables.

Il vint un temps cependant où, la mer retournant à son ancien lit par un nouveau phénomène géologique, ces vastes plaines avec leurs légères ondulations ressemblaient à une batture sans fin que le reflux a laissé à sec et où se sont échouées des milliers de banquises de toutes les dimensions ; tel qu'on p3ut le voir, en miniature si vous voulez, tous les hivers, à marée basse, sur les battures vaseuses de Kamouraska, de risle-Verte, de Rimouski, et3., où des centaines de grosses glaces s'échouent et s'enfoncent plup ou moins dans la vase suivant leur pesanteur.

Il serait difficile d'expliquer autrement la formation de ces centaines de milliers de petits lacs, marais, étangs, éparpillés sur presque toute la surface du pays, même sur les plateaux supérieurs ou montagnes,comme les Métis les désignent

Si tous ces réservoirs, dans le Manitoba surtout, se vidaient tout à coup en se nivelant au niveau général de la prairie, Winnipeg et tous les fonds plats de cette province, jusqu'au seuil de Brandon, seraient inévitablement submergés tous les printemps, par l'apport considérable que ces eaux captives et stagnantes fourniraient, et qui gonflerait d'autant les rivières Rouge, Assiniboine et leurs tributaires, n'égouttant, à l'heure présente, qu'une bien étroite lisière le long de leur cours. Ces millions de trous d'eau qui défig\irent ainsi la plaine, les plateaux,les moncagnes, n'ont pas d'égoût : l'évaporation seule les assèche ou baisse plus ou moins leur niveau.

(A suivre)

P.-H. DUMAIS

" ODR INSECT FRIENDS ASi) INSECT Fi)ES"'>'

par le REV. THOMAS W. FYLES, F. L. S.

South (Quebec

(traduction)

Page 1