EXTRAIT DE LA PHOTO-REVUE
Un grand journal quotidien donne le faii divers suivant dont il nous demande l'explication :
" Un des principaux photographes de Londres vit arri- \er un beau jour dans ses ateliers une demoiselle du meilleur monde, accompagnée de son père.
" L'opérateur fait^Jun cliché,mais quelle n'sst pas sa stupéfaction lorsque, arrivé dans sa chambre noire, il aperçoit très nettement dessinée, sur le front de la jeune fille, une tête de mort ! Il fait un nouveau cliché, sous prétexte que le premier n'était pas bon. Pour la deuxième fois, la grimaçante tête de mort s'étale sur le front virginal de la belle enfant. L'employé, interloqué, appelle son patron ; celui-ci opère luimême, et toujours le même résultat est obtenu. Le photographe prie le père de venir un instant dans son cabinet et lui explique le cas. Le père, prévoyant une espièglerie, n'en parut pas très surpris. lî s'adressa à sa. fille qui, aux premiers mots, éclata de rii'e.
LA PHOTOGRAPHIE DE L'iNVISIBLE - 146
" Pour jouer un tour au photographe, elle avait dessiné sur son front une tête de mort avec une solution de quinine.
" Ce liquide a la singulière propriété de produire sur la peau, des lignes invisibles à l'œil nu, mais qui apparaissent sur les plaques photographiques. Tout s'expliqua, le père paya la pose, mais le photographe était vexé. "
Notre correspondant aurait trouvé dans l'ouvrage de Bergeret et Drouia : les Récréations photographiques (1), la raison de ce phénomène qui étonnait tant l'opérateur dont il est question. Nous résumons le chapitre où il en est traité.
On sfit que les rayons qui impresionnent le mieux les préparations photographiques sont ceux qui appartiennent à l'extrémité violette du spectre solaire ; même l'action photogénique se continue bien au delà de la limite visible du spectre. Il s'ensuit que l'on peut photographier des objets éclairés par des rayons ultra-violets, invisibles pour rœil,mais perceptibles pour la plaque au gélatino-bromure.
Pour mettre en évidence cette remarquable particularité, on pourrait utiliser la propriété que possèdent certaines substances — et en particulier l'argent en couche mince — d'absorber tous les rayons visibles, en ne laissant passer que l'ultra- violet. Si, par exemple, on éclaire un buste en plâtre blanc au moyen de rayons solaires ayant traversé une lame de verre argenté, ce bustç, invisible pour Tceil, pourra être photographié avec une pose d'un quart d'heure. Il va sans dire que l'on met au point en éclairant d'abord avec la lumière ordinaire.
On peut ranger dans la même catégorie de phénomènes ces photographies sur lesquelles on découvre des détails qui étaient invisibles à Vodï] sur le modèle. Un exemple curieux a été cité par Vogel d'une dame qui se faisait photographier et dont le cliché, plusieurs fois recommoacé,- était toujours criblé de points noirs dans le visage : peu de temps après, cette dame mourait de la petite vérole. ' La signification de ce fait aurait mérité d'être contrôlée, et peut-être, dans certains css d'épidémie, pourrait-on en tirer parti.
On peut enfin réaliser des expériences intéressantes en reproduisant à la chambre noire de récriture ou des dessins invisibles, comme ceux tracés par exemple avec une solution saturée de sulfate de quinine. Ce produit possède, en effet, une magnifique fluorescence, c'est-à-dire qu'il convertit le« rayons, violets et ultra-violets, les plus photogéniques, en rayons bleus, qui le sont beaucoup moins, et qui affectent moins énergique ment les préparations photographiques, (l; Ch. Mcudel, éditeur, 118, rue d'Assas, Paris» broché b francs.
Si donc l'on écrit sur un papier bristol blanc avec une dissolution saturée de sulfate acide de quinine, et que l'on photographie, le fond blanc du bristol viendra sur le cliché plus foncé que les traits de l'écriture, et dans l'épreuve positive, récriture se produira ])lus foncée que le fond (bien qu'elle soit invisible à l'œil sur l'original).
L'historiette du journal est donc en somme très vraisemblable, et il ne tiendrait qu'à nos lecteurs de la reproduire.
Cet article nous paraîtrait incomplet si nous n'appelions pas l'attention de nos lecteurs sur une application plus intéressante de cette propriété des reproductions photographiques de faire revivre des écritures disparues, effacées par le temps : nous voulons parler de la reconstitution des manuscrits, dont la copie photographique peut, non seulement donner un facsiTnile exact de récriture, mais peut même, habUement dirigée, servir d'instrument de restauration.
" Poui s'expliquer ce résultat extraordinaire, écrit l'éminent auteur des Merveilles de la Science, il faut considérer que sur les vieux parchemins, l'encre altérée par le temps prend une teinte jaunâtre, souvent identique à la teinte neutre du parchemin, ce qui en rend la lecture très difficile. Or il arrive, pendant la reproduction photographique, que les par ties brillantes et polies du parchemin réfléchissent beaucoup mieux la lumière que celles où a été déposée l'encre, qui est mate et sans reflet. Si faible et si décolorée en apparence que soit la nuance de cette encre, elle n'en a pas moins conservé ses qualités anti photogéniques, opposées aux qualités photogéniques de la surface du parchemin. Grâce à ceîite opposition, on peut obtenir sur la surface sensible des caractères parfaitement noirs et se détachant bien sur un fond légèrement teinté, tandis que l'original ne présentait plus qu'une écriture pâle sur un fond très foncé et de même couleui\*'
BIBLIOGRAPHIE
Nos remerciements pour l'envoi des publications signalées ci- après :
— L'histoire du Canada est fort difficile à mettre en manuel élémentaire. Ce qui le prouve, c'est le nombre, assez grand déjà,des tentatives que Ton a faites pour y réussir. L'essai le plus récent en ce genre paraît s'être bien approché du but> si même il ne Ta pas atteint.- Il a pour titre : Précis dHistoi-
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re du Canada à tusage des écoles primaires, par A. Leblond de Brumath. Le récit des événements y est fait avec tant de clarté et de juste mesure, qu'il plaiia aux enfants, petits et grands. La maison Cadieux et Derome, qui a édité cet iu-12, en a fait un " bijou de livre d'école." L'ex., 25cts ; la dz., S2.50.
— È. P. J.-C. Carrier, C. S. C, Histoire physioh^ique et chimique de tair qu'on respire ;—La Congrégation de Sainte- Croix en Canada,
Le Kév. Père Carrier est l'un de nos hommes de science'; nous voudrions qu'il prît la plume encore bien plus souvent, et cela dans l'intérêt même de' la cause qui nous est chère. '
^-Nous avons appris avec beaucoup de regret que Y Insect Life, excellente revue entomologique publiée par le ministère de l'Agriculture des Etats-Unis, cosse de paraître. Sept volumes du plus grand intérêt en ont été publiés.
Deux séries de bulletins remplaceront cette revue : l'une d'un genre technique, l'autre concernant surtout l'entomologie économique. Le No 1 de la première série, que nous venons de recevoir, est intitulé : Revision of the Ajyhelhiœ of N, 'A,, a subfamily of hy men opterons j^arasit es of the family CJialcididœ, by L. O. Howard.