SOMMAIRE DU NUMÉRO DE NOVEMBRE
— Chants et plaintes du matelot, (fin), par M. Faucher de Saint- Maurice. — Jeanne d'Arc, (2e partie,) le Triomphe, par le Révd Père Lacoste, O. M. I., Professeur de Théologie, à rUniversîté d'Ottawa. — Souvenirs d'Ecole Militaire, les exercices, par M. Ch. des Ecorres. — Le Malachigan, anecdote et étude, par M. A.-N. Montpetit. — Le bimétallisme, par M. John Hague. — Derniers vœux, poésie, par M. Adolphe Poisson. — Fontaine vs Boisvert, nouvelle, par M. Pamphile Le- May. — Les cimetières de Montréal, par M. J. Germano. — Chronique, par M. Arthur Baies. — Le soir de la Toussaint, poésie, par M. Ephrem Chouinard. — La Finance, par M. Edmond- J. Barbeau, de la Banque d'Epargne de la Cité, — Chronique de l'étranger, par M. J.-D. Chartrand. — L'aveu, chanson, "avec musique inédite, par M. le Dr P.-E. Prévost. — Modes et Monde, par Françoise. — Illustrations : Portraits I et dessins dans le texte et hors texte.
WANTED : THE ADDRESS OF HUNTERS AND TRAPPERS IN UNITED STATES, CANADA AND NORTH WEST T.
G. STAINSKY, Naturalist,
Colorado Springs, Colo., U. S.
PoURLA PATRIE, roman du XXe siècle, par J. -P. Tardivel, Dirocti^ur de la Vérité.— I volume in-12 de 450 pg. Prix, 75 cts ; 80cts franco par la poste, chez Cadieux & Derome, Editeurs, rue Notre-Dame, Montréal.
Au bureau du Naturaliste canadien on peut se proeucurer lés ouvrages suivants:
W. A. Stearns, Notes on tue Natuha^l History of La. . BRADOR, $1.00.
W. A. Stearns, Bird Life in Labrador, $1.00.
L abbé Huard, L'Apôtre du Saguenay, 60 cts.
LE
VOJL- XXII (VOL. II DE LA DEUXIEME SERIE) No 1^
Chicoutimii Oecerabre 1895 Rédacteur-Propriétaire : l'albé V.-A/HŒARD
L'ABBE PROVANCHER
(Continué de la page 136)
C'était le premier traité de botanique que Ton publiait dans le Bas-Canada. Du reste, notre littérature scientifique était encore d'une grande maigreur, à cette époque ; si elle a perdu aujourd'hui de son étiaie d'alors, elle n'est guère encore, que je sache, arrivée à l'eiubonpoint ! — Il fallait donc avoir du courage pour offrir au public,à cette époque, un manuel scientifique, et se résigner d'avance à ne pas rentrer de sitôt dans ses frais. Aujourd'hui encore, les auteurs canadiens y vont avec une timidité si justifiée! Toutefois, comme je l'ai dit, la tentative de l'abbé Provancher fut couronnée de succès. C'est que son ouvrage venait vraiment " remplir une lacune dans Ja bibliographie de notre pays, " ainsi que l'auteur le proclamait dans sa Préface. Qu'il y en a eu des écrivains qui se sont proposé ainsi de combler des lacunes ! Sans compter que même les auteurs qui ne le disent pas, sont assurés pourtant d'en combler, eux aussi. Qu'il doit donc y en avoir, à présent, des lacunes de comblées ! Mais il en reste toujours, apparemnient, puisque la race des auteurs, comme celle des Canadiensfrançais, s'accroît toujours dans de merveilleuses proportions
L'auteur du Traité élémentaire de botanique avait.
24— Décembre 1895.
d*autant plus sujet, lui, (rêtre persuadé qu'il remplissait en effet une bicnr.o, (]r.o l'on cm était ré-iiiit à se servir exclusivement d'uuvrn^es uuioj éeîis, si l'oît voulait enseigner ou étudier la botanicpie. Et \\m devait bien, «iès cette époque, étudier un peu la lotuniqne, au ïuoins dans certaines maisons d'éducation, ] arce <|ne, vrainient, la botanique, c'est la plus graciiuhc des IraLcbcs de riiisloixe naturelle ; c'est aussi la plus facile à acquérir, celle où il y a le moins de ces grands mots qui, tirés des profondeui-s du grec le plus reculé, formés d'un assemblage de radicaux, de prépositions, de suffixes, de préfixes, etc., plus ou moins heureusement soudés entre eux, donnent à maintes expressions scientifiques la plus rébarbative figure. Quoi d'étonnant si tout cet équipage fait peur aux enfants et même à tant de grandes personnes ! Je voulais ajouter tout de suite (si la terminologie gréco-latinogallico- scientifique ne m'avait fait prendre cette voie d'évitement que j'ai rencontrée en route) pour achever mon panégyrique de la botanique, que c'est la science la plus pratique, puisque nous avons tous les jours tant de rapports avec le règne végétal. J'a^-oue bien que ces rapports, pour la plu- . part, sont du genre culinaire ou gastronomique : mais cela n'infirme pas ma thèse ; au contraire ! La botanique est donc . la science la plus populaire. Or, étudiez-la dans des manuels importés d'Europe ! Là tous les exemples de carpelles, . de pétiole, dHv florescence, d^ rcœines, etc., sont tirés de plan- . tes qui pour un bon nombre sont particulières à l'Europe. Et les auteurs de ces traités ont fort bien fait; ils se sont mis . à la portée de ceux pour qui ils écrivaient et qu'ils auraient déroutés de belle façon, s'ils en avaient appelé, pour confirmer leurs dires, à des espèces végétales de la Mongolie, de la Patagonie ou. . .du Canada.
i^ue l'on étudie, dans les écoles canadiennes, la physique, le CidcLil différentiel, la poétique, la logique, dans des ouvrages européens : fort bien ! Les lois de la pesanteur, de la differentiation, du sonnet, de l'argument ad hominem, sont sensiblement les mfmcs à Versailles et à Sainte-Foye.
L'ABBÉ PROVANCHER 183
Mais en histoire naturelle, il nous faut des manuels canadienSjSinon à cause des principes et des lois des sciences qui constituent ses diverses branches,au inoins à cause des exeip.pies qui doivent être américains et canadiens autant que possible. Vive donc le Traité de botanique de Provancher, où Ton voyait cités : le Martagon -tigré, le Bouquet parfait, la corpulente Citrouilley la mo leste Pensée, Taltier Œillet âJInde^ etc.!
Ce traité de botanique a bien d'autres mérites, encore. Il a, notamment, celui de la clarté du style, comme tous les ouvra<:jres de l'abbé Provanch?r. L'on peut trouver qu'il y a des différences, à bsaucoup d'é^anls, entre la manière de Bossuet, de Buffon, de Chateaubriand, et celle de Provancher. Mais on ne niera pas que notre savant canadien avait une façon limpide de dire les choses. Voyez, par exemple, comment il défiait l'individu, l'espèca et la variété, dans le règne végétal. "Un individu est un être organisé, complet par lui-même, et distingué des autres. Ainsi dans un champ de carottes il y a autant d'individus qu'il y a de plant?. — Une es29èce renferme les individus cjui ont des rapports très rapprochés de ressemblance, dans les racines, les tiges, les feuilles et rinfl.oresc<*nce. Ainsi les œillets blancs, pourpres, semidoubles, etc., sont tous de la même espèce. Les différences de forme, de couleur, etc., qui les distinguent ne constituent que des variétés.Au contraire, une rose-cent- feuilles, une rose-thé, une rose- mousse, etc., sont autant d'espèces différentes." N'estce pas qu'il faudrait le fiiire exprès pour ne pas comprendre ce langage ?
Je ne résiste pas à, la tentation de rv^produire aussi l'observation (j n'ajoutait l'abbé Provancher au passage que j'ai cité : "On peut parla culture, dit-il, produire de nouvelles variétés, mais on ne parviendra jamais à créer de nouvelles espèces. " Voilà bien, si je ne me trompe, la fameuse question de l'évolution des espèces absolument et péremptoirement décidée dans la négative. Eh bien ! il y a près de quarante ans que cela fut écrit. Les hommes de science ont bien
fouillé, creusé, scruté, observé, étudié,expérimenté durant cette périofle assez consî»|('r.jl»K'. Or, (jmcI f.iit .-érirux et probant peut-on, anjuunl biii enccu* % apporter à l'appui de l'hypothèse que l'on voudrait bien et iblir, pourtant, afin de s'en faii'e une arme contre le dof^me de* la création ?
Mais en voihi, liien assi-/, dira-t-on, au sujet de ce petit ouvrage de botain'que. J'avoue <jue je m'y suis arrêté avec complaisance. C'est que ce petit volume me rappelle bieii des souvenirs. C'est le premier ouvrage de science que j'aie jamais étudié. Lîs ai-je hie^ et relues, ce3 IIS pages ! Et ces gravures, qiie de fois je les ai contemplées î Pendant assez longtemps, cette pauvre brochure, (jui a si piètre apparence lorsqu'on la compare aux fastueux manuels d'aujourd'hui, constitua toute ma bibliothèque scientifique. Car il arrive bien des fois que les jeunes gens se voient arrêtés, dans leurs aspirations de bibliophile, par la disette qui rècruQ dans leur porte-monrtaie. D'autre part, ceux d'entre eux qui ont de l'argent à souhait, l'emploient presque toujours à bien autre chose qu'à acheter des livres.
J'ai dit précédemment que le Traité élémentaire de botanique fut le premier ouvrage publié par l'abbé Provanchei*. A prendre les choses au point de vue le plus strictement absolu, cela est vrai. Mais si Ton consent à n'être pas d'une pa«reille întransigeanxîe, on reconnaîtra que cette priorité appartient en réalité à une plaquette de 38 pages, publiée en 1857. Aussi, comment deviner que le nommé '* Etnilieix Dupont, Ecr., " qui signe la brochure, n'ebt autre que l'abbé Provancher lui-même ? Il en est ainsi pourtant.
Or, — pour commencer l'histoire du plus loin qu'il est possible — , en ce temps-là, le pays ne jouissait pas encore du glorieux régime de la Confédération, où les minorités sont parfaitement heureuses à la seule condition de n'être ni catholiques ni françaises. Le Canada n'avait pas non plus l'avantage de possé«ler V Indépendance, encore un glorieux régime, où les susdites minorités goûteraient d'un égal bonheur à la même iïusdite condition. C'était sons V Union