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SUR LES VÉGÉTAUX

La morphologie de ces galles ne fournit pas un bon caractère de classement, car on trouve une foule de déformations faisant le passage les unes aux autres, en sorte que les noms employés ne correspondent pas à quelque chose de nettement défini. La division proposée par Thomas est plus heureuse : il appelle Plcurocécidies, les galles formées sur les organes latéraux, les feuilles, par exemple, et Acrocécidies celles qui affectent les pointes axillaires.

Dans les pleurocécidies, le corps de l’Acare peut rester en dehors de l’Epiderme ou bien il pénètre dans l’intérieur du tissu foliaire. Dans le premier cas, la Cécidie est formée uniquement par l’épiderme, c’est la forme érineum. Dans le deuxième tout le tissu delà feuille intervient dans la production de la galle et il se produit un enroulement marginal et des plis foliaires, ainsi que des boursouflures situées aux angles des nervures et qui se forment en rayonnant à partir d’un point central.

C’est à côté qu’il faut placer les galles glandulaires des feuilles de Populus tremula , les galles corniculées du Tilleul, les galles sphériques perliformes de l’Acer, qui toutes ont une position indéterminée.

Quand l’Acarien habite dans le parenchyme, il y a production de pustules foliaires, comme sur le poirier.

Les Acrocécidies sont surtout représentées parles bourgeons laineux du Serpollet, etc., par les déformations particulières des bourgeons qui peuvent figurer des balais magiques.

Les productions pathologiques les plus fréquentes et les plus importantes produites par les Acariens peuvent se ramener à cinq types principaux :

1) Le feutrage de poils anormaux produits par l’épiderme des feuilles et auquel on attribuait jadis une origine fungique. Ce sont les Erineums.

2) Les pustules des arbres portant des fruits à noyau (Poirier) ; il y a agrandissement des lacunes intercellulaires pour donner asile aux Acares et à leurs œufs.

3) Les galles en clou (Tilleul), formé par l’hypertrophie du parenchyme, ce sont des organes creux tapissés à l’intérieur par des poils.

4) Le plissement des feuilles et leur enroulement partant des bords.

o) Les déformations des bourgeonsproduitespar la présence de ces animaux entre les jeunes feuilles.

1) Dans le premier groupe, les formations les mieux étudiées sont celles qui se trouvent sur les feuilles de la Vigne et qui offrent l’aspect d’une boursouflure formant une saillie du côté de la face supérieure et correspondant à une dépression dans la face inférieure. Ces galloïdes sont garnis de poils dans leur partie concave. La couleur de ces poils est variable avec leur ôge. D’abord blanchâtres, puis blancs au début, ils deviennent de plus en plus bruns à mesure qu’ils vieillissent. Une coupe de la feuille à cet endroit (fig. 3, Naturaliste, du lo mai) fait voir que ces poils sont dus à l’hypertrophie de cellules épidermiques démesurément allongées. Souvent renflés et quelquefois ramifiés, ils présentent parfois des cloisons transversales. Ils s’intriquent les uns avec les autres et forment ce feutrage si connu. Les cellules sous-jacentes sont gorgées d’amidon, dans les premières phases de la croissance, ce qui est un indice d’un travail cellulaire important, nécessaire à la production des poils et à la prolifération des cellules du parenchyme toujours plus ou moins épaissi.

Ces végétations curieuses forment des plaques souvent très larges, envahissent la face inférieure des feuilles, le pétiole, les vrilles, les grappes et même les feuilles à peine sorties des bourgeons. On comprend que les fonctions des feuilles ainsi modifiées anatomiquement ne puissent s’effectuer dans des conditions normales et qu’il en résulte nécessairement une diminution de la récolte.

Le mal que provoque le Phytoptes par ses piqûres répétées des cellules épidermiques est surtout dangereux lorsqu’il est concomitant avec une autre maladie, ou une autre cause d’affaiblissement. J’ajouterai que tous les cépages ne sont pas atteints 'au même titre : mais très peu restent complètement indemnes.

Fig. 1. — Feuille de vigne contaminée (face super.).

i Vérinose se distingue facilement du Mildcw par ses I boursouflures (fig. I). Les fructifications du Peronospora

vitüola ont un aspect laiteux, elles ressemblent à une moisissure très blanche qui s’enlève avec l’ongle de sorte qu’on a pu les comparer à des efflorescences salines.

La forme Erineum se rencontre dans une multitude de plantes dont les plus communes sont les suivantes :

L’Erable champêtre qui outre les poils de la face infédes feuilles (E. purpurascens Grâtn.) porte encore, ainsi que le Marronnier ( Ph . hippocastani Focken), des touffes de poils aux angles des nervures ( Phyllerium axillare Optiz) ; l’Aune glutineux (E. alneum , Ph. brevitarsus, Focken) et les autres espèces; le bouleau blanc (E. 6etilunum ) ; le Charme faux-bouleau ; le Hêtrè des bois (E. fagineum Pers. et E. nenisequum Kzc.) ; le Noyer royal ; lePoirier commun (E.pyrinum Pers., qui ne produit, pas de boursouflures à la face supérieure, ce qui distingue ces formations des taches dues à l'Exoascus) ; le Pommier ( E . Mali Kalt) ; le Peuplier tremble ( E . populinum Pers.); le Chêne, attaqué en outre par un grand nombre deCynipides; le Groseillier à grappes que j’ai vu attaqué à côté d’une Vigne atteinte d’Erinose ; la Ronce et ses différentes espèces (E. Rubi ) ; le Saule, le Sorbier (E. Sorbi Kzc.) ; le Tilleul à grandes fleurs, la plante la plus riche en acarocécidie ; la Viorne lantane; le Potentille, la Benoîte, etc.

2) Les feuilles plissées, enroulées partiellement sous l’influence de l’excitation produite par la piqûre des Acares,se rencontrent souvent dans les plantes suivantes; le Charme, la Clématite, les Aubépines ( E . oxyacanthæ Pers. et pyracanthæ D. C.) ; le Fusain d’Europe, le Hêtre des bois ( Crepidoptes involventes Am. et uncinantes Am.); les différentes espèces de Lonicera, le Tremble, le Rhododendron dont l'enroulement marginal se fait en cylindre ; la Pervenche, le Saule, dont la déformation se fait suivant les espèces vers le haut ou vers le bas et s’accompagne parfois de boursouflures charnues ; le Sureau, les différentes espèces de Tilleul, mais l’enroulement diffère de celui produit par les Cécidomyes; la Luzerne, l’Esparcette, la Coronille, la Violette, etc.

3) Dans ce troisième groupe, les galles du Poirier seules ont été bien étudiées. Les feuilles portent des excroissances colorées, plus ou moins fusionnées et qui leur donnent un aspect boursouflé (fig. 3, Naturaliste du Ier mars); les mamelons d’abord rouge carmin deviennent jaunes, puis plus tard ils sont bruns et noirs," nettement délimités. On peut trouver ces formations sur toute la surface de la feuille.

La première pustule apparaît d’abord en relief à la face inférieure ; puis elle s’affaisse et bientôt s’accuse supérieurement quand la structure normale de la feuille commence à se modifier. L’épaisseur peut être double de celle de la feuille (fig. 1).

Dans tous les cas, on trouve à la face inférieure une ouverture dans -l’épiderme. Cet orifice, situé au fond d’une légère dépression, a ^ ou g de mm. Les bords jaunissent, se dessèchent ; la mortification et la coloration des cellules progressent du centre vers la périphérie. En outre, le parenchyme qui était compact se modifie par prolifération et allongement des cellules en sorte qu’il y a un agrandissement considérable de lacunes interstitielles. Ce processus aboutit en repoussant l’épiderme, à la formation d’une pustule visible d’abord à la face inférieure de la feuille.

On n’a pu voir si l’animal pique une cellule épidermique ou pique entre deux cellules adjacentes. Les premières ouvertures apparues semblent formées par séparation des

cellules épidermiques grossies et non blessées. Il est certain quela piqûredans laparoi de séparation de deux cellules modifie les conditions devie de l’épiderme dontles cellules, subissantunetension par suite dudéveloppement des cellules mésophylliennes, s’écartent pour agrandir l’orifice, il y a aussi formation d’un orifice, par la piqûre d’une cellule, car le contenu étant altéré, les parois de la cellule ne peuvent plus suivre l’accroissement du mésophylle comme cela arrive pour les cellules intactes, et la cellule lésée meurt petit à petit. L’ouverture ne peut donc que s’accroître.

La multiplication cellulaire se fait dans la direction de la moindre résistance, c’est-à-dire dans la direction de la piqûre ; l’épiderme y est soulevé en sorte que la galle semble fuir du côté opposé à l’endroit de la blessure, car les parois des cellules en contact avec l’air se durcissent et se cuticularisent tout d’abord du côté de l’ouverture. Alors la turgescence croissante par l’afflux de sève ne peut distendre que les parois non durcies qui sont du côté de la face supérieure. 11 s’ensuit un bombement de la surface supérieure.

Lorsque la galle qui se produit est au voisinage du bord, la résistance n’est pas la même dans tous les sens ; elle est moins forte du côté du bord de la feuille, en sorte qu’il se produit en outre un enroulement vers le bas de ce bord foliaire.

En mai, ces galles renferment dans leurs espaces aérifères des corps grisâtres ovales ayant ordinairement de 42 [J. à 55 p- de long et de 37 à 45 |a de large. Leur contenu est gris clair, régulier, avec des gouttelettes de graisse. Ces corpuscules sont les œufs du Phytoptus piri Pag. qui produit lamaladie des poiriers, car on a trouvé à côté les jeunes animaux encore munis de l’enveloppe de l’œuf.

Sorauer qui les a observés affirme qu’ils sont très réfringents, non colorés en brun et pas encore annelés, mais que pour le reste ils sont identiques à des animaux plus âgés. Il admet même que le jeune Phytopte subit dans l’intérieur du parenchyme foliaire plusieurs mues en grossissant avant d’acquérir sa maturité sexuelle. L’hibernation se fait dans les bourgeons des branches d’un an (avec un Acarien à 8 pattes Typhlodromus , Scheuten). Les piqûres sont dues 'aux Acariens hibernants, et les œufs n’y sont déposés que lorsque les ouvertures se sont agrandies.

Cette forme de galle ne se retrouve guère que dans les plantes voisines du Poirier; dans le Cotonéaster vulgaire qui présente en outre des excroissances corticales formées par un tissu spongieux lâche dans lequel vivent les Acares ; le Cognassier du Japon ; le Noyer dont les pustules parenchymateuses noircissent; le Pommier (Typhlodromus Mali Am.) ; les Sorbiers ; l’Orme champêtre où les pustules se rencontrent sur les feuilles, les pétioles et les jeunes branches, sur la Centaurée Scabieuse.

4) Les galles en clou du Tilleul possèdent une ouverture à la face inférieure de la feuille (fig. 2 et 3) ; tout le parenchyme de la feuille prend part à la formation de cet organe creux tapissé à l’extérieur par l’épiderme supérieur et à l’intérieur par l’épiderme inférieur qui y produit de nombreux poils entre lesquels s’abritent les parasites (Ph. tiliæ Nal.).

Des formations semblables se rencontrent assez fréquemment sur les feuilles de l’Erable, de l’Aune (Cephaloneonpustulatum Br.), du Frêne, du Prunier domestique, du Prunier putiet. du Saule, de l’Orme, et sur les branches

de certaines conifères, par exemple du Pin sylvestre, où ces galles atteignant la grosseur d’un pois, d’un hari-

Fig. 2. Galles en clou (lu Tilleul. — Fig. 3. Coupe d’une galle du Tilleul.

cot, sont formées par le parenchyme cortical et sont divisées en un certain nombre de compartiments plus ou moins fusionnés dans lesquels se tiennent les Acares (V. Sorduer).

S) Les piqûres de ces animaux peuvent amener en outre la déformation des bourgeons. Vivant entre les feuilles du bourgeon, ils y amènent un tel grossissement que l’organe devient un amas de feuilles en forme de roses. Le type de cette forme se trouve dans le Noisetier (Ph. avellanæ, Ph. vermiformis, Nal.) et dans le Saule pleureur.

Les bourgeons du Noisetier sous l’influence des Acares peuvent devenir presque sphériques et acquérir un diamètre d’environ 1 centimètre ( Calycophthora Avellanæ Am.). L’axe très raccourci est devenu charnu ainsi que les jeunes feuilles qui composent le bourgeon. Le grossissement commence au printemps, au moment où les Acares quittent leurs anciens abris, et les écailles deviennent toutes verruqueuses par hypertrophie du mésophylle. Les animaux se tiennent dans les dépressions, l’attaque se borne quelquefois aux écailles extérieures, en sorte que le bourgeon peut encore s’allonger de quelques centimètres mais jamais plus.

Dans le Bouleau blanc cette déformation des bourgeons amène la formation d’un faisceau de branches comparable à un balai des sorcières (Ormerod).

Dans le Buis les bourgeons axillaires déformés sont en outre poilus.

Dans le Cyprès, ils sont très rares.

Le Frêne élevé produit de nombreuses galles; mais les plus visibles consistent dans la déformation des inflorescences. Le pédoncule floral porte d’abord une masse globuleuse verte qui devient brune en août et qui morphologiquement possède assez de ressemblance avec l’inflorescence du chou-fleur. La surface est couverte de poils courts. Le nombre de ces déformations est variable avec les années et diminue si les gelées d’hiver ont été fortes.

J'ai rencontré plusieurs fois sur le Frêne des houppes foliaires particulières, situées à l’extrémité des branches; je pense qu’elles provenaient du développement des feuilles sur le pédoncule raccourci ainsi attaqué par les Acares.

On a trouvé sur le Tremble une maladie des bourgeons qu’on attribuait au Calycophthora popu.li Am. D’autres individus portent des galles corticales dues à

des Acares, d’autresdes houppes foliaires dans lesquelle les entre-nœuds sont très raccourcis, les nœuds très rapprochés portent chacun trois feuilles formées par dédoublement du parenchyme.

Des formations identiques à celles du Noisetier se rencontrent encore dans le Ribes alpinumL. etle R.nigrumL. Les balais magiques du Saule sont souvent dus au Phytoptes. Ils sont produits soit par des chatons feuilles, soit par des bourgeons infestés, dont la maladie consiste en la production d’un nombre exagéré de rameaux très rapprochés, car la branche-mère, devenue charnue, ne s’allonge plus. Ces formations diffèrent pourtant notamment de celles dues à l'Exoascus . Les axes étant moins développés il en résulte un glomérule de feuilles plus fourni.

Lorsque les chatons seuls sont attaqués, les carpelles sont gros et foliiformes. Le Lilas peut présenter les mêmes phénomènes.

Le Brome, laFestuque, les Aspérules, certains Gaillets, la Caméline, la Centaurée, la Crépide, le Serpollet (Ph. Thomasi Nal., Ph. thyrhi Nal.) peuvent présenter des déformations analogues des bourgeons, mais dans la Véronique petit-chène, c’est un Diptère gallicole, la Cecidomya ver nonicæ Bremi, qui produit les houppes foliaires laineuses.

Je ne ferai que citer d’autres Acariens qui, tout en n'étant pas gallicoles, peuvent être si préjudiciables. Ainsi le Tetranychus humuli Fleisch. — T. telarius L. qui est très répandu et produit tant de dégâts dans les houblonnières ; le Tetranychus taxi, le Tyroglyphus echinopus qui attaque le cœur des oignous de Jacinthe et le Dendroptus Krameri Kühn, dans les fleurs des différentes espèces d’Agrostis.

Il ne fautpas exagérer l’importance des torts des Phytoptes. Ils ne sont réellement dangereux que pour les plantes très jeunes, alors que la plante a besoin du développement de toute la feuille. En incinérant au printemps les premières feuilles atteintes ou en sacrifiant les bourgeons on arrête facilement le mal.

Menegaux.

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