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LA MUSIQUE DE LA NATURE

Depuis les temps les -plus reculés jusqu’à nos jours les naturalistes d'une part, les philologues de l’autre et, enfin, les musiciens de leur côté, se sont occupés de cette intéressante question de savoir s’il est possible, et dans quelle mesure, de noter les bruits, les sons produits par divers animaux, c’est-à-dire de les inscrire sur le papier de musique.

Pour ce qui est des naturalistes, déjà le grand Aristote fait mention, dans son Historia animalhm de nombre d’observations sur la voix et le chant de différents animaux (l). Parmi les naturalistes modernes qui se sont appliqués à l’étude de cette nature il convient de citer des noms les plus grands et les plus célèbres, comme Réaumur (2), Swammerdam (3), Johann Muller (4), von Siebold(a), et Hermann Landau (6). Reste, en dernier lieu, àmentionner le savant docteur de l’armée indienne, Meyer et le professeur bien connu de Moscou, M. Zograph, qui se sont fait connaître, tous les deuv, par de remarquables travaux de ce genre, dans ces derniers temps.

Nous allons jeter un coup d’œil rapide sur l’état actuel de cette question, afin de pouvoir procéder ultérieurement à son étude dans chaque groupe d’animaux capables de répandre autour d’eux un bruit quelconque agréable ou désagréable.

S’il s’agit d’un son simple, comme le cri perçant du grillon, ou bien le son métallique du pelit crapaud que tout le monde connaît, au dos gris foncé et au ventre couvert de taches noires, connu sous le nom de Bombinater igneus, ces sons sont très bien saisis par notre oreille, et il est très facile de les porter sur les lignes du papier de musique. Mais il n’en est pas de même des voix d’autres animaux : la plupart de ces derniers ont des voix très compliquées qu’il est difficile de noter, et cela pour plusieurs raisons. D’une part, il est des sons, par exemple, le croassement de la corneille, qui sont si compliqués que pour les noter et reproduire il aurait

(1) Aristoteles latine interpretibus variis edidit academia regia Browsica 1831, p. 50—314. Historia animal iiun.

(2) Réaumur. Mémoires pour servir à l'histoire des insectes. Tome V, Amsterdam, 1131.

(3) Swammerdam. Bijbel der Nature. L’édition de Leyden, 1131.

(4) Johann Muller. Ueber Fische, wclch Fone von sich geben. Archiv fur Anatomie and Physiologie , 1851.

(5) S. T. von Sierolb ; Ucbcr des Stimm und Gchororgane der Orthopteren. Wiegnann’s. Archiv fur Naturzeschichte, Ud. X.

(6) H. Landau Thierstimmen. Freibourg in Breisgau 1 SI 4 . Hereràsche Verlagsbuchandl wg.

fallu avoir des appareils acoustiques très perfectionnés avec différents résonnateurs, d’autre part, ces sons, pour être produits par différents organes, reçoivent un timbre particulier, dont la reproduction est excessivement difficile et, enfin, à ce qu’il paraît, notre oreille n’est pas susceptible de percevoir tous les sons de la nature, et beaucoup d’entre eux restent inaccessibles à notre organisme.

11 est toutefois à remarquer que la complexité du son n’offre aucune difficulté au point de vue de sa notation et de sa reproduction, étant donné la perfection de la technique moderne dans l’exécution des appareils acoustiques les plus délicats. Ce qui est beaucoup plus difficile, c’est d’imiter le timbre d’un son quelconque, car ce timbre tient à la vibration simultanée des organes tellement variés que la reproduction de la première paraît être impossible. En effet, si nous prenons en considération ce fait que le coassement de la grenouille est produit par la vibration simultanée des ligaments du larynx, de la base cartilagineuse, de la paroi interne de la mâchoire inférieure, de la paroi du palais, des parois de la partie large de la trompe d’Eustache, de la membrane du tympan, et enfin de deux vésicules membraneuses de la joue, qui se gonflent chaque fois que la grenouille se met à coasser, en prenant tout cela en considération, il est facile de comprendre combien est difficile de reproduire artificiellement toutes ces données pour obtenir un son semblable à celui du coassement, et pour décomposer ce son en ses parties substantielles.

Que certains sons existant dans la nature soient inaccessibles à notre organe de l’ouïe, nous pouvons nous en convaincre par quelques réflexions théoriques et par quelques recherches expérimentales. 11 est facile d’admettre théoriquement que les vibrations d’un corps, donnant, à un nombre déterminé par seconde, un son accessible à notre organe de l'ouïe, deviennent imperceptibles à un nombre plus considérable par seconde, pour la simple raison que dans notre organe de l’ouïe il n'existe pas de terminaisons nerveuses qui seraient excitées par des vibrations si rapides. D’autre part, les expériences pratiques nous apprennent que chez d’autres êtres l’organe de l’ouïe dispose de parties susceptibles de percevoir des sons beaucoup plus hauts que ceux qui sont accessibles à notre organisme.

Une expérience à ce sujet du savant professeur moscovite, M. Zograph, mérite d’attirer notre attention.

11 y a 6 ans le savant naturaliste russe, s’occupant de la valeur physiologique des antennes chez les insectes, s’est proposé de vérifier les remarquables expériences du

docteur de l’armée indienne, M. Meyer. Ce dernier avait pour but de démontrer que les antennes servent d’organe de l’ouïe. Il opérait sur les moustiques des environs de Kalkoutta. M. Zograph a modifié l’expérience de M. Meyer, en ce sens qu’il a fait usage, en dehors des diapasons, d’un violon. On sait que les antennes, chez les mâles, des cousins, des moustiques, sont plantées de poils, à l’instar des rayons d’une plume, de sorte que les poils sont d’autant plus longs qu’ils se rapprochent davantage de la base. M. Meyer écrit (Il qu’après avoir fixé l’insecte sous l’objectif du microscope on fait vibrer un diapason en même temps qu’on'observe l’insecte au microscope. Meyer a vu que suivant le son de tel diapason ou de tel autre, sur les antennes de l’insecte vibraient tels poils ou tels autres; c’est là, dureste, le point par lequel Meyer explique la faculté que possèdent les moustiques, de percevoir les sons les plus variés.

Quant à Zograph, comme nous l’avons dit plus haut, il a modifié un peu l’expérience de M. Meyer. Les expériences portaient sur l’espèce commune du cousin de Moscou, Culex pupiens et sur le Çhironomus plumusm et Corethra plumicomis. Il a procédé de la façon suivante. Après avoir collé les victimes sur le porte-objet par de la glycérine, en laissant libres les ailes chez quelques-unes, il a fait vibrer les diapasons en même temps que le violon. Dès que les sons se sont fait entendre, les poils se sont mis à vibrer, tantôt les uns, tantôt les autres suivant le diapason ou le violon. Et comme le même phénomène s’offrait sur tout le corps, le savant Zograph était prêt à croire que les conclusions de Meyer étaient erronées. Mais quelques variations de ses expériences ont fini par le convaincre que les résultats auxquels est arrivé Meyer, étaient justes et exacts. Le professeur a essayé de couper les antennes aux insectes et d’examiner ces derniersau microscope enmême]temps queles diapasons vibraient et que le violon jouait. Immédiatement après la première expérience, Zograph avait vu que l’insecte aux antennes coupées demeurait tout à fait indifférent aux mêmes sons, lesquels en présence des antennes l’ont fait lever ou baisser les ailes, remuer les pieds, exprimer, en général, une inquiétude. Quand Zograph faisait l’expérience dans les conditions opposées, c’est-à-dire en respectant les antennes et en coupant, au contraire, les ailes ou les extrémités, l’insecte, en présence des mêmes sons, se mettait à remuer les organes qu’on lui avait respectés : De telle sorte il a été constaté que les vibrations des poils, chez les cousins et d’autres animaux appartenant au même groupe, produisent des phénomènes qui ne peuvent être expliqués que par les excitations des terminaisons nerveuses, et dans le cas particulier, très probablement ayant provoqué des sensations auditives. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que tous les sons ayant été accessibles au professeur Zograph et à son collaborateur (jouant du violon pendant l’expérience) n’ont fait vibrer que les poils occupant les deux tiers inférieurs de l’antenne, tandis que le tiers supérieur demeurait immobile malgré tous les efforts de la partdes expérimentateurs. Une seule fois le savant Zograph a remarqué la vibration des poils du tiers supérieur, mais ni lui, ni son collaborateur n’ont perçu ee son qui faisait vibrer légèrement les poils supérieurs.

On voit donc combien il est difficile de noter la musique

de la nature ; il n’en est pas moins vrai que les expériences dans cette direction ne sont pas uniques : bien au contraire, elles sont nombreuses et surtout dans le pays qui a donné à l’humanité le plus de naturalistes réalistes, mais le moins de représentants des Beaux-Arls, Ce pays, c’est l’Angleterre.

Comme nous l’avons déjà fait remarquer plus haut, les sons simples, uniques se notent, sans difficulté, bien que la hauteur soit considérable. Ouvrons au hasard l’admirable travail de Landau, Thierstimmen et voyons quels sont les sons les plus hauts qui étaient notés par cet investigateur précis. Nous trouvons sur la page 14o, chez le mâle du capricorne musqué, connue sous le nom de Aromia moschata un son désigné en physique par d " ou par re'" (2,141 vibrations par seconde) et représenté par la note se perdant dans les limites du clavier de

hiâlc femelle

Fig. 1. — Capricorne musqué (Aromia moschata), d’après Landau.

piano ; pour la femelle de ce même insecte nous trouvons a"’ ou la'" représenté par la note moindre d’une octave par rapport à la dernière note du clavier de piano. — Chez les insectes les mâles sont moins grands que les femelles et leurs organes produisentdes sonsplus délicats et plus haut. Dans leur chœur, ce sont des dames qui ont la voix de basse.

Il y a certains cas où la décomposition des sons en leurs parties substantielles n’offre pas de difficultés et peut être atteinte sans appareils ni adaptations particuliers. Il en est ainsi, par exemple, chaque fois qu’un son composé est produit par deux ou trois organes capables de vibrer (résonner), indépendamment l’un de l’autre. En pareille circonstance, on met de côté un des organes en faisant résonner l’autre, de telle sorte que nous arrivons à avoir des sons isolés qui donneront un son com-

Fig. 2. — Cousin ordinaire. Bombus muscorum.

(Culex pipions)

posé en les faisant résonner ensemble. Tels sont les sons de différents insectes, qui sont produits par la vibration simultanée de l’air passant à travers les fentes très étroites, les ouvertures respiratoires et par la vibration renforcée des ailes membraneuses de l’insecte. Les sons de ce genre sont figurés par 2 lignes dont 1 une, supérieure, représente le sou donné par l’organe vocal spécial (la trachée), et l’autre inférieure celui de la vibration des ailes de l’insecte volant. Voilà ci-contre quelques modèles de chants des insectes.

On voit donc que ces chants en tant que

M Annales and Mar/asinc of Natural Ilistory. 1871.

élodie et

harmonie sont loin d’être ce' que nous entendons par la vraie musique, et les motifs que les musiciens pourraient

Fig. î. — Mouche domestiqué, Jfiisen ifomestictr. emprunter directement à la nature sont extrêmement rares, ne se rencontrent guère. M. Zograph a eu l’occasion d’entendre des modulations véritablement musicales d’un seul animal, de la corneille. d’Australie, connue dans nos jardins zoologiques sous le nom d’oiseau flûte, Gymnorhina tibicien. L’oiseau flûte ayant demeuré dans le jardin zoologique de Moscou, d’après M. Zograph, commençait ordinairement ses chansons en sifflant le triton majeur, pour passer ensuite aux notes essentiellement musicales qui se prêtaient malàl’oreille par suite de leur inconséquence. Les oiseaux de l’Amérique du Nord frappent aussi très souvent par leurs chansons véritablement musicales et faciles à noter. Sans parler du fameux Mymus polyglottus américain imitant les autres oiseaux, de même que de beaucoup d’animaux domestiques, même l’homme, l’Amérique du Nord est riche en oiseaux qui chantent, peut-être moins agréablement que

rTr

Fig. 5. — Le chant d’un petit oiseau américain connu sous le nom do Pyrangua rubra.

nos rossignols, nos canaris, nos alouettes, mais qui n’en sont pas moins intéressants, attendu que leurs chants se prêtent très bien à notre oreille et sont faciles à porter sur le papier de musique,

Certains naturalistes, plus particulièrement quelques linguistes, partisans de Max Muller, ont essayé d’enregistrer sur le papier de musique le langage de l’homme à de différentes périodes de sa vie, à divers moments de sa

disposition. On peut trouver de très intéressantes observations sur l’intonation de la voix humaine à divers

tino tino tino to to to ta expressive.

stît — r. r. r. ti. ti. tio. to. to. ta.

tio. tio. tio. tio. tino. tié. tié. tiê. fié.

to to to to to to tio tio tio tio tio tio tio

tu tio tio tio i o i tio tio tio Fig. 6. — Le chant du rossignol d’après Lequë. moments de son existence, dans le livre de William Paul : La Philosophie de la musique et dans le savant article de M. Weber sur la mélodie du langage. Le dernier auteur, après avoir fait toute une série d’observations dans cette direction nous donne les mélodie du langage ordinaire. Nous allons citer une de ces conversations journalières, des échanges de politesse à la rencontre de deux amis.

Comment va-t-il votre ami? se porte-t-il bien?

Oui, merci, M va bien, et vous ?

Merci, je me porto bien.

Fig. 1. — Kchango de politesse entre deux amis.

11 résulte de tout ce que nous venons de dire que la transmission des sons de la nature par des signes conventionnels, par des signes musicaux, n’est pas toujours possible. Voyons, pour terminer, quels sont les animaux qui sont capables de répandre des bruits. Les animaux inférieurs jusqu’aux échinodermes y compris sont tout û fait muets, et ce n’est que des mollusques que commence la série de musiciens de la nature. Les derniers sont très

rares chez les Crustacés et chez les Araignées ; chez les Myriapodes il n’y en a point, en revanche les insectes forment, à eux seuls, la plus grande partie de l’orchestre de la nature. Les musiciens plus actifs et plus énergiques, nous les voyons chez les vertébrés. Ici, certes, les oiseaux occupent la première place, les chanteurs représentant les instruments àvent, et les mammifères ; quant aux poissons, bien qu’ils soient considérés comme muets, ils n’en prennent pas moins part dans le concerl commun de la nature, de même que les reptiles et les amphibiens. Le rôle des poissons dans l’orchestre de la nature est comparé ajuste titre à celui du tambour, des castagnettes et d’autres instruments rares dans l’orchestre, avec lesquels les poissons ont de commun le caractère de leurs sons.

J. Gutman.

UTILISATION DE LA RAMIE EN SÉRICICULTURE

Dans un précédent article (1), j'ai parlé de l'importance industrielle qu’acquerra forcément la Ramie dans notre pays, dès qu’on aura de bonnes décortiqueuses. Mais depuis cette époque, le consul anglais à la Nouvelle-Orléans a donné connaissance d’un fait (V. New Garden Bulletin, 1890), qui aura, s’il se reproduit partout, ce qui ne peut être douteux, une influence considérable sur le développement des cultures de Ramie.

Certains sériciculteurs américains, par suite de la maladie des mûriers, ne pouvant se procurer des feuilles en quantité suffisante pour leurs élevages de vers à soie, eurent l’idée de présenter à ces animaux des feuilles de Ramie ( Bœhmeria nivea). Ils constatèrent avec plaisir que non seulement clics furent rapidement et avidement dévorées, mais que les vers ne paraissaient nullement incommodés par ce changement de nourriture. Les cocons qu’ils obtinrent ainsi différaient des cocons provenant d’animaux nourris avec des feuilles de mûrier par leur grosseur qui était plus considérable et par leur soie qui était plus fine.

Si ce fait est confirmé par des essais probants, il y aura donc un double avantage à cette substitution do feuilles pour la nourriture des vers à soie, et la Ramie dont la culture est si facile et si peu coûteuse, qui s’accommode de tous les climats et entre autres de celui de la zone où se trouvent des magnaneries, sera appelée à rendre de grands services aux éleveurs de la région méditerranéenne. En Italie, on s'est déjà ému de cette découverte, et les éleveurs français auraient tout avantage à contrôler ce fait qui peut être important pour l’avenir de l’industrie séricicole.

A. Meneoaux.

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