‹ Le Naturaliste (volume 2)Chapitre 26 sur 240 · LE PAPYRUS · texte numérisé non relu

LE PAPYRUS

Le Cyperus Papyrus I,. (Cyperus antiquorum W.) ou Souchet à papier est une plante vivace très importante et la plus anciennement connue. Cette Cypéracée gigantesque s’élève à la hauteur de deux à trois mètres; elle croît au bord des eaux, dans les marais en Calabre, en Italie, en Sicile, en Égypte, en Afrique ainsi que dans toutes les parties chaudes du globe où on l’introduit.

C’est avec cette plante que les anciens Égyptiens fabriquaient autrefois le Papyrus. Pour faire le Papyrus avec ce végétal, on prenait la partie la plus grosse de la tige que l’on ouvrait en enlevant la moelle du milieu et on étalait ensuite l’écorce large d’une vingtaine de centimètres que l’on pressait et après l’avoir polie avec de l’agate ou de l’ivoire, on l’enduisait d’huile de cèdre pour la préserver de la corruption. On collait ensuite deux feuilles l’une sur l’autre en ayant soin de les placer de manière que les fibres se croisassent afin de leur donner une suffisante consistance. Cette opération terminée, on réunissait plusieurs feuilles ensemble de façon à en faire des rouleaux de toutes longueurs que l’on déroulait devanlsoi quand on voulait les lire; on en possède des spécimens qui ont vingt mètres de longueur et des fragments qui remontent au xvin0 siècle avant l’ère chrétienne. On a trouvé dans les jarres d’argile hermétiquement scellées et déposées dans les tombeaux et écrits sur des papyrus d’Égypte des rituels ou livres de prières pour les morts, des registres de comp-

paysage d’Egypte avec de’gt-ands Palmiers aux pieds desquels poussent dos Cyperus papyrus (d’après une photographie) .

labilité, des simples, lettres, des dossiers de procès et principalement des contrats passés entre particuliers pour achats et ventes ou autres conventions civiles. Quelques-uns de ces contrats en caractères égyptiens remontent au temps antérieur à Moïse et n’ont pas moins de 3,300 ans; ils sont bien conservés, grâce à la salubrité des lieux où ils ont été déposés et surtout à la bonne préparation de ce papier. En Égypte, les vieux papyrus étaient employés à faire des semelles très solides qu’on obtenait en cousant plusieurs feuilles ensemble; on possède encore aujourd’hui de ces chaussures qui ne sont pas les moins curieuses et les moins utiles de nos monuments archéologiques. Son écorce servait aussi à faire des voiles, des nattes, des couvertures, des cordes et l’on en tressait des chapeaux. Il y avait plusieurs sortes de Papyrus. Le plus fin et le plus beau était le Papyrus royal ; ensuite venait le papyrus hiératique qui servait aux écritures et aux livres qui intéressent la religion. Saint Gérôme dit que de son temps l’usage du Papyrus était général, aussi avait-on grevé cette production et cette industrie d’impôts considérables; son emploi était si grevé d’impôts sous les Romains que Cassiodore félicita dans une épître le genre humain tout entier sur la diminution de l’impôt décrétée par Théodoric sur cette utile production.

On possède dans les musées, écrites sur papyrus, des chartes de rois de France, d’empereurs et de papes, des livres en grec ou en latin remontant au temps de la première monarchie française.

Pour écrire sur le Papyrus on employait le pinceau ou le roseau et des encres de diverses couleurs ; l’encre noire était généralement la plus usitée.

Les rayons de l'ombelle servaient à faire des couronnes pour les dieux. Quand Agésilas visita l’Égypte, il fut si charmé des guirlandes tressées avec les fleurs du Papyrus dont le roi d’Égypte lui fit présent qu’il voulut emporter en Grèce quelques-uns de ces végétaux.

Aujourd’hui, cette plante ne sert plus que pour l’ornement des bassins. Sous le climat de Paris elle est cultivée en plein air pendant l’été, mais il faut la rentrer en serre chaude l’hiver. On multiplie ce Cyperus par la division des touffes. En 1883, j’ai introduit au Sénégal cette plante où elle a trouvé un climat favorable pour se développer.

Henri Joret.

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